Une observation internationale du
passage de Vénus


Philippe Morel,
Société Astronomique de France.
Les prévisions météorologiques étaient catégoriques à
l’avant-veille du passage de Vénus devant le Soleil : tout le monde ou
presque serait servi mais avec un risque de nuages d’altitude sur l’ouest, et
dans une moindre mesure, sur le sud-est. Pour un phénomène aussi exceptionnel,
garantir la pureté du ciel valait bien quelques centaines de kilomètres surtout
quand il s’agissait de garantir la parfaite visibilité du phénomène à deux
amateurs américains, trois amateurs japonais et un amateur belge.
Les rescapés de l’IWCA III
Les 4 et 5 juin se tenait à l’observatoire de Meudon le
troisième International Workshop on Cometary Astronomy, organisé conjointement par la Société
Astronomique de France, l’International Comet Quarterly et l’Observatoire de Paris-Meudon.
Les plus grandes célébrités du monde des comètes se trouvaient donc en France
juste avant l’événement astronomique et sept participants de l’IWCA ont répondu présent à une extension dont le seul et
unique but était de garantir une visibilité optimale du passage. En plus de
l’argument météorologique, se déplcer de Paris à la
région de Montbéliard revenait aussi à gagner trois degrés de hauteur au début
du phénomène.
L’accueil
franc-comtois

L’hospitalité de la population franc-comtoise n’est plus à
démontrer, surtout quand il s’agit de rendre visite à l’association Ciel-Montbéliard constituée d’une vingtaine de
passionnés qui, pour la circonstance étaient tous au rendez-vous sur
l’esplanade du fort du Mont Bart, situé à Bavans (25)
à une altitude d’environ 600m.

La vallée du Doubs vue depuis le
fort du Mont-Bart, le jour J au lever du Soleil,
(cl. M.
Roth, SAF)
L’équipée
rescapée de l’IWCA qui m’accompagnait était composée
de :

…et de Michel Roth, membre
du Conseil d’Administration de la Société Astronomique de France qui était
derrière l’appareil photo.
Le jour J
Après une arrivée tardive à Montbéliard le 7 juin et une très
courte nuit le Soleil se lève sur le fort du Mont Bart où tout a été prévu pour
faciliter l’observation et l’accueil des observateurs et du public.

Dès le lever du jour, une
vingtaine d’instruments sont braqués sur le Soleil,
(cl. M.
Roth)
Grand
moment, à 5h20m UT : Vénus fait son apparition sur le limbe du Soleil et
très rapidement apparaît une encoche malgré la turbulence encore importante
malgré les 14° de hauteur au dessus de l’horizon.

A 5h29m UT au C8 et à la webcam, (cl. P. Morel)
A ce moment, Giuseppe Canonaco
s’affaire sur sa lunette et sur le téléobjectif qu’il a disposé à la place du
contrepoids de sa monture : le but est de faire une vidéo de l’entrée de
Vénus.

Giuseppe Canonaco
et sa lunette Lichtenknecker de 127mm sur monture M60
et le « contrepoids » équipé pour la vidéo, (cl. M. Roth)
Les
membres de « Ciel Montbéliard » sont aussi à l’œuvre, tel Jean Marie Bigré, l’un des meneurs de l’association dont la lunette de
60mm vient de subir sa Xème modification pour la
manip du jour : pointer par projection la course azimutale de Venus sur le
disque du soleil…résultat dans quelques jours.

Jean Marie Bigré
assiste au passage « comme au cinéma », (cl. M. Roth)

Jean Marie Bigré
a pointé sur son écran donnant une image du Soleil de 25cm de diamètre, la position du disque de vénus toutes les demi heures. Résultat : la course de Vénus combinée avec la rotation de champ. (dessin. J.M. Bigré)
Toujours parmi les membres de « Ciel
Montbéliard » Fabien Bourgeois est très occupé autour de son
télescope de 127mm de diamètre et de sa ToUCam
Pro…avec de premiers et très bons résultats, de même pour Bastien-Thierry
Crouail : tous deux sont aussi toujours dans les bons coups dès qu’il s’agit d’observer.
Partager les souvenirs de Bastien-Thierry

Fabien et Bastien-Thierry
juste avant l’instant T, (cl. M. Roth)

La première « black
drop » chère à nos amis américains et japonais,
(cl. Fabien Bourgeois)
Passées ces 20 minutes d’intense émotion astronomique
l’heure est venue de passer aux choses sérieuses : en plus des télescopes
et dizaines de mètres de cable pour amener
l’électricité sur le site, l’équipe de « Ciel Montbéliard » a aussi
amené sur le site tables et fauteuils de jardin, thermos de café puis
glacières : l’heure est au petit-déjeuner : nos amis venus des autres
continents n’en reviennent pas même s’ils avaient été prévenus qu’ils allaient
vivre ce que l’accueil à la française sait faire de mieux.
Sur l’eplanade, les observations
reprennent ensuite tous azimuts…mais cers le Soleil « éclipsé ».
Jean et Douglas Snyder nous offrent le plaisir des yeux
avec une petite image très contrastée du Soleil et de Vénus à l’oculaire de
leur lunette « Pronto » de 70mm de
diamètre.

Shigecki Murakami
à l’oculaire de la « Pronto » de Jean et
Doug Snyder,
(cl. M.
Roth)
Au fil
des minutes chacun fait part de ses impressions malgré la différence de
langage : reportage photo souvenir en direction du Japon :

Shigecki Murakami
très intéressé par l’installation informatique « de campagne »
de Philippe Morel, (cl. M. Roth)
Les
heures passent et Vénus continue sa course devant le Soleil…

A 9h45m UT au C8 et à la webcam, (cl. P. Morel)
…et dans
le ciel, faisant de plus en plus apprécier l’ombre du feuillage des arbres…

…où l’on continue l’observation,
(cl. M. Roth)
11h04m UT approchent et chacun rejoint son poste de
travail sous une température écrasante depuis un site protégé du vent et soumis
à une très forte réverbération. Tous les moyens sont alors bons pour éliminer
les radiations dangereuses et faire de l’ombre aux écrans des PC.

Sortie de Vénus ou
« remake » de Lawrence d’Arabie ? (cl.
M. Roth)
A 11h 04
UT, Vénus doit commencer à s’extraire du disque du Soleil et tout le monde est
à pied d’œuvre.

Takaaki Oribe
aux commandes de son MTO 1000 équipé d’un contrepoids façon « Système
D » à la japonaise, (cl. M. Roth)
La sortie
est à l’image de l’entrée : majestueuse, et avec la turbulence en moins et
la granulation solaire en plus.

A 11h20m UT, un peu plus de 3 minutes avant la fin du spectacle,
au C8 et à la webcam, (cl. P. Morel)
Le programme « scientifique » étant maintenant
terminé, le « programme social » peut commencer. Au cours d’un
pique-nique composé de ce que la France sait très bien faire, l’heure du bilan
est arrivée : plus d’une centaine de visiteurs pour cette opération
entièrement bénévole malgré l’isolement de ce site et une autre observation
publique organisée dans le centre de Montbéliard par un organisme financé pour
cela.
La presse locale ne s’y est pas trompée : dès le
lendemain paraissait dans le journal « Le Pays » un article résumant
le rassemblement du Mont Bart avec sur trois colonnes Doug Snyder à l’oculaire
de sa « Pronto ».

Reste le
souvenir d’avoir vécu des instants d’exception avec des personnes d’exception
et la chance d’avoir réuni au même endroit les deux découvreurs de la comète C/2002
E2, Snyder-Murakami.

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