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Found 103 results

  1. Dobson Strock 254/1200 Seine et Marne sur le terrain des ballots de foin. 3 dessins : 8661 à 8663. Cette soirée se déroule en compagnie de Malik de mon ancien club de Thorigny sur Marne et du groupe Whatsapp Webastro. Il fera des photos en bande étroite de la nébuleuse de la Rosette avec sa lunette 130. Le pic de pollution qui sévit en IDF laisse sa trace, avec une transparence perfectible, des halos urbains plus marqués que d'ordinaire, dont un vertical à l'est qui apparaît juste cette nuit. Je commence par des amas ouverts de la Licorne. Observation 8661 : Tr5. Trumpler 5 est grossi 109x. Cet amas est assez éparse et ses étoiles sont faibles. A 23h j'ai mis le pull et la doudoune, la veste ne suffisait plus. Il est vrai qu'on est en hiver. Observation 8662 : NGC2236. 109x. Il est concentré et partiellement résolu. Ses étoiles très faibles à faibles se détachent du voile nébuleux VI1 du fond irrésolu. Ca fourmille dans la zone la plus compacte. A 23h30 Malik, présent sur le site depuis 18h, va dormir un peu dans sa voiture. Est-ce contagieux? J'ai aussi un coup de barre. Je prends une pause casse-croûte et marche pour me réveiller. Et ça marche (c'est le cas de le dire)! Je reviens revigoré pour pointer une galaxie du Lynx. Observation 8663 : NGC2532. 109x. Cette galaxie diffuse se révèle faible à très faible avec comme caractéristique notable son centre ponctuel vu qu'en vision décalée poussée (VI3 à 4 soit 25 à 50% du temps). Malik s'est relevé. J'ai mis les gants suite à la morsure du froid. A 0h10, je refatigue et me repose un quart d'heure dans la voiture avant de remballer, laissant Malik seul avec les chouettes et les lièvres. Les ballots de foin Matos de photographe
  2. question existe t'il une appli logiciel type architecture navigation pour donner un cadre/ champs de visibilité sur le ciel des observateurs plutot urbains( porte fenêtres, fenêtres etc). qui,donnerai donc un champs de visibilité precis pour un environement donné et éventuellement reportable sur une appli type stellarium ou skysafari ou autres ???
  3. Dobson Strock 254/1200 Seine et Marne sur le terrain des ballots de foin. 3 dessins : 8658 à 8660. La voiture sert de paravent contre la brise d'Est. Cette soirée sera orientée comète, 3 semblent à portée du télescope. Ca commence mal, j'essuie un échec dans le repérage de la comète Swift-Gehrels dans le Taureau. Par contre je vois la suivante dans le Cocher. Observation 8658 : comète Iwamoto C2018 Y1. Au chercheur 9x50, je la repère très faible et très floue, assez vaste. 75x, 109x, 150x. Je la place sur le dessin à 22h46. Elle s'affiche faible à très faible, très diffuse, à noyau à peine plus accentué. Le noyau est ponctuel en vision indirecte, noté VI3 à 4. Je ne note pas d'autres détails hormis son déplacement sensible pendant le dessin. Un avion passe en plein dessus m'arrachant un cri de surprise. Le vent est éprouvant. Je dirige le tube vers un amas ouvert du Cocher pas loin de la comète et de M38. Observation 8659 : Do18. Dolidze 18. 109x. Cet amas ouvert lâche et faible est détaché. J'ai aussi jeté un oeil à M36 et M38 à proximité. Au risque de me provoquer un torticolis, je trouve la seconde comète de la soirée, 46P Wirtanen dans la Grande Ourse, quasi au zénith. Observation 8660 : comète 46P Wirtanen. 109x. Elle se montre tellement diffuse et faible que j'ai failli la rater bien qu'étant à la position prévue. La vision indirecte confirme sa présence ténue. Très faible à VI1, elle ne révèle pas de signe de déplacement lors de l'observation. Son centre est un peu plus brillant. A 0h35 je remballe.
  4. Bonjour à tous, Ce post pour vous raconter mon séjour Astro-Famille au Sénégal 😎 Rentré il y’a déjà un bon mois, Mais encore des souvenirs plein la tête ! 😆  Bonne lecture ! 1/ Préparation et départ : Ce fut probablement l’étape la plus stressante... car plusieurs problèmes à appréhender. Le premier (après celui où il fallait convaincre madame que je comptais emmener tout mon barda) était de trouver une destination répondant au cahier des charges suivant : • Un bon ciel • mais pas trop éloigné de la civilisation non plus • Météo au rdv et soleil avec 30 degrés en avril • location d’une maison avec piscine, pour une famille avec 3 filles (8 mois, 4ans, 6 ans...) • pouvoir y emmener mon matoss Astro sans pbm de règlementation du pays • avec une compagnie aérienne permettant d’emmener du poids sans se ruiner • Et enfin que tout ça ne coûte pas une blinde A cette période j’avais donc le choix entre l’Asie (genre Thaïlande) que je connais déjà, le sud de l’Europe (mais il n y fait pas encore assez chaud), Maroc/Tunisie on connait deja, et l’Afrique subsaharienne que je ne connaissais pas du tout. J’ai exclu l’Amérique du Sud car trop loin et assez cher. J’avais le Sénégal dans mes cibles depuis un moment, et j’ai donc fait les simul de vol et de location de maison. Ca a très vite matché ! Maison de ouf sur la cote à 1h au sud de Dakar, pas excessivement chère, avec piscine privée, 1ha de terrain magnifiquement arboré, et une dame de maison (à noter : le terme d’usage la bas c’est « Une Fatou » perso j’adhère pas trop donc je dis dame de maison ☺️) qui fait le ménage et la bouffe 6 jours sur 7 🤤🤤🤤 Le cadre parfait pour convaincre Madame 😏. Pour le vol : Air Sénégal, vol direct env 5h, et tenez vous bien, 46kg de bagage par personnes ! Ça commençait donc à bien se préciser... j’ai fait les dernières vérif, pour être sûr que tout irai bien pour la ptite famille, puis fait valider à Madame, et zou ! On réserve pour deux semaines, au programme Astro-Farniente en famille ! Le probleme suivant : comment emmener tout mon matoss en avion ? Pour rappel mon truc c’est la photo, j’ai donc une AZEQ6 complète avec trepied, rehausse, 10kg de contre-poids 😆, tous ce qui est alim queue d’aronde, et tout un tas de bricoles... Bon tout ça j’ai réussi à bien caser dans les valises enveloppées de t-shirts et de couches pour bébé 😁. Le vrai probleme c’est ma lunette 130/780. Evidement hors de question de la mettre en soute ! sauf qu’au plus court possible elle mesure 60cm de long. Et le bagage cabine c’est 55cm Max.. tanpis en tant que tête brûlée je le tenterai comme ca. Reste à trouver un sac de voyage de 60cm de long, ça parait simple mais en fait pas du tout! Après plusieurs commande/retours sur Amazon j’ai trouvé par hasard un truc pilpoil chez un marchand de bagages chinois dans une galerie de centre co. Parfait !👌🏻 J'ai bricolé deux socles a partir de mousses recupérées, enrobé de papier bulle et parée a voyager ! Je vous passe le stress des préparatifs des bagages. Avec la hantise d’oublier LE mini câble qui fait qu’on peut rien faire, et qu’on a ramené touuuuuuuussa pour rien ! Le Jour-J arrive, petite, nan, grande montée de stress à l’enregistrement des bagages, puis aux portiques ou sont scannés les bagages cabine. Les 5cm d’excédent passent comme sur des roulettes 😁. 2/ L’arrivée :  Comment dire.. déjà sur les photos la maison était tellement top qu’on avait peur de se faire arnaquer. Finalement tout était exactement comme ça devait être : une immense maison parfaitement décorée, un grand terrain arboré, une magnifique piscine parfaite et sans vis à vis pour la famille, une vue extra sur la lagune, sèche à cette période de l’année... le bonheur. Mais passons au sujet qui nous interesse, je monte mon premier instrument ! Une belle paire de jumelles 25x100 empruntée à un copain du club, sur un trépied photo. Héhé j’ai réussi à caler tout ça dans les bagages 😏. Et je découvre rapidement les joies de l’observation diurne, les arbres au loin, plusieurs sortes d’oiseaux tous aussi colorés. Et quelques singes, dont on reparlera plus tard... 3/ L’installation du setup :  La première nuit je dois dire que j étais trop fatigué du voyage, autant je suis courageux et motivé, autant il me restait 15 nuits pour en profiter, donc bon j’ai remis au lendemain. J’ai quand même pris le soin de repérer ou éteindre toutes les loupiotes du jardin, j’ai dû fouiller pour débrancher des trucs alimentés par panneaux solaire. Puis j’ai jeté un œil au ciel, et franchement pas degeu, on va dire équivalent à un ciel à 45 min de Paris, avec Orion visible à l’œil nu. Étant surtout orienté photo, ça me paraissait tout a fait convenable ! Puis j’ai cherché la polaire... et la impossible à repérer, je savais qu’elle serai basse mais quand même 😥. Le lendemain fin de journée je commence donc à installer la monture, j’attend que la nuit tombe et je cherche plus assidûment la polaire... surprise je la repère ! Elle est entre les branches d’un grand baobab ! Et impossible de mettre ma monture beaucoup plus loin car je ne disposais pas de rallonge aussi grande... tanpis je fais avec J’ai donc galéré une heure voir deux, avant de trouver une position de monture parfaite pour avoir la polaire à travers les branches du baobab et dans le réticule. Heureusement à cette période de l’année Les baobabs ne sont pas feuillus ! La vache je pensai ne jamais y arriver. Je passe sur la suite de la mise en station qui s’est plutôt bien passé. Je n’ai pas commencé à shooter ce soir là car j’avais entre autres des réglages de backfocus à peaufiner. 4/ Les plaisirs de l’Astro (ça fait un peu film de cuisses nan ? 😅) J’ai commencé Les choses sérieuses le lendemain en démarrant la première cible sur ma liste : Le Trio du Lion. Et comme d’hab en photo, une fois la session lancée on se sent très vite inutile 😅. Alors j’ai dégainé les jumelles et me suis régalé sur Orion. J’ai pu faire découvrir à ma plus grande sa première soirée d’observation. Elle a appris a repérer la grande ourse, le baudrier d’Orion et sa nébuleuse à l’œil nu. Puis elle s’est empressés d’aller raconter à sa maman qu’elle a vu la nébuleuse de Florian 😂. Et puis rebelotte Les jours suivant, après avoir absorbé suffisamment de photons du trio je suis passé sur la chaîne de Markarian, puis NGC4565. Des cibles très hautes et accessibles à partir de 20h30. Les premières nuits j’avais le croissant de Lune en début de soirée pour m’éclater les rétines aux jumelles. Et top surprise ! j’ai eu droit au rapprochement Lune Jupiter. Un régal, les deux objets pil poil dans le champs des jumelles !  Enfin j’avais prévu de consacrer les trois dernières nuit à M8 histoire d’avoir autre chose que des galaxies à traiter. Très basse mais encore accessible a partir de 2h30, à ses 20 degrés d’altitude. Malheureusement l’astrophoto ça ne se passe rarement comme on veut, deux nuit de suite j’ai lancé les poses et le soft a planté au bout de 40min.... je me levais à 6h pour parquer et retrouvait le setup tout bugué... Et la troisième et dernière nuit, j’étais prêt à faire nuit blanche pour surveiller, et ben ciel voilé par des nuages d’altitude 😕. Résultat j’ai que la couche Ha de cette belle nébuleuse. 5/ Le retour 😓 Ben y’a pas grand chose à raconter... on range on remballe, on reprend l’avion, on retrouve le froid, la vie parisienne grisonnante.. Et on vient tout raconter ici histoire de garder encore un peu l’esprit la-bas... Voilà pour ma petite aventure en famille dans ce beau pays... Merci d'avoir lu !! Malik PS : j'ai failli oublier de parler des singes !!! #Jumanji !
  5. Dobson Strock 254/1200 Seine et Marne 3 dessins : 8632 à 8634 Suite au terrain boueux aux ballots de foin, je m'installe de nouveau sur le site de la ferme comme lors de l'unique soirée de décembre. Les soirées dégagées pour le ciel profond sont rares en ce moment. Je passe une bonne partie de la soirée sur des amas ouverts des Gémeaux. L'atmosphère est assez turbulente au départ. Observation 8632 : NGC2420. 75x, 109x, 150x. Il est vu très faible, petit et flou au chercheur 9x50. Le Strock le résoud déjà bien à 75x. Cet amas condensé me montre ses étoiles assez faibles à perceptibles sur fond irrésolu laiteux très faible. Les chouettes sont bruyantes, notamment une au sud-est dans un arbre du pâturage. Observation 8633 : NGC2395. 75x, 109x. Cet amas lâche n'est pas très remarquable, surtout en comparant avec le précédent. A minuit des nuages venus du Nord longent l'horizon ouest et vont un peu monter. Je constate d'ailleurs la présence de voiles par endroits après minuit, on sent que ça se dégrade par le nord. Le dernier objet est une nébuleuse planétaire des Gémeaux, moins connue que le Clown mais bien plus vaste. Observation 8634 : PK205+14.1. Cette grande nébuleuse dite de la Méduse est vue sans ambiguité très très faible à perceptible, très diffuse à 75x, mais qu'avec le filtre OIII. Je remarque aussi que son éclat est inégal. Et ce alors que des cirrus gênent par moments. Ce soir, le froid humide est dur à supporter et entraîne un peu de buée par moments. Les vaches s'agitent dans l'étable. Le givre au sol rend le remballage pénible, vu que j'enlève les gants pour accélérer le rangement du petit matériel. On dirait que les atlas sont passés au freezer!
  6. alula-australis-stf1523ab-hip-55203-mesures/ PS: A compléter avec quelques GIF pour la turbulence….
  7. Surfeurs, surfeuses, bonjour, Avec le mauvais temps ici dans le sud, je vous propose un petit CROA de ce dernier trimestre 2019, durant lequel j' ai essayé de me familiariser avec mon matos et différents logiciels de traitement... Le météo n' était pas très coopératif, et même s'il faisait "beau" il y avait soit du mistral soit un ciel peu transparent, mais on fait ce qu' on peut . Vos remarques et suggestions pour améliorer mes exploits dans le future sont bienvenus En poses courtes, j' ai eu des résultats encourageants avec mon TN 30cm f/d 5.3 et l' ASI ZWO 385 que m' était généreusement offert par ...les lutins de père NoëL Le premier est M1, pris en photo fin décembre et début janvier. Acquisition totale de 1733 images de 5 secondes, soit 2h25min en total. Suite, NGC 2392, la fameuse nébuleuse d' Eskimo, prise le 15 janvier, 5400 subs de 400 msec et 7500 subs de 200 ms (1h en total) La nébuleuse NGC 1514 ne se prêtait pas pour des poses courtes, ici le résultat de 5h d' exposition (115 x 30 secondes, 771 x 10 secondes et 1021 x 7 secondes): Ces derniers mois j' ai aussi essayé de revaloriser mon ancien tube Meade Schmidt-Newton (25cm - f/d 4) un relique myope que j' ai depuis 20 ans.... j' ai changé PO, miroir secondaire, nettoyé l' optique, collimation infernale....eh bien vous voyez les résultats (photos prises avec un Toupcam EP3 6300) ci-dessous. Mon schéma de traitement: -Acquisition avec le logiciel Risingsky fourni avec le Toupcam -empilement avec DSS (après présélection des images sur base de leur FWHM et score) -SIRIL (autostretch/Asinh, deconvolution, réduction du gradient) -GIMP et FITSWORK, corrections cosmétiques. M 106, 118 x 120 secondes (binning 2x2) M90 (et sa voisine IC 3583), 135 x 60 secondes (2h15 en total) : En RVB (avec un ASI 178 MM) j' ai fait un shoot de la NGC 2903 (Leo), 6h25 temps de poses, binning 2x2: Enfin, pour compenser vos efforts de lecture jusqu' à ici, une image des galaxies NGC 4568 et 4567, (les jumeaux siamois) prise le 11 mars, quand j' avais 10 minutes d' accès au Liverpool Telescope (2 mètres) sur La Palma. L' image est composée de deux poses avec le filtre sloan "g" (115 secondes) et "r" (175 secondes) -enfer à calibrer en RVB . Le but était surtout de distinguer la différence de couleurs (et donc l' âge) entre les jumeaux.... J' espère que mon CROA vois plaise. Bonne journée, Jacques
  8. Nuit du 8 au 9 novembre 2018. Strock 254/1200. Terrain d'observation la Canelilla à l'Hacienda des étoiles au Chili, région du Coquimbo. 13 observations : 8577 à 8589. Cette nuit commence comme souvent par l'observation d'objets bas, le premier étant un amas ouvert de l'Autel. Observation 8577 : NGC6200. Je vois cet amas ouvert déjà au chercheur 9x50 comme une tache floue très faible. Je l'observe ensuite à 75X. Bien que bas, il me montre sa richesse avec ses étoiles considérablement brillantes à perceptibles. Comme cet objet est bas, je troque le dossier de la chaise contre le surélévateur en bois du siège directement posé au sol afin de ne pas me tordre le cou et les cervicales. Puis je me dirige vers le bas-centre du Sagittaire, vers delta, pour observer quelques nébuleuses planétaires et un amas globulaire. Observation 8578 : IC4776. Cette nébuleuse planétaire est vraiment petite, quasi stellaire à 480X, autant dire qu'à 75X le seul moyen de la repérer est par blinking Oxygène 3 auquel elle répond bien. Cet astre considérablement brillant ne réagit que très faiblement en HBêta par contre. Observation 8579 : M54. Voici l'amas globulaire Messier du coin, qui est vu comme une étoile floue considérablement faible au chercheur 9x50. A l'oculaire du Strock, il est brillant et bleuté ciel à 75X, vraiment pétant, notamment au centre. A 343X, il reste très concentré et ses étoiles sont trop faibles pour qu'il soit bien résolu, me montrant juste quelques étoiles perceptibles à ce grossissement malgré une turbulence favorable qui est moyenne. J'observe la deuxième nébuleuse planétaire du Sagittaire de mon programme de cette nuit. Observation 8580 : PK3-14.1. Contrairement à la précédente, celle-ci va me montrer un peu de diamètre à 480X, où elle est un peu floue. Alors qu'elle était stellaire à 75X, considérablement faible et réagissant très bien au filtre Oxygène 3 et pas du tout en HBêta. La constellation du Sagittaire, et en particulier cette partie, sont maintenant bien basses. Après une pause casse-croûte, je vais monter plus haut pour observer des objets vraiment emblématiques du Petit Nuage de Magellan dans le Toucan. Observation 8581 : NGC346. Ce complexe nébulaire est vraiment facile, me montrant beaucoup de détails, avec une partie de structure qui fait penser à une galaxie spirale, et pourtant c'est bien une nébuleuse diffuse, qui réagit très bien en Oxygène 3 et considérablement faiblement en HBêta. Cette nébuleuse est plutôt brillante à vision indirecte pour ses parties les plus faibles, elle est complexe, pleine de nodosités et draperies et en plus colorée vert pomme. 150x, 218x et 109 x. Je suis fatigué, il est déjà 1h du matin. L'autre objet bien visible est un amas globulaire qui pourrait concurrencer M13 dans un 200 sous nos ciels européens. Cet amas globulaire a la malchance de se situer à proximité d'un phare de l'hémisphère sud qui est l'amas globulaire 47 du Toucan, dit aussi NGC104, ce qui fait qu'il est souvent délaissé. Par cette observation, j'espère vous inciter à l'observer si un jour vous avez la chance d'aller observer dans l'hémisphère sud. Observation 8582 : NGC362. Cet objet apparaît déjà comme une étoile floue assez brillante dans le chercheur 9x50. Il explose d'étoiles à 75X et 150X, étant brillant, bleu avec un centre pétant. Quel bel amas globulaire résolu! Pierre et Bruno ont décidé d'unir leurs forces pour pointer ensemble sur le gros Dobson. J'observe ensuite quelques objets plus discrets du Petit Nuage de Magellan. Observation 8583 : NGC458. Observé à 150X et 343X, il est résolu et me montre des étoiles à 343X, VI2 à 5, ce qui est vertigineux quand on pense qu'il s'agit d'un amas globulaire situé à près de 190000 années-lumière dans une autre galaxie! Ce qui aide, c'est que la turbulence est exceptionnellement stable aussi à 1 sur l'échelle de Danjon, à 343X. Cet objet est considérablement faible à faible. Observation 8584 : IC1660. Cet amas ouvert est une petite tache très faible et petite à 150X. Je prends ensuite mon courage à deux mains pour avancer sur mon programme d'amas ouverts dans la Voie Lactée de ce qui est notre ciel d'hiver français à savoir la Poupe et le Grand Chien. Observation 8585 : Ru21. Dit aussi Ruprecht 21. Cet amas ouvert est fourni, dur à dessiner avec ses étoiles considérablement faibles à perceptibles à 75X. A 3h10, je suis tout seul sur la colline de l'observatoire car mes comparses sont partis dormir. Observation 8586 : NGC2374. Cet amas ouvert du Grand Chien observé à 75X est riche avec une zone plus condensée avec ses étoiles considérablement faibles à perceptibles. Un avion a trouvé le moyen de passer en plein dans le champ à 109x et de me faire sursauter. Pour qu'il n'y ait pas de jaloux, après le Petit Nuage de Magellan, je vais rendre visite à son grand frère, le Grand Nuage de Magellan. Observation 8587 : NGC2092/2100. Duo d'amas ouverts NGC2092 et 2100 dans cette galaxie satellite dans la constellation de la Dorade. Dans le même champ d'oculaire, le premier est très faible avec des étoiles perceptibles, tandis que le second est plutôt brillant, riche et très serré à quelques encâblures de l'énorme nébuleuse de la Tarentule, hors champ à 218X. Observation 8588 : NGC2108. Cet astre est très faible à 218X, et c'est visiblement un amas globulaire car il en a toute l'apparence non résolue. Depuis mon observatoire terrestre, ce qui est impressionnant c'est le silence absolu. Il n'y a vraiment aucun bruit tout autour, la nuit étant figée dans son écrin de cristal. Je termine en apothéose avec un ensemble d'amas ouverts nichés dans le Grand Nuage de Magellan. Observation 8589 : NGC2043 à 2072. Imaginez qu'à 150X et 218X vous ayez dans le même champ quasiment une dizaine d'amas ouverts. C'est ce qui m'est arrivé lors de cette observation. Alors commençons donc cette énumération par NGC2043 qui est très faible à VI1. Puis une première ligne est constituée par NGC2046 très faible, NGC2047 très faible à VI1, NGC2058 plutôt faible, et NGC2059 qui est vue VI1. Une seconde ligne est formée de NGC2057 qui est faible, NGC2065 considérablement faible, NGC2066 VI2 et un peu à l'écart NGC2072 vu VI1. Cet intéressant ensemble finit par s'effacer dans l'aube à 5h40. La nuit s'est terminée de façon magnifique sur ce groupe. La suite des photos touristiques : Le 29 octobre 2018 Ovalle La Feria, marché d'Ovalle. Les boutiques sont quasi mono-activité. Dans une droguerie, des médicaments dont je douterai de l'origine, les contrefaçons étant légion sur ce continent. Les couleurs du Chili sont omniprésentes sur cette boutique. Marchand de fausses fleurs. Vendeur de croquettes pour chiens et chats. Le 12 novembre 2018, Pichasca, Ovalle et la vallée del Encanto Aujourd'hui, nous descendons vers Ovalle. Passage par Pichasca et sa verdoyante vallée. Musée préhistorique de Pichasca Dans un parc au bord de la route vers Pichasca, parmi des jeux d'enfants, une paroi rocheuse abrite dans ses cavités des perroquets tricahue Petit arrêt à la place d'Armes (place centrale) d'Ovalle Nous passons au marché couvert pour quelques courses et là surprise, on tombe sur un musée dans un wagon, sur le parking! Puis direction un site archéologique déjà visité une autre année, la Vallée de l'Enchantement vers Ovalle. Beau rapace caracara chimango à la Vallée de l'Enchantement. L'une des nombreuses pierres tacites de la vallée, creusées par les indiens El Molle. Entre 2 rochers marqués par les indiens El Molle, vivent ces petits rongeurs, les dègues du Chili Les pétroglyphes de comètes Cette formation s'appelle le visage du diable Le bain Inca
  9. II- Sur des nuées de vapeurs Episode précédent : http://www.astrosurf.com/topic/124994-lumières-des-terres-arides-épisode-i-compagnons-des-bords-du-monde/ Le Dieu était au sommet du ciel et son oeil fixe m'interpellait : "Qu'as-tu fait de tes nuits ?" et le son de sa voix était de millions d'étoiles de cristal s'entrechoquant. Tombant à genoux je m'écriai : "J'ai dormi ! Une nouvelle fois j'ai dormi !" Quelques étoiles filantes se détachèrent du ciel comme des larmes de cristal et j'entendis un rugissement tectonique : "Alors cette fois tu seras condamné à ne rien trouver. Tu erreras sans but entre les constellations. C'est ta pénitence." -"Nooon !' m'écriai-je en m’éveillant. Car j'avais dormi et me réveillai en sueur. Ainsi suis-je revenu une troisième fois jouer à la marelle dans les constellations australes, au rythme des braiments de l’âne et des jappements du renard. Il y a la montée vespérale à la colline-observatoire, montée symbolique aux étoiles car il s’agit d’une ascension vers le ciel, mais aussi grimpette physiquement un peu raide après un abondant dîner souvent arrosé, il faut le dire, au Carménère qui est endémique dans le coin. La nuit est établie et je marche dans mon souffle à la lueur d’une frontale rouge. Des cailloux peints en blanc bordent le chemin. Excellente idée pour le retour, car si à l’aller on trouve forcément le chemin du sommet, au retour il y a plusieurs moyens de se perdre un peu dans la descente, surtout quand on a le nez en l’air. Autrefois la chatte Grisette jouait à m’effrayer en bondissant de buisson en buisson dans la nuit d’encre. Désormais seule la voix du renard sera audible dans le silence minéral de la redescente, comme le jappement de quelque chien de Gabriel dans les lointains. Je monte guidé par Rigil Kentaurus. Alpha et beta du Centaure sont des feux nets et qui ne scintillent pas. A l’ouest le Scorpion plonge derrière la montagne, les pinces en avant, sa fausse comète comme un jet de diamants. Il faut s’habiller chaudement car en toutes saisons les nuits sont au minimum fraîches : nous sommes à 1500 m d’altitude. Et cette fois ce n’est que le printemps. Après la relative chaleur des jours succède vite le froid des nuits. Le ciel de diamant ne les réchauffe pas. On monte au théâtre des contemplations comme le pénitent va au pèlerinage. Il y a quelque chose de la cérémonie. Chacun a ses rituels. Xavier arrive toujours frais et dispo après l’un de ses désormais mythiques cycles de sommeil. Bruno règle ses écrans rougeâtres. Je trébuche sur un caillou pourtant peint en blanc. Tout est bien. Il y a une belle heure, quand le ciel se pare de teintes sombres. Le bleu a viré au violet puis à la violine. La nuit arrive rapidement, elle prend le pas sur le jour avec force, avec puissance, implacablement. Le vent qui souffle ici régulièrement en journée tombe d’un coup, une histoire d’inversion des températures semble-t-il. Un silence absolu se fait alors, sans bruissements d’insectes, sans aucun des bruits résiduels auxquels on est habitué. C’est un silence où le son lui-même pourrait ralentir, s’engluer, se figer. On pourrait entendre battre son coeur. Alors dans l’atmosphère ultra-stable, les étoiles s’allument vraiment. Sans aucun scintillement. Nettes, même au ras de l’horizon. Elles brillent fixement dans un silence spatial. Une angoisse se fait. Sentiment d’être un primate égaré sur un grain de sable en orbite autour d’une étincelle perdue en bordure de cent milliards d’éclats de cristal. Ce n’est pas un environnement conçu pour l’humain, on le sent, on le ressent intimement par toutes les cellules du primate destiné à ramper. Sur le terrain, le sentiment est d’être dans un cirque lunaire ou sur le piton central de quelque cratère, à la surface en tout cas d'un astre sans atmosphère. Encore une fois les étoiles brillent d’un éclat fixe. Les nuits ici ne sont pas romantiques, mais stupéfiantes, hypnotiques et implacables. Le ciel n’est désormais plus sombre mais comme fait de matière noire, de cette qualité de noir connue uniquement des lieux oubliés. Ce n’est que plus tard, quand la voie lactée sera levée, que nous retrouverons même nos ombres dans une nuit toujours sans diffusion mais éclairée de millions de soleils. Xavier est venu avec un programme millimétré, méthodique, une vraie machine. C’est “la máquina”. Bruno semble venu avec un programme assez souple, mais un programme. Quant à moi je n’ai absolument aucune idée de rien, comme souvent. Je retrouve l’observatoire à toit roulant, qui abritait un C14 sur une Gemini 41, dans un triste état. Des indélicats ont saccagé les lieux alors qu’ils étaient cependant mandatés pour en être les gardiens. La monture a été pliée sur sa base par un choc avec le toit roulant. Le tube optique, qui était véritablement au-dessus du lot de la production industrielle et qui m’avait si souvent enchanté par ses images découpées au rasoir, gît démonté dans un coin. Rien d’irréparable probablement, mais une tentative idiote de démontage de la lame de fermeture et de recollimation dont il n’avait absolument pas besoin a parachevé le saccage. Il est inutilisable pour cette fois. Je me souviens qu’il reflétait une voie lactée si brillante qu’on aurait dit que des gouttes de cristal ruisselaient sur son tube d’aluminium. Plus tard dans le séjour nous tenterons de réparer une partie des dégâts mais sans y parvenir totalement : l’appairage de la lame de fermeture avec le miroir primaire est perdu. Il faudrait un banc optique. Grand dommage pour ce tube vraiment exceptionnel qui j’espère trouvera une deuxième vie, mais pas pour ce séjour. Seul le lit est intact dans l’observatoire. Ce n’est pas l’accessoire d’astronomie le moins utile. Nous y pratiquons de temps à autre une sorte de régime de la couchette chaude, comme dans les bateaux, partageant les siestes non pas en fonction des coups de tabac mais des coups de millions de soleils. AH, se perdre à nouveau dans les constellations éclatantes, surchargées ! Reprendre contact avec ce ciel sauvage qui danse une ronde de lumière autour du pôle Sud. En cette saison le navire Argo émergera de la montagne en deuxième partie de nuit, en marche arrière, la Poupe la première, rapidement suivie de la Carène puis des Voiles. En 2011 j’avais écrit : “Ici le ciel est sauvage, dévorant et fou ; chaque soir il prend la terre et l’étreint dans un accès de beauté” (1). C’est toujours vrai. Le C14 étant aux fraises faute aux barbares, je m’empare du 406 (TN 406/1827). L’idée d’utiliser un escabeau pour accéder à l’oculaire me paraît incongrue, ah ces Newton sont étranges. Je fais ma révolution culturelle et me retrouve vite perché à des hauteurs vertigineuses, le bazar est branlant sur le sol inégal, le gros Dobson en revanche est dur sur ses axes, du coup il faut tirer et pousser avec force mais douceur tout en même temps, enfin je vous jure, mais où est l’axe de déclinaison, ah oui il n’y en a pas. Pour couronner le tout Xavier me met en garde : “ne tombe pas dans le trou du Dobson”. Me prend-il pour un benêt, effectivement je manque plus d’une fois tomber la tête la première sur le primaire, manquerait plus que ça, sûrement sept ans de malheur en perspective ? Au moins sur les SC y’a-t-il une lame de fermeture, on ne risque pas de tomber dedans, mais qui a été m’inventer un truc pareil je vous le demande. Un Monsieur Dobson, moine de son état, ben voyons. Il aurait mieux fait d’inventer une marque de bière. Et où est l’axe de déclinaison ? Ah mais c’est qu’il n’y en a toujours pas, et justement le trou du Dobson ce n’est pas ça me dit-il, mais le croisement des deux axes au zénith, du coup plus rien ne bouge ou à peine. Mouais, me dis-je, ça bouge à peine ça je m’en étais rendu compte, sauf l’escabeau qui a la danse de saint-Guy. Ca s’annonce folklorique. D’ailleurs le dieu accroché au sommet du ciel m’avait prévenu : tu accoucheras dans la douleur. Ce que je fis. Rétrospectivement ces quatorze nuits se rassemblent en une nuit unique où je tâtonnai pour tenter de retrouver des chemins, bravant la malédiction. Pour le fun je pointe Mercure dans le couchant. Au 406 avec les Naglers 16 puis 9, quoique très brillante elle ne révèle pas grand-chose et, à la réflexion (c’est le cas de le dire), rien du tout. Saturne au Nagler 9 est en revanche très fine. C’est une très belle vision, avec la division de Cassini bien sûr mais également celle de Encke, l’anneau de crêpe, l’ombre des anneaux sur le disque, l’ombre du disque sur les anneaux, les pôles assombris donnant une sensation de relief à l’ensemble. Trois satellites sont visibles. Bref, c’est la quasi totale saturnienne. Mars, au Nagler 9. Fine, des détails et formations sont perceptibles contrairement à juillet où le confetti orange était noyé sous une tempête de poussière globale. La calotte polaire, brillante, donne du relief à l’ensemble. On voit la sphère. Mars est une orange, si j’osais. Xavier m’invite à observer NGC 6496 dans le Scorpion, avec son flying Strock (TN 254/1200). C’est un amas globulaire ovale. Etonnant. Non résolu, il est discret mais une poignée d’étoiles apparaît au centre. Dans le Scorpion toujours et en revenant de M7 pour le plaisir, je tombe sur NGC 6441 ou “amas des pépites d’argent”. Le petit globulaire apparaît assez concentré, mais comme entouré d’un léger halo au Nagler 7. Mais tout s’enfuit rapidement à l’ouest, la fausse comète sombrant derrière la montagne dans un ultime jaillissement de diamants. Pour renouer avec le ciel austral je pointe Rigil Kentaurus : deux composantes dorées apparaissent. Il est toujours émouvant de contempler ce système, triple en fait, dont le troisième larron ici invisible est l’étoile la plus proche. Plus à l’ouest les nuages de Magellan sont éclatants. Perchée au bord du grand nuage, la Tarentule attend. Il me semble que ses yeux luisent. Au gros Dobson j’appelle Bruno, qui me demande s’il y a un filtre… Mais non. Avec le Nagler 9 elle explose. Le grand nuage déborde largement du champ. La Tarentule brille. Ses petits yeux sont perçants. Son corps est tourmenté de volutes, de nodules, de filaments verts et maléfiques. Elle est complexe et tourmentée, filandreuse. Au Panoptic 41 elle tient cette fois intégralement dans le champ. Impressionnante, menaçante, elle rayonne d’un vert empoisonné. Oméga du Centaure est absent en cette saison. Je me souviens que c’était un bouillonnement d’étoiles parfaitement résolues. Une flambée de soleils. Par un effet optique l’oeil le faisait s’animer, bouillonner. L’étalement de soleils sur une si grande surface était impressionnante. On aurait pu palper ou lécher ce miel stellaire. Mais cette fois il est absent et restera perpétuellement juste sous l’horizon, au désespoir de Bruno. Mais un autre amas globulaire perce le ciel. Dense, il est à la fois énorme et très brillant. C’est un phare. C’est 47 Toucan. Au gros Dobson avec le Nagler 16 c’est un puits de lumière granuleux. La perspective se renverse et je vois distinctement des billes, comme des bulles de lumière mousseuse qui en éclabousseraient les rives obscures. La Croix du Sud se lèvera bien plus tard et je revisiterai d’ailleurs les classiques avec un plaisir toujours intact, même si je n’en ferai plus l’énumération détaillée ici. D’ailleurs en cette saison la voie lactée se lève tout aussi tardivement, paresseusement. Mais elle émerge de la montagne dans une gloire de lumière. Très contrastée, tourmentée de nébuleuses obscures qui lui donnent relief, épaisseur et volume. Une belle Capricornide raye le ciel d’un trait de diamant. Puis Eta Carène apparaît au ras de la montagne. Je m’en empare avec avidité et le gros Dobson. L’hypergéante explosée montre clairement deux lobes avec un Ethos 13 : la nébuleuse de l’Homoncule. C’est un double champignon atomique, l’un au-dessus, l’autre en-dessous, l’étoile au centre. L’ensemble est vu de trois quarts, j’ai l’impression d’être positionné au-dessus. Le lobe supérieur est saillant, tandis que l’inférieur, plus petit et partiellement masqué, donne une profondeur et met l’ensemble en perspective. Le double champignon, atomique au sens littéral du terme, est stupéfiant de relief. Dans les deux lobes sépia des détails sont visibles. Oui il y a des détails, quand bien même l’ensemble émerge au ras de la montagne et ne doit pas encore dépasser 10 degrés de hauteur. Je remplace l’Ethos 13 par tous les Naglers à ma disposition, successivement les 16, 9, 7, 5. Mais c’est au 13 mm qu’elle reste définitivement la plus belle. Les deux lobes sont finement détaillés. Des structures complexes y sont visibles. Il y a des zones sombres et de densités différentes. L’ensemble reste petit à l’oculaire, mais les deux lobes donnent une impression de relief irrésistible qui restitue profondeur et perspective. J’assiste en direct à l’explosion d’une supernova. Pour rire je tente un filtre OIII. L’étoile vire au rouge sombre, certaines nébulosités gagnent un tout petit peu en densité, mais globalement l’ensemble s’éteint : c’est définitivement nature qu’elle est la plus belle. Je reprends mes esprits après une longue contemplation. Le silence est opaque. Ahh si, vers le fond du cratère, enfin du terrain, le bruissement très étouffé de quelque engrenage repositionne un instrument automatique. On pourrait presque s’attendre à capter, par un micro resté ouvert sur l’autre bout du monde, le grésillement nasillard d’un journal de 20h sur TF1 ou autre émission d’infotainment. Je n’ai jamais trop compris cette pratique en chambre, si j’ose dire, mais enfin c’est ainsi. Et puis d’ailleurs, on n’entend rien. Sinon le battement de son coeur. Je m’étais fait la promesse de ne plus acheter de matériel : trop d’instruments dorment au placard, dont les miens. Trop peu d’occasions d’observer, entre les obligations typiques de l’agitation boréale, la météo rarement favorable et les grandes fatigues vespérales. Exit les achats de matériel, donc, mais s’offrir du ciel ça oui. Raison de ma présence ici. J’ai néanmoins et pour une fois fait une entorse à cette règle (car toute règle n’existe que par ses exceptions, n’est-ce pas), en raison justement de ce voyage : je me suis offert une paire de jumelles Omegon 2,1*42. J’ai longuement hésité avec les nobles Vixen, mais ces dernières étaient notablement plus lourdes et surtout plus chères : normal, il doit y avoir plus de verroterie dedans. Et je ne suis pas déçu, je gagne facilement une magnitude, avec un champ gigantissime style 20 degrés. J’ai des yeux de lémurien. Je suis un lémurien dans le désert. Ces petites jumelles droites n’ont de sens que sous un ciel d’exception, je reste donc quelque part cohérent avec mon propre raisonnement. Il n’y a pas de petites satisfactions. J’alternerai ainsi les 2,1x42 et les plus classiques 15x70 pour revisiter les riches amas ouverts qui se bousculent une fois la voie lactée levée. Car remonter la voie lactée, de la Croix du Sud à Sirius, c’est remonter des rivières de perles sur un fleuve de lumière ! Dans la Poupe, NGC 2451 est microscopique aux 2,1x42, petit aux 15x70. Quelques étoiles bleutées accompagnent un solitaire orangé. L’ensemble est discret mais a le charme des lointains. Juste à côté NGC 2477 est étendu, peuplé, riche. Tout à la fois étendu et compact. On dirait un amas globulaire, mais complètement résolu. Ouvert, en somme. Un des plus beaux amas du ciel austral, à mon sens. Dans la Carène NGC 2516, “The Diamond Cluster” le bien nommé, est plus spectaculaire. Plus clinquant aussi. Aux 2,1x42 c’est à peine un petit paquet d’étoiles serrées. Aux 15x70 les gemmes colorées se révèlent. Etendues sur du velours noir, c’est une explosion de couleurs, de lumières. Des étoiles oranges contrastent avec les bleus et les blancs purs, francs et frais, des étoiles alentours. Dans la Carène toujours, NGC 3532, ou “football cluster”, est beaucoup plus dispersé. Il exhibe quelques dizaines d’étoiles blanches, mais une poignée d’étoiles jaunes contrastent comme des opales de feu sur un lit de diamants. Dans les Voiles IC 2391 est une petite chose qui exhibe sept ou huit aigues-marines blanc-bleutées Bien regroupées, elles sont d’aspect semblable, et forment un petit trapèze éclatant et frisquet. Plus loin mais toujours dans les Voiles, NGC 2547 montre une trentaine d’étoiles dispersées, comme une poignée de poussières de quartz bleu. Aux 2,1x42 c’est un fleuve de perles. La voie lactée, nuit après nuit, montre des volutes tourmentées, les nébuleuses obscures plus noires que le noir du ciel. L’impression de relief, de densité et de profondeur est magnifiée par ces petites jumelles de théâtre. Mais le théâtre est cosmique, et je reviendrai au fil des nuits en longues contemplations sur le fleuve des perles. En attendant je repasse au gros Dobson. Vite, au sud-ouest je retrouve NGC 253 : la galaxie du Sculpteur. Evidente, vue de profil ou plutôt de trois quarts elle apparaît en diagonale et exhibe ses spires ostensiblement. Un reste de pudeur l’empêche de se montrer de face, mais ce profil vu de trois quarts restitue une sensation de profondeur. Fine et évidente au Panoptic 41, elle emplit le champ oculaire au Nagler 19. Je distingue facilement des différences de densité dans la matière et les gaz environnants. Dans le Sculpteur toujours et infiniment plus discrètes, NGC 7507 et NGC 7513. Au gros Dobson elle sont dans le même champ avec le Panoptic 41. La première m’apparaît comme une galaxie elliptique vue de face. La seconde, plus loin, est une spirale vue de trois quarts. Au Nagler 19 j’en discerne la barre, en diagonale, mais même ici sous le ciel de diamant et avec un grand diamètre les spires sont difficiles. L’ensemble reste discret. Dans la Dorade, NGC 1566. La galaxie se devine dès le Panoptic 41, mais elle est détaillée au Nagler 16. J’essaye le 9 mm mais elle s’assombrit. Je repasse au 16, qui est définitivement le meilleur ici. La galaxie, vue de face, est brillante, bien structurée. Deux spires sont détaillées, avec des différences de densité perceptibles. L’ensemble baigne dans des volutes de gaz. J’ai l’impression d’observer un flocon de neige figé dans un voile de givre. Un peu plus bas, NGC 1596 est bien perceptible au 16. Vue par la tranche et en diagonale, elle est nettement moins spectaculaire mais le fuseau est évident en vision directe. Par un effet de perspective et de reconstruction cérébrale sans doute, j’ai l’impression au bout d’un moment qu’elle s’enfuit. Une âme en fuite, me dis-je. Non loin et toujours dans la Dorade, NGC 1553 et 1549 sont deux petites choses vue par la tranche, la première me semble horizontale et la seconde presque de face, comme de trois quarts. Deux tachouilles figées dans l’éternité. Dans le Grand nuage de Magellan, NGC 2080 ou nébuleuse de la tête de fantôme, est brillante mais irrégulière. Un coeur baigne dans des voiles de gaze. On sent les énergies à l’oeuvre, on devine des processus physiques sûrement complexes. Il y a un côté vivant et dynamique. Mais hormis la curiosité, peu d’émotion pour moi au final. Toujours dans le GNM, NGC 2077. Ouh voilà qui est bien complexe. On dirait des traces de pattes de chat, Grisette qui aurait marché dans de l’encre verte. Le PSA indique aussi 2078 et 2079. Je veux bien le croire. Il y a un entrelacs de nébulosités, l’encre verte a été projetée entre les traces de pattes. De très fins filaments sont perçus directement. Il y a comme des voiles de fumée, des fumées vertes bien entendu. Il y a à la fois du spectacle et de la finesse. Intéressant à détailler en prenant son temps. Mais je plains les dessinateurs. Plus tard, en bordure de la Dorade, dans le Centaure, IC 2944 ou “Nébuleuse de la Poule qui court”. Je ne discerne aucune poule, et encore moins au galop. L’ensemble est plutôt diffus et, pour tout dire, tient plutôt du rond de fumée céleste. Il faut y passer du temps et utiliser la vision décalée, même ici sous le ciel andin et au gros Dobson. Alors apparaissent des zones de contrastes différents. Des brumes de vapeurs. Des souvenirs de fumées. Dans les Voiles, je trouve NGC 3132. La nébuleuse planétaire exhibe ses pétales de fleur vus de face. Il y a en fait, autour du résidu d’étoile bien visible, un rond de fumée. Celui-ci semble se diffuser sur les bords, formant ainsi trois pétales. En prolongeant l’observation je vois des différences de luminosité dans ces pétales, qui apparaissent mouchetés. Il y a un effet pommelé. Bien que petit, l’ensemble est délicat, à la fois contrasté et doux. Intéressant et beau, à condition de s’y attarder un peu. Bien plus à l’est, je m’échine à chercher le casque de Thor. Tout est difficile, ça freine, ça grippe, j’accouche dans la douleur, le dieu n’avait pas menti. Mais tout de même, s’acharner à ce point ! Xavier qui passe par là me le trouve en 5 secondes d’un air désinvolte. J’en suis comme deux ronds de flan. Le Casque de Thor est ici magnifique. Bien que discret, même avec le gros, il se révèle au filtre OIII. Au Panoptic 41 je distingue 2 extensions, Xavier en voit directement 3. Evidemment. Le centre forme une bulle bien structurée. La partie située à l’avant est plus brillante. Assez brillante, même. A la contemplation, il y a des différences de luminosité maintenant évidentes dans la bulle. J’y passe un moment. C’est tout de même la transfiguration de l’objet aperçu sous le ciel boréal des Vosges moyennes du nord. “Sculptorides” et “Carénides” abondent. Elles laissent des sillages de fumée verte qui se mettent rapidement à onduler, en une sorte de danse au rythme des turbulences de la haute atmosphère. Il pleut des météores danseurs. Mais dans la nuit résonnent des coups sourds, comme un martèlement rythmique, antique. Xavier s’est redressé et frappe lourdement le sol de ses pieds. Il s’agit là de quelque danse ancienne, me dis-je, la vivante réincarnation de rituels indiens sous le ciel hypnotique. Et d’ailleurs il émet maintenant une sorte de psalmodie : “houlà houlà, làà, houlà houlà làà... !”, en rythme. Il est toujours déconcertant de constater les effets de l’indicible sur les gens. Un peu plus et, mais oui, il se roulerait au sol façon crise d’épilepsie. Les effets du ciel-qui-rend-fou, sûrement. Peut-être va-t-il même falloir se dire adieu, ah mourir ici sous des larmes de cristal ! Mais la litanie se mue très vite en quelque chose de bien plus prosaïque : “Merde, meeerdeeuh !” et je dois sortir de ma transe. Non cette fois c’est sûr : il a dû casser un crayon. Au moins. ...Et c’est tout de même moins pire en réalité, car il est victime d’une invasion de fourmis. Type sud-américain, piquantes quoi. Attirées par les victuailles qu’il trimballe dans son sac à dos, sans doute. Ah la gourmandise. Et puis aussi quelle idée, me dis-je, planter son Dobson sur une fourmilière. Je retourne à mes observations. Vite dans le Paon avant qu’elle ne disparaisse, NGC 6744 : vue de face, faible et diffuse au 16, allongée dans le sens nord - sud au 9, à force d’observation j’y perçois des zones de densité différente et, mais oui, plusieurs spires ou au moins des départs de spires ! J’en ai noté 4, peut-être 5 mais sans certitude. Tout est dilué dans des voiles de brumes vertes sur des rivages phosphorescents. A proximité il y a un petit globuleux brillant, NGC 6752. Résolu et bleuté il semble néanmoins s’étendre dans quatre directions. Une petite croix de diamants. A côté brille une étoile, comme un compagnon d’éternité. Une éclatante Carénide griffe le ciel, Xavier marmonne qu’il a failli crier “lumière”, ça devait être une magnitude -3 ou -4. Elle laisse une longue traînée verte persistante. D’ailleurs de retour dans la Carène, qui en a profité pour bien monter, et après bien des errements, je retrouve NGC 3324. La Nébuleuse Gabriela Mistral. Née justement ici, dans la vallée de l’Elqui, la poétesse chilienne révèle son profil aquilin dès 16 mm. Un peu plus bas brille un amas ouvert que j’identifierai plus tard comme NGC 3293. En son centre repose une gemme orange. Mais c’est avec un filtre OIII que la poétesse se dévoile complètement. L’ensemble est curieusement assez compact et brillant, je peux passer au 9 mm. Mais je préfère toujours le 16 qui donne évidemment plus de champ et de lumière, et restitue au final mieux l’ensemble dans son jus, si j’ose dire. Le profil aquilin est tout à fait évident, et ce visage vu de profil se dilue dans une traînée de brumes. Un fantôme dans la nuit. Mais la danse de Saint-Guy de mon escabeau s’amplifie et soudain un déséquilibre se fait dans l’équilibre précaire des forces qui composent d’ordinaire le trio échelle - Dobson - observateur. Des pensées s’enchaînent rapidement : ne pas perdre l’objet très laborieusement trouvé, mais je renonce vite et dois choisir entre tomber sur le Dobson et choir au sol. La première option est inenvisageable, je risquerais d’endommager le primaire, alias le Précieux. La seconde est moins enquiquinante, je risque juste de me casser la jambe. Mais le dixième de seconde de réflexion est passé et je chute en épargnant le Dobson, au péril de mes membres. Une dernière pensée stupide me traverse l’esprit : Xavier va crier “lumière !”, mais non c’est idiot puisque c’est de bruit qu’il va s’agir. Donc el escabadem : patatras ! Le tout dans un fracas d’aluminium qui se replie. “Ne vous inquiétez pas, je n’ai rien !”, m’empressai-je de dire. Mais personne ne répondit. Je n’entendais que le frottement du crayon sur le papier. Plus loin une exclamation étouffée du genre “meerdeuh j’ai pas le fmvh” provint du secteur des écrans rougeâtres. Heureusement je n’ai que quelques égratignures, bande de sans coeurs. L’univers lui-même s’en fout, qui continue sa ronde de diamant dans un silence opaque. Je me remets de mes émotions lorsque plus tard, à l’est, M42 émerge de la montagne. Ce classique parmi les classiques du ciel boréal mérite la visite ici, sous le ciel parfait, avec un instrument de compétition. M42 montre de grandes ailes de feu vert. Leur extrémité est d’une belle teinte saumonée rouge brique. Mais les ailes sont ici renversées, hémisphère austral oblige. Au centre, dans le trapèze, je distingue une poignée de minuscules points rouges qui deviennent, au Nagler 16, six petites étoiles pourpres. Je reviens au 41 et les ailes de feu renversées forment une coiffe étendue, une sorte de chevelure faite de fibres et de volutes entrelacées. Alors sous la coiffe émerge une forme. Un contour se dessine. C’est le crâne d’un animal. J’y reviendrai souvent et j’aurai toujours la même vision. Ce n’est pas l’effet de mon imagination. Sous les bois étincelants, il y a un crâne, le crâne d’un cerf mort. Au fond de son orbite gauche brille une étoile du champ. C’est une vision insensée mais qui se reproduira pourtant à chaque fois. Je regrette de ne pas avoir osé à ce moment-là mon premier dessin d’astronomie. J’ai même été tenté de le reconstituer a posteriori, mais ce serait erroné et vain. Les ailes renversées sont en réalité des bois de cervidé resplendissants, brûlants. Dessous émerge le crâne, vu de face, comme sorti du néant. Son contour est net. La mâchoire est ouverte sur le vide. Au fond de son oeil gauche une étoile brille. J’ai chevauché un cerf mort sur des nuées de vapeur. En fin de nuit il flamboiera au zénith. [à suivre] (1) C’était ici : http://www.astrosurf.com/topic/6103-croa-fragments-de-vide-au-bord-du-monde-episode-i-vers-lhorizon/
  10. Nuit du 6 novembre au 7 novembre 2018. Terrain d'observation la Canelilla à l'Hacienda des étoiles au Chili, région du Coquimbo. Strock 254/1200 16 observations : 8549 à 8564. Je commence la nuit en observant Mars qui est quasiment au zénith dans le Capricorne. Observation 8549 : la planète Mars. Malgré son diamètre décroissant à 11,3 secondes d'arc, elle me montre beaucoup de détails avec une turbulence moyenne ce qui me change des observations en France, où elle était basse cette année. Les images sont en effet assez stables dans le crépuscule. La petite calotte polaire Sud est vue immédiatement ainsi que quelques nuages sur le limbe. L'observation se fait d'abord sans filtre puis avec le filtre rouge pour renforcer le contraste des formations puis le filtre bleu pour bien confirmer les nuages. Je la grossis directement à 480X. Mes compagnons d'observation Pierre et Bruno sont là, ainsi que Raymond le propriétaire de l'observatoire et du site. Pierre est arrivé en silence derrière Bruno pour demander qui était là et ça a fait sursauter ce dernier, ce qui nous a tous bien fait rire. Le puma des Andes a encore frappé! Puis je commence les observations ciel profond de cette nuit avec déjà la réobservation de plusieurs objets. Observation 8550 : NGC6397. Cet amas globulaire est situé dans la constellation de l'Autel, dit Ara en latin, qui va bientôt se coucher. Il est déjà visible au chercheur 9X50 comme une large tache assez brillante à centre plus brillant. A l'oculaire Nagler 16 à 75X il est aussi assez brillant. C'est une explosion d'étoiles à 75X et 109X où il est déjà très résolu. Quel calvaire à dessiner, il est vraiment très riche! Sur la même carte de l'atlas Uranometria 2000, je glisse un peu plus vers l'Est ce qui vu l'orientation du ciel revient ici à glisser un peu plus vers le haut, pour regarder un autre amas globulaire dans la constellation du Télescope (sous le Sagittaire en déclinaison). Observation 8551 : NGC6584. Dans cette constellation inventée par l'abbé Lacaille, cet amas globulaire apparaît au chercheur 9X50 comme une étoile floue très faible. A 75X, il est assez faible à considérablement faible, bleuôté, et en poussant le grossissement à 150X, je note un début de résolution et des lignes non résolues d'étoiles. Pas mal pour un amas globulaire dont les étoiles les plus brillantes seraient de magnitude 15,5 d'après le Deep Sky Field Guide, catalogue associé à l'Uranométria. Je poursuis mes observations d'objets avec l'amas de galaxies de la Dorade, notamment ses composantes les plus spectaculaires. Je rappelle que cette constellation située vers le pôle céleste Sud est celle où se trouve la plus grosse partie du Grand Nuage de Magellan. En s'éloignant du pôle à partir de cette galaxie satellite, on tombe sur cet amas bien plus lointain. Observation 8552 : NGC1515. Cette galaxie allongée est considérablement faible à 75X, et à 150X les extensions ont tendance à s'effacer. 109X est le grossissement optimal pour voir des nodosités dedans. A proximité, une galaxie satellite orbite autour d'elle, NGC1515A qui est vue VI2 à 150X. Observation 8553 : NGC1566. Cette galaxie spirale est le joyau de l'amas de galaxies de la Dorade. Elle est assez faible à 75X où l'enroulement des spires est déjà perçu. A 150X, le bras Est est vu en vision indirecte VI1 tandis que le bras Ouest apparaît moins facilement en vision indirecte VI2 à 3. J'ai grossi 75X, 109X et 150X pour détailler cet objet alors qu'un peu de fatigue se fait ressentir à quasiment 1h du matin. Je vais me reposer un peu dans l'observatoire à l'occasion d'une pause casse-croûte. Observation 8554 : IC2066. Je grappille cette galaxie VI1 à 109X dans le champ de la précédente. Elle était déjà perçue dès 75X. Je me rapproche d'Alpha de la Dorade pour regarder un couple de galaxies de cet amas. Observation 8555 : NGC1596 et NGC1602. NGC1596 est vue assez faible, très effilée, et a pour voisine NGC1602 qui est très faible et diffuse. Je prends quelques photos à côté avec le bridge Panasonic, avec des temps de pose de 15 secondes à 1600 ISO, et les résultats sont plutôt étonnants avec ce ciel de folie. Observation 8556 : NGC1581. Cette galaxie est faible, petite et allongée à 109X et 150X, avec une turbulence à 1 ou 2. Les images sont de cristal. Je change de constellation, pour me diriger vers les constellations qui correspondent à notre ciel d'hiver, destination la Colombe. Cette constellation se situe au pied sud-ouest du Grand Chien et affleure à peine l'horizon dans nos contrées d'Europe du Nord. Mes cibles dans la Colombe sont deux galaxies très intéressantes. Observation 8557 : NGC1808. A 75X, elle est bleutée et en grossissant plus à 109X sa structure spirale est supputée, puis confirmée à 150X. Un bras Nord est très faible à VI1 tandis que le bras Sud est flou et VI1 à 2. Observation 8558 : NGC1792. Cette galaxie observée assez brillante à 75X est bleutée. A 109X et 150X, elle m'apparaît grumeleuse. Bizarre. L'examen de photos sur Internet le lendemain m'apprendra que c'est une galaxie spirale effectivement très grumeleuse avec plein de nodosités, au point de rendre sa structure spirale peu lisible. Je vais maintenant quitter ces galaxies assez lointaines pour explorer l'une des deux galaxies satellites de notre Voie Lactée qu'on a la chance de pouvoir voir depuis notre site chilien. Il s'agit du Petit Nuage de Magellan dans le Toucan. Observation 8559 : NGC220/222/231. J'observe un enfilement de 3 amas ouverts à 75X, 109X et 150X. Le plus à l'ouest NGC220 est considérablement faible à faible. Celui du milieu NGC222 est faible. Le plus oriental NGC231 est très faible et révèle des étoiles à la limite en vision indirecte 4 à 5 en poussant le grossissement à 150X. C'est un groupe intéressant. Je suis désormais tout seul à cette heure-ci. Il est 4h15 du matin. La seule présence, si on peut dire, est le ronronnement des instruments en remote qui sont tous au travail. Ces instruments sont une nouveauté du site de la Canelilla qui propose l'hébergement de télescope de particuliers ou de clubs. Je poursuis mon exploration des amas ouvert du Petit Nuage de Magellan avec le couple suivant. Observation 8560 : NGC241/242. Ce couple NGC241 et 242 est dessiné à 75X et 150X. Ils sont faibles et minuscules, mais n'oublions pas que ces amas ouverts se situent à près de 190000 années-lumière de nous. Observation 8561 : NGC248/256/265. Nous avons là un mélange d'objets : les nébuleuses NGC248 et 256, et l'amas globulaire NGC265. Plus précisément, NGC248 est très faible et réagit bien en Oxygène 3 et pas du tout en HBêta. NGC256 est considérablement faible et ne réagit à aucun des deux filtres cités. NGC265 reste très faible, diffus et en vision indirecte son centre est plus brillant. Observation 8562 : NGC269. Cet amas globulaire observé à 150X est très faible et très diffus dans l'aube qui est de plus en plus présente. J'arrête là les observations d'objets faibles du ciel profond mais profite encore de l'opportunité d'observer deux belles étoiles doubles. Je les repère grâce au Pocket Sky Atlas, vu que j'ai oublié ma liste d'étoiles doubles australes à la maison, bien joué... Observation 8563 : thêta de l'Éridan dit aussi Acamar. Cette double est brillante à 75X et 343X où elle me montre ses deux composantes respectivement très brillante et brillante, séparées de 8,2 secondes d'arc. Une bien belle double très brillante, assez large mais incolore, avec une turbulence qui par contre se dégrade à l'aube, de 4 à 5 sur l'échelle de Danjon. Enfin, le dernier objet de la nuit est une autre étoile double dans le Phénix. Observation 8564 : dzeta Phoenicis. Cette étoile double du Phenix est inégale et serrée à 75X. Je vais les séparer plus franchement à 343X avec une composante brillante et une composante considérablement faible orangeâtre, séparées de 6,4 secondes d'arc. Il est 5h50, je descends me coucher. La suite des photos touristiques : le 28 octobre 2018 la réserve de Humboldt partie 2. Au nord de Punta de Choros, paysages côtiers magnifiques. Et encore des cactus. Une plage magnifique et vide, il faut dire que l'eau est fraîche ici à cause du courant de Humboldt qui remonte de l'Antarctique. Autre fresque à Punta de Choros, je reconnais nos amis les guanacos. Et le renard de Magellan. Un petit phare au sud de Punta de Choros. Un panorama pour illustrer ce lieu magnifique. Punta de Choros depuis le phare. Goéland Sur une autre plage pleine de coquilles vides, un huîtrier d'Amérique. Pélican. J'ai eu la chance de réunir sur cette photo un pélican, 2 goélands et un courlis corlieu.
  11. Bonjour Avec un peu de retard je vous propose un petit CROA d'une soirée remontant au 26 février. Mardi soir je n’ai pas résisté au scintillement des étoiles, après une mise en station rapide du Mak 127 mm dans mon jardin c’est parti pour une séance d’observation purement visuelle. Pour commencer une cible facile avec la nébuleuse d’Orion M42, toujours aussi magnifique, elle remplit tout le champ de l’oculaire de 35 mm et il me semble percevoir sa teinte verte fluorescente. Un peu au Nord dans le Taureau je rend une visite à la nébuleuse du Crabe, jolie tache grisâtre dont la forme est facilement reconnaissable. A l’Est s’élève le Lion, je pars à la recherche du couple galactique M65 et M66, les deux galaxies d’égale intensité sont facilement visible dans le même champs. Pour les comparer au couple M81 et M82 je vise le sommet de la Grand Ourse. Toutes les deux sont déjà visible au chercheur 8x50mm, à l’oculaire c’est la claque. M82 est facilement reconnaissable avec sa forme de cigare et un petit renfoncement en son centre, M81 est magique, j’ai l’impression de distinguer ses bras en spirales. Toujours dans la Grande Ours je me tourne vers la nébuleuse planétaire M97, une jolie tache ronde et grisâtre, j’en profite aussi pour visiter la galaxie M108 assez diffuse et légèrement allongée. J’enchaîne sur la galaxie M109 plus facile avec un centre bien marqué. Un autre classique me tend le bras, M51, là encore le spectacle est accentué par la grande limpidité du ciel doublé d’une faible turbulence. Les deux noyaux galactiques baignent dans une lueur diffuse et ile me semble distinguer le bras qui les relis, observation confirmer par sa position par rapport aux étoiles voisines. Je continue mon voyage vers M63, un jolie disque diffus avec une condensation centrale, puis d’étoiles en étoiles je capture NGC 5005 très fine et légèrement allongée. Je remonte vers M94, une belle galaxie avec une zone lumineuse plus concentrée. Je rebondie sur NGC 4490 puis NGC4449, toutes les deux visuellement assez semblable, fines et diffuses, avant d’atterrir sur M106 coupée en deux par une barre lumineuse. Enfin il se fait tard et termine par M101, finalement pas si évidente car elle apparaît très étalée et diffuse sans condensation marquée. C'est décidé la prochaine fois je me met au dessin pour illustrer mes observations.
  12. Une soirée ponctuée par les voiles nuageux et les caresses félines ! Du forum, étaient présents : Clément A., Denis, Florent b., FredAstro, Jérémy, Sandrine et moi-même. Sébastien P. et un ami à lui étaient venus en touristes. Parmi le public, un homme, une femme et deux enfants. Les nuages nous accueillirent à notre arrivée vers 18h. Je n’avais porté qu’un appareil photo et je comptais faire un time-lapse de la soirée. Denis avait quand même son dobson. Les astrams arrivèrent petit à petit en même temps que les éclaircies se formaient. Parfois, on gardait espoir car l’observation était possible. On en profita. Au gré des passages nuageux, on discutait autour de la table de réconfort. On voyait dans les champs alentours, une loupiote rouge se balader à droite et à gauche. C’était notre chienne Chara qui chassait. Elle avait au harnais un repère lumineux qui nous permettait de ne pas la perdre de vue. Vers 21h, un chat pointa le bout de sa queue. Il semblait très câlin, se frottant à tous les participants. Chara, revenue voir l’intrus, ne l’effrayait pas et, après un instant d’étonnement, ils firent connaissance et restèrent l’un près de l’autre un petit moment, tentant d’assouvir leur curiosité respective. Ce chat devait être en partie « angora » car il avait le poil long. Sombre de couleur, il affichait des nuances de gris et de marron. Chara, se lassant de sa présence, repartit agrandir les trous et galeries des rongeurs des champs. Ce chat resta un moment encore. Il semblait bien nourri et ne paraissait pas non plus perdu. Il devait appartenir à l’une des fermes des alentours mais c’était bien la première fois qu’on le voyait au pied du mémorial. Quelques minutes encore, plus il disparut. L’astronomie reprit ses droits. Après quelques minutes d’observation, les nuages revinrent plus nombreux mais pas trop épais. Un homme et une femme arrivèrent accompagnés de deux enfants. Il était déjà 22h30. C’est rare de voir des gens venir si tard, surtout avec des enfants. Pendant quelques minutes, des éclaircies nous permirent de satisfaire partiellement leur besoin d’évasion spatiale. Pendant qu’on discutait, je sentis une pression sur mes jambes. Pensant que c’était Chara, je n’y prêtai pas l’attention qu’il aurait fallu, sortant machinalement une croquette de ma poche et la tendant vers mon amie canine. Alors que je restais bêtement avec mon bras tendu vers le sol, attendant qu’une gueule prenne la récompense, j’entendis la petite fille dire : « Oh un petit chat ! ». Il était de retour. Il se frotta à tous le monde, prenant plaisir à voir de nouvelles jambes n’ayant pas encore son odeur. Passé ce moment félin, et les nuages étant revenu bâcher le ciel, les curieux nous quittèrent ainsi que le félin. J’allais rechercher mon appareil photo dans le champ nu. Bien sûr l’objectif était embué car je n’avais pas mis de résistance pour l’empêcher. Je revins à la voiture et télécharger les images dans mon ordi. Au final, la buée n’était arrivait que tardivement. Sur les images, on voit même Mercure que j’avais renoncé à observer, pensant que les nuages étaient trop nombreux sur l’horizon ouest. Le rangement des setups étaient presque terminés. Chara était montée en voiture. La température n’était pas trop fraîche et elle ne semblait pas avoir froid mais elle avait le poil humide. J’enlevais sa loupiote, attachais sa sangle et rabattis sa couverture sur elle. Avec les derniers astrams prêts au départ, on discuta encore quelques minutes. Une nouvelle pression sur les jambes me fit comprendre que le chat était de retour. Il y mettait du cœur, comme s’il voulait me faire tomber. Chacun de nous y eut droit. Pendant quelques secondes, en remontant dans les voitures, on s’inquiétait de savoir si on n’allait pas le blesser. Mais je fus rassurée dès que notre voiture démarra car allumant les phares, on le vit prendre le chemin de terre à droite. Il avait compris qu’on partait et retournait soit chez lui, soit vers quelques autres aventures câline dans un autre univers ! Voici le time-lapse réalisé ce soir-là :
  13. Nuit du 4 au 5 novembre 2018. Terrain d'observation la Canelilla à l'Hacienda des étoiles au Chili, région du Coquimbo. Strock 254/1200 9 observations : 8530 à 8538. Suite à la sortie à la fête du village voisin du Romeral cet après-midi, nous sommes tous un peu fatigués et je viens après un cycle de sommeil. Cette fête était intéressante à voir, mêlant une cérémonie de messe puis une procession religieuse à des danses et rythmes tribaux des Indiens d'Amérique du Sud. En voici quelques photos avec quelques costumes un peu anachroniques des Indiens d'Amérique du Nord! L'Enfant Dieu, ou Nino Dios en espagnol, qu'on célèbre ici aujourd'hui. A mon arrivée, Bruno est déjà en action et Pierre encore en train de dormir. Je galère un peu à re-régler le chercheur. Les premiers objets de la nuit sont des galaxies du Phénix, qui se situe à proximité de l'Eridan vers Achernar étoile principale de cette constellation. Observation 8530 : IC5328. Cette galaxie est vue facilement à 75X à côté d'une étoile brillante assez faible à considérablement faible, condensée et petite. Observation 8531 : PGC71907 et PGC130875. Ce couple de galaxies se situe près de IC5328. PGC71907 est très faible à VI1. La PGC de forme incertaine est VI1 à 150X. Observation 8532 : IC5325. A 150X, elle est facile, considérablement faible et ceci aussi à 75X. Je perçois une structure à la limite avec un éclat hétérogène à 150X et 218X. Pierre arrive à 1h du matin et cette fois-ci il pourra tenir jusqu'à l'aube. Je m'attelle à l'observation d'un amas de galaxies du Phénix, Abell 2877. Observation 8533 : NGC1627. Cette galaxie de forme effilée est faible à très faible et elle s'étend en vision indirecte. A côté se trouve PGC73637 vue VI3 à 109X. Observation 8534 : groupe de galaxies autour d'IC1633. Me voilà au cœur de l'amas de galaxies Abell 2877. A 109X et 150X, il y a du monde mais c'est faible. IC1633 est considérablement faible. Dans son proche voisinage, nous avons deux galaxies VI3 et VI1. Puis un peu plus au nord nous trouvons PGC73688 vue VI1 et une galaxie vue VI3. La partie nord de ce champ nous montre PGC4085 qui est vue très faible puis PGC4104 qui est faible, et enfin PGC73694 vue VI1. A l'opposé du champ côté sud, nous avons trois autres galaxies : PGC73666 vue VI3, PGC73684 vue VI4 et enfin PGC73700 vue VI1 à 2. Observation 8535 : PGC 130092/73697/73698. A 150X, en vision décalée, elles sont respectivement vues VI3, VI3 à 4 et VI2. Je quitte le monde des galaxies pour celui des amas ouvert d'abord dans la constellation des Voiles. Observation 8536 : NGC2660. Il est petit et partiellement résolu à 75X. Même en poussant le grossissement à 218X, il n'est encore que partiellement résolu en étoiles faibles à perceptibles. Très dense, il ressemble à un amas globulaire en cours de résolution. J'ai dû mettre trop de hargne à le dessiner puisque j'ai cassé en deux mon crayon. Ha la qualité Auchan n'est plus ce qu'elle était! Puis je dévie plus vers le pôle sud, dans la Carène, pour observer un autre amas ouvert. Observation 8537 : NGC3255. Cet amas ouvert est petit et très concentré à 75X. Je le résouds en étoiles faibles à perceptibles à 218X. Je suis assez fatigué, il faut dire qu'il est quasiment 5h du matin. Je termine sur un dernier amas ouvert de la Carène. Observation 8538 : Stock 13 dit en abrégé St13. Observé à 150x, cet amas ouvert est assez détaché dans l'aube qui arrive. La suite des photos touristiques : Le 27 octobre 2018 Copiapo, La Silla, vers la réserve de Humboldt. On rentre dans la camanchaca, brouillard côtier né de la rencontre entre l'air frais et humide du Pacifique refroidi par le courant de Humboldt, et le sol chaud du Chili. Camion de transport de matériel minier, nous on s'éloigne des mines de l'Atacama vers le sud. La Silla depuis la route d'accès. Le portail de l'observatoire. Les 2 instruments mythiques de l'observatoire sont proches maintenant. Les bâtiments d'accueil des techniciens et astrophysiciens et quelques coupoles d'instruments secondaires. Guanaco et ânes à la Silla. La coupole du 3.6m et son relais optique interférométrique CAT dans la plus petite, à 2400m d'altitude. Passage obligé dans une salle à côté du NTT pour une présentation de l'observatoire et de l'astronomie en espagnol. Panorama à la coupole du 3.6m. Le radiotélescope SEST La rampe d'accès au NTT et les autres coupoles du site depuis la colline du 3.6m. Le télescope de 3.6m, plus exactement 3.566m, inauguré en 1977. En panoramique, le pont entre l'ancienne technologie du 3.6 et la nouvelle du NTT (New Technology Telescope). L'abri du NTT. L'un des 2 foyers Nasmyth du NTT Le NTT a un miroir primaire de 3.58m. Formule optique Ritchey-Chrétien pour corriger la coma, avec déport de l'image vers des foyers Nasmyth (le long de l'axe d'altitude). En route vers l'antenne radio sub-millimétrique SEST. Panoramique entre SEST et le 3.6m. L'antenne radio sub-millimétrique SEST de 15m de diamètre, plus utilisée depuis la mise en service du réseau de 66 antennes radio sub-millimétriques ALMA. En route vers la côte Pacifique Un jeune guanaco. Avec sa maman. Au même endroit que les guanacos, un renard. Arrivée sur la côte vers la réserve de Humboldt, les nuages bas et la fraîcheur ne nous quitteront plus ici. Le village de Punta de Choros où nous logerons. Depuis notre bungalow, les îles au fond constituent la réserve marine de Humboldt.
  14. bonjour les amis je vous propose un tutoriel video explique comment je traite mes images, niveaux, HDR n couleurs, débruitage et rehaussement des contrastes (conseil affichez les sous titres) NB Issue d'une image d'un co-clubeur AVEX pour qui j'ai traité son image. ce document est fait vite fait, il ne respecte pas toujours l’orthodoxie du traitement et n'explique pas toujours pourquoi tel ou tel paramètre est utilisé, de plus je n'ai pas multiplié certain essais sur des déconvolutions ou des traitement spécifiques de façons à éviter d'allonger cette video déjà longue. La plupart de ces opérations sont réalisables dans photoshop (pas toutes). quand je traite "en vrai" je passe bcp plus de temps a ajuster les paramètres
  15. I : Compagnons des bords du monde Récit d’un voyage au Chili du 23 octobre au 14 novembre 2018, centré sur la nouvelle lune du 7 novembre. Pour Pierre Vesper, tout a commencé par une nuit très sombre, alors qu’il cherchait une petite galaxie qu’il ne trouva jamais. C’est là qu’il les vit, ses compagnons des terres désolées et lumineuses. La voie lactée, tresse brillante tourmentée de nébuleuses obscures et de diamants, leur restituait une ombre dans la nuit d’encre. “Où vas-tu ?” demandais-je à l’un, mais il poussa un cri strident et s’enfuit épouvanté vers son écran rougeâtre, car il ne m’avait pas reconnu. Mais n’anticipons pas. Roissy, 23 octobre 2018 vers 20h30. Après mon TGV depuis Strasbourg et quelques heures d’attente et autres déambulations dans les halls bondés, XavierC arrive tout sourire avec sa fidèle valise et son vénérable flying Strock 254 en sac à dos. Il m’informe derechef qu’il a mangé deux endives et un camembert pour vider son réfrigérateur. Etant parti depuis près de 6 heures je commence à ressentir les tous premiers effets hypnotiques du voyage et reste coi. Chacun ses goûts, me dis-je en m’efforçant de ne pas penser trop fort. Je lui souhaite silencieusement une bonne digestion. Voici un voyage qui commence sous les meilleurs auspices. Lire les présages dans le camembert aux endives n’est pas donné à tout le monde. Nous abordons les contrôles de sécurité. Une légende urbaine affirme désormais que les miroirs seraient devenus indésirables en cabine au motif que, une fois brisés, leurs éclats pourraient former de dangereuses échardes susceptibles de servir d’armes. Décidément, nous sommes à l’ère de la rumeur. Et d’ailleurs nous passons sans encombre. Les douaniers ne sont même plus étonnés par les astro-pèlerins et leurs flying dobsons. L’ère glorieuse des pionniers, des ouvreurs de voies, est déjà dépassée. Tempus fugit, le temps s’enfuit... ...Et d’ailleurs nous aussi, dont l’avion décolle non sans avoir embarqué notre troisième co-voyageur, à savoir Bruno, adorateur d’électrons, de pixels, et pratiquant du culte de l’écran rougeâtre. Quelques instants après nous nous ruons vers la lumière. J’ai gagné mon ciel. Nous planons sur une très longue pente descendante, vers le grand sud-ouest. Ni évidemment morts, ni plus tout à fait vivants. Boîte de Schrödinger volante. Brel chantait Aristote : “Il y a trois sortes d'hommes : les vivants, les morts et ceux qui sont en mer.” Aristote ne pouvait envisager ceux qui seraient un jour en l’air. J'aime cette sensation de ne plus appartenir au monde. Près de 15h plus tard. Nous sortons de la boîte de Schrödinger et retrouvons les couleurs lumineuses du Chili, loin des brumes pré-hivernales méphitiques du nord. Santiago, gare routière Alameda. Le Chili a une spécialité de transports en autocar, de plusieurs niveaux de confort, aux prix dérisoires pour un occidental du nord, si on peut dire, et d’une ponctualité à la logique floue. Sur un quai, notre marée de bagages : mon premier a son flying Strock, mon second des caméras et autre lunette à grand champ, mon troisième une paire de Naglers et deux jumelles. Qui suis-je ? Et, d’ailleurs : où vais-je ? Je mobilise mes souvenirs d’espagnol de classe de troisième et m’enquiers un peu partout comme une âme en peine : “¿Dónde está el autobús a Ovalle?”- où est le bus pour Ovalle, charmante mais sans éclat petite ville du Coquimbo ? “Se fue !” - Il est parti !, me répond virilement et en claquant des mains un chilien râblé d’âge moyen. Bigre. Va-t-il falloir racheter des billets ? Retrimballer les pesantes valises ? Moi j’ai mes semelles de vent, mais les autres, et surtout les astro-imageurs ? Les mines s’allongent, nous sommes partis depuis plus de 24 heures, lorsque… mais, mais oui c’est lui, notre autocar, qui s’avance et affiche fièrement sur son front en lettres de lumière “El Salvador - Le Sauveur”, bon sang mais c’est bien sûr, le bien nommé ! Lentement nous remontons la panaméricaine, plein nord. A gauche, le Pacifique déroule de longs rouleaux gris. Nous achetons des pâtisseries locales trop sucrées comme toujours et nous rendormons les yeux ouverts, de ce sommeil hypnotique dont on s’enivre à force d’heures non dormies. Ville de Ovalle, 24 octobre 2018 au soir. J’ai quitté Strasbourg il y a un peu plus de trente heures. Nous retrouvons Raymond, notre hôte, après 5 années d’absence. Il a toujours le regard des coureurs d’espaces ouverts. Nous poursuivons notre périple dans le 4x4 qui a dû faire l’aller-retour Terre-Lune et une partie d’un troisième voyage. C’est une mule fidèle, un animal de bât dont Raymond connaît les moindres hoquets, une mécanique incassable qui, même cassée, rentrera à l’écurie. Accélérant sur les pistes sèches, il y a dans le voyage des frémissements temporels, tout s’étire, s’étend et se contracte, il y a des accélérations dans l’accélération, je suis maintenant en hypnose, c’est l’ivresse du voyage et Raymond a le pied sur la pédale d’avance rapide d’un film aux contours flous. Retrouver ces terres arides est un peu rentrer chez soi après une longue absence. Un mélange de souvenirs d’autres années, pas si lointaines mais déjà éloignées, nostalgie d’anciennes nuits éblouies de coups de millions de soleils et au goût de menthe poivrée, tisane vespérale du lieu. Nous trouvons pour la première fois la Canelilla, notre lieu de résidence, sous les nuages. C’est inédit, ici au pied des Andes, à 25 km à vol d’oiseau du Gemini Sud. Je n’avais jamais vu ce paysage ennuagé. Nous pouvions compter sur un ciel coronal de façon implacable, sans faille, mécaniquement. Le changement climatique opère globalement, c’est un fait avéré. Nous retrouvons Nadine, maîtresse des lieux, hôte aux petits soins et à la cuisine savoureuse. Le chien Baladin est mort, j’espère qu’il course les chèvres au paradis des animaux heureux. Grisette, autrefois chatte libre du désert, est désormais à la retraite dans la nouvelle maison de nos hôtes. Elle se cache, terrorisée par le successeur de Baladin, une jeune doberman recueillie ici pour le meilleur et qui vibre d’énergie. La colline - observatoire est peuplée d’installations récentes. En plus du traditionnel observatoire à toit roulant du C14 il y a maintenant un abri qui cache un dobson 530 en location séparée et trois constructions basses qui hébergent des instruments automatisés. Un RC 520, une lunette de 127 mm, un Newton 350 et leurs bazars électronifiés respectifs. Pour un peu on entendrait, venu de quelque micro resté ouvert dans l’hémisphère nord, le son nasillard d’un journal de 20H ou autre émission d’infotainment… L’électricité est solaire et il faudra un jour conter comment Raymond a acheminé du wi-fi ici, dans une vallée perdue sur les marches des Andes. Cette capacité à bâtir, dans un endroit reculé et sans aide, à quatre heures de 4x4 du plus proche magasin de bricolage, l’ensemble des bungalows, installations et maintenant observatoires en remote, me laisse toujours admiratif et incrédule à la fois. Moi qui ai les deux mains dans la même moufle et les pieds dans le même sabot me demande toujours, comme devant les pyramides, si cela a réellement été possible sans une aide venue d’ailleurs. Pantois et pantelant après quasiment 40h de voyage, je descends la colline pour rejoindre ma chambre. Hélas très momentanément car si je n’ai qu’une envie, m’allonger, encore faut-il que je m’acquitte d’une tâche ardue : reformater ma lourde valise pour qu’elle passe du statut “3 semaines” au statut “1 semaine”. Demain matin tôt, nous partons en effet pour l’Atacama. Le matin n’est pas encore levé, si je puis dire, lorsque je reprends ma désormais légère et magnifique valise pour un départ d’une semaine vers le grand nord. Je ne sais plus en réalité où je suis exactement : entre les fuseaux horaires, les lenteurs et les accélérations du voyage, les quelques heures de sommeil grapillées ici n’ont pas permis à mon esprit de retrouver mon corps, en quelque sorte. Tel un automate, j’embarque. Pour quelques heures de piste et une bonne journée de panaméricaine. C’est presque une expérience de décorporation et il reste forcément peu de souvenirs de cet épisode, autres que ceux d’être passé au large de La Silla dont nous apercevons les mythiques coupoles, et de m’être observé, comme flottant hors de mon corps au son d’une musique andine jouée je ne sais plus comment par Xavier. Au rythme d’une flûte de pan endiablée, les regards s’éclairent d’étincelles étranges et de sourires entendus. C’est une secte, d’accord, mais laquelle ? Je n’arrive plus à m’en rappeler. C’est à la lisière de ma conscience. Nous avalons la panaméricaine à haute vitesse. Tout est trouble sur les bords. Et au milieu aussi, un peu. Un flux d’air baigne mon front. Parfois il se relâche, mais la plupart du temps il est fort et constant. Une main tire sur mon crâne et m’emporte à Copiapo. La porte de l’Atacama. A l’hôtel, en chambre double avec Xavier et dans l’incapacité de trouver le sommeil, nous regardons des dessins animés en italien. Il faut le faire, me dis-je, venir de France, ici au Chili, au seuil du désert, pour rigoler devant des dessins animés en italien. Xavier se penche à la fenêtre pour essayer de distinguer, dans la nuit orange de Copiapo, l’une ou l’autre étoile. En se dévissant le cou il en trouve une, quelque part au zénith, et aussitôt exhibe avec désinvolture et à ma stupéfaction un gigantesque smartphone qui lui indique derechef, toujours à ma surprise, qu’il s’agirait de Fomalhaut. Moi qui ai toujours connu un Xavier low tech je suis, comme disent les anglo-saxon, flabbergasted. Je range, reformate et défragmente le contenu de ma valise pour que les choses et les événements reprennent un cours normal. Vendredi, 26 octobre 2018. Au matin tôt et après une courte nuit (durant cette partie du voyage les nuits seront toujours courtes, faut-il continuer à le mentionner ? C’est ensuite que les nuits prendront l’avantage sur les jours), nous attaquons la piste pour les hauts-plateaux de l’Atacama. L’ascension, lente et régulière, commence en faux-plat. Au début, nous croisons encore quelques camions. D’imposants trucks, à l’américaine. Mais rapidement nous sommes seuls. Le ciel bleu roi touche la terre sans dégradés, sans nuances, sans pudeur. Au bout de quelques heures de route le paysage est surréaliste : ici un lac de soufre rejoint le ciel, le jaune vif touchant le bleu intense, profond et uniforme, tandis que là un champ de pénitents, silhouettes de neige sculptées par le vent froid, tend ses échardes comme des doigts glacés. Plus loin le salar de Maracunga s’étire en plaine de sel jusqu’à l’horizon. Le blanc pur touche le ciel coronal, c’est une vision de début des mondes. Nous passons en Argentine puis revenons au Chili car ici les frontières se chevauchent, forment des boucles, et dépassons les 4000 m pour continuer à monter. Les sommets des “Tres cruces”, trois volcans andins, occupent l’horizon. Massifs, ils semblent cependant peu hauts et assez proches. Mais nous sommes bernés par l’altitude : ces volcans culminent à 6749 m et, s’ils dépassent assez peu de l’horizon c’est que nous sommes déjà vers 4700 m. La distance est trompeuse également, ici tout semble proche car l’air est d’une transparence de cristal. Aucune poussière, très peu d’humidité : la sensation est d’avoir de nouvelles lunettes. Les myopes comprendront. Ici les nuits doivent être de diamant. Mais il semble que le manque d’oxygène finisse par dégrader sévèrement la vision de nuit. Et puis il fait déjà très froid de jour, ça doit être intenable pour des observations prolongées. D’ailleurs l’air est tellement léger que les efforts semblent un peu plus difficiles même si, à ma grande autosatisfaction, je constate que je réagis bien. Il suffit de s’économiser un peu, me dis-je avec une pointe d’orgueil. Ces histoires de malaises en altitude, c’est forcément pour les inconscients, les imprudents, les inconséquents. Tous défauts que je n’ai manifestement pas. Je me sens bien, très bien même : léger, pour tout dire. Intérieurement, je me ris de la difficulté. Un peu plus loin et un peu plus bas, à 4300 m, nous abordons la Laguna Verde. Ici, l’eau turquoise éclabousse les flancs des volcans. Ceux-ci dépassent de l’horizon avec leurs plumetis enneigés au sommet. Bleu sombre du ciel, turquoise de l’eau, brun et blanc des volcans : telle est l’ambiance, telles sont les couleurs du lieu. Il y a une sorte de refuge décati au bord du lac, une cabane montagnardo-routarde où Raymond nous fait chauffer une infusion de feuilles de coca. Parfaitement légale ici, cette infusion légère anesthésie un peu la gorge mais produit l’effet d’un double expresso. Ragaillardis, nous nous attardons en contemplations. C’est au moment où, en fin de journée, nous remontons en voiture pour aborder la redescente qu’un mal de tronche terrible me tombe dessus. Brutalement et sans crier gare. Mon orgueil de montagnard tout frais s’écroule d’un coup. Puis je suis assailli alternativement de moucherons noirs et de lucioles brillantes. Sans oublier de puissantes nausées. Je suis victime de la terrible Puña, le mal d’altitude qui sévit en ces hauteurs. Il faut redescendre, et vite. Mais vite, tout le mot est là. Ai-je dit qu’il s’agissait, à l’aller, d’un faux-plat s’étirant sur des centaines de kilomètres ? Eh bien au retour c’est pareil. Dans l’autre sens. Ainsi le malaise dura-t-il longtemps, s’étirant au fil des kilomètres de piste de redescente. Je me suis senti tel un Icare qui aurait la migraine dans sa chute. Samedi, 27 octobre 2018. Rétabli sans séquelles (quoi que, diront les esprits forts…) de cette terrible Puña, je prends place dans le 4x4 pour redescendre de Copiapo vers la mythique Silla. Nous filons bon train et nez au vent sur la panaméricaine, dans le sens de la descente si l’on peut dire, lorsque j’aperçois un énergumène planté au beau milieu de l’autoroute. Solidement campé sur ses deux jambes, à cheval sur la bande discontinue, il semble agiter une lampe. Ses fringues bizarres renvoient la lumière, par endroits. “Piéton sur la piste ! “ dis-je de façon humoristique à Raymond juste avant qu’il n’entame de lui-même un freinage d’urgence. Nous arrivons à hauteur de l’inconscient, à qui j’envisageais vaguement de rappeler les règles élémentaires du code de la route (...en français !) lorsque la réalité et la fatalité nous rattrapent d’un seul coup : le costume bizarre était un uniforme, les réflexions sont dues aux décorations, ou plutôt devrais-je dire à la déco’ style latino brillant au soleil, et la lampe… est un radar. Le flic s’avance, très macho, viril, sud-américain quoi. Il n’a pas l’air content d’être encore en vie, bizarrement. Il s’accoude à la portière et sans un mot nous montre l’arrière de sa lampe, qui arbore un nombre : 148. En kilomètres par heure, s’entend. Au lieu de 120, il faut le dire. Oui bon, ce n’est pas non plus la vitesse de la lumière, hein. Mais le gars semble sincèrement en colère. Je saisis qu’il dit des choses définitives et désagréables, du genre “inutile de s’excuser”, “ce coup-ci vous n’y couperez pas”, “amende grillée” et autres paroles blessantes. Plus sérieusement, il a vraiment l’air sérieux, lui, et j’ai la conviction sur l’instant que Raymond va devoir manger son permis de conduire. Mais comme souvent au Chili, les choses prennent une tournure étrange. Dialogue reconstitué (et librement adapté de l’espagnol) : - “Je m’excu…” - “Silence. Inutile de vous excuser. Ni de promettre : je ne vous croirai pas” - “Mais…” - “Et vous allez où ? Vous vous croyez tout permis ? Et qui sont vos passagers ?” - “Nous allons à la Silla. Et ce sont des astronomes français, enfin amateurs…” - “Mmmhhh. Ahh. Moi aussi, je suis passionné d’OVNIS… Mmmhhh…” - ??? - “Et dites-moi : vous en avez déjà vu ?” - “Euh, bah, bon ben c’est que, vous savez, en fait l’astrono…” - “Je le savais, je le savais ! C’est passionnant…” - “Moui bon (prudent)” - “Ici on en voit assez régulièrement…” - “C’est-à-dire qu’en fait je suis propriétaire d’un gîte - observatoire…” - “Un observatoire ! J’en étais sûr, j’en étais sûr ! Et bien sûr…” - “Bien sûr… (?)” - “Ah je le savais, c’est fabuleux, et toutes ces planètes extra-terrestres, enfin extra-solaires, enfin c’est extra et ça confirme tout le reste !” - “(?) Oui, euh, c’est... vrai… (sentant venir le bon coup)” - “Ah c’est fabuleux, c’est extraordinaire !!” - “Oui, euh, magnifique, hemm…” - “Bon ben vous savez quoi ?” - “Euh, non… (espoir)”. - “C’est bon pour cette fois. Mais soyez prudent à l’avenir !” - “Oh merci, oui, oui, oui ! Et passez nous voir, à la Canelilla, avec la famille, une soirée on vous montrera tout ça…” - “Je le savais ! J’en étais sûr ! C’est magnifique ! Merci !” - “Merci à vous ! Qué le vaya bien !” Raymond passe la première et repart sur les chapeaux de roue. Je suis bouche bée. Pour un peu je lui aurais fait le salut de vulcain (“Star Trek”. On a les références qu’on peut). Décidément ces reptiliens sont bizarres. Quelques instants plus tard nous filons aux alentours de 150. Ce gars-là était marrant mais il ne faut pas exagérer : il nous a mis en retard. Le site historique de l’ESO se présente comme une crête de dragon pustuleux, à seulement 2400 m (car nous sommes maintenant aguerris, n’est-ce pas). Les coupoles sont ici nombreuses et témoignent de l’activité de recherche et développement qui anime le lieu depuis les années soixante. Nous visitons d’abord le 3,60 m Cassegrain. Le vénérable est désormais accouplé au bien connu spectrographe HARPS, pionnier dans la détection d’exoplanètes. Notre flic serait heureux. Sous la coupole néanmoins, l’ambiance fleure bon les années 70. On se croirait un peu dans un film rétrofuturiste, ou steampunk. Non loin, voici le résolument plus moderne NTT. Précurseur des technologies déployées au VLT, l’ambiance est ici plus contemporaine. Il y a deux foyers Nasmyth. Xavier reconnaît ça et là des pompes à vide. Sur un mur, un tableau blanc affiche une procédure manuscrite au feutre, en plusieurs langues. Il y a un schéma de câblage du type : “le fil vert sur le bouton rouge, le fil rouge sur le bouton vert” (“La 7e compagnie”. Les références qu’on peut, etc). Sage précaution ici : mieux vaut en effet ne pas se planter. Le miroir de 3,58 m est à portée de main, nous nous en étonnons et frémissons en voyant des visiteurs tendre leurs téléphones juste au-dessus de sa surface pour le photographier. Avec bien plus de précautions et de respect, nous effleurons des doigts la tranche de l’oeil du cyclope. Nous finissons avec le radiotélescope Suédois submillimétrique. L’oreille de géant termine la crête du dragon. Une structure puissante dresse fièrement le disque d’acier de 15 m. C’est une oeuvre d’ingénieur, campé sur des certitudes inébranlables et une foi constante en la culture du progrès technologique. Mais il est néanmoins réformé et tend désormais vers l’horizon son oreille unique et inutile, tel un antique pavillon de gramophone. Sic transit… C’est vers l’océan Pacifique que nous redescendons plus tard. Sur la route, nous croisons des renards peu farouches et une famille de Guanacos, petits lamas du coin. Ici on passe rapidement d’un milieu ultra-sec à un milieu ultra-humide : un brouillard côtier nous accueille, la Camanchaca. Nous prenons nos quartiers dans un bungalow de bord de mer. Avant de m’écrouler sur une couchette je fais et défais ma valise, sorte de reformatage et de défragmentation rituels. Les choses retrouvent ordre, calme et sérénité sous l’oeil de Xavier qui se paye ma fiole. Au programme demain, visite de la réserve de Humboldt et autres promenades en mer. Il fait froid la nuit au bord de l’océan. Un courant frais s’est infiltré jusque sur mes épaules par la fenêtre disjointe. J’ai dormi au vent du Pacifique. Nous partons tôt voir les pingouins, lions de mer et autres mouettes. Les bêtes ne sont pas farouches et nous pouvons leur dire bonjour de très près. Même avec mon 50 mm qui tire forcément bien trop court, je réussis quelques jolis portraits. C’est dire. Xavier, avec son super zoom, traque la moindre moustache de Morse (ou apparenté). Bruno se bat pour sortir d’un mode de pose lente que lui impose son compact depuis le début du voyage. Il y a quelque chose d’héroïque dans ces efforts un peu vains, comme une lutte désespérée entre l’homme et la machine. Des pics dentelés sont visibles sous l’eau. Un rocher affleure comme une bouche ouverte et semble pousser un cri vers le ciel. Un peu plus loin, les plages sont immenses. Quant à moi j’ai oublié ma crème solaire et, malgré la journée grise, j’attrape un fort coup de soleil. C’était pourtant évident et pas très malin : maintenant j’ai la tronche qui pèle. Heureusement j’aurai bientôt quinze nuits pour me soigner. Car demain, après la visite des villes portuaires de La Serena et Coquimbo, nous rentrerons à la Canelilla. Demain s’ouvre le théâtre des contemplations. Demain, flambée d’étoiles. [à suivre]
  16. Nuit du jeudi 1er novembre au vendredi 2 novembre 2018. Strock 254/1200 Terrain d'observation la Canelilla à l'Hacienda des étoiles au Chili, région du Coquimbo. 13 observations : 8486 à 8498. Je commence par faire quelques photos notamment de la conjonction Jupiter-Mercure dans le Scorpion grâce à mon appareil bridge à 1600 ISO et F/D 2.8. Les résultats sont franchement impressionnants. Le Scorpion, pinces et Antarès en bas, plonge sur la droite de l'image vers l'horizon, derrière la silhouette du télescope de 406mm. A gauche, on voit les 2 étoiles principales alpha et bêta du Centaure. Un poil plus tard et plus haut, le centre galactique est au milieu de l'image, le Scorpion à gauche, le Sagittaire à droite, enrichi par Saturne. Le premier dessin de la nuit est sur la planète Mars dans le Capricorne, qui ici est quasiment au zénith, ce qui nous change de l'opposition du mois de juillet à ras de terre depuis la France métropolitaine. Observation 8486 : Mars. A 480X, j'observe Mars de l'œil gauche sans filtre afin de ne pas perdre ma vision nocturne, puis avec l'œil droit avec le filtre rouge 23A qui améliore encore le contraste. Les images stables sont plaisantes, ça me change de l'opposition vue depuis la France. Je note beaucoup de détails malgré le diamètre apparent qui diminue (12"). Sauf erreur j'observe les mers Cimmerium et Sirenum. Je vois aussi la tache plus claire de Hellas ainsi que la calotte polaire Sud. Toute la nuit en fil rouge je prendrai des photos des constellations en regardant avec l'oeil gauche dans le viseur de l'appareil photo, écran repliable fermé, afin de ne pas éblouir mon œil droit observateur et donc de garder mon adaptation nocturne. Le Grand Nuage de Magellan flou est à gauche du centre, l'étoile brillante en bas à gauche est Canopus de la Carène. La région du pôle céleste sud est vers le centre de l'image. Le Grand Nuage de Magellan est en bas, le Petit plus discret un peu sous le centre de l'image. L'étoile brillante à gauche du Petit Nuage de Magellan est Achernar de l'Eridan. Encore une fois, je constate l'invasion des fourmis dans la partie bouffe du sac à dos alors que hier j'ai sorti les barres de chocolat et que j'ai secoué le sac. Une m'a carrément mordu et jeté de l'acide sur la main ce qui me fait mal pendant quelques minutes. Après avoir constaté que le Celestron 14 est hors de fonctionnement, Pierre et Raymond viennent observer Mars au télescope 406 avec Bruno. C'est toute une histoire l'état actuel du C14 : il en est là à cause d'un astro-employé indélicat qui devait assurer la maintenance du matériel. Il a fait la bêtise de démonter la lame de fermeture du C14 pour la nettoyer sans vérifier s'il y avait une marque d'apairement. De plus il a mal parqué le télescope avant de fermer l'observatoire, le toit métallique a tapé la monture, endommageant des moteurs et la plaque de fixation au pilier. A cause de cet imbécile, cet instrument à l'optique exceptionnelle et au suivi impeccable est maintenant l'ombre de lui-même. Je sens que Raymond et Pierre vont passer quelques après-midis à essayer de le remettre sur pied. Je commence les observations ciel profond sur le Scorpion qui descend assez vite, avec un nuage obscur. Observation 8487 : SL28. Ce nuage obscur est observé à 75X et se révèle assez sombre avec des limites très floues. J'observe ensuite un amas globulaire du Sagittaire. Observation 8488 : M69. Cet amas globulaire est assez brillant et bleuté à 75X et déjà résolu. Je l'ai aussi repéré au chercheur 9x50 comme une étoile floue faible à côté d'une autre étoile de même brillance. A 218X, il est bien éclaté avec beaucoup d'étoiles faibles à très faibles plus un fond stellaire VI3 à 5. Il devient assez sombre à 218X et il commence à être bas. C'est vrai qu'il est dans une constellation d'été. Je continue d'explorer la zone de galaxies vers iota du Sagittaire. Observation 8489 : NGC6878A. Cette galaxie n'est pas vue à 150X mais je la repère très faible à VI1 à 109X. Je pense que c'est parce qu'elle était très diffuse et peu contrastée que je l'ai râtée à 150X. Observation 8490 : PGC64319. Cette galaxie est soupçonnée à 109X et confirmée à 150X très faible à VI2 et diffuse. Observation 8491 : PGC64257. Je l'observe à 150X, très faible, condensée et petite. Observation 8492 : PGC64188. Cette galaxie elle aussi n'est pas vue à 150X mais je la repère à 109X, diffuse et VI2. J'arrive dans les choses sérieuses avec les objets du Petit Nuage de Magellan. Observation 8493 : NGC456 et 465. Je suis dans un coin déjà assez riche du Petit Nuage de Magellan dans le Toucan avec NGC456 qui réagit bien en Oxygène 3 et faiblement en HBêta. Juste à côté, je repère aussi NGC465 qui est très faible en HBêta, et il réagit bien en filtrage Oxygène 3. Soit ces objets sont très morcelés, soit j'ai noté plusieurs autres objets à proximité. J'utilise comme grossissement 75X, 109X et 150X. Ce champ est un bel ensemble. Observation 8494 : NGC419. Cet amas globulaire du Petit Nuage de Magellan est observé à 150X et 75X. Bien qu'incolore, il est assez brillant, diffus et granuleux à 343X dans sa zone centrale, waouh! Vers 3h heure locale, Pierre est frigorifié, et découragé de ne pas avoir trouvé le casque de Thor, et du coup il est parti dormir. Observation 8495 : NGC330. Cette fois-ci c'est un bel amas ouvert. Il est petit à 75X. Par contre à 218X et 343X, où il est assez faible, il me montre en vision indirecte beaucoup d'étoiles très serrées, ça grouille d'étoiles. Observation 8496 : NGC416. Il est considérablement faible à faible. Je l'observe minuscule à 75X et le grossis davantage à 218X où il est diffus. Comme la nuit dernière, des nuages venus du Sud-Ouest débordent. C'est quoi ce temps très inhabituel au Chili? J'observe une galaxie du Phénix. Observation 8497 : NGC625. Cette galaxie est observée à 109X et 150X. A ce second grossissement, elle me montre des nodosités VI3 à 5. Elle est considérablement faible, diffuse et allongée. A 4h30, la Lune s'est levée mais reste noyée dans les nuages à l'est. J'ai un coup de barre une fois de plus. Je pointe une galaxie de l'Éridan. Observation 8498 : IC1953. Cette dernière galaxie de la nuit est vue dès 75x très diffuse, faible, et un compagnon très faible facile l'accompagne, c'est PGC13172. La brillante étoile tau 5 de l'Eridan gêne par son fort éclat. Je la sors du champ pour mieux observer les deux galaxies et je n'arrive pas à voir la troisième qui jouxte IC1953 sur ma carte. A 5h, je tombe de fatigue. Des nuages se répartissent entre le sud-est et le nord-est et ils débordent presque jusqu'au zénith. La Lune est noyée dedans. Je me repose un peu sur le lit de l'observatoire avant d'avoir la force de remballer à 5h30 alors que l'aube arrive. La suite des photos touristiques : le voyage aller et l'arrivée à l'observatoire. Dans le car reliant Santiago à Ovalle. En route depuis Ovalle vers l'hacienda des étoiles, on aperçoit l'observatoire américain du Cerro Tololo, que j'avais visité en 2008. Vallée de Pichasca à 30kms de notre gîte On atteint au Soleil couchant le village du Romeral, le plus proche à quelques kilomètres de notre destination. Le Romeral, où on viendra assister à une fête un dimanche. L'hacienda des étoiles
  17. Nuit du mercredi 31 octobre au jeudi 1er novembre 2018. Strock 254/1200. Terrain d'observation la Canelilla à l'Hacienda des étoiles au Chili, région du Coquimbo. 13 observations : 8473 à 8485. Je suis de retour en ce lieu magique du Chili après 5 ans d'absence. Cette fois-ci, j'ai enfin pris le temps de découvrir le reste du pays avec une semaine touristique à notre arrivée, avant 2 semaines d'astronomie à l'hacienda. Je posterai en fin de certains CROAs quelques photos de la partie touristique. Pierre observe sur le télescope 406 de focale 1827 et Bruno image plus loin au sud sur une configuration photo à base de lunette de 70mm près des télescopes en remote. Lunette 130 en remote. Télescope 520 en remote. Je commence par la planète Saturne assez haute ici (40°) dans le Sagittaire. Observation 8473 : Saturne. 480X et 343X. Les images sont assez fines. La division de Cassini est visible sur tout le pourtour. Elle affleure le pôle sud de Saturne. Les anneaux sont blanc crème et le globe est jaune clair. La turbulence est moyenne à 3 sur l'échelle de Danjon. Je poursuis les observations sur un amas ouvert du Scorpion. Observation 8474 : Tr29 ou Trumpler 29. Cet amas ouvert est soupçonné au chercheur 9x50. A 109X, il est assez riche avec des étoiles plutôt faibles à perceptibles. Bruno a des soucis de suivi pour ses photos. Il finira par améliorer la mise en station de la monture HEQ5 à poste fixe sur pied colonne. J'observe ensuite un amas globulaire du Scorpion. Observation 8475 : NGC6496. Il est résolu dès 75X, considérablement faible. A 150X, je vois ses étoiles qu'on dirait en surimpression. Il est bizarrement allongé pour un amas globulaire. Je poursuis les observations sur des galaxies du sud du Sagittaire, vers iota qui est sous l'horizon chez moi. Observation 8476 : NGC6890. Cette galaxie est assez faible à considérablement faible et compacte à 150X. Observation 8477 : PGC64389 et 64391. En préparant mes observations, j'ai imprimé avec Guide 7 les cartes de champ des galaxies principales et j'ai rajouté toutes les galaxies jusqu'à magnitude 15, du coup ces galaxies sont voisines de la précédente. Ces galaxies ne sont pas séparées, je vois un ensemble de 3 condensations faibles à très faibles à 150X et 218X. Observation 8478 : PGC64380. A 150x, cette galaxie voisine des précédentes est très faible avec un centre plus marqué. Elle est diffuse et assez facile. Observation 8479 : PGC64383. Cette galaxie dans le même périmètre que les précédentes est minuscule même à 150X. Elle est très très faible à vision indirecte 1. A 1h le calme est parfait, à tel point que je me demande si Pierre est parti dormir dans le lit de l'observatoire. Observation 8480 : NGC6878 et PGC64328. La galaxie NGC est vue très faible à VI1, très diffuse, tandis que PGC64328 est faible à très faible, compacte à 150X. J'observe une galaxie de la Grue. Observation 8481 : IC5170. Cette galaxie est vue à 150X faible à très faible et très allongée en VI1 surtout. Un spectaculaire météore de type Capricornide de magnitude visuelle -4 est visible vers 2h avec traînée et fragmentation. Je constate aussi avec effroi une invasion de fourmis dans mon sac, dans la poche où j'ai mis les barres chocolatées. Il y en a des dizaines et elles finiront aussi par envahir l'observatoire, ses gâteaux et le thé. Je passe ensuite sur une galaxie du Phénix, constellation à proximité du bout de l'Eridan avec son étoile phare Achernar. Observation 8482 : NGC7796. A 109X, je vois le centre considérablement faible de cette galaxie et son pourtour VI1 à 5. Un coup de barre me saisit vers 2h45 puis un mal de ventre et je descends précipitamment aux toilettes pour un besoin naturel. Je me vautre d'ailleurs dans un trou de la piste lors de cette retraite précipitée. Je note malgré ça que les horizons ne sont pas propres. Je reviens près d'une heure après suite à ce souci de santé que je pense dû à un coup de froid ; les écarts de température sont importants ici au crépuscule sans qu'on s'en rende spécialement compte. La Lune en dernier quartier est levée au retour vers 4h, elle a franchi l'horizon des montagnes et éclaire directement le site d'observation. Les autres sont partis dormir. Quelques cirrus traînent sur le site d'observation et ensuite ça s'intensifie avec un ciel voilé par endroit. J'observe un amas ouvert des Voiles dans ce ciel voilé, drôle de hasard. Observation 8483 : NGC2659. Cet amas ouvert est riche à 109X. Ses étoiles plutôt faibles à perceptibles le rendent dur à dessiner. Puis quelques gros cirrus cantonnés au sud-ouest arrivent. J'observe d'autres amas ouvert des Voiles. Observation 8484 : Pi6. Cet amas ouvert à 150X est petit, assez brillant et me montre une vingtaine d'étoiles. Observation 8485 : Pi8. Il est observé dans l'aube. Un météore passe juste dessus à 150X. Il est petit et laiteux à 75X et se résout partiellement à 150X. J'entends les moteurs des télescopes en remote au sud à 5h30. L'aube arrive à 5h45, le ciel se bâche de voiles, bon timing. Pour finir, quelques photos du voyage aller : Survol des Andes. Des vallées verdoyantes au milieu de montagnes arides, voici le nord du Chili. Santiago du Chili et ses immeubles Gare routière d'Alameda à Santiago du Chili, d'où nous prenons le car jusqu'à Ovalle, 400kms au nord. Rues de Santiago
  18. Dobson Strock 254/1200. 5 dessins : 8462 à 8466. Je me suis positionné solitaire au sud des ballots de foin en étant arrivé à 22h35 dans un ciel qui est encore voilé. La voiture sort de révision, je le sentais bien sur l'autoroute qu'elle avait plus de pep's que dernièrement. Je m'offre d'abord quelques petits souvenirs du ciel estival avec un amas ouvert du Cygne. Observation 8462 : DoDz10. 10ème objet du catalogue Dolidze-Dzimselejvili (à vos souhaits!). J'observe cet amas ouvert assez riche à 109X et 75X dans un ciel qui se dégage bien. Je m'y perds, il est éparse et hétérogène. Puis je vais regarder deux galaxies dans Persée à la croisée des ciels d'automne et d'hiver. Observation 8463 : NGC1175 et 77. Alors que de petits nuages éparses circulent dans le ciel, ces 2 galaxies se montrent plutôt bien à 150X, notamment la faible à très faible NGC1175 avec son centre flou. Elle est diffuse et allongée tandis que NGC1177 est petite et vue VI3. Encore une fois, la fatigue se rappelle à moi et du coup je dors dans la voiture jusqu'à 2h40, ce qui représente quand même 2 heures de sommeil d'affilée. J'en avais vraiment besoin. Malheureusement le ciel en a profité pour tirer lui aussi sa couverture car il est voilé à mon réveil. Du coup, je refais une sieste, cette fois-ci jusqu'à 5h30. D'ailleurs à mon réveil je vois le camion de lait qui repart mais il n'est pas le seul vu que les voiles ne sont plus là eux aussi. Le ciel a bien tourné. Je tente deux nébuleuses diffuses secondaires d'Orion mais je ne les vois pas. Je vais aller regarder quelques galaxies dans l'Éridan comme la précédente nuit. Observation 8464 : NGC1779. La galaxie est faible à très faible, évidente à 109X, moins à 150X, condensée mais avec des bords diffus. Observation 8465 : NGC1752. Soupçonnée à 75X, cette galaxie diffuse est étendue et confirmée à 150X, très faible à VI1. Il est 6h30, les coqs chantent, annonçant l'imminence de l'aube. J'ai encore le temps de faire un dessin, ce sera une galaxie dans le Grand Chien. Observation 8466 : NGC2271. Observée à 109x, cette galaxie montre un noyau un peu étiré, l'ensemble étant vu VI1 à 2 et s'effaçant peu à peu dans l'aube alors qu'il est quasiment 7h du matin. Un avion est passé juste à côté dans l'oculaire. Je remballe les affaires et rentre directement à l'aube, bien reposé avec mes deux siestes imposées par la météo. L'humidité au sol est forte mais les optiques sont restées sèches. Cette nuit sera la dernière à la campagne avant le magnifique séjour qui m'attend au Chili à la fin de ce mois. Là, je verrai le fleuve Eridan en entier.
  19. La Super Lune de Sang 2019… noyée dans les nuages Encore frustrée de la dernière éclipse de Lune, celle de juillet 2018 où les nuages s’étaient invités à la fête, j’espérais beaucoup de celle-ci. Malheureusement, les prévisions météo étant bien pessimistes le dimanche soir, on a dû se résoudre à faire une croix sur cette « Super Lune de Sang » . Pour le boulot à Denis, le réveil sonna à 5 h. En allant voir dehors, je constatais que les nuages n’étaient pas aussi épais que prévu et quelques trouées étaient présentes. Je sortais de la maison et regardais à l’ouest. La vision d’une Lune qui était déjà à moitié immergée dans l’ombre de la Terre me galvanisait. J’appelais Denis pour qu’il profite lui aussi du spectacle. Au vu des belles trouées qui nous laissaient bien voir le spectacle céleste, je filais vers la pièce de la maison où nous gardons le matériel. Je récupérais vite fait mon sac photo, la StarAdventurer et son trépied. On était à Ayguemorte-les-Graves, près de La Brède, pour le week-end et il fallait rentrer sur Eysines, dans la métropole bordelaise, pour la semaine. Je remis mon départ à plus tard. Denis dut se résoudre à aller au travail, me laissant seule avec Chara, notre chienne, pour tenter d’apercevoir la vedette du moment. On voyait encore, par intermittence, les rares éclaircies qui laissaient percevoir le fin croissant lunaire encore illuminé par le Soleil avant d’entièrement se cacher dans l’ombre de notre planète. Le temps de tout installer, les nuages s’étaient refermés en s’épaississant. La longue attente commença. Je savais qu’à 6 h 45, si les éclaircies ne se montraient pas, il me faudrait attendre 2022 avant de pouvoir revoir une si belle couleur rouille sur l’astre sélène. Je pistais, regardais, scrutais les différences dans la chape nuageuse, espérant voir un nuage qui serait moins épais et qui pourrait se déchirer partiellement le temps de son passage devant la Lune. Mais parfois, j’avais l’impression que c’était le contraire… une trouée arrivait du nord et se refermer pile au moment de passer à hauteur de la Lune… Maiis ! Euuuh ! J’étais maudite !!! Cependant, mon attente fut partiellement récompensée, me laissant entrevoir une partie de notre satellite naturelle teinté de rouge sombre. Cela ne dura qu’une seconde ou deux, juste le temps de réaliser mon cadrage et la mise au point. Quelques minutes plus tard, un autre rideau se leva et me permis de déclencher la photo. Mais sur les 5 secondes de pose, la Lune ne montra qu’une partie d’elle durant 2 secondes. La revue rapide de l’image sur l’écran de l’APN me laissa sur ma faim… j’en voulais plus ! Ce n’était pas possible de ne me donner que ce petit bout sans rien de plus ! Je fulminais… et mon attente repris. Chara insista pour rentrer dans la maison. Elle commençait à avoir froid et ne comprenait pas pourquoi je restais à l’affût ainsi, bien qu’elle avait l’habitude de nos sorties nocturnes avec Denis. D’habitude, durant nos séances astronomiques, elle chassait de son côté. Mais là, dans le jardin de la maison, rien ne bougeait, rien ne présentait un intérêt quelconque pour ses sens canins. Alors, je lui ouvris la porte et elle fila se lover sur le canapé. Les minutes s’égrainaient... les voitures qui passaient sur la route, se faisaient plus nombreuses. Les maisons commençaient à s’allumer et les sorties de chaudières et poêles fumaient. Au loin, un coq chantait, un chien aboyait. Je commençais à avoir un peu froid. Je serais bien rentrée quelques minutes pour boire un café chaud mais je risquais de louper une nouvelle éclaircie. Je savais que plus la Lune descendait sur l’horizon ouest, moins j’avais de chance d’avoir une bonne éclaircie. Il aurait fallu un sacré dégagement… Malgré tout je gardais espoir ! Revenant de sa balade nocturne, la petite chatte, prénommée Vénus, avait pris la place de la chienne en s’asseyant à mes côtés et en tentant de comprendre ce que j’attendais. Au bout de quelques minutes, elle se lassa. Elle se leva et, d’un bond, monta sur la table de jardin pour grignoter quelques croquettes mises là à son attention. L’heure de la fin de la totalité arriva et je savais que c’était fini. Malgré tout, je tentais d’apercevoir la sortie de l’ombre. Mais le froid et la déception me poussèrent à entrer dans la maison afin de retrouver un peu de chaleur. Je téléchargeais ma pose unique… on ne voit pas grand-chose. Je verrais bien ce que je peux en faire. A nouveau dehors, je pliais le matos et le rangeais dans la pièce « astro ». Revenue dans la cuisine, je pris un petit-déjeuner. Pourtant je n’avais pas faim… mais je devais rentrer sur Eysines et je savais que la route serait longue… Après 7 h 30, les bouchons étaient d’usage entre l’autoroute et la rocade. Je fis bien de manger car j’ai mis une heure de plus qu’habituellement pour rentrer chez moi. Est-ce que ça a valu le coup ? Oui, tout simplement oui ! La passion… quelle drôle de chose quand même… être heureuse après une Super Lune de Sang noyée dans les nuages ! Photos prises le 21 janvier 2019 à Ayguemorte-les-Graves (33) – Canon 400D avec objectif 90-300, ouvert à f/5.6, focale à 300 mm, sur monture StarAdventurer (sans goto, ni autoguidage). 1 pose de 5s – ISO 400 – Camera Raw et Toshop. Cliquez sur l'image pour voir la full en tiff.
  20. Dobson Strock 254/1200. 9 dessins : 8453 à 8461. Je me suis un peu reposé avant de venir, n'ayant pas récupéré totalement de la nuit d'hier donc je suis arrivé à 22h45. Je commence par d'autres galaxies du Verseau comme la nuit précédente. Observation 8453 : NGC7723. Cette galaxie est évidente à 75X et je la détaille à 109X, 150X et 218X. Elle est intéressante, faible à très faible, car je la soupçonne spirale mais ça reste dur à analyser. J'ai mis juste la veste mais pas le pull, la température étant moyennement fraîche. Le silence de la nuit est troublé un moment par un groupe de camions bruyants qui passe sur la route départementale pas très loin. Observation 8454 : NGC7727. Cette galaxie condensée est considérablement faible à faible avec un centre net. Elle pourrait ressembler à une étoile floue à faible grossissement, mais à 150X le doute n'est plus permis. J'ai fini par mettre le pull et carrément le manteau car le froid devient vif alors qu'il est quasiment minuit. Observation 8455 : NGC7717. Je détaille une autre galaxie du Verseau. Elle est petite, faible et condensée à 150X, à proximité d'une étoile jaunâtre qui egaie un peu le champ. Je subis un petit coup de barre. Comme souvent dans ce cas, je dors une demi-heure dans la voiture avant de m'attaquer à un groupe de galaxies mais cette fois-ci dans Pégase. Observation 8456 : groupe NGC7383 à 7390. Je compte cinq galaxies dans ce groupe : d'abord une première ligne composée de NGC7387 qui est vue VI2 et de NGC7389 vue VI1. La seconde ligne presque parallèle à la première est constituée de NGC7383 qui est vue VI1 à 2 puis de NGC7385 qui est faible et enfin de la très faible NGC7386. Observation 8457 : NGC7432. Cette galaxie est observée à 150X et 218X. Il y a besoin de beaucoup la grossir car elle est petite et reste très faible à VI1, repérée à 150X et diffuse. Décidément, j'entends encore des camions, il y en a beaucoup qui passent par ici cette nuit, est-ce un transport de moisson? Observation 8458 : NGC7611. Cet univers-île montre son centre facile et faible, mais son enveloppe externe n'est vue qu'en vision indirecte 75% du temps donc VI2 à 150X. Une étoile là aussi jaunâtre traîne à proximité dans le champ. Les bruits de la nuit deviennent plus naturels avec un hibou petit-duc mais aussi une vache qui fait du bruit dans l'étable. Je suis de nouveau un peu fatigué, du coup je m'offre une autre sieste courte. Au réveil, je change de constellation mais pas de type d'objet puisque je vais aller voir d'autres galaxies mais côté Baleine. Observation 8459 : NGC151. Cette galaxie est très faible, diffuse et assez allongée à 150X, avec une zone plus brillante assez large. Je virevolte vers une autre constellation qui est l'Éridan, dans sa partie nord, pour aller regarder 2 galaxies après avoir mis les gants tellement le froid s'intensifie. Observation 8460 : NGC1140. Celle-là, elle ressemble plus à une étoile floue faible, et à 150X sa nature galactique ressort mieux alors qu'à 109x ce n'était pas si évident. Je suis encore fatigué mais je résiste, on arrive à la fin de la nuit à 4h du matin. Observation 8461 : NGC1084. Je termine la nuit, alors que la Lune s'est levée vers 4h15 en croissant dans le Lion, sur cette galaxie considérablement faible à faible dont la structure spirale se dévoile à 150X et surtout à 218X. Ses spires vues uniquement en vision décalée sont respectivement VI3 et VI5, ce qui signifie vues 50% du temps dans le premier cas et moins de 10% pour l'autre. Il est 4h40 du matin. Je suis trop fatigué pour continuer, du coup je range le télescope et dors dans l'auto quelques heures avant de rentrer. En remballant, je constate beaucoup d'humidité sur les affaires.
  21. Dobson Strock 254/1200. 4 dessins : 8449 à 8452. Je suis arrivé à 21h45, le crépuscule est encore visible. Lors de cette courte soirée avant une nouvelle journée de travail, je vais observer surtout des galaxies du Verseau. Observation 8449 : NGC7184. Cette galaxie n'est pas facile mais il faut avouer qu'elle est basse. Je la vois effilée à 109X, diffuse avec un centre faible à très faible tandis que le reste est VI2 à 5. Observation 8450 : NGC7180. Elle reste petite à 150X avec un centre faible à très faible tandis que le reste n'est vu qu'en vision indirecte VI1 à 2. Observation 8451 : NGC7185. Cette galaxie observée à 150X est très faible, allongée en vision indirecte et diffuse. Un petit vent se fait sentir mais ça ne m'empêchera pas d'observer le dernier objet de la soirée, une galaxie du Triangle. Observation 8452 : NGC669. Et j'ai bien fait de l'observer celle-là! Elle est hétérogène, effilée, et montre des nodosités en vision indirecte VI4, son centre faible à très faible, et ses autres extensions vues VI1 à 5 à 150X. Je remballe un peu après minuit car il faut bien aller travailler demain.
  22. 2019 commence bien !! Alors que nous n’avions pas pu maintenir de sorties officielles depuis début novembre, la période des fêtes de fin d’année 2018 a été plutôt pourrite ! L’anticyclone, pourtant bien présent en Aquitaine, maintenait sur place le brouillard et les nuages bas. Mais le début de l’année 2019 a vu un tout autre visage… le ciel s’est enfin montré à la faveur du froid qui s’est installé. Et même si des voiles nuageux ont persisté, le ciel du samedi 5 janvier au soir s’est montré très étoilé. Un peu de monde lors de cette première nuit : du forum Astrosaucats, étaient présents : Denis, Florent B, Fredastro, Geotowicz, Hageshii, Ju, LostFred, Patou, Petrus, Sandrine et moi-même. Un astram bourguignon, depuis peu sur Bordeaux, prénommé Vincent, était aussi de la partie. Une fois sur place, il faisait encore plutôt bon, environ 3 à 4°C. Le Soleil commençait à être bas sur l’horizon ouest. L’installation finie, je constatais avec amusement que le tube de Vincent brillait, pensant à une customisation. En fait, c’était la gelée qui avait fait son apparition à l’occasion de la baisse de la luminosité. La polaire étant en vue, je repartis vers mes setups (APN au foyer d’une lunette + APN au foyer d’une StarAdventurer) pour faire la mise en station. Les astrams arrivaient petit à petit. Au gré des salutations et des vœux, je m’attelais déjà à réaliser les Flat grâce à mon écran (à flat) avec l’aide de Denis. Je préfère les faire sur le fond du ciel mais les voiles nuageux du tout début de soirée me l’avait interdit. J’attaquais dans la foulée la mise au point. Il était déjà 19h… Je décidais de pointer la comète Wirtanen à la lunette mais j’avais un peu de mal. Je connaissais sa position mais je n’arrivais pas à mettre le capteur au bon endroit. J’utilisais alors le Dobson de Denis pour la trouver… j’y arrivais sans trop de difficulté bien qu’elle était assez pâlichonne. Je retournais alors à ma lunette maintenant que j’avais bien enregistré sa position et je la trouvais sur la première pose photo… deux minutes suffirent pour la cadrer et je lançais les poses. Je me reportais sur le second setup : l’APN sur la StarAdventurer. Je la captais facilement mais je n’avais pas de suivi correct. En vérifiant si aucun câble ne contraignait le suivi, je m’aperçus que la monture bougeait. Je n’avais pas serré les vis et ça ne pardonnait pas. Je réalignais la monture et refis la mise en station. La première image me confirmait la bonne tenue du suivi. Je réussis le cadrage voulue, à savoir inclure bien sûr la comète mais aussi les galaxies M81 et M82. Malheureusement ces deux objets se situant en haut à gauche de l’image, se retrouvent pris dans la coma de l’image, soit à l’endroit de l’objectif où les étoiles filent un peu. Je laissais le cadrage tel quel car la vedette restait la comète. Je lançais les poses et put enfin aller voir les camarades. Je m’aperçus qu’une famille était déjà sur place. Trois générations de femmes d’une même famille : la grand-mère, la mère et la fille. Elles voulaient voir la comète. Alors, je leur montrais mes premières images. Puis nous allâmes vers le Dobson de Denis et je la captais assez vite. Je les guidais pour qu’elles puissent toutes trois la voir. Alors qu’on discutait, je commençais à avoir froid. Je n’avais pas encore ma doudoune et je ressentais les premiers frissons. Alors que Denis prit le relais, je partis à la voiture pour mieux me couvrir en mettant la chapka, la doudoune et une seconde paire de gants. Patou fit des essais sur une nouvelle monture, une HEQ5, cadeau de noël qu’elle s’était fait. Après un peu de prise de tête, la monture répondait correctement. Peu après une seconde famille arriva : un couple et leur fille. Ils demandèrent de l’aide pour l’installation et l’utilisation de la lunette de leur fille. Je leur expliquais qu’avec la nuit et le gel, il était difficile de faire ça maintenant. Le mieux étant de reporter leur venue sur une autre soirée et de venir un peu avant le coucher du Soleil. On leur donna toutefois quelques conseils pratiques. Je commençais à avoir faim… Denis me dit qu’il était temps d’aller manger car il était déjà 21h. Je n’avais pas vu l’heure passée. On mangea alors nos sandwichs près de la table de réconfort suivis d’un bon chocolat chaud. Un autre thermo de chocolat et un thermo d’infusion avaient pris place, ainsi que des papillotes de chocolat. En en goûtant une, je fus surprise par sa dureté... le gel était passé par là aussi ! On discuta technique et pratique de l’astro avec les uns et les autres. Nous pûmes voir quelques belles filantes. Était-ce-ce des Géminides retardataires ? Ou des Orionides même si on n’est plus à la bonne époque ? En tout cas, le radiant semblait être la constellation d’Orion. En candidates possibles, il y aurait bien les quadrantides, dont le pic était la veille, vendredi 4 janvier, mais d'après les infos prises, elles ne montraient le bout de leur nez qu'en seconde partie de nuit. Après avoir profité de quelques objets à l’oculaire, les familles nous quittèrent, le froid ayant raison de leur motivation. Les astrams sur place poursuivirent leurs occupations, que ce soit en photo ou en observation. Régulièrement on entendait untel annoncer l’objet qu’il tenait à l’oculaire… et deux ou trois participants se déplaçaient pour observer à leur tour. Les astrophotographes, dont je faisais partie, étaient plutôt content de leurs acquisitions. Le ciel devenait très bon au zénith malgré la montée du brouillard sur les horizons. Chara était enfin monté dans la voiture. Quelques temps auparavant, elle patrouillait à la recherche de rongeur. En la caressant, je m’aperçus qu’elle était plutôt froide et humide. On la voyait assez bien dans les champs avec sa loupiote rouge accrochée au harnais. Je me demandais comment elle faisait pour supporter ce froid. Mais maintenant, couchée en boule, la tête dans les pattes, elle tremblait. Je remontais sa couverture sur elle, la frictionnait un peu et la bordait. Une nouvelle réunion se fit autour de la table de réconfort où les discussions sur les pratiques et techniques étaient de rigueur. Les thermos de boissons chaudes se vidèrent. Le froid était plus intense bien qu’encore raisonnable. Quelqu’un annonça -4°C. Les tubes, les tables, les jupes… tout était givrés. Vers 23h, le brouillard s’évanouit presque totalement. Il restait une légère brume mais rien de méchant. Certains astrams commencèrent à plier. Quant à moi je lançais les dark. Encore un peu d’observation au dobson de Sandrine, celui de Denis étant totalement embué, en comparaison avec la vision au Newton de Patou, nous nous occupèrent encore un moment. Puis, après avoir attaché la sangle de sécurité au harnais de la chienne et remis la couverture sur elle, je constatais qu’elle ne tremblait plus et s’était profondément endormie. Je rangeais mes setups pendant le téléchargement des images vers mon ordi, puis après sur une clé USB. Tout était presque rangé quand les derniers participants nous quittèrent. Nous étions les derniers. A presque qu’une heure du matin, nous repartîmes vers la maison. J’étais heureuse… j’avais enfin pu faire les deux acquisitions sur 46P qui me tenaient à cœur… reste à espérer que le résultat soit à la hauteur de mes ambitions !
  23. Cette année, nos vacances de Noël tombent vraiment mal, à la Pleine Lune ! Et cerise sur le gâteau de la malchance, j’ai attrapé un rhume qui me transforme en fontaine à soubresauts. J’aurais bien aimé jeter un œil à la visiteuse du moment, on la dit brillante, visible à l’œil nu… Si bien que le soir de Noël, emmitouflée comme un esquimau, je suis invitée à la fenêtre ouverte sur la nuit, face au Cocher qui se lève à me saisir des jumelles pour chercher Wirtanen P46. Ce ne sont pas les taches floues qui manquent dans l’hexagone du Cocher mais la comète est hors de ses limites, à quelques degrés de Capella. Elle m’apparaît comme une boule diffuse sans queue. Mais les éternuements ont raison de mes observations et je ne m’aventure même pas à la chercher à l’œil nu. Ce n’est que le 26 que je retrouve suffisamment de tonus pour l’observer au dobson 300. Elle s’éloigne déjà de Capella, mais elle est bien visible à l’œil nu en effet, donc facile à trouver. Au télescope, elle présente un peu l’aspect diffus et rond de Holmes. Avec de l’attention, on distingue le départ d’une queue, large mais léger renforcement dans son halo, proche du pseudo noyau. Pour être sûre qu’il ne s’agit pas d’un effet de mon imagination, nous nous succédons à l’oculaire pour décrire son orientation. Et comme nous sommes tous d’accord, ce doit bien être elle . Avant le lever de la lune nous avons profité des quelques instants de nuit pour admirer les couleurs de M42 en grand champ avant de rentrer soigner mes éternuements à coup de tisane d’Hysope… Je remercie vivement notre voisin de m’avoir obligeamment servi ce remède efficace ! Dès le lendemain, la source de mes sinus s’est tarie et le 28 décembre, nous avons pu profiter du T1000 pour revisiter un peu du ciel profond d’hiver. Rien d’extrême, la transparence n’était pas optimale, SQM de 21,4 (ce qui est plutôt bas pour ce site) mais le seeing était réellement très bon ! Au menu c’est la fête des pupilles, IC 418, le trapèze de M42, le casque de Thor, NGC 1999, M1 et M77. IC 418 montrait sa coquille d’un rose soutenu, rose, ni bordeaux, ni saumon, rose délicat, un peu passé comme les édredons en satin de ma grand-mère et la centrale était une tête d’épingle brillante ! Par contre, même à fort grossissement, je n’ai pas vu de détails de la structure interne. M42 C’est un plaisir à tous les grossissements, de son aspect "technicolor" à faible grossissement ou au crépuscule aux innombrables détails floconneux de sa surface en passant par la détection des myriades de petites étoiles en train de s’allumer au cœur de la nébuleuse. Comme le ciel était très stable, avec les 6 étoiles du trapèze parfaitement séparées ( les 4 plus brillantes avec des aigrettes!), nous avons monté « un peu » en grossissement. Je n’ai jamais eu autant de facilité à voir G et H. G en permanence alors que d’habitude je la trouve difficile, plus même que H à cause de l’éclat dansant de D. J’étais donc surprise que H soit moins facilement accessible, même en sachant où la chercher. Et tout autour, nombres d’étoiles faibles qui apparaissent comme des épingles brunâtres. C’est d’ailleurs une remarque que je me fais à chaque fois. Les étoiles qui entourent le trapèze, contrairement aux autres astres faibles qui apparaissent par glimpses, sont bien présentes mais colorées d’une teinte chaude voire « brûlée » est-ce dû à la présence de poussières qui les enchâssent encore dans leur prime jeunesse ? NGC 2359 alias le casque de Thor, à cause de la présence de deux ailes quasi symétriques de part et d’autres de la bulle autour de l’étoile WR centrale. Ici, ces ailes étaient parfaitement définies, les fines lignes qui s’enroulent autour de WR7 brillantes et fines et les jugulaires plus diaphanes et floues mais bien visibles, l’une plus ramassée que l’autre. Il y avait des années que je n’avais pas rendu visite à cette magnifique nébuleuse parfaitement reconnaissable au premier coup d’œil. NGC 1999, un objet dont on a pas mal parlé sur Astrosurf ces derniers jours. Parsamyan 34 est vraiment très sombre et parfaitement définie, l’étoile qui la borde est brillante mais son halo semble s’arrêter au bord du trou sombre, la nébuleuse diffuse qui l’entoure n’a pas de contour bien défini et semble se fondre dans le fond de ciel. Je n’ai pas noté le détail qui a fait l’objet de la discussion récente, j’y reviendrai c’est certain. M1, j’ai failli l’oublier alors que nous en avons eu une vision inédite ! On connaît tous cette tache ovale dont on est souvent bien content de saisir les petites échancrures et parfois des zones plus brillantes sur sa surface. Mais ce sont des détails qui restent difficilement accessibles. Au T1000, il y a tant de lumière qu’on peut l’observer avec le filtre OIII 3nm d’Astrodon… Et là, la vision en est transfigurée, exit la tache floue, elle disparaît dans le fond de ciel mais le réseau de filaments apparaît soudain avec une facilité déconcertante, et ce n’est pas juste 3 branches mais toute une toile de fils, «gris» malgré le diamètre, visibles sans difficulté. C’est comme d’observer le squelette d’une personne sur une radio, la chair s’efface mais toute l’ossature apparaît. M77, brillante galaxie spirale de face. Dans sa partie la plus dense, on y devine l’amorce des bras. En surimpression proche du noyau, je discerne une étoile évaluée à au moins magnitude 16 par Fred. Elle est visible tout contre l’un des bras. Je ne connais pas assez M77 pour identifier cette étoile et je lance à la cantonade : « J’ai découvert une SN dans M77 ». C’est au retour à la maison qu’on a l’idée de regarder des photos de la galaxie pour apprendre qu’une SN a effectivement été découverte le 24 novembre dans M77, très proche d’un bras de la galaxie et non dans son halo externe comme c’est souvent le cas. Sa magnitude qui a été évaluée à 14,5 lors de sa découverte, était encore de 15 le 10 décembre. Par contre, on peut voir des zones H2 actives dans les bras de M77 et mon interrogation est de savoir si elles sont assez denses et brillantes pour les confondre avec des étoiles (l’une de ces zones est justement assez proche de la position de SN 2018ivc). Vue ou non, la recherche du détail aura été un excitant prolongement de l’observation. La photo est de Koishi Itagaki. J'ai volontairement inséré directement le lien vers l'original (et non une copie) pour rendre à César ce qui est à César. La lune nous a délogés bien tôt, il y a tant d’objets que nous aurions aussi voulu voir et revoir, mais cette session était inespérée, ne boudons pas notre plaisir !
  24. Pour bien commencer cette année 2019, je vous adresse mes meilleurs voeux et partage la suite de mes observations de l'automne 2018. Dobson Strock 254/1200 7 dessins : 8415 à 8421. Ce soir, je n'ai pas emporté le télescope de 508 à cause d'une contrainte le lendemain matin m'empêchant d'observer toute cette nuit donc je prends le Strock. La lune se couche à mon arrivée à 22h35. Je commence en allant chercher dans le Petit Renard des objets d'un type inhabituel pour cette constellation à savoir des galaxies. Observation 8415 : NGC7052. La galaxie est vue faible et allongée à 75X et j'ai confirmé à 150X sa forme, notamment en vision indirecte, car elle est assez diffuse. Observation 8416 : NGC7080. Cette galaxie est nettement plus diaphane que la précédente, pas sûre à 75X, étant très faible à VI1, peu condensée à 109X. A noter que ces deux galaxies sont dans le Petit Renard du côté qui jouxte Pégase, ceci expliquant du coup la présence de ces galaxies à cet endroit-là de la constellation. Observation 8417 : Mars. 480x. Comme lors de la dernière nuit, des chiens se manifestent encore par leurs aboiements au nord-est assez loin heureusement. Puis je me dirige dans une constellation réputée pour ses objets galactiques à savoir le Verseau. Observation 8418 : NGC7600. A 150X, elle est évidente avec un centre considérablement faible à faible et un halo bien diffus autour. En plus des chiens cette fois-ci c'est les vaches qui deviennent bruyantes. Observation 8419 : NGC7606. Je l'observe à 109X et 150X, elle commence à montrer du détail. Si ce n'est pas déjà fait, il faudra que je l'observe au Dobson de 508 aussi car au 250 je vois déjà une structure spirale avec des nodosités qui sont en VI 4 à 5 à 150X tandis que la galaxie est faible et diffuse. J'arrive à voir tout ça malgré un coup de fatigue et de la buée intermittente sur l'oculaire. Je dors debout après ce dessin, du coup je préfère aller dormir couché dans la voiture sur la banquette arrière et je ne me réveille qu'au bout de 3h, heureusement il fait encore nuit. Je rends visite à mon réveil à la comète Giacobini-Zinner 21P qui est encore dans le Cocher comme la précédente nuit. Observation 8420 : Comète Giacobini-Zinner. Sa position est intéressante pour une photographie grand champ car elle est à peine à un demi-degré avant de passer sur M35 le bel amas ouvert des Gémeaux. Le centre et la coma de la comète sont plutôt faibles tandis que sa queue étirée est faible à perceptible et diffuse. Le noyau a été placé à 4h44. J'ai essayé plein de grossissements à savoir 75X, 109X et 218X. Le froid s'accentue et j'ai mis mes gants. Je termine la nuit sur une petite galaxie d'Andromède Observation 8421 : NGC662. J'observe cette galaxie condensée à 150X où elle m'apparaît très faible à VI1 avec l'étoile brillante dans le champ qui gêne. L'aube semble poindre. Un hibou et son chant régulier sont assez proches et m'agacent un peu pendant 5 minutes à cause de cette régularité. Le camion de lait est passé aussi, je suis allé me protéger les yeux plus loin. Je remballe avant l'aube effective car aujourd'hui je dois passer à la banque pour envoyer mon virement au Chili afin de payer mon séjour du mois de novembre. Voilà pourquoi je n'avais pas pris le Dobson de 508 cette nuit car sinon je n'aurais pas pu dormir beaucoup avant d'aller à la banque.
  25. Un bolide à défaut de comète A la demande d’un enseignant d’une classe de CM2 du village de Cérons en Gironde, les animateurs d’ASTRONOMIE GIRONDE 33 se sont déplacés dans cette commune du Langonnais pour offrir une animation astronomique le vendredi 7 décembre 2018. Les enfants et leurs parents s’étaient réunis à la salle des Fêtes afin de visionner un film et des photos issus de leur voyage dans les Pyrénées, voyage qui les a emmenés du Château d’Henry IV à Pau, jusqu’à la Cité de l’Espace de Toulouse, en passant par l’Observatoire du Pic du Midi. L’environnement autour de la salle était plutôt pollué par l’éclairage public et sportif. Mais comme les nuages et la pluie était de la partie, ce n’était point gênant. Après le film, un repas façon « Auberge espagnole » fut pris en commun. Ensuite, on montra aux enfants quelques photos sur des panneaux d’exposition et les instruments d’optique montés dans la salle. Des discussions s’entamèrent, des questions trouvèrent leurs réponses, chacun put assouvir sa curiosité. Puis il fut décidé de sortir avec un petit groupe d’enfants voir si les étoiles montraient le bout de leur nez… ce fut le cas ! Mars, les Pléiades, Aldébaran, etc. étaient parfaitement visible bien qu’un voile nuageux semblait présent. Et d’un coup, alors que tous les yeux regardaient vers l’est, un bolide passa à toute vitesse, brillant de mille feux, un peu comme une ampoule gonflée de lumière trainant un sillon lumineux. Il explosa en trois ou quatre morceaux rouge qui s’éparpillèrent avant de disparaître. Les enfants hurlèrent, s’excitèrent, tous persuadés d’avoir vu la comète dont on leur parlait tant ! Une animatrice, après avoir repris son souffle, tout aussi impressionnée qu’eux par la vision de ce météore, calma leur enthousiasme. Elle leur expliqua ce qu’ils avaient vu, revenant petit à petit à la réalité des phénomènes atmosphériques attachés à la Terre. Comme ce météore se déplaçait du sud-ouest vers le nord-est, il était exclu que ce soit une grosse Géminide. Après quelques recherches, il semble que ce bolide ne soit pas attaché à aucune pluie d’étoiles filantes mais est simplement un météore isolé, comme il en tombe tant. Des jumelles et une petite lunette permirent aux enfants et à leurs parents de mieux observer les Pléiades et M42. Il ne fallait pas espérer en voir plus, malgré les tentatives de pointer la comète Wirtanen. La pollution lumineuse était trop importante, même placé derrière la salle à l’abri des spots du stade. Il restait les rangées de lampadaires à quelques mètres en face de nous. Si la météo avait bonne dès le départ, l’enseignant aurait choisi d’aller mettre les télescopes à l’école où le site était bien plus noir. Quand la soirée prit fin, les enfants et leurs parents étaient ravis du peu qu’ils avaient pu voir, même si ce peu était assez frustrant pour les animateurs qui espéraient en montrer beaucoup plus ! Mais ce bolide restera graver dans leurs jeunes esprits et, nous l’espérons, feront de certains d’entre eux quelques futurs astrams qui viendront grossir les rangs des observateurs réguliers du ciel nocturne !