Photos du passage de Mercure devant le Soleil
- Mercredi 7 Mai 2003 -

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Lunette semi-apo 100mm à f/d=5,7 + barlow 2x - Appareil photo numérique Nikon D100
Photo : Georges Saccomani.


Lunette semi-apo 100mm à f/d=5,7 + barlow 2x - Appareil photo numérique Nikon D100
Photo : Georges Saccomani.


Compositage de 23 images du passage réalisé en altazimuthal au Nexstar 5 + Vesta Pro.
Ce sont des images uniques, il n'y a pas de compositage "image par image" d'après les AVI de la webcam.
Photos et montage : Philippe Morel.


Instrument utilisé : ETX 90 et Vesta Pro. Compositage de 22 images sélectionnées et recadrées manuellement,
puis léger traitement par ondelettes.
Photos et traitement : Jean-Christophe Dalouzy.

Escapade de 550 km au nord de la Loire pour un ciel clair...
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Résumé en images des trois actes du phénomène.

Ça n'arrive que 14 fois par siècle, et ce n'est évidemment pas toujours visible depuis la France... Ce 7 Mai, c'était l'occasion où jamais d'observer un phénomène rare mais délicat à observer et à photographier : un passage de Mercure devant le disque solaire, entre 7 h 10 du matin et midi et demi (5 h 11 TU et 10 h 32 TU).
C'était aussi la répétition générale pour le grand passage de 2004 : celui de Vénus, phénomène beaucoup plus spectaculaire et encore plus rare.

Étant résidant aux environs de Poitiers, j'ai préféré assurer au maximum mes chances d'observer et de photographier le passage dans de bonnes conditions en prenant le volant en fin de nuit (vers 5 h 00) pour remonter au nord de Loire, où les estimations météo semblaient plus avantageuses. Les cartes de prévisions du site web "alertes-météo.com" indiquaient également que la masse nuageuse qui allait probablement couvrir l'ouest et le sud de la France avancerait peut-être même au-delà, ce qui m'a motivé à aller davantage vers le nord-est, afin là encore d'assurer au maximum... Pour être certain de voir ce genre de phénomène, on n'est jamais trop prudent !

Mon équipement sur place :
- ETX 90 mm (tube seul, 1350mm de focale) + oculaire SP 26mm
- Monture équatoriale Vixen GP (non motorisée)
- Appareil photo numérique Nikon Coolpix 885 (mode manuel CMS), sur trépied photo
- Filtres utilisés : Baader Astrosolar (soleil gris-bleuté) ou Polymère noir (soleil orangé)

Après une heure et demi de route entre Poitiers et Angers, je vois le Soleil se lever à l'horizon est. Il est 6 h 45, et il est grand temps de se poser dans un coin tranquille pour installer le matériel afin d'assister dans les meilleures conditions possibles au premier contact, qui était prévu à 7 h 11 précises.
Après quelques doutes sur la direction prise, je parviens à m'échapper des ronds-points incessants qui m'ont fait perdre plus de 15 minutes aux alentours d'Angers et je me retrouve sur la route touristique qui relie Angers à Saumur et qui longe la Loire. Je bifurque à gauche et m'installe un peu plus loin, au milieu de champs bien tranquilles. Le Soleil est déjà à près de 3 degrés au-dessus de l'horizon.

Ma combinaison "ultra-transportable" ETX 90 + monture Vixen GP est installée et vaguement mise en station (à la boussole) en 10 minutes.
Je fixe ma feuille d'Astrosolar à l'aide de deux élastiques (une seule couche suffit), et je pointe l'astre du jour. Une grosse tâche solaire est visible en plein milieu du disque, et deviendra un point de repère très pratique pour évaluer l'évolution du phénomène au cours des prochaines heures. Un groupe important est également visible au bord sud (en haut dans l'oculaire), et quelques autres tâches isolées sont aussi visibles, mais vraiment discrètes. Il est 7 h 10, le premier contact va commencer...

Je commence à prendre quelques clichés d'essai avec l'appareil numérique, et à scruter le bord nord du Soleil. Au bout de quelques minutes, une petite encoche apparaît sensiblement : voilà Mercure ! Plus aucun doute possible : l'encoche grandit, et un demi-disque noir se détache de plus en plus visiblement du bord du disque. En deux minutes, Mercure est totalement devant le Soleil : le premier contact extérieur est terminé, et le passage commence.

Malheureusement, la transparence du ciel n'était pas parfaite, et avec un Soleil à seulement 5° au-dessus de l'horizon, la turbulence était très forte, ce qui fait que les clichés ne sont pas terribles... Le gros défaut de l'APN par rapport à la webcam est qu'il ne peut pas s'affranchir de la turbulence avec un traitement. Mais le gros avantage est que les clichés ratés sont immédiatement éliminés et que le fait de voir le résultat de chaque prise de vue permet d'affiner les réglages pour les suivantes, généralement meilleures. Avec une carte mémoire de 128 Mo, j'avais une autonomie d'au moins 120 clichés à 3,2 Mégapixels de résolution (2048 x 1536 pixels).


Mosaïque présentant 4 phases du premier contact.


Le Soleil avant le premier contact (5 h 05 TU), et 4 minutes après (5 h 18).
La planète Mercure vient d'apparaître tout à fait en bas du limbe solaire.


Le bord nord du disque solaire à 5 h 19 TU et à 5 h 26 TU.


Vues globales, à 5 h 31 TU (filtre Astrosolar), puis à 5 h 42 TU (filtre en polymère noir).

Quelques 40 minutes après le début du phénomène et un bon café englouti, j'ai remballé le matériel pour me diriger vers le nord-est, où les chances de ciel dégagé en fin de matinée semblaient plus importantes que dans les régions de la Loire. Vers 9 h 40, je me suis arrêté à nouveau en pleine nature afin de prendre quelques clichés du milieu du phénomène, qui devait avoir lieu aux alentours de 9 h 50 (soit 7 h 50 TU). Le ciel était toujours bleu, bien que pas parfaitement transparent. Mais cela ne m'a pas gêné pour l'observation en visuel ni pour les photos.


Vue globale de la position de Mercure au voisinage du milieu du phénomène (c'est le petit point en bas à droite)...


Plans rapprochés sur Mercure et la tâche solaire centrale.

Après encore une bonne heure et demi de route à travers la campagne, quelque part entre Tours et Le Mans, je décide d'observer la fin du phénomène à quelques kilomètres de la sortie d'autoroute de la Ferté-Bernard, afin de rentrer au plus vite sur Saumur puis Poitiers par la suite. Il fait toujours grand soleil.
Je bifurque une nouvelle fois dans un chemin et installe pour la troisième fois mon matériel de prise de vue. Mercure est désormais proche du bord nord-ouest du Soleil. Plus que quelques 30 minutes et ce sera terminé.


Clichés du Soleil à 30 minutes de la fin du phénomène (filtre en polymère noir).


Vingt minutes plus tard, au filtre Astrosolar. Le dernier contact a lieu dans 10 minutes...

Vers 12 h 25 (10 h 25 TU), tout s'accélère : Mercure se rapproche du bord du limbe solaire à vue d'oeil ! J'installe l'appareil numérique le plus possible en face de l'oculaire, le tout protégé des reflets parasistes par un manteau léger (j'avais l'impression de ressembler à un photographe du 19ème siècle sous sa cape noire !). Sur l'écran LCD de l'appareil, le phénomène dit "de la goutte noire" semble se produire. Je jette un oeil directement à l'oculaire et effectivement, bien que le centre de Mercure ne semble pas encore avoir totalement quitté le limbe, l'encoche noire ressemble beaucoup à un "U" collé contre le bord du limbe... Il s'agit d'un phénomène propre aux passages de Mercure et Vénus, mais à cause de l'atmosphère de Vénus, la "goutte noire" est beaucoup plus spectaculaire lors d'un passage de Vénus. Nous aurons droit à ça l'année prochaine. En attendant, Mercure glissait à nouveau dans l'ombre, et en quatre minutes tout était fini. A 12 h 32, le Soleil a retrouvé son aspect "normal"...
Le prochain transit de Mercure après celui de ce 7 Mai 2003 aura lieu le 8 Novembre 2006... et sera totalement invisible depuis la France...


Mosaïque de la fin du phénomène : dernier contact (partie 1).


Mosaïque de la fin du phénomène : dernier contact (partie 2).

Il m'a fallu 2 h 30 pour rentrer "at home", complètement épuisé par ce périple de 500 kilomètres au nord de la Loire pour éviter les nuages d'altitude. J'apprends que la matinée a effectivement été maussade, sauf après 11 h 30 où le Soleil est apparu. Dans ce genre de cas, de toute façon, mieux vaut toujours assurer que ne rien faire et laisser aller : c'est plus ou moins ce que j'avais fait en novembre 2002 pour les Léonides, et j'ai longtemps regrétté de ne pas être parti faire un tour pour éviter les nuages...

Un très beau phénomène, donc, ma foi assez émouvant. Je ne m'attendais pas à grand chose d'autre, mais cela m'a suffit et je suis content d'avoir pu en profiter. A l'oeil, la silhouette parfaitement ronde de Mercure était très bien visible, et c'était très émouvant de la voir aussi bien alors qu'elle est d'habitude quasiment impossible à observer dans de bonnes conditions. Les phases d'entrée et de sortie de la planète sur le disque solaire m'ont également rappelées la fièvre des éclipses et la tension dûe à l'inéluctabilité de l'événement, et sa prédiction toujours aussi précise, à la minute près (concernant ce passage, j'ai bien vérifié sur ma montre que les horaires étaient exacts à la minute près, et ils l'étaient, évidemment). Ça fait du bien de savoir que quelque part dans le ciel il y aura toujours les astres pour nous distraire et nous rappeler le peu de chose que nous sommes... Un peu d'humilité ne fait pas de mal aux hommes, surtout à cette époque. Dommage, encore une fois, que cela reste du domaine des initiés... Mais le 8 Juin 2004, à l'occasion du passage de Vénus, il en sera tout autrement puisque ce passage sera visible à l'oeil nu (une simple paire de "lunettes éclipses" suffit). Une nouvelle occasion à ne pas manquer, puisqu'après ce passage, le suivant se déroulera le 6 Juin 2012 (en France, le Soleil se lèvera avec Vénus en plein transit ! Nous n'aurons droit qu'aux 58 dernières minutes du phénomène). Après ça, il faudra attendre le... 11 décembre 2117... Autant dire que vous pouvez déjà réserver votre 8 Juin 2004...

Sylvain Rivaud,
Société Astronomique de France,
Société d'Astronomie Populaire Poitevine

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