LES OBSERVATIONS AU T 460
Par Raymond Sadin
| Le
site
Les Messiers Au plus profond du ciel Dans le système solaire En conclusion |
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Au même titre que Patrick et
Frédéric Lequèvre, les concepteurs et réalisateurs
de l’instrument présenté dans cet article, je suis membre
de l’association Sirius de Villefontaine dans le Nord Isère. Lors
des nuits d’observation organisées par l’association, j’ai la chance
de pouvoir poser mon œil directeur derrière les ‘’Naglers’’ qui
accompagnent toujours le 460 ; respectivement les 20, 12, 9, 7, et 4.8
mm sans oublier la Barlow. Je vous propose maintenant quelques descriptions
d’observations réalisées dans l’instrument en question.
Le Site
Le site où nous nous installons
régulièrement est situé dans le massif du Bugey dans
le département de l’Ain (01), à une altitude d’environ 1
000 mètres. Les nuits y sont souvent stables, et la transparence
est elle aussi souvent présente. Le terrain est légèrement
encaissé, sauf en direction du sud où l’horizon est très
bien dégagé. Le Scorpion à son passage au méridien,
est visible dans toute son étendue, jusqu’à son dard ! A
moins d’une heure de route de Villefontaine en Nord Isère, nous
disposons donc d’un site d’observation de bonne qualité qui nous
permet de tutoyer les étoiles. C’est dans ce décor que vient
régulièrement se poser le 460.
Les Messiers
Dans l’instrument les classiques Messiers prennent une dimension qui échappe aux instruments plus modestes. Prenons M76 dans Persée ou M1 du Taureau par exemple. D’une manière générale, dans ce type de diamètre, ces nébuleuses semblent un peu floues, sans trop de détails ; et bien au 460 elles se révèlent d’une riche complexité. M76 livre ses secrets et prend l’aspect d’un nœud papillon tout auréolé, et M1 laisse voir ses traits torturés, tandis que M78 dans Orion évoque une aurore boréale (ou australe), avec un bord sombre dentelé. Les anses de M97 (le Hibou) dans la Grande Ourse se détachent nettement sur le fond brumeux du reste de l’objet.
Dans le Sagittaire, les courbes sombres caractéristiques de M20 (la Trifide) glissent sur un fond lumineux, tandis que M8 (la Lagune) présente sa barrière sombre sur laquelle se détachent des étoiles. Cette barrière coupe la nébuleuse en deux, avec d’un côté l’amas NGC 6530, et sur la partie opposée une surluminosité se détache franchement ; il s’agit certainement d’une région particulièrement excitée par le rayonnement d’étoiles chaudes. M17 (Oméga) laisse voir les clairs-obscurs de ses parties les plus périphériques ; elles sont d’une incroyable étendue. Son bord Ouest, particulièrement sombre évoque l’entrée d’un tunnel spatial. Les étoiles centrales de M57 et M27 sont visibles. La très célèbre et médiatique M42 d’Orion mérite toute sa réputation, en effet, elle ressemble à un agrégat de boules de coton éclairé de l’intérieur par des lucioles. Son image persiste sur la rétine, et le spectacle est tout simplement inoubliable.
La galaxie M33 du Triangle montre ses
propres structures stellaires, comme ses amas d’étoiles ou, la nébuleuses
NGC604 qui s’y distingue parfaitement. M31 d’Andromède s’installe
dans l’oculaire en présentant alternativement des échancrures
sombres et des bras laiteux. Avec ses deux galaxies satellites, la vue
d’ensemble est splendide. Le satellite NGC205 ou M110, au 12 mm, évoque
M31 elle-même observée dans des jumelles 11X80 ! M81 M82 et
M104, pour ne citer que les plus connues, rappellent sans le moindre doute
possible les photos publiées dans les revues astronomiques. La galaxie
M51 des Chiens de Chasse, depuis que nous l’observons dans le 460, se voit
affublée du titre de : rouleau de réglisse !
Au plus profond du ciel
Dans le ciel de printemps fortement apprécié par les chasseurs d’étoiles en fin de vie, nous passons la nuit à naviguer d’une galaxie à l’autre ; mais plutôt devrions nous dire, d’un amas à l’autre. Lors de ces nuits notre livre de chevet a pour titre : Sky Atlas 2000, et les galaxies qui y sont indiquées se retrouvent effectivement dans le champ de l’oculaire. Cependant, les plus faibles situées trop près de l’horizon, restent invisibles … ne rêvons pas !
Léo1 est observable sans problème, et ce bien sur en prenant soins de faire glisser l ‘étoile Régulus en dehors du champ. En appliquant le même traitement à l’étoile béta Andromède et à l’amas globulaire M13 d’Hercule, apparaissent nettement et respectivement NGC404 et NGC6207. Les célèbres NGC4565 et 891 montrent franchement les barres de matières obscures qui courent d’un bout à l’autre de leurs structures. Dans Pégase le Quintette de Stephan est parfaitement accessible. Nous avons aussi vérifié, de visu, la rencontre cosmique entre NGC4038 et 4039, la cérémonie d’union se déroulant dans la constellation du Corbeau. Parfois, en pointant une galaxie du Sky Atlas 2000, comme NGC7331 dans Pégase juste sous le ‘‘Quintette’’ par exemple, nous avons le plaisir de voir se glisser dans le champ, des invitées surprises. Nous consultons alors le : The Supernova Search Charts and Handbook du Cambridge University. Les dessins de ce magnifique atlas nous permettent de mettre des matricules sur les nouvelles venues. L’expérience se renouvelle plusieurs fois durant la nuit.
En ce qui concerne les nébuleuses, si les classiques se révèlent impressionnantes, les petites ne sont pas en reste, à l’exemple de NGC7662 d’Andromède qui supporte le 4.8mm, soit un grossissement de 374 fois. Les nébuleuses (saturne) NGC7009 et le (Clown) NGC2392 supportent elles aussi de forts grossissements (748 fois). Les très petites, comme NGC6772 et 6778 dans l’Aigle ou, NGC2022 dans Orion livrent leur aspect circulaire sans le moindre problème. Le bleu et le vert sont les couleurs les plus caractéristiques de ce genre de nébuleuses, à l’exemple de NGC7026 du Cygne qui à forts grossissement affiche une superbe teinte bleutée. La petite méconnue NGC4361 du Corbeau est elle aussi pleine de surprise. Les dentelles du Cygne peuvent être étudiées sur toute leur étendue, à l’aide de la raquette de commande, en jouant sur les deux axes motorisés. Avec le filtre ‘’Oxygène3’’ elles semblent s’allumer de l’intérieur, d’une teinte légèrement verte, et ce, aussi bien en plaine qu’en montagne ! Un vrai régal pour l’amateur de ciel profond. Ce filtre appliqué aux planétaires, sature les images (les grille) et gomme les nuances.
En ce qui concerne les amas, qu’ils
soient globulaires ou ouverts, ils deviennent de véritables boites
de pierres précieuses, à l’image de M35 et ses voisins 2158
et 2157 qui sont une véritable révélation. Les plus
lointains comme NGC7006 et 6934 du Dauphin révèlent leur
structure et sont résolus en étoiles. Dans l’Ecu de Sobiésky,
NGC6712 (un amas) et la petite planétaire 1298 forment un couple
vraiment très intéressant.
Dans le système solaire
Dans ce type de diamètre, la Lune est d’une luminosité incroyable, il faut directement appliquer un fort grossissement et se jeter sur le terminateur. Le spectacle est là, les cratères prennent un aspect plus fin que dans des diamètres modestes, comme si leurs remparts possédaient une forte inclinaison, tandis que les sommets des pics laissent penser qu’ils sont extrêmement pointus. Failles, rainures et curiosités lunaires sont accessibles sans problème.
Les planètes offrent moins de
richesses. Même si les bandes et les zones de Jupiter sont parfaitement
séparées tout en proposant des nuances pastel, et la tache
rouge et les grandes structures immanquables, l'ensemble manque de contraste.
Sur Jupiter, un filtre bleu augmente considérablement le contraste.
Saturne présente des zones polaires plus sombres que le reste du
globe, et un espace franchement noir sépare la planète des
anneaux. Mars devient accessible, même sous faible diamètre
apparent. Ainsi avec 7’’ d’arc de dimension et sous un grossissement de
374 fois, nous avons vu ‘’Syrtis Major’’ sous une très forte
gibbosité.
En conclusion
Le T460 est une fantastique machine à regarder. Son utilisation est agréable, car très maniable ‘’manuellement’’, et ce tout en douceur, sans la moindre friction. En utilisant la raquette de commande, centrer un objet est d’un raffinement suprême et fort appréciable pour excentrer une étoile trop lumineuse, étudier une nébuleuse étendue ou, cadrer une prise de vue. N’ayant jusqu’ici que rarement utilisé un instrument de gros diamètre, le T460 m’a permi d’accéder à une dimensions de l’astronomie que je ne connaissais pas ou si peu, le ciel vraiment profond ! Et c’est bien là son domaine de prédilection.