Roch

4 nuits à Tenerife avec un micro-setup : compte rendu

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Bonjour à tous :)
 

La semaine dernière, j'ai eu la chance de faire petit voyage de quatre jours aux îles canaries... malheureusement pas du tout orienté astro à l'origine, donc n'attendez pas des images prises à 2000m d'altitude sous un ciel d'un noir d'encre ;) 
J'étais sur la côte sud avec une pollution lumineuse bien présente, et un temps d'observation relativement limité par nuit, tout simplement parce que les journées étaient déjà bien assez remplies :D

Néanmoins, j'ai pu voir un vrai ciel bleu pendant quasiment quatre jours d'affilée, et j'ai donc pu étrenner mon nouveau petit setup nomade qui tient entièrement dans un sac à dos.
 

Histoire de le faire une fois, voilà le détail complet ;)

- Camera QHY290 refroidie ( -20° )
- Objectif Samyang 135mm T2.2 ( c'est le F2 version ciné ) en monture nikon
- Cet ( excellent ) adaptateur : https://www.pierro-astro.com/materiel-astronomique/accessoires-astronomie/accessoires-t2/adaptateur-pour-objectif-canon-ef-vers-t2_detail
- Un adaptateur monture canon vers objo nikon
- Une monture iOptron SkyTracker PRO
- Un trépied Velbon Vultra655A
- Une rotule no-name pas terrible ;)
- Une batterie lithium de ce type pour la caméra : https://www.amazon.com/20000mAh-Rechargeable-Portable-Lithium-ion-Battery/dp/B00YK6DO80
- Un mini pc ( Asus Transformer T100 )
- 2 ou 3 filtres en 31.75mm ; ici notamment un filtre Halpha Baader 7nm

Le tout pesant probablement dans les 5kg et passant dans n'importe quelle valise cabine pour l'avion ( y compris la batterie lithium, point crucial ), avec plein de place pour des fringues en bonus ^^

Une petite photo :

 IMG_20180201_232822.thumb.jpg.aa19ed78b65ca2d02196a7597877a40b.jpg


Du coup le premier soir ( 7 février ), afin de rester sur quelque chose de simple, j'ai voulu tester M42. J'ai installé le H-Alpha 7nm et ouvert l'objo a fond ; j'ai changé de méthode les nuits suivantes car on peut voir  quelques effets négatifs, avec des halos qui apparaissent autour des étoiles brillantes. Ce pb disparaît quasiment en fermant un peu l'objectif, vers f2.4/2.5.
 

En poses de 15s, grâce au bruit de lecture super-bas de ma petite cam, et au F/D de 2, le signal est là. 15 secondes unitaires est probablement un peu trop à cet échantillonnage pour la monture malheureusement. De plus je n'avais pas accès à la polaire, et le champ utile s'est réduit à une peau de chagrin au fur à mesure du temps, malgré des recadrages fréquents.

J'ai aussi fait quelques poses de 2s pour le coeur, le tout avec le filtre H-Alpha Baader 7nm

C'est ma première image compilant différents temps de pose, j'ai essayé de faire au mieux, dites-moi ce que vous en pensez ;)

Au total j'ai 1h30 de poses à 15s unitaires et 20 minutes à 2s.
 

18407-1518383565.jpg


J'ai aussi traité le coeur séparément pour voir jusqu'ou je pouvais aller niveau résolution... le trapèze est quasi-résolu, donc je suis plutôt content :) Néanmoins, je pense qu'il est possible d'aller encore plus loin, comme j'ai pu le voir les jours suivants, la MAP ne tolère aucun écart :)
A 200% de taille d'acquisition :


18407-1518383650.jpg

 

Le lendemain ( 8 février ), je voulais profiter de la hauteur du casque de thor afin de lui tirer un petit portrait ; cependant j'ai voulu tester ça au filtre UHC et non H-Alpha... ce fut une erreur, des halos dans tous les sens, image finale irregardable.

Cependant, sentant la chose venir en voyant déjà des défauts sur les brutes, j'ai coupé court à la séance pour tenter M78, pour un test sans filtre, en fermant très légèrement l'objo afin de supprimer l'effet de halo visible sur l'image précédente. Je dois être autour de f2.4/2.5

Résultat, les halos ont quasiment disparu. Les étoiles sont très empâtées, mais c'est pour moi un phénomène normal de cet objo très ouvert ; ne pas oublier qu'ici je suis en lumière blanche donc les étoiles sont infiniment plus brillantes que sur l'image précédente.
Je ne dirais pas que j'aime bien de telles étoiles, mais je ne trouve pas l'effet trop déplaisant non plus :)

Etant donné la pollum du coin, j'ai du pas mal tirer sur les curseurs pour faire ressortir la nébuleuse dans son entièreté, et ça se voit peut être un peu trop ^^
A refaire sous un ciel sans lumière parasite :D


2512x2s, soit presque 1h25
Pas assez de darks, ce qui explique le très léger résidu d'amp-glow à gauche
 

18407-1518443397.jpg
 

Le troisième jour, je décide donc de retenter le casque de Thor ; cette fois ci, avec mon filtre H-Alpha. L'objectif toujours fermé à F2.4 au vu du test concluant de la veille.

Malheureusement, la cible est petite, et étant complètement épuisé après une journée bien remplie, je me suis tout simplement endormi pendant les poses... :D
Du coup j'ai conservé le maximum d'images, mais la dérive était importante et au final l'objet est tout simplement sorti du champ.
De plus, les poses de 15s étant trop longues à cette focale, ceci conjugué à une MES laissant à désirer, le piqué n'est pas du tout au rendez vous ^^
Voici donc tout ce que j'ai pu en tirer, en 250x15s environ :


18407-1518706428.jpg
 

Le quatrième et dernier jour, j'étais bien décidé à profiter un maximum de la nuit pour me rattraper de la veille ; le ciel couvert en début de nuit m'a fait très peur et ce n'est qu'à partir de 23h qu'il s'est finalement dégagé, alors que la rosette déclinait déjà.
Afin de monter au maximum en piqué, j'ai voulu sacrifier un peu de signal en descendant les poses unitaires à 8s ; cependant un problème de suivi est apparu ( qui était absent les premiers jours sur des poses similaires, il va falloir que j'enquète... :D ) ce qui m'a valu des étoiles très étirées horizontalement sur la majorité des poses. En dévissant la caméra en fin de soirée, j'ai remarqué que le pas T2 fixé à celle-ci présentait un jeu assez important car il s'était dévissé... peut être est-ce lié ?

Bref, Malheureusement la mini ioptron semble très limite pour ce genre de chose. Peut être passerai-je à quelque chose de plus solide, mais pour les voyages, c'est dommage, il n'y a rien de moins encombrant !

Mis à part ce petit souci, ainsi qu'un cadrage encore très approximatif ( cadrer à la rotule photo à cette focale et avec une MES dans les choux, je ne vous raconte pas la partie de plaisir... ^^ ) je suis complètement satisfait du résultat. La FWHM commence à être très intéressante ( peut être même que l'image mériterait un Drizzle ) , et la sensibilité est au rendez vous.
Avec l'objo ouvert autour de F2.4, je perds environ un facteur 1.2 ( mesuré ) en sensibilité par rapport à la pleine ouverture, mais les vilains halos visibles sur les étoiles de ma M42 du premier jour ont complètement disparu.

700x8s, soit un peu plus d'1h30 au total :
 

18407-1518706502.jpg
 

En résumé, tout ces petits tests sont très concluants de mon point de vue ; ce 135mm samyang ne cesse de m'étonner.
Je crois que je vais rapidement investir dans un OIII pour mes prochains voyages... :D

Bons cieux
 

Romain

 

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Salut,

le caillou semble bon, mais la mise au point et le suivi semblent décalés !

Daniel

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Bonjour

Il y a pas mal de choses a ameliorer (MAP, suivi et cadrage) mais c'est un bon debut. La derniere en particulier (Rosette) est de tres bonne augure pour la suite.

Nicolas

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C'est pas mal pour un début et ton "petit" setup est sympa.

Je pense que tu peux améliorer tes images en rajoutant un filtre bloquant (UV/IR) sur ton trajet optique. Les étoiles "baveraient" moins.

 

Christian

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Merci pour vos sympathiques messages :)

 

Je me rends bien compte des nombreux défauts de mes productions, mais plus que le résultat, c'est le potentiel qui m'a poussé à poster tout ça :D

Notamment sur la rosette à la fin, je pense avoir réussi - au défaut de suivi près - à produire quelque chose de comparable à un résultat qu'offrirait une petite lunette astronomique, avec un encombrement très réduit et sans le bazar d'autoguidage ;)

 

Je garde l'idée de l'IR-cut cependant, pour des images en lumière blanche comme la m78, ça doit effectivement bien aider. Pour les autres cibles, ayant déjà un filtre h-alpha, ça me paraît inutile... Je le trompe ?

 

Un autre élément à modifier, serait la partie "rotule", un vrai truc avec des réglages fins pour le cadrage offrirait un plus indéniable. Si quelqu'un a des idées... :)

 

Bons cieux !

 

Romain

Edited by Roch

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Guest TICTACTOC

je retiens surtout de ton superbe essaie ( merci hein) avec ton matos ultra-nomade, qu'il faut que je m'organise une balade de quelques jours à Tenerife au pied du pic du Teide.

Mais avec mon propre mato de poche.

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Bonsoir Roch

 

Je ne pensais pas qu'il était possible de monter une camera ccd sur un objectif photo !?

Moi qui voulait acheter un canon 5d mark III , je compte bien réfléchir a cette option de camera ccd!

Je n'y connais rien du tout ?

 j 'ai plein de question qui me viennent à l'esprit sur le montage astro.

     - Comment s'appelle l'adaptateur à monter entre l'objectif et la camera ccd?

     - Y a-t-il des adaptateurs autres que pour canon et nikon ?

     - Comment la caméra est-elle alimentée? Comment faire la mise au point?

     - Peut-on faire du grand champ avec une camera ccd ?

 

Merci

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Belles prises, avec ton petit set up ultra portable . Bravo . :) 

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Le 16/02/2018 à 22:42, Roch a dit :

Un autre élément à modifier, serait la partie "rotule", un vrai truc avec des réglages fins pour le cadrage offrirait un plus indéniable. Si quelqu'un a des idées... :)

 

Si elle est compatible avec cet ensemble,Manfrotto 410 est une tête micrométrique à petit prix:

https://www.amazon.fr/Manfrotto-410-crémaillère-directions-micrométriques/dp/B000JLI4Q2

Et puis bravo pour la configuration tellement compacte.

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Salut à tous, merci à vous après ce petit "déterrage" ^^

 

Le 08/09/2018 à 22:38, selyan14 a dit :

Bonsoir Roch

 

Je ne pensais pas qu'il était possible de monter une camera ccd sur un objectif photo !?

Moi qui voulait acheter un canon 5d mark III , je compte bien réfléchir a cette option de camera ccd!

Je n'y connais rien du tout ?

 j 'ai plein de question qui me viennent à l'esprit sur le montage astro.

     - Comment s'appelle l'adaptateur à monter entre l'objectif et la camera ccd?

     - Y a-t-il des adaptateurs autres que pour canon et nikon ?

     - Comment la caméra est-elle alimentée? Comment faire la mise au point?

     - Peut-on faire du grand champ avec une camera ccd ?

 

Merci

 

C'est tout à fait possible avec ce petit accessoire :
https://www.pierro-astro.com/materiel-astronomique/accessoires-apn/accessoires-divers-pour-apn/adaptateur-pour-objectif-canon-ef-vers-t2_detail

Tu peux même mettre un filtre au format 31.75 à l'intérieur, c'est parfait.
Bon le souci c'est qu'il n'existe qu'en canon. Je m'en sors avec un objo nikon grâce à une bague d'adaptation, mais le montage ne tient pas, ce n'est pas à conseiller ^^
La map se fait avec l'objectif, directement donc il en faut un qui soit le plus manuel possible ^^ 

Après avec un peu de bricolage, tu peux certainement faire quelque chose...
La caméra est alimentée derrière avec une petite batterie 12v, et connectée au pc.

Romain

Edited by Roch

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Bonjour,

 

Merci pour ta réponse Romain.

Concernant la MAP sur une CCD, peux-tu être plus précis ? Sur mon 60D, je fais la MAP avec l'objectif et le liveview.

Sur un autre post  heXa83b m'a parlé de Backfocus.Voilà ce qu'il me dit sur ce point:

" MAIS il faudra faire attention au "backfocus", autrement dit à la distance entre la lentille arrière de l'objectif et le capteur, en général une quarantaine de mm. Sinon il te sera impossible de réaliser une bonne mise au point."

Je voudrais éclaircir un deuxième point sur la possibilité des champs à imager .Par exemple la caméra QHY8L refroidie  possède un capteur de dimension comparable à celui d'un capteur apsc ( 25.10mm x 17.64mm ) , j'en déduit qu'on peut utiliser cette caméra pour la Voie Lactée et les constellations ! Qu'en penses tu?

 

Merci

 

Gabriel

 

 

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Ah oui j'avais mal compris... 
Ben la map je la fais devant l'écran du PC qui est branché, en "liveview" si tu veux... c'est vraiment pas compliqué, surtout avec une caméra récente et un objo bien ouvert, tu as beaucoup d'étoiles visibles même à 1/10ème de seconde.
Pour le champ couvert, je te conseille d'aller tout simplement rentrer les paramètre de ta caméra sur stellarium, tu verras bien ce que ça donne.
Aucun frein à l'utilisation d'une caméra sur du très grand champ, fais toi plaisir ^^

L'inconvénient c'est qu'il faut emmener le PC en plus, mais bon on en fait des tout petits de nos jours... :D

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    • By Team OURANOS
      Bonjour à tous.

      10e image de la Team, avec la nébuleuse SH2-188, parfois surnommée la "Crevette" ou "Firefox" en raison de sa forme particulière...
       

      Full : https://astrob.in/nn6tbw/0/
       
      Bien qu'elle ait été incluse dans le catalogue Sharpless, il s'agit en fait d'une nébuleuse planétaire atypique, située à une distance d'environ 711 années-lumière dans la constellation de Cassiopée.
      Elle apparaît comme une enveloppe bien marquée du côté est et très dispersée du côté ouest, où elle semble s'être déjà dissoute. En apparence, elle rappelle la nébuleuse Sh2-274.
      Grâce à sa vitesse d'expansion, un âge d'environ 7500 ans a été déterminé. Bien que son apparence ressemble à un reste de supernova, cette possibilité a été exclue en raison de la nature de ses émissions.
      Pour cette image, dont les acquisitions ont été réalisées en Ha et en OIII, nous avons opté pour un mixage plus complexe que le HOO traditionnel, pour se rapprocher d'un rendu SHO.
      ----------------------
      AstroSib 360 (f/8 - 2880mm) - AP 1100 - G4-16000
      Ha : 82 x 600s
      OIII : 93 x 600s
      Total : 29h10
      02/10 - 18/11/2023 - Corse
      ----------------------
      Plus d'informations sur la Team et d'autres images sur notre site : https://team-ouranos.fr/
      Bon ciel à tous !
      Jean Claude Mario, Matthieu Tequi, Mathieu Guinot & Jean-Baptiste Auroux
    • By Chrishapha2019
      Bonsoir,
      ce matin avant d'aller bosser  j'ai pu observer une jolie protue bien fibreuse et faire quelques images ... toujours avec un ciel assez diffusant mais bien meilleure que les jours précédents...
       
      J'ai pu remarquer que ma fente n'est pas bien mise au foyer du collimateur ; c'est pour ça que les bords de la raie ne sont pas bien net et que la mise au point de la protubérance était laborieuse (le réseau ne marche bien qu'en lumière parallèle).
       
      j'ai pu également observer qu'avec mon 2400 t/mm je peux commencer a observer des détails du disques solaire en H alpha mais pas très contrastés si la fente est large.
       
      J'attends avec impatience que le ciel soit plus propre...   A suivre...
       
      PS :  je ferai une publi sur le spectro-coronographe en détails bientôt..
       

       

       

       
       
      Il n'a pas de stacking ; je préfère les images brutes ici car elles rendent bien compte de ce que je vois vraiment en live à l’oculaire....
       
      Chris
       
       
       
       
       
    • By Chani11
      Bonjour,
      Enfin j'ai pu bénéficier de deux nuits à peu près potables pour imager presque sereinement avec NINA, PHD2 et l'ASI2600MC.
      Que de nouveautés, moi qui ai toujours shooter avec un APN, un autoguidage Lacerta (par ailleurs excellent) et sans ordi en CP.
      Pas de Lune ces deux nuits, mais de la turbulence et donc un FWHM dégueu. Tri sévère, un peu plus de 5 heures retenues par tranches de 2 minutes
       
      Juste pour l'ambiance, le setup
       
       

       
      Et la nébuleuse. Vous pouvez vous promener sur la full, ce n'est pas trop moche il me semble
       

       
      J'espère que cette première image vous plaira
       
    • By Benjamin Poupard
      L’histoire dans laquelle vous allez entrer est certainement une histoire que l’on peut qualifier de fantastique ! Pour preuve, vous y traverserez le Mordor, y croiserez un Grand Ancien, et il arrive même qu’on y mange des madeleines ! Mais c’est pourtant bien une histoire d’étoiles. Et elle commence avec… une liste !
       
      Peut-être que vous aussi, vous tenez une liste de trucs à vivre au moins une fois dans votre vie ? Comme, vous savez, visiter le Machu Pichu … ou manger de la purée avec les doigts. L’astronome qui sommeille en moi tient également une telle liste, d’ailleurs assez longue. Dans cette longue liste, j’ai déjà pu cocher “observer une éclipse totale de Soleil”, “observer une pluie d’étoiles filantes”, “voir la lumière zodiacale”, et d’autres trucs plus exotique comme “voir Triton” ou “dessiner une supernova”... Mais la case “aurores boréales” restait encore à cocher !
       
      Pas la case la plus facile à remplir, soit dit en passant, puisque pour des raisons mêlant géographie et magnétisme terrestre, les aurores restent rares aux latitudes qui sont habituellement les miennes, obligeant alors à envisager de voyager plus vers le nord. Il arrive toutefois qu’en période d’intense activité solaire, on arrive à en photographier quelques bribes rougeoyantes jusque chez nous. Mais voilà, de mauvais concours de circonstances ont fait que je n’avais jamais réussi à photographier une aurore boréale … jusqu’à cette soirée du 10 mai. 
       
      Mais je me perds déjà, et commence mon histoire par la fin !
       
      Il faut donc remonter le fil de cette histoire, revenir quelques heures en arrière, au matin de ce 10 mai, et surtout jeter un oeil à 150 millions de kilomètres d’ici : c’est en effet à la surface du Soleil que tout commence.
       
      Et en ce moment, notre Soleil est sacrément vénère ! Suivant un cycle de 11 ans, il est actuellement en période de maximum d’activité. Installée sur mon téléphone, mon appli de monitoring solaire (oui oui, pour les non-astronomes, sachez que ça existe) me tient constamment au courant des sautes d’humeur de notre étoile. Et depuis le début de la semaine, je reçois des “X-ray alerts” à un rythme particulièrement soutenu. En cause, une tache solaire particulièrement active, baptisée AR3664, qui balance allègrement des grosses bouffées de plasma (autrement dit un joyeux mélange de protons et d’électrons baignés par des champs magnétiques  - je vous la fais courte) dans l’espace !
       
      Un peu plus tôt dans la semaine, pas moins de six bouffées de plasma ont quitté la surface du Soleil en une journée … Expulsées à une vitesse qui avoisine les 1000 km/s, elles doivent rencontrer la Terre quelques jours plus tard.
       
      Ce vendredi matin, les bouffées de plasma sont encore à quelques millions de kilomètres. Sur Terre, et plus particulièrement dans mon jardin, il fait beau. Et en dehors de quelques mauvaises herbes à arracher, je n’ai pas grand chose à faire … J’installe donc la lunette entre les rosiers et le séchoir, je sors le filtre de Herschel, une caméra et me prépare à faire connaissance avec AR3664.
       

      Le Soleil, photographié à la L100/900, équipée d'un Herschel Baader, avec une QHY 178MM
       
      Il faudrait avoir oublié de mettre le filtre de Herschel pour ne pas la voir (conseil : ne faites pas ça.). Car, oui, AR3664 est énorme !

       
      Petite parenthèse en passant : au-delà d’une certaine taille et un certain degré d’activité, il ne me semblerait pas irraisonnable que les taches solaires se voient attribuer un nom en lieu et place de leur numéro. Un peu comme on le fait sur Terre pour les cyclones et les tempêtes. D’ailleurs, je me lance ! Et c’est en fouillant dans le bestiaire des monstres de la littérature fantastique, en traversant l’imaginaire lovecraftien, que je tombe sur la créature qui incarne au mieux ce monstre solaire… Chtugha. 
       
      “Cthugha est décrit comme une entité liée au feu et à la chaleur, émergeant des abysses incandescents de l’univers. Ses origines sont enveloppées de mystère, mais il est souvent associé à des phénomènes cosmiques tels que les étoiles en fusion et les incendies célestes.” MAIS OUI !!!Dans l’oculaire, ce que je vois, c’est exactement ça : un véritable monstre aux ramifications multiples évoluant au milieu du feu solaire, qui pourrait engloutir plusieurs dizaines de planètes Terre ! Va pour Cthugha !
       

      AR3664, photographiée à la L100/900 + Barlow x3, équipée d'un Herschel Baader, avec une QHY 178MM
       
      Un peu plus tard dans l’après-midi, je pars pour une nouvelle séance d’observation, mais cette fois derrière le Coronado du planétarium. Cthugha est toujours aussi en colère : ses yeux me dardent de rayons incandescents ! Au même moment, mon appli me signale d’ailleurs qu’une nouvelle éruption vient d’avoir lieu, là, juste sous mes yeux ! A cet instant, la colère du Soleil se manifeste un peu partout, à sa surface sous la forme de taches brillantes, sur son pourtour sous la forme d’immenses protubérances. J'emmagasine les images, qui occuperont quelques soirées pluvieuses.
       

      Le Soleil au Coronado 70, photographié avec la QHY 178MM, et une turbu assez dingue ...
       
      Pendant ce temps, le plasma fumant de Cthugha touche bientôt au but. De retour à la maison, je constate d’ailleurs que la fièvre s’empare des groupes astro sur les réseaux sociaux : “la tempête solaire n’est prévue que pour la fin de la nuit, mais tenez vous prêts, chargez les batteries de vos appareils-photo, videz les cartes-mémoires et prévoyez une réserve confortable de madeleines, car on n’est pas à l’abri d’une bonne surprise !”.
       
      Observation solaire le matin, observation solaire l’après-midi : la besace à images est déjà bien pleine. Mais y ajouter une photo d’aurore boréale, ce serait la cerise sur la madeleine.
       
      Je prépare mon matériel, et croise les prévisions météo terrestre avec les dernières infos concernant la progression de la tempête afin de caler un point de chute : ce sera près de Rocquigny, en pleine Thiérache.
       
      Pour ceux qui ne connaissent pas, la Thiérache, c’est la Terre-du-Milieu-de-Nulle-Part, c’est l’équivalent ardennais du Mordor ; il suffit juste de remplacer la tour de Sauron par des éoliennes.
       
      C’est d’ailleurs au nord de Rocquigny, au pied de l’une de ces éoliennes que j’installe mon pied-photo. Histoire de prendre la température, je lance une première pose mal cadrée, plein nord, et … l’écran est déjà tout rouge ! La soirée commence à peine, et j’ai déjà coché une case supplémentaire de ma liste des trucs à vivre au moins une fois ! J’ai photographié une aurore boréale !
       

       
      Alors que Jérémy, puis Geoffroy et Stéphanie arrivent, l’aurore s’impose comme une évidence. Pour être plus précis, comme une sorte de lueur crépusculaire intense, à ceci près qu’elle est au mauvais endroit et au mauvais moment.
       
      Puis sonnent les douze coups de minuit (bon, on n’a rien entendu, rapport au bruit des éoliennes), et c’est à ce moment que la soirée a brusquement basculé dans quelque chose qui n’était pas du tout prévu : soudainement, le faux halo crépusculaire s’élève et devient de plus en plus brillant, et en une poignée de minutes, se structure en colonnes de lumière qui atteignent presque le zénith ! Sur les écrans de nos appareils-photo, c’est un feu d’artifice coloré ! A l’oeil nu, les couleurs s’estompent (on devinera par moments quelques nuances rouge, vertes ou bleues), mais le spectacle se déploie en format panoramique.
       

       
      Et me revient cette impression, que j’avais ressenti lors de l’éclipse totale de Soleil en 2006 : les aurores boréales sont certes formidablement photogéniques, mais le cadre étriqué de la photo nous prive de la dimension immersive du phénomène : comment rendre la majesté de ces piliers de lumière qui se dressent devant nous comme les tours d’une cathédrale occupant la moitié du ciel ?
       
      En plus du téléphone, j’avais emmené avec moi mes jumelles “hiboux”, des 2X50 à très grand champ, qui permettent de détailler finement ces piliers, et d’observer leurs lentes translations. C’est beau, c’est grandiose, c’est … incroyable (adjectif utilisé plusieurs centaines de fois ce soir-là ; Jérémy lui préférant toutefois l’expression “mais qu’est-ce qui se passe !”).
       
      Par moments, les colonnes de lumière semblent converger au-delà du zénith, et se livrent à une danse curieuse : les traits de lumière apparaissent, convergent et disparaissent aussitôt, parfois en quelques secondes ! Ce phénomène, s’il porte un nom, reste le plus surprenant de cette soirée !
       

       
      Un peu avant 3h du matin, la tempête retombe, alors que Geoffroy et Steph nous quittent. Malgré la fatigue, Jérémy et moi profitons jusqu’au bout du spectacle … qui redémarre de plus belle ! Et qui se poursuivra jusqu’à se mélanger avec les lumières de l’aurore terrestre, marquant la fin de cette soirée … incroyable !
       

       
      Et alors que Cthugha continue de souffler sur nos têtes, je réalise que je vais pouvoir cocher une case supplémentaire dans ma liste : ce soir, j’ai … vu … une aurore boréale !
       
      --------------------------------------------------------------------------------------------------------------
       
      Les images d'aurores ont été réalisées avec un Google Pixel 7Pro, en mode "astrophotography"
       
      Vous pouvez également jeter un oeil sur le time-lapse de cette magnifique soirée (n'en jetez plus) :
       
       
    • By melix
      Bonjour tout le monde !
       
      Hier était encore une journée passionnante pour l'observation solaire. Je pense avoir capturé des événements très intéressants grâce au Sol'Ex. Voici par exemple un flare, capturé entre 15h02 et 18h02 (UTC). Etrangement je ne retrouve pas trace de ce flare sur https://www.spaceweatherlive.com/en/solar-activity/solar-flares.html
       
      (Les images de cette série sont inversées nord-sud pour plus de visibilité).
       

       
      Il est aussi clairement visible sur une image doppler de la série, qui "sature" à l'endroit du flare :
       

       
      Mais ça n'était pas le seul événement fascinant. Sur une des vidéos, j'ai capturé 3 ejectas de matière particulièrement rapides, dont un dans cette même région. La vidéo a été prise à 15h02 UTC ( 17h02 heure de Paris).Tout d'abord, voici une animation générale, qui montre les 3 spots. Contrairement à l'animation précédente, ce que l'on voit ici n'est plus une animation dans le temps, mais bel et bien une animation qui montre la même image, décalée  de -2.5Å à 2.5Å :
       

       
      Ensuite on peut zoomer sur la fameuse région AR3664 :
       

       
      (version MP4 plus fluide ici)
       
      Là où ça devient vraiment intéressant, c'est lorsque l'on mesure la vitesse associée. En effet, j'ai mesuré un décalage de pixels de 20.5 (en étant prudent), ce qui, avec un échantillonnage à 0.125Å/pixel, nous donne une vitesse de plus de 400.000 km/h ! Si on prend quelques images à différents décalages, la structure est bien visible :

       
      La deuxième région ici :

       
      (animation plus fluide ici)
       
      Et enfin la dernière, que je trouve assez impressionnante parce que totalement invisible au centre de la raie h-alpha :
       

       
      (animation plus fluide ici)
       
      Enfin voici une mosaïque de 2 panneaux réalisée avec un décalage de 4 pixels soit 0.5Å) que je trouve assez esthétique :
       

       
      Les images ont été faites avec une lunette Photoline 80mm à 480mm de focale, un filtre ND16 en entrée et un filtre h-alpha optolong 12nm. Tous les traitements et animations ont été faits avec JSol'Ex, à l'exception de la première animation qui a d'abord été générée par JSol'Ex puis réalignée avec imppg. Je tiens à disposition le fichier SER si certains veulent jouer avec ou vérifier les calculs.
       
      Enfin, si vous vous demandez comment le repérer dans un scan, voici comment ça apparaît à l'écran lors du scan (tronqué sur la section intéressante) :
       

       
      Le mauvais temps semble de retour et c'est la fin de vacances pour moi, mais je suis plutôt content de cette semaine !
       
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