Rastaman

Out of Stellaland 7 est enfin sorti

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Bonjour à toutes et à tous,

 

Il y a trois ans, en septembre 2014, je m'envolais pour la première fois pour l'Afrique du Sud grâce à mon ami allemand Timm Klose. Timm avait parcouru les cinq continents au cours de sa carrière de cinéaste et il ne cessait de me dire qu'il avait trouvé en 2011 un des meilleurs ciels au monde pour des visualistes du ciel profond comme nous, un coin reculé du Stellaland dans la province North-West, au bord du désert du Kalahari. Il avait déniché là-bas une ferme d'élevage de bétail de 700 ha où le télescope dobson lowrider 500 qu'il avait construit était entreposé. Timm s'y rendait trois fois par an avec d'autres astrams pour des séjours d'observation de deux semaines entrecoupées d'un safari dans le Parc National du Pilanesberg. Rapidement, ce seul télescope ne suffit plus à satisfaire la demande croissante et un dobson 400 vint compléter le 500 en 2016, suivi en avril 2017 d'un tout nouveau dobson lowrider 400 F/4,5, que Timm a construit spécialement pour moi avec un miroir Meade magnifiquement retouché par Christian Busch à Karlsruhe.    

 

Pour les nouveaux astrams du forum, je précise que dans Out of Stellaland 7 je raconte mon séjour du 10 au 24 octobre 2017 à notre Stargate Farm en Afrique du Sud. J'y étais avec Timm, Dietmar et Peter. Un cinquième participant, un membre de mon club a dû renoncer au voyage à cause d'un petit souci de santé. Ce fut mon 7e voyage là-bas et le 16e pour Timm! Ce nouveau CROA s'inscrit dans la continuité de ceux que j'avais publiés sur les forums astro en 2014 et qui avaient rencontré un grand succès aussi bien en France qu'en Allemagne >

 

http://www.astrosurf.com/topic/6771-out-of-stellaland-ou-le-murmure-des-joyaux-du-ciel-austral/

 

http://www.webastro.net/forum/showthread.php?t=123746

 

http://www.astrotreff.de/topic.asp?TOPIC_ID=172584

 

Comme toujours, nous avons tranquillement volé de nuit. Décollage à 22h de Francfort et atterrissage à 8h30 à Johannesbourg après avoir traversé toute l'Afrique du nord au sud. Notre fermier Hottie nous accueille à l'aéroport et nous présente Ela, une jeune fille allemande de 18 ans d'origine iranienne, qui fait un stage de 3 mois à la ferme comme jeune fille au pair. Nous embarquons dans le minibus VAG pour un trajet de 390 km jusqu'à la ferme. Nous faisons d'abord un détour chez Geosystems dans la banlieue de Johannesbourg pour prendre livraison d'un gros trépied que Dietmar avait commandé par internet pour ses jumelles Omegon 30x100 de 7kg. Nous faisons aussi une halte dans la ville universitaire de Potchefstroom où Heike et Laenita, les deux filles aînées de Hottie nous ont rejoints le temps du déjeuner. Toutes les deux font des études en astrophysique. La première termine sa 3e année et la seconde prépare un master. 

 

 

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Nous arrivons à destination vers 16h30 sous un grand soleil et 30°C. C'est le début du printemps. La savane est desséchée, mais les arbres reverdissent, les oiseaux chantent et construisent les nids. Nous retrouvons nos bungalows et nos chambres et déballons rapidement nos bagages. Grâce à Dietmar, capitaine Lufthansa à la retraite, nous avons volé en business class avec une franchise de bagages de 2x32 kg en soute et 2x8 kg en cabine.  Dans l'une de mes valises, dans un sac isotherme bourré de pains de glace, se cache un véritable trésor qui est aussi une grande première: j'ai emporté 3,5 kg d'authentiques fromages lorrains bio produits par ma petite-nièce Emilie à  la ferme du Ritterwald, près de Sarrebourg: du brie, du munster et de la tomme qui sont restés tout frais durant ce voyage de 24h! C'est une sensation pour les Sud-Africains qui ne connaissaient pas du tout ces produits, mais aussi pour mes amis allemands qui s'en régaleront au cours des deux semaines de notre séjour. Dietmar a inventé une nouvelle recette: le munster avec des oignons coupés en tranches > ein Genuss!

 

En entrant dans ma chambre, je revois avec plaisir sur les murs mes chères araignées Romeo et Juliette qui ont profité de mon absence de deux mois pour faire plein de petits. Là il faut que j'ouvre tout de suite une parenthèse à propos de ces araignées. Je n'ai jamais été très copain avec les araignées, mais je dois reconnaître que celles-ci sont le meilleur insecticide qui existe. En trois ans, je suis tout naturellement passé du stade 1 de l'appréhension envers ces bestioles au stade 3 de la bienveillance et de la reconnaissance pour services rendus, puisque je n'ai jamais de mouches ou de moustiques dans ma chambre, alors qu'à l'extérieur il nous arrive parfois d'être assaillis par ces envahisseurs. Comme moi, elles dorment le jour et sont actives la nuit, alors quand je vais me coucher, je leur demande de me dire bonne nuit!   Juliette est très prude et respectueuse de l'homme: quand je prends une douche, elle est si plate malgré ses grossesses à répétition qu'elle réussit à se cacher derrière le carrelage à moins qu'elle n'ait une frousse bleue de l'eau, la question reste ouverte! Mais une chose est sûre: notre cerveau humain, pourtant capable de tant de prouesses technologiques, a certaines cases très mal faites du point de vue de la coexistence avec d'autres espèces animales!

 

 

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L'autre surprise à notre arrivée: il n'y avait que quatre chiens pour nous accueillir alors qu'ils étaient sept au printemps. Hottie nous raconta la mort tragique fin septembre de l'adorable Jack Russel Cindy qui avait flairé des suricates quelque part dans la savane. Elle avait commencé par creuser un tunnel au pied d'un gros rocher, puis il y eut une forte averse orageuse qui provoqua l'éboulement du tunnel et Cindy se retrouva coincée et étouffée sous le poids du rocher. Les fermiers Sarah et Hottie ne la retrouvèrent que deux jours plus tard. 

 

 

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A 17h30, nous allons vite à la salle où sont rangés nos télescopes et nous sortons deux dobsons lowrider, le 500 de Timm et mon 400, pour que les miroirs soient à température pour notre première soirée d'observation. Le jour tombe vite, il fait plus frais. Nous observons avec plaisir le spectacle des deux coqs Napoléon et de Gaulle qui se disputent comme des chiffonniers à grands coups de becs pour avoir les meilleures places dans l'arbre où ils vont passer la nuit avec leur harem de poules. Nous dînons dehors à 18h. Hottie a grillé les légendaires côtes de boeuf de 700 g sur un feu de braises, une viande unique et savoureuse que même Peter le quasi végétarien sait apprécier! Nous assistons pendant ce temps à un coucher de soleil grandiose auquel nous aurons droit tous les soirs, suivi de l'apparition sur tout l'horizon opposé d'une large bande bleu profond de l'ombre de la Terre surmontée d'une seconde bande rose. Peter qui découvre cela pour la première fois est très ému tout comme nous qui ne nous en lassons jamais. Puis c'est l'instant magique, dans ce ciel encore bien clair, de l'allumage des premières étoiles qui apparaissent toujours dans l'ordre de leur luminosité: Canopus, Rigil Kentaurus, Vega, Saturne, Hadar, Altaïr, Antarès, Fomalhaut, Deneb, etc. Notre heure arrive, l'excitation de l'infini monte...

 

 

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19h30: il fait vraiment nuit, Timm est impatient. Il faut dire qu'il a du ciel à rattraper puisqu'il avait très peu observé lors de notre séjour de juillet où tout le monde… sauf les deux Français… avait été touché par une virulente épidémie de grippe ( en juillet j'avais emmené mon premier astram français: Benoît de Strasbourg). Nous mettons nos habits chauds et rejoignons l'aire des télescopes avec nos lampes frontales rouges. Plus d'éclairage blanc pour nous à partir de ce moment-là pour adapter nos yeux à la vision nocturne. Nous disposons tous les atlas du ciel sur la grande table et nous mettons nos tablettes en twilight. Le ciel est noir d'encre, constellé d'innombrables étoiles mais ce qui frappe le plus c'est cette immense bande de la Voie Lactée, donc notre propre galaxie vue par la tranche, qui traverse le ciel d'un horizon à l'autre comme si quelqu'un avait renversé du lait là-haut. Pour l'anecdote, souvent au cours de nos 10 nuits d'astro, quand l'un d'entre nous allait d'un télescope à la table des atlas, il arrivait qu'il se trompât de prénom en s'adressant à son voisin parce qu'il ne l'avait pas reconnu dans le noir! Parfois, il nous arrive aussi de trébucher sur un chien couché là près de nous.

 

 

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Dietmar installe ses jumelles géantes 30x100 sur le trépied et nous invite tour à tour à venir voir telle ou telle région du ciel. C'est une autre façon de faire de l'astro en grand champ, très différente du travail au télescope. Vers 23h, Hottie arrive avec un plateau et nous sert un thé rooibos brûlant. Notre enthousiasme est grand malgré la fatigue du voyage, mais pas de ciel extrême pour ce premier soir: nous nous contentons de faire le tour du best-off du Scorpion, du Sagittaire, du Verseau et de la Grue, 47 Toucan et la Tarentule. En observant les galaxies géantes du Sculpteur et de la Baleine nous  pensons aussitôt à Benoît, notre talentueux dessinateur de Strasbourg, qui passait des heures à les dessiner au mois de juillet. Nous pensions arrêter à minuit pour le premier soir, finalement nous tenons tout de même jusqu'à 1h. 

 

Le réveil est dur le lendemain matin, mais nous aimons ce rythme, c'est notre vie! Le petit-déjeuner est ponctuel à 9 h parce que les oeufs sur le plat et le lard grillé sont prêts! En entrée, un grand bol de yaourt avec des morceaux de fruits frais, suivi des oeufs, du lard, des tomates et des oignons, et la grande innovation du Français: les fromages lorrains d'Emilie! Puis on passe au sucré avec les tartines de confitures ou de beurre de cacahuètes. Sarah cuit tous les matins un grand pain. C'est le moment où nous partageons et comparons nos impressions sur les observations de la nuit et faisons déjà des plans pour la nuit à venir.

 

 

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Le soleil est radieux, le thermomètre monte, la vie est belle ici. Parfois nous retournons nous coucher une heure, mais le plus souvent nous faisons une longue sieste l'après-midi pour rattraper le sommeil perdu. Vers 11h, tout le monde y compris les chiens embarquent dans le pick-up et partent dans la savane pour voir si tout est OK du côté du bétail et des chevaux en liberté. Au retour, changement de véhicule, nous reprenons le minibus pour aller faire des courses en ville à Vryburg qui se trouve à 30 km de la ferme. Voici en gros la journée-type d'un astram à Stargate. 

 

Le vendredi nous sommes retournés à Vryburg pour assister à la vente aux enchères du bétail. Les éleveurs viennent avec de gros camions et déchargent les animaux qu'ils comptent vendre. Ces derniers sont présentés au public dans une grande salle où les acheteurs potentiels peuvent surenchérir le prix fixé au départ. Les vedettes sont évidemment les gros taureaux d'une tonne et demie, qui atteignent des prix élevés. Nous avons pour consigne de ne faire aucun signe de la main ni de la tête sinon nous pourrions nous retrouver nouveau propriétaire de l'un de ces mastodontes de viande: de quoi faire un barbecue géant avec tous les fermiers de la région! La ferme s'anime le week-end avec l'arrivée de nos étudiantes Heike et Laenita, de leur maman et de leur jeune soeur Inge accompagnée de sa copine  Michaela qui n'attendaient que cette aubaine pour faire les 400 coups à la ferme et surtout dans l'eau!

 

Le samedi, nous avons organisé une petite fête d'inauguration du jardin de roses de Sarah. En effet, pour accroître la capacité d'accueil de la ferme ( 6 personnes à l'heure actuelle), j'avais décidé en début d'année de sponsoriser l'aménagement d'une nouvelle chambre d'hôtes qui sera prête en avril 2018. Mais le terrain donnant sur cette chambre était occupé par les poules. J'avais donc demandé à Sarah et à Hottie de demander gentiment aux coqs Napoléon et de Gaulle de s'installer ailleurs pour que Sarah puisse en faire un jardin de roses plus accueillant pour les futurs locataires. Evidemment ces coqs teigneux et hargneux n'ont rien voulu entendre de l'honnête proposition et Hottie a résolu le problème avec un grillage de clôture! Donc en ce samedi 14 octobre eut lieu une petite cérémonie sympa avec comme toujours le drapeau de Lorraine, des discours et un cocktail sous le beau soleil du Stellaland.

 

Le lendemain dimanche nous avons été invités à un dîner pique-nique dans la savane. La ferme fait 700 ha et quelque part dans la savane, il y a un très vieil arbre qui aurait plus de 700 ans, un kameeldoringboom ( = acacia erioloba) sous lequel Hottie aime à faire venir ses amis et ses visiteurs pour des soirées au milieu de nulle part. Les arbres y sont rares, c'est plein de buissons, de hautes herbes et d'épineux de toutes sortes avec par-ci par-là des trous de petite taille pour les terriers de suricates, un peu plus grands pour les iguanes et de près d'un mètre pour les tunnels des porcs-épics, d'oryctéropes ou de chacals. Au cours des siècles, la savane a déjà brûlé des dizaines de fois mais sa résistance au feu a fait que cet arbre aux racines extrêmement profondes a continué à se développer et trône maintenant majestueusement comme un roi de la savane. 

 

 

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Soudain, au cours du repas, Sarah s'est aperçue que son jeune chien Bulli n'était plus là... Nous l'avons cherché et appelé en vain. Le lendemain, elle est retournée avec Ela et Hottie sur les lieux sans succès. Il faisait à nouveau très chaud, 33°C et nos fermiers étaient pessimistes quant à ses chances de survie: il n'y a pas d'eau dans la savane en dehors des points d'eau du bétail. En début d'après-midi tous furent mobilisés pour une battue systématique par secteurs autour du kameeldoringboom. Sous un soleil accablant, nous avons battu la savane dans tous les sens en appelant Bulli et en faisant quelques rencontres insolites: un serpent pour Timm, des iguanes pour Peter et pour moi, mais aucune trace de Bulli. Hottie pensait qu'il pouvait être tombé dans un grand trou ou avoir été attaqué et blessé par un animal. Vous saurez la suite de l'histoire en continuant à lire mon récit...

 

Dès le début, nous avions prévu de faire une coupure, car c'est bien connu: c'est comme sur les bouteilles d'alcool, l'abus d'astro intensive peut entraîner certains troubles indésirables. En effet, à force de jongler avec les millions et les milliards d'années-lumière, la notion d'espace et de temps finit par devenir floue. Souvenez-vous de ce qu'écrivait Antoine de Saint-Exupéry quand le petit prince rencontra le businessman:

 

" - Et que fais-tu de cinq cents millions d'étoiles?

 - Rien. Je les possède.

- Et à quoi cela te sert-il de posséder les étoiles?

- ça me sert à être riche.

- Et à quoi cela te sert-il d'être riche?

- A acheter d'autres étoiles, si quelqu'un en trouve." 

 

Donc la meilleure des pauses pour soigner l'abus d'astro, c'est de partir en safari! Ce que nous avons fait dès le lundi. Préparation du minibus, du ravitaillement et du matériel photo, petit paquetage et en route pour 350 km en direction du Botswana! Nous sommes arrivés à 17h30 à un petit hôtel où nous avons dîné et passé la nuit. Réveil réglé sur 4h45: ordre du chef Hottie pour être à l'entrée du Parc National du Pilanesberg à 6h. Encore un réveil difficile: franchement, c'est pas une vie tranquille l'Afrique du Sud!

 

Le soleil n'est pas encore levé quand nous entrons dans le Parc, mais nous voyons rapidement nos premiers animaux: des girafes, des zèbres, des impalas et des springboks. Au premier point d'eau quelques hippopotames encore endormis soufflent nonchalamment de temps à autre par leurs naseaux. Tout est tranquille, personne ne vient les déranger, une nature originelle paisible où pourtant ne règne qu'une seule loi: celle du chasseur et de sa proie sans aucune intervention de l'homme. Des générations d'animaux se sont succédées dans ce parc et l'éléphant, le zèbre ou le rhinocéros qui voit passer un minibus avec des hommes, sait qu'il n'a rien à craindre d'eux et se laisse prendre en photo comme une star de cinéma! A 9 h nous faisons une halte dans un endroit protégé spécialement affecté aux touristes et nous prenons le petit-déjeuner. Puis suite du safari jusqu'à 14 h et retour à la ferme. Ce fut surtout la journée des rhinocéros: nous en avons vus deux douzaines et une grande famille d'éléphants nous a offert un beau spectacle en venant boire au bord du lac. Par contre pas de lions et nous avons raté un léopard de 5 mn! 

 

 

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Le retour du safari fut épique. Nous avions à peine roulé 100 km que le voyant rouge de surchauffe s'alluma avec température à 130°C! Nous nous arrêtâmes dans une station-service et Hottie dut rajouter 3 l d'eau dans le moteur. Il pensait que c'était dû aux fortes chaleurs de l'après-midi quand nous roulions sur les pistes du Parc. Mais lorsque nous sommes arrivés à la ferme, il manquait à nouveau 3 l. Le lendemain, j'ai vite découvert qu'il y avait une belle fuite d'eau... au niveau de la roue arrière droite, ce qui, sur le coup, m'a laissé complètement perplexe car c'est le point le plus éloigné du moteur! Le gynécologue automobile a donc enfilé sa combinaison et s'est mis au travail ( cet attribut fait suite à une vieille querelle  au sujet de LA voiture que les Français qualifient au féminin et DAS Auto qui est neutre chez les Allemands!). J'ai  démonté la 3e rangée de sièges et toutes les garnitures intérieures pour découvrir que ce minibus était doté d'un groupe de chauffage-climatisation complémentaire logé au-dessus de la roue arrière droite et deux tuyaux d'arrivée-retour d'eau chaude venaient du moteur pour alimenter ce groupe de chauffage. Un clip de fixation de ces tuyaux avait lâché à cause des vibrations et la roue a frotté et percé l'un des tuyaux. Vous imaginez d'ici la rigolade qui a suivi: " Ja ja das ist deutsche Technik...!". J'ai fait une réparation de fortune garantie 5 ans avec un bout de tuyau plastique de plomberie et 2 colliers! Mesdames et messieurs les futurs passagers du minibus pour des safaris ou des excursions de 3000 km en Namibie, vous pouvez maintenant applaudir, la situation est sauve! 

 

La deuxième semaine fut plus intense en astro. Il faut dire aussi qu'avec Timm et Dietmar, nous étions à bonne école. Timm connaît le ciel austral mieux que quiconque et trouve très vite les objets cherchés (étoiles, nébuleuses, galaxies, amas, etc). Il a mémorisé dans sa tête la position de nombreux objets. Avec lui c'est une astro intense et sportive et le télescope chauffe toute la nuit! Tandis que Dietmar, plus calme, est le grand spécialiste du ciel extrême pour dénicher les objets introuvables ou à la limite visuelle de nos instruments. Grâce à lui nous avons trouvé et suivi Pluton et son déplacement sur 3 nuits, ce qui fut une première pour moi de même que la très faible galaxie Polarissima au pôle Sud. Idem pour le pulsar du Crabe M1 et le très difficile amas de galaxies Burbidge's Chain dans la Baleine. En octobre, nous avons aussi la chance d'avoir la constellation d'Orion au zénith en fin de nuit. C'est un autre grand moment de pouvoir observer à ce moment-là la grande Nébuleuse M42 et la fameuse Tête de Cheval, facile avec un filtre H-Beta. Je suis toujours ému quand j'ai la Tête de Cheval à l'oculaire, parce que je pense alors à la femme qui l'a découverte en 1888, Williamina Fleming, abandonnée à 21 ans par son mari alors qu'elle était enceinte. Elle travailla d'abord comme femme de ménage au Harvard College Observatory puis comme calculatrice chargée de répertorier 10 000 étoiles et payée un centime de l'heure. Pour moi, la Tête de Cheval appelée officiellement Barnard 33 devrait s'appeler la nébuleuse Fleming. Je ne vais pas citer ici les quelques 300 objets récoltés en 10 nuits à Stargate, mais je vous donne le lien du CROA de Timm sur Astrotreff + photos que vous pouvez copier coller dans Google Traduction pour le lire en français >

 

http://www.astrotreff.de/topic.asp?TOPIC_ID=217009

 

 

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Le seeing fut dans l'ensemble moyen, avec un peu de vent durant 3 nuits, mais un SQM jamais sous 21,7 et 3 nuits au maximum à 22,0 voire plus. Un mot aussi sur mon télescope dobson lowrider 400 F4,5 que Timm m'a construit l'hiver dernier, que nous avons inauguré en grandes pompes au sein de mon club POLARIS et que nous avons ramené à Stargate en avril. Il me l'a vraiment construit sur mesure, il est très maniable et je peux faire toutes mes observations en position assise, c'est un avantage considérable qui confère au télescope un grand confort d'utilisation. Comme sur mon dobson lowrider 500 à la maison, ce 400 est doté d'un telrad et d'un chercheur coudé redressé, il est vraiment pour moi le télescope d'une astro de la plénitude et de la sérénité. Parfois, quand je me retrouve seul à 3 ou 4h, pour clore en beauté ma longue nuit d'exploration, j'aime bien pointer une highlight du ciel austral comme l'amas globulaire 47 Tucanae ou la splendide galaxie Zorro NGC 1365 du Fourneau à 75 millions d'années-lumière. Je mets les écouteurs avec Koppången de Sissel Kyrkjebø et j'imagine alors que sur notre Terre les dinosaures régnaient depuis déjà 150 millions d'années mais n'étaient plus qu'à 10 millions d'années de leur extinction par la chute d'un gros astéroïde venu du ciel. L'instant est sublime, c'est toute la magie de l'infini.    

 

Le grand moment historique de ce séjour fut sans conteste le moment où Timm nous dit: " J'ai la Tour Eiffel dans l'oculaire". Comme, depuis des années, nous n'arrêtons pas de nous charrier entre Français et Allemands, cela va de l'invention de la roue ou du feu au moteur diesel, du fromage au bikini en passant par le vin et la relativité ( j'ai dressé une liste des 15 inventions françaises qui ont changé le cours de l'humanité à l'intention de mes amis allemands et sud-africains),  j'ai aussitôt répliqué à Timm qu'il avait bu un coup de trop! Mais il répéta: " Si je vous dis que je vois la Tour Eiffel dans mon télescope...". Dietmar et Peter ont quitté leurs jumelles, moi mon télescope et nous sommes allés chez Timm.

 

" Komm und guck" me dit Timm... Je n'en crus pas mes yeux: en fouinant quelque part près du nuage sombre du Sagittaire, il était effectivement tombé sur un astérisme d'étoiles qui avait la forme de la Tour Eiffel! Comme cet objet était totalement inconnu de nous tous, l'agitation fut grande. Nous eûmes beau chercher dans tous nos logiciels du ciel et nos atlas, personne ne mentionnait d'astérisme à cet endroit. Nous allons continuer nos recherches dans ce sens et Timm a peut-être vraiment fait une découverte qui mériterait de porter son nom. Evidemment cet événement majeur nous donna l'occasion d'ouvrir une bonne bouteille de vin sud-africain et de trinquer à la gloire de Timm, de la Tour Eiffel, de Galilée et de Copernic, du Petit Prince, de Saint-Exupéry et de l'astro éternelle! 

 

 

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Le samedi suivant nous avons fêté deux anniversaires en présence d'une quinzaine d'invités : les 30 ans de Sarah et les 18 ans de Ela. Un succulent cochon à la broche a régalé notre joyeuse troupe et la soirée s'est évidemment terminée sur la plateforme astro où nous avons émerveillé les convives et leurs enfants en leur montrant les secrets de leur ciel. Avant que la moitié d'entre vous ne finisse par s'endormir sur mon récit, je tiens à vous donner la fin de l'histoire de Bulli. Le lendemain dimanche, après une fugue de 8 jours, Peter a vu un chien brun entrant dans la ferme: c'était Bulli, très amaigri et épuisé, mais sain et sauf sans blessure. Sarah tomba en pleurs et tout le monde fut soulagé. Hottie suppose qu'il avait flairé un animal et s'était perdu, mais il a dû en faire des kilomètres en huit jours. Quel apprentissage de la vie pour ce petit chien sans expérience dans un milieu si hostile! 

 

Quelques infos complémentaires, si certains parmi vous étaient intéressés pour un séjour à la ferme, qui propose en plus de l'astro la pratique de l'équitation, les safaris et les excursions (Namibie, mines de diamant à Kimberley, ferme à lions, etc: renseignements sur " Savannah Suntours.com" ou Facebook). Comme vous avez pu le découvrir dans mon récit, le cadre et le confort sont certes rustiques mais on ne manque de rien. La cuisine est excellente, il y a de l'eau chaude solaire à volonté, il y a le Wifi parfois capricieux, un grand réservoir d'eau avec des carpes koï et les chiens sont adorables. Nous vivons dans une ambiance conviviale et chaleureuse et participons beaucoup à  la vie de la ferme. L'afrikaans est la langue du Stellaland, mais à la ferme nous parlons en allemand, et en anglais en ville ou lors des excursions. L'accessoire indispensable sont les boules Quies à cause des coqs Napoléon et de Gaulle qui commencent à chanter dès 4h du matin. Quand on est en observation, ce n'est pas un problème, mais si l'on dort, on a eu juste envie de leur tordre le cou!

 

Attention à l'inversion des saisons: juillet est le mois le plus froid ( moyenne 12°C, mini -6°C, maxi + 29°C) et janvier le plus chaud ( moyenne +26°C, maxi +45°C). L'astro y est possible aux nouvelles lunes de mars à octobre avec une bonne garantie de ciel optimal. Il va de soi que si vous envisagez un séjour sans astro, rien ne vous empêche d'y aller dans les périodes de Pleine Lune! A l'heure où je vous écris, 35 personnes sont inscrites pour 2018 et 5 autres hésitent encore. Le mois de juin est encore libre.

 

 

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Pour résumer, nous proposons donc 3 dobsons à la location: un 400 classique F/4,5 avec PO à 1,80 m, un KBLT 400 F/4,5 lowrider avec PO à 1,60 m permettant d'observer en position assise ( 18 € par nuit), un 500 lowrider avec PO à 1,80 m ( 25 € par nuit), une monture Losmandy G11 sur pied colonne pour les astrophotographes.

 

Timm a entrepris la construction d'un dobson lowrider 708 avec un miroir de 15,7 kg et collimation électrique télécommandée qui pèsera en tout entre 36 et 37 kg. J'ouvrirai un fil spécifique dans Astro Pratique, mais en attendant vous pouvez suivre les premières étapes de la construction sur Astrotreff >

 

http://www.astrotreff.de/topic.asp?TOPIC_ID=218617

 

http://www.astrotreff.de/topic.asp?TOPIC_ID=219344

 

Vous pouvez aussi explorer le site de Timm qui contient énormément d'infos sur les instruments qu'il a construits comme sur ses voyages.

 

http://www.klosevideo.de/13801.html

 

Voici les prix à titre indicatif:

- vol Lufthansa Francfort - Johannesbourg en classe Economy réservé 3 ou 4 mois à l'avance = 685 €

- transfert aéroport - ferme = 67 € si 4 personnes

- séjour demi-pension  10j. x 40€ = 400 €

- option safari 2 j. au Pilanesberg = 267 € 

- train Sarrebruck Francfort = 52 €

soit au total 1471 € ou 1244 € sans le safari  

 

Quand Antoine de Saint-Exupéry a écrit le Petit Prince en 1943, il ne pouvait pas encore savoir que les éléments lourds ( carbone, métaux) dont notre corps est composé ont été forgés il y a bien longtemps quelque part dans l'univers lors de l'explosion d'une étoile massive en supernova avec une température de plusieurs centaines de millions de degrés. Mais je me dis parfois qu'il a dû le deviner pour écrire un si beau livre comme le Petit Prince où toute la beauté du ciel nocturne est dite en phrases simples que même un enfant comprendra. C'est ce dialogue direct avec l'univers et l'infini qui fait de nous astronomes des grands enfants trop curieux de découvrir les merveilles qu'il renferme. Je le vois bien avec Timm, qui a découvert Saturne et Jupiter avec son père quand il avait 5 ans, et qui, à 75 ans, trépigne d'impatience les premières nuits d'astro à Stargate. Sa phrase préférée est celle-ci: " Jetzt schau mal da wie schön, es macht einfach Spass!". Des gosses, je vous dis... que des grands gosses...! Il faut nous entendre quand nous avons par exemple l'empereur de tous les amas globulaires à l'oculaire, Omega du Centaure, avec ses 10 millions d'étoiles : " Wow... toll... Wahnsinn... unglaublich... das ist der Hammer!". Dans ces moments là flotte comme un parfum d'éternité et la petite poussière d'étoile que je suis, qui pense et qui respire, se sent voyager à l'infini comme une plume au coeur de notre univers magnifique.

 

Selon la formule consacrée, je vois que j'ai encore abusé de votre précieux temps et je demande donc pardon à vos conjoints, à vos familles, à vos amis! Pour récompenser votre patience, je vous propose maintenant une compilation de 222 photos de mes 3 voyages de cette année >

 

https://drive.google.com/drive/folders/0B-2bPXH9Vt6tZXYxeXlEcjhWZjQ?usp=sharing

 

Ne soyez pas choqués quand vous verrez une photo avec deux mecs qui chantent: ce n'est que Benoît et moi-même qui chantons la Marseillaise le 14 juillet!

 

Et pour ceux qui ne les connaissent pas encore, les 4 films réalisés par Timm sur YouTube ( vos commentaires y seront les bienvenus!).

 

- Eine Astrofarm in Südafrika:Stargate-Farm >

 

https://www.youtube.com/watch?v=GnoFAAqehng&t=66s

 

- Pilanesberg-Park Safari > https://www.youtube.com/watch?v=3ejYrwKES2M&t=41s

 

- Kgalagadi Transfrontier Park > https://www.youtube.com/watch?v=1Qpltl_Nn2I&t=36s

 

- Pilanesberg Safari 2016 > https://www.youtube.com/watch?v=3_k_dY71FGM&t=48s

 

 

Portez-vous bien et bonne année 2018 !  

 

Patrice S.

 

Les photos sont de Timm Klose, Peter Scholz, Benoît Zeller, Ullrich Beinert, Rainer Burzynski, Dietmar Sellner et moi-même.

 

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Pfiouuuuuuuuuuuuuuuuuuuu !!!

Fabuleux récit d'une escapade qui donne sacrément envie :)

Et joindre astronomie avec gastronomie, quel bonheur ;)

Je vais de ce pas jeter un oeil aux photos.

Merci encore de ce partage et bonne année 2018.

AG

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Stellaland, avec un nom comme ça il n'y a pas de mystère ! ;)

 

Je n'ai pas eu le temps de tout lire à cause du boulot, je le ferai mieux ce soir, mais déjà les photos sont absolument magnifiques. Ces couchers de Soleil, l'ambiance transpire de l'écran ;) Ca a l'air d'être aussi bon que les précédents récits. Bravo !

 

Tu as bien de la chance d'avoir fait 7 voyages en trois ans et demi seulement !

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Comme les autres,

je n'ai pas  le temps de tout lire pour l'instant, mais ça donne envie...

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Je pense que je n'irai jamais : la peur de ne pas vouloir repartir...

Très bon récit, bien alléchant.

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Merci Rastaman, tes voyages nous font toujours autant rêver !

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J'ai tout lu, ce récit est captivant et m'interpelle, ayant vécu la même expérience de l'autre côté de la frontière namibienne à Tivoli.

 

Seule différence, la couleur de la terre qui était très rouge là-bas.

 

Ceux qui enquillent 3-4 voyages de 2 semaines par an, vous êtes à la retraite?

Car sans ça je ne vois pas comment c'est possible.

 

Vous avez raison pour les araignées, malgré leur apparence répulsive, certaines sont bien utiles, y compris par chez nous (une piqûre de moustique évitée cet été, le vil volant ayant été piégé dans une toile).

Bon tout se termine bien, le chien perdu est revenu, le minibus Deutsch Technologie a été sauvé par le système D français, et on a même trouvé une Tour Eiffel dans le ciel.

Cocorico (mais pas à 4h du mat'!)

Modifié par xavierc

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