Une éclipse depuis Syracuse



Philippe Morel,

Société Astronomique de France

« J’aimerais tant voir Syracuse » comme le dit la chanson … et les deux phénomènes du début de mars 2007 en ont été l’occasion.

Il ne fallait pas la rater cette occultation rasante de la planète Saturne par la lune et, tant qu’à faire, puisque, 45 heures plus tard la lune passait dans l’ombre de la Terre, autant profiter de ces deux opportunités depuis un même lieu exempt de nuages.

 Il faut dire aussi que la situation météo était loin d’être au beau fixe durant les jours précédents ces deux phénomènes et que pour assurer le coup il était tentant de descendre au sud du système de perturbations qui intéressait l’Europe de l’ouest depuis plusieurs semaines.

Pour trouver un coin de ciel clair assez fiable pour être choisi quatre jours à l’avance et, de plus, situé sur la zone d’occultation rasante, il était nécessaire de descendre très au sud de la Corse pour éviter les nuages et seule la Sicile présentait un bon compromis entre la probabilité de ciel clair et la visibilité de l’occultation.

La mission « scientifique » en plein staff, © : Philippe Morel, SAF

Finalement, pour le bonheur de tous, l’éclipse et l’occultation ont été visibles de France métropolitaine mais cela n’enlève rien à l’intérêt de cette courte escapade sicilienne menée par quatre membres de la SAF : Alain et Nicole Duflos, Philippe Morel et Hélène Reyss.

 
Sortir des nuages


Entre Milan et Catane, le ciel bleu réapparaît enfin, © : Philippe Morel, SAF

Le vol de départ, le 1er mars avait des allures de course contre la montre en raison de l’imminence de l’occultation de Saturne prévue tôt le matin du 2 mars. Le site d’observation avait été pré-déterminé via Internet en répondant à un cahier des charges précis :    région de Syracuse car 50% d’occultation pour saturne,   hors de la ville et, si possible au sud de cette dernière, accès à une terrasse équipée d’une alimentation électrique.


Le Principe di Fitalia : un « observatoire » où il fait bon vivre, © : Philippe Morel, SAF

L’hôtel Principe di Fitalia, situé au bout d’un labyrinthe de chemins vicinaux, plus repère à parrains qu’hôtel répondait parfaitement à ce cahier des charges et, comble de chance, nous en étions les seuls clients.

 

L’occultation de Saturne


Peu avant l’occultation, © : Philippe Morel, SAF


Aussitôt arrivés, le moment était venu d’investir la terrasse pour l’observation de l’occultation. Le matériel utilisé tant pour cette dernière que pour l’éclipse était un télescope Schmidt-Cassegrain de 127mm de diamètre Celestron Nexstar 5 équipé d’une webcam Atik 1HS. Durant une bonne partie de la nuit la Lune est restée cachée par un stratocumulus faisant du sur place et l’astre des nuits ne s’en est dégagé que quelques minutes avant l’occultation du fait de la rotation de la Terre. La turbulence était alors à son comble rendant très difficile le traitement des images obtenues qui seront mises en ligne ultérieurement.

Le tour de l’Etna



© : Philippe Morel, SAF

 

Séjour des plus reposants de par sa brièveté, après 4 heures de sommeil, s’est reparti pour un tour … de l’Etna après une traversée haute en couleurs des faubourgs de Catane.



© : Philippe Morel, SAF

 

Au terme d’environ 200km de route au départ de Syracuse, le sommet coiffé de fumeroles apparaît dans sa majesté sous une épaisse couche de glace : un spectacle duquel il est difficile de s’éloigner !

 

Catane « by night »



© : Philippe Morel, SAF

 

Une fois terminé le tour du volcan, difficile de résister à l’intention d’entrer à la nuit tombante, dans la vieille ville de Catane aux ruelles à l’architecture baroque où l-on découvre quelque chose d’inattendu au détour de chaque porche. Grand moment à la Place de la cathédrale (Piazza Del Duomo), due à Giovanni Battista Vaccarini et sa fontaine de l’éléphant : un ensemble unique autour d’un édifice religieux où il est difficile de ne pas rendre visite à son hôte le plus célèbre : le compositeur Vincenzo Bellini, auteur entre autre de Norma, un opéra portant le nom d’une constellation du ciel austral. Vincenzo Bellini était natif de Catane mais est mort en France, à Puteaux. Une terrasse du quartier de La Défense porte d’ailleurs son nom.

 

Syracuse et l’éclipse


Au bout de l’Ile d’Ortygie : la fontaine d’Arétuse, © : Philippe Morel, SAF

 

Syracuse vaut à elle seule le voyage. Entre son musée et son site archéologique où se trouve le tombeau d’Archimède et la vieille ville concentrée sur l’Ile d’Ortygie une journée ne suffit pas pour tout apprécier à sa juste valeur.



La surprise du jour et du voyage : la cathédrale de Syracuse, © : Philippe Morel, SAF


La cathédrale de Syracuse aura sûrement été l’une des plus grandes stupéfactions de ce court séjour. Personne ou presque ne la connaît hors de la Sicile et pourtant elle est un exemple unique de temple grec vieux de 2500 ans entièrement préservé et toujours utilisé et malgré les modernisations successives, une récente restauration a su remettre en évidence l’ensemble de cette architecture antique cachée derrière une façade baroque des plus habituelle en Italie.


Le tombeau d’Archimède, © : Philippe Morel, SAF

 

Archimède (287-212 av JC) a passé toute sa vie à Syracuse. Physicien, mathématicien et ingénieur, on lui doit le principe universellement connu qui porte son nom. Ce n’est donc pas sans émotion que l-on se rend face à son tombeau toujours conservé sur le site archéologique de sa ville. La nuit est déjà tombée et il ne faut pas tarder à regagner le Principe di Fitalia pour le grand spectacle à représentation unique de la nuit.


Eclipse en transat pour Nicole et Hélène, © : Alain Duflos, SAF


Chacun sait que l’œil et les jumelles sont les meilleurs instruments pour l’observation visuelle d’une éclipse totale et plus encore quand il s’agit d’immortaliser par le dessin les nuances colorées sans cesse changeante de la partie du disque lunaire plongée dans l’ombre de la Terre.


L’éclipse en 60 dessins vue par une artiste, © : Nicole Duflos, SAF


Observé du début à la fin, l’éclipse à parfaitement répondu aux prévisions de temps de poses photographiques avancées sur le site à partir de la modélisation de la course de la lumière solaire traversant notre atmosphère, donc, une éclipse claire côtée environ 2,5 sur l’échelle de Danjon avec toutefois une dominante bleue beaucoup plus marquée au début qu’à la fin de la totalité.


L’éclipse au Nexstar 5, © : Philippe Morel, SAF

 

Le ciel exempt de tout nuage, l’absence de vent et la faible turbulence atmosphérique ont permis la réalisation de très nombreux clichés numériques permettant d’inaugurer une nouvelle technique de traitement des totalités d’éclipse de Lune.

 

Monreale, Ségeste, Sélinunte et Agrigente


Direction Palerme, © : Philippe Morel, SAF

 

Il est 3h24m du matin à l’heure de Sicile quand l’éclipse se termine et 6h45m quand débute la plus longue journée de ce court séjour. Pour rejoindre la région de Palerme, au nord-ouest de l’île, il faut rejoindre Catane puis traverser en diagonale, soit 280 km. La suite du programme :



© : Philippe Morel, SAF

 

La cathédrale et le cloître de Monreale située à quelques kilomètres de Palerme et édifiés entre 1172 et 1176 en l’honneur du dernier roi sicilo-normand Guillaume II : l’une des merveilles architecturales du monde médiéval !


© : Philippe Morel, SAF

 

L’une des merveilles de l’architecture grecque construite il y a 2500 ans : le temple de Ségeste, situé sur le mont Bàrbaro, à une soixantaine de kilomètres à l’ouest de Monreale, l’un des derniers vestiges d’une ville détruite par les Vandales il y a 15 siècles. La cité de Ségeste, fondée par la communauté des Elymes composée de rescapés du massacre de la ville de Troie, était la rivale d’une autre cité antique greco-sicilienne …


© : Philippe Morel, SAF

 

Sélinunte (le persil sauvage en grec), située à 80 km au sud en bord de mer, très important site archéologique comportant les vestiges d’une cité fondée il y a 2700 ans par les colons de Megara Hyblaea, fondateurs de Syracuse à la même époque. Détruite par les Carthaginois 3 siècles plus tard.

Nous en sommes déjà à 430 km depuis le début de la journée et le Soleil se fait déjà très bas. Après un arrêt 120 km plus loin le long de la Vallée des Temples d’Agrigente éclairés de nuit, restent 90 km à parcourir pour rejoindre Caltanisetta puis 160 km pour le retour à Syracuse, soit un total de 800 km pour une journée riche en émerveillements de tous ordres.

L’heure du départ


Catane et son volcan, © : Alain Duflos, SAF

 

A 9h30 le 5 mars, c’est l’envol au départ de Catane avec un ciel bleu profond au-dessus de la Mer Ionienne et quelques minutes après …


Sur le côté de l’Etna, © : Alain Duflos, SAF

 

… un spectaculaire point de vue sur le côté est de l’Etna et sur le détroit de Méssine.



L’éruption du Stromboli, © : Philippe Morel, SAF

 

Enfin, dernière vision des abords de la Sicile et, de loin, le souvenir le plus marquant de ce trop court séjour, le survol du Stromboli en éruption, à quelques dizaines de kilomètres du retour de nuages épais qui, s’ils avaient traîné un peu plus au sud, auraient occulté ce rare et majestueux spectacle naturel.




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