CONFÉRENCE
SUR "LE MONDE DE SATURNE"
Sous
titrée "L'héritage de Huygens"
Par Cécile FERRARI,
Maître de conférence à l'Université Paris VII
Service d'Astrophysique
du CEA Saclay
Organisée par la SAF
À l'Institut
Océanographique rue St Jacques, Paris
Le Mercredi 15 Décembre 2004 à 20H30
Photos : Jean Pierre Martin pour l'ambiance.
BREF COMPTE RENDU
Jean Pierre Martin,
Société Astronomique de France
C'est
une conférence qui tombe à pic, en effet dans quelques jours la sonde Huygens
emportée dans les bagages de Cassini devrait se poser sur Titan, donc une
révision de nos connaissances ne pouvait pas faire de mal.
Cécile
Ferrari est une grande spécialiste
du monde de Saturne, nos lecteurs ont déjà lu ses exploits lors des Rencontres
Astronomiques des Yvelines (RAY) de l'été dernier.

Elle a été présentée par Roger
Ferlet de l'IAP
spécialiste des exoplanètes, que l'on voit sur la
photo ci dessous.


On
part des travaux de Huygens pour mettre cette mission en perspective.
En
fait avant Huygens on ne comprenait pas bien ces bizarres formes autour de la
planète Saturne.
C'est
Christiaan Huygens (oui il y a bien
deux a dans le prénom) le physicien et astronome Hollandais qui le premier
comprend en 1655 que ce sont des anneaux qui sont vus de la Terre différemment
suivant la position de Saturne sur son orbite, comme reproduit sur le dessin ci
dessous par Huygens lui même.
Il
découvre la même année le plus gros satellite, Titan (il ne portera ce
nom que bien plus tard).

Huygens
mesure aussi la période de Titan avec précision (c'est aussi un horloger, qui
va faire faire des progrès immenses dans cette technique). Une des raisons de
ces "premières" astronomiques dues à Huygens tient au fait que c'est
lui qui a les meilleurs instruments optiques de l'époque!!!
Plus
tard Jean Dominique Cassini, fondateur d'une dynastie d'astronomes, qui
vient d'abandonner son compté de Nice natal (Italien à l'époque) pour prendre
le poste de responsable de l'Observatoire de Paris, reprend cette même idée et
profite du prochain passage par la tranche en 1671 (tous les 14 ans et demi)
pour étudier l'environnement des anneaux.
En
effet, le passage par la tranche des anneaux
permet en s'affranchissant de la très forte lumière réfléchie des anneaux
d'observer l'environnement de la planète et ainsi de découvrir de nouveaux
satellites, c'est la raison pour laquelle c'est une période très appréciée des
astronomes.

Les
plus gros satellites ont été découverts par Cassini lors de ces passages comme
nous le fait remarquer Cécile Ferrari :
En
1671 : Japet et Rhéa; en 1684, Dioné et
Téthys.
Puis
un grand trou et c'est seulement en 1789 que Herschel qui lui
aussi à cette époque a les meilleurs instruments, découvre Mimas et Encelade,
plus petits que les précédents. Hyperion vient
en 1848 et Phoebe en 1898 et un
grand vide jusqu'à la fin du XXème siècle
où Audouin Dollfus
découvre Janus en 1966, tous ces satellites sont de plus en plus
petits bien sûr (en moyenne 50km).
En 3 siècles nous avons
gagné 2 ordres de grandeur sur la taille des satellites (5000km à 50km).
Les misions spatiales vont nous en faire gagner encore
en découvrant des minuscules satellites et de plus en plus près des anneaux.
Les
missions Voyager introduisent la notion de satellites
bergers ou gardiens, qui confinent certaines portions d'anneaux comme Pandore
(à l'extérieur) et Prométhée (à l'intérieur) avec l'anneau F que l'on voit
sur la photo. Voir explication de ce phénomène à la fin
du texte.
L'anneau
F (photo) et ses satellites
gardiens a été étudié à fond par notre conférencière à l'occasion du passage de
1995 qui présentait l'intérêt d'être triple en l'espace d'un an (Mai et Août
1995 et Février 1996).
Tous les instruments
terrestres (VLT de l'ESO et CFHT) et extra terrestre (Hubble) sont mobilisés à
cette occasion.
Cécile Ferrari nous
présente une animation de la détection des petits satellites de l'anneau F très
impressionnante dont je ne peux que reproduire la photo ici.


(document
ci dessus de S. Charnoz)
Voyager
découvre une douzaine de
satellites irréguliers de très petites tailles et à orbites inclinées
(astéroïdes de la ceinture de Kuiper capturés par Saturne?).
Puis
vient enfin la mission Cassini, départ en 1997 à l'aide de la deuxième
Titan Centaur, une paire de swings gravitationnels
pour profiter de l'effet de fronde des planètes et hop, en route pour Saturne
que l'on atteint été 2004.
L'épopée
est connue est a été relaté maintes fois ici (voir Archives
Astronews Saturne).
Néanmoins
quelques détails importants.
La mission est prévue jusqu'en 2010, et contrairement aux Voyager, on est on orbite autour de Saturne, on
ne fait pas que passer, on a tout le temps.
La
mission commence d'abord par un sacré numéro, la sonde passe entre les anneaux
F et G pour se mettre en orbite. Tout va bien.
Les orbites d'ailleurs sont prévues afin d'étudier
tout l'environnement, elles sont en "pétales".
Elles
vont permettre plus de 70 orbites dont 45 passages au dessus de Titan, et plusieurs visites
de tous les satellites principaux.
Sur
le diagramme suivant on remarque :
En
rouge l'orbite d'arrivée
En
jaune les orbites à occultation
En
vert les orbites équatoriales
En
bleu les orbites de transfert
En
violet les orbites équatoriales de nouveau
En
gris les orbites à fortes inclinaisons.
Une des grandes découvertes (d'abord par Voyager puis
confirmées par Cassini) sont les surdensités
(ou arcs) dans certains anneaux ainsi que 6 nouveaux satellites (pour le
moment).
Ces
surdensités sont un problème, car d'après les lois de
Kepler, ils ne "peuvent" pas exister.
On
espère que Cassini avec sa grande résolution va permettre d'émettre quelques
hypothèses sur ces étranges agrégats de matière. 'satellite
en phase de formation??)
De
belles photos très précises nous
arrivent tous les jours comme vous le savez en suivant la rubrique des
actualités du site www.planetastronomy.com.
Certaines
sont étonnantes comme les ondelets de la division de Encke.
En
regardant les photos des différentes températures des anneaux, elle nous fait
remarquer que plus ils sont denses plus ils sont froids.
Puis
vient la cible privilégiée : Titan, une
atmosphère épaisse d'azote, une température très froide (-168°C), bref une
Terre au congélateur. C'est pour cela que l'étude de Titan est intéressante, ce
serait équivalent à une Terre en phase de formation. Étudier Titan ce serait
étudier notre passé.
Le
13 Décembre survol de la zone d'atterrissage par Cassini avec de nouvelles
images (pas très claires).
Cécile
Ferrari nous donne rendez vous pour l'atitanissage
(oui je sais ce mot n'existe pas!) le 14 janvier 2005 que nous devrions pouvoir
suivre en léger différé (mais en direct de la sonde Cassini, car les images
sont d'abord stockées dans Cassini) à la Cité des Sciences de Paris.
Bref
une bien belle et intéressante soirée sur le monde de Saturne qui nous met
l'eau à la bouche dans l'attente des prochaines découvertes de ce nouveau
monde.
Merci
Cécile Ferrari de nous avoir fait rêver.
POUR COMPLÉTER TOUTES
CES INFORMATIONS
NE PAS MANQUER LA SOIRÉE SPÉCIALE ORGANISÉE PAR LA SAF LE CNES ET L'ESA
SUR L'ATTERRISSAGE DE HUYGENS SUR TITAN
LE 14 JANVIER 2005 À L'AUDITORIUM DE LA CITÉ DES
SCIENCES DE PARIS
DE 20h30 À …….
ENTRÉE LIBRE DANS LA LIMITE
DES PLACES
CE SERA MÉMORABLE
Bon ciel à tous
LES SATELLITES BERGERS , COMMENT ÇA
MARCHE?
Il
peut paraître étonnant que deux petits bouts de pierre, on les appelle des satellites bergers ou gardiens (shepherd
satellites en anglais) confinent un anneau de particules comme on le voit sur
Saturne (mais c'est un phénomène général), mais on va voir que c'est normal et
lié bien entendu aux interactions gravitationnelles.
Ce
n'est pas la seule possibilité pour avoir des zones avec plus ou moins de
densité de particules, il y a aussi un phénomène lié, les résonances avec les
gros satellites. (voir explication de ce phénomène). Cette
technique basée sur les effets gravitationnels (les forces de marée) comprend
aussi l'introduction de la limite de Roche.
Tout
ceci fera partie d'un texte plus général prévu pour bientôt.
Quelques rappels :
D'après les lois de Kepler, tout corps qui tourne près d'un
corps central tourne plus vite qu'un corps plus éloigné (loi des aires).
Quand deux corps
s'approchent, ils s'attirent suivant la loi de Newton, le plus gros attire plus
fort le plus faible.

Le
cas a) correspond à un satellite
circulant entre deux anneaux, on va voir que là aussi il "garde"
l'intégrité de l'anneau et l'empêche de s'étaler.
En
effet supposons qu'une particule de l'anneau de la partie supérieure veuille se
rapprocher du satellite, mais alors celui-ci quand il va passer devant (il
tourne plus vite car plus près de la planète) va l'attirer (gravitation
universelle) un peu plus et ceci à chaque fois qu'il va la dépasser (effet
cumulatif). Cela va ralentir la particule qui va avoir tendance à réduire sa vitesse
donc à retourner sur une orbite plus haute; elle retourne à sa place d'origine.
Même
raisonnement pour une particule de l'anneau inférieur.
Ce satellite "nettoie"
l'espace entre les deux anneaux (gap en anglais) c'est comme cela que c'est
crée la division de Encke;
c'est le mini satellite Pan (20km de diamètre) qui "garde" cette
division de 300km de large.

Cas b),
c'est le cas où deux petits satellites sont situés de part et d'autre d'un
anneau (fin en général), comme pour l'anneau F de
Saturne.
Avec
un raisonnement similaire à celui ci-dessus, on voit que si une particule de
l'anneau essaie de s'approcher du gardien intérieur (diminuer la distance,
augmenter la vitesse) alors, il va passer de plus en plus fréquemment près de
ce satellite gardien qui l'attire un peu plus à chaque passage. Cela va le
ralentir, et donc le ramener vers son orbite d'origine dans l'anneau. Même
raisonnement si la particule s'aventure de l'autre côté. L'anneau est ainsi
gardé par ces deux satellites.