4 mai 2004 : une éclipse
totale de Lune extraite des nuages
Philippe Morel,
Société Astronomique de France
Tout le monde attendait l’éclipse et presque tout le monde
a vue arriver une magnifique perturbation qui, entre 19h52 UT et 21h08 UT n’a
épargné que le quart ouest de l’Hexagone et les côtes de la Manche.
Course
vers le ciel clair ou résignation ?
Cette perturbation se déplaçait du nord ouest vers le sud
est et était suivie d’une traine très longue faite
d’orages locaux. En ce type de circonstance, la décision de bouger est d’autant
plus appropriée qu’elle est prise tardivement, en général trois heures avant
l’instant intéressant, ce qui permet environ 300km de dégagement de part et
d’autre du lieu de prise de décision, si ce dernier est proche d’un nœud
autoroutier.
Dans ce type de situation météorologique les choses sont
claires : il faut partir loin vers le sud-est pour faire
« reculer » la perturbation et anticiper son déplacement pour
permettre l’observation, ou il faut passer derrière cette dernière et gagner le
l’ouest ou le nord-ouest. La difficulté, dans le cas de l’observation d’un
phénomène bas situé au dessus de l’horizon du levant (ce qui était le cas pour
l’éclipse du 4 mai), est qu’il faut compter entre 50 et 100km de plus à
l’extérieur de la perturbation pour ne pas avoir d’obstruction de l’horizon par
les nuages que l-on vient d’éviter.
L’heure
est à l’action
En termes de probabilité de ciel clair j’avais déjà depuis
deux jours récusé l’option Haute Provence, préférant 200mm de diamètres ou le
simple plaisir de voir l’éclipse, à 406mm de diamètre en Haute Provence avec
une probabilité de ciel clair quasi nulle…pour une éclipse qui, par ailleurs ne
se présentait pas comme étant des plus facile. A l’heure du départ à 18h40 en
heure légale les nuages commençaient à recouvrir l’Alsace. Le point de départ
étant situé à Cambrai, cela faisait déjà 400km à parcourir au minimum :
trop tard pour arriver à destination au début de la totalité. Le choix s’est
donc porté sur l’ouest d’autant qu’au même moment, le Soleil était de
retour en Basse Normandie et dans la région du Havre.
Pour se rapprocher au plus vite de cette destination, les
directions à suivre répondaient aux doux noms de A1 direction Paris A29
direction Amiens, A16 direction Abbeville, A28 direction Rouen. Après les 50
premiers kilomètres en direction du sud sous le déluge, dès le cap mis plein
ouest sur l’A29 et la confirmation du bon choix apparaît vers 19h30 sous la
forme d’éclaircies tout au long de l’horizon nord-ouest. 1h30 plus tard, sur
l’A28 en direction de Rouen : grand ciel bleu mais avec des grains de la
traîne déjà au rendez-vous mais surtout, un horizon sud-est encore bouché de plusieurs kilomètres
d’épaisseur des nuages désormais évités, mais surtout, une évidente impression
de retourner dans la perturbation en continuant sur le cap sud-ouest tracé par
l’A28. En conclusion : il fallait gagner le nord ouest pour avoir une
chance de dégager l’horizon sud-est et un seul choix possible et suffisemment rapide : la D1 à partir de Neuchatel-en-Bray, direction Dieppe…et à quelques
kilomètres de cette charmante cité, le long de la côte, la récompense est au
rendez-vous.
Le matériel emporté était réduit à sa plus simple
expression et répondait qu’à un seul but : rapidité de mise-en-œuvre.
Il consistait en un pied photo, un téléobjectif de 500mm ouvert à F/D=6,3
équipé d’un boitier Olympus
OM2 et une lunette courte de 12x80mm qui, finalement, sera la seule à servir en
raison…des trois déménagements durant la totalité.
Première station : 20h07 UT depuis Bracquemont
La totalité a commencé depuis 7 minutes quand une très
discrète lueur marron se détache difficilement d’un crépuscule encore très
lumineux. On y perçoit quand même du jaune et du rouge mais avec très peu de
contraste malgré la pureté du ciel. Juste le temps de réaliser l’esquisse du
dessin présenté ici et c’est l’averse généreusement dispensée par l’un des
nombreux grains occupant le ciel.
Seconde station : 20h44 UT depuis Tocqueville-sur-Eu
Là encore, pas de répit, juste le temps d’un dessin dans
de bonnes conditions avant d’être rattrapé par le même grain qui, décidément,
semble s’intéresser aux éclipses.
Dernière station : 20h50 et 21h06 UT depuis Bourseville
Entre Le Tréport et Saint-Valery-sur-Somme,
l’éclipse réapparaît dans de bonnes conditions et dans un ciel relativement
bien dégagé. La nuit peut maintenant être considérée comme astronomique et l’éclipse
garde ses teintes sombres de totalité de périgée même si la palette de couleurs
est quand même variée. A 21h06, à 2 minutes de la fin de la totalité, il s’agit
pourtant du moment le plus clair et aussi le plus beau du phénomène.
La fin de l'éclipse
Nuages pour tout le monde sur la route du retour vers un
Cambrésis où personne n’a rien vu. Bilan de l’opération : 451km pour
quatre dessins d’une éclipse présentant toutes les caractéristiques d’une
visibilité difficile…et une de plus où l’anecdote se joindra aux souvenirs du
phénomène.
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