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Hello !!

Les pieds dans l’eau et la tête dans les nuages, je voulais partager l’immense privilège, le miracle absolu d’avoir connu samedi dernier une soirée enfin claire ! Je dis « enfin », même si depuis des semaines je n’y croyais plus vraiment, et si j’avais un peu laissé tomber cette attente vaine de pouvoir à nouveau observer longuement.

Les prévisions météo concordaient pour annoncer une soirée étoilée samedi donc. Curieusement, rien de prévu ce soir-là, ni le lendemain, pas de lune, et donc malgré de multiples prévisions de beau temps qui se sont terminées sous les nuages, je me suis dit « pourquoi ne pas y croire ? ».

 

Samedi en journée effectivement le temps est relativement correct, même si entre 19 et 20 h les gouttes quotidiennes s’invitent sous de gros nuages décourageants. Par miracle cela ne dure guère, et le magma laisse rapidement place à de curieux nuages fins et lumineux, peu inquiétants, dans un beau ciel bleu !

Chat échaudé attend jusqu’au dernier moment pour entreprendre de tout sortir et monter le Dob, mais déjà Jupiter s’allume au sud-est. Un peu pressé par ce dernier, et un peu moins habitué à monter le Dob avec cette météo de fou, je bredouille et dois m’y reprendre à deux fois pour placer l’anneau du secondaire sur les tubes. Ouf, c’est passé, rien de cassé ! Le reste est un jeu d’enfant, et enfin je vise la planète géante pour la première fois au 300.

 

Contrairement aux idées reçues, la claque n’est pas immédiate. Le potentiel est immédiatement perçu, à la première seconde, mais il y a un mélange de trop lumineux et d’instabilité d’image qui fait que tout n’apparaît pas d’un coup. Le miroir est pourtant presque à température, mais la planète reste basse. La sensation d’impossibilité de mise au point parfaite est pénible, je ne peux pas monter au-delà de 170 X. J’entreprends un dessin, et peu à peu l’image s’améliore, du moins dans les trous de turbulence, car la netteté reste en général très perfectible. Le gain par rapport à la lunette est clair, et encore plus impressionnant dans les trous de turbulence : les bandes se multiplient et sont plus contrastées, les couleurs sont plus vives, les détails fourmillent dans la SEB et la NEB, les festons apparaissent franchement … Mais il faut du temps pour intégrer toute la richesse de ces détails.

 

Le ciel s’assombrit et avec cela un gros nuage noir monte par l’ouest ! J’ai compris, au lieu d’entreprendre la suite, autant rester le maximum sur Jupiter, car dans 5 min cet importun aura tout envahi ! Dégoûté, je me vois déjà tout ranger prématurément comme lors de précédentes sorties. Et là, se produit une chose totalement inattendue et improbable au vu de l’instabilité actuelle : le nuage commence à se disloquer en plein de petits nuages de plus en plus fins, et laisse entrevoir le ciel entre eux ! Il s’éloignent les uns des autres, et se volatilisent peu à peu !

Enooooooorme ! Donc, je peux continuer ?? Sûr ? Je n’ose y croire ! Mais pourtant le ciel est quasi tout bleu foncé, sans un nuage à présent ! C’est parti alors !!

 

Je fais l’impasse sur les étoiles doubles de circonstance au crépuscule, et commence directement avec le ciel profond. Un objet brillant comme NGC 6210, la nébuleuse de la Tortue dans Hercule, fera bien l’affaire pour m’adapter au noir. Je ne la trouve pas d’abord, je perds un peu le fil des étoiles repères,  du coup je cherche au pif et je tombe sur une grosse « étoile » très bleu-vert, formant deux triangles isocèles avec des étoiles plus piquées. C’est elle ! A 170 X elle est très reconnaissable et remarquable, ovalisée E/O, encore colorée mais peu détaillée. La centrale apparaît dans une zone un peu plus marquée, c’est faiblement diffus autour. Même à 270 et 390 X elle ne révèle quasi pas de détails, hormis un coin un peu plus net, et de vagues halos sombres. Sympa pour la couleur, mais ce n’est vraiment pas ma NP préférée, peu de détails.

 

Cela faisait un moment que je voulais voir M13, profitons-en ! Dès 56 X le roi des globulaires est très esthétique, remarquable, bien résolu. Certaines étoiles sont même assez brillantes, conférant un aspect 3D avec les autres étoiles plus faibles et le fond nébuleux. Il est très caractéristique avec son extension crochue vers le SO.

A 96 X on commence à bien percevoir des chaînes ça et là, un aspect argenté, et le Y sombre à la base de l’extension crochue.

A 170 et surtout 270 X, il montre un visage impressionnant : il fourmille d’étoiles et devient presque méconnaissable ! Un monstre !

 

La petite galaxie NGC 6207, toujours assez difficile à la lunette, est ici vue immédiatement dans le même champ que M13, à 56 X. Bien sûr, en grossissant, elle se révèle davantage, son centre est vraiment marqué, et à 270 X son allongement est d’environ 4/1, avec une impression d’irrégularité de forme.

 

Entre M13 et NGC 6207 en gros, se trouve une seconde galaxie, IC 4617, très très faible, de mag 15 environ. Nulle raison de se priver de la recherche, mais c’est vraiment ardu sans carte précise. Après une fausse alerte, je devine lors de 1 ou 2 glimpse une vague tâche fantômatique ovalisée. Je fais vite le schéma pas rapport aux étoiles proches, mais le lendemain je ne parviendrai pas à confirmer cette configuration sur photos. Il faut repérer un parallélogramme, ce que je n’ai pas dessiné correctement. A recommencer donc.

 

Dans la profusion de possibilités maintenant, je saisis celle qui va disparaître en premier, c'est-à-dire Virgo. Grâce à une petite exploration du nord-est de cette belle constellation, je vais essayer de compléter un peu les objets déjà vus cette maigre année, et rattraper le temps perdu. Go pour les p 44 et 46 du PSA !

Le duo NGC 5363 – 5364 est remarquable par la différence d’aspect des deux membres ! NGC 5363 est brillante et facile en VD,  l’autre est bien moins contrastée et diffuse. J’y remarque à peine une bande centrale un peu plus marquée, dans un halo ténu.

A 170 X on décèle 2 étoiles de mag 14 sur son bord N.

 

NGC 5566 appartient au groupe Arp 286. A faible grossissement je ne vois guère que sa partie centrale, petite et proche d’une étoile. A 170 X elle est facile et contrastée. Mais entre un duo brillant et elle, je perçois de façon continue en vision indirecte (VI1) une seconde galaxie (NGC 5560, mag 12,4) bien plus allongée, en léger fuseau. Par intermittence, j’y vois une étoile faible sur l’extension O et une zone centrale allongée plus marquée.

Par contre, sans connaître son existence, je ne perçois pas le faible patch lumineux de NGC 5569, troisième galaxie touchant presque la première.

 

NGC 5576 constitue aussi un beau duo avec NGC 5577 (mag 12,2). Elles sont visibles immédiatement en vision directe, orientées de la même façon NE/SO, mais la première est légèrement plus brillante et moins ovalisée que l’autre.

Idem, sans connaître sa position, je manque NGC 5574, pourtant de mag 12,4, touchant presque NGC 5576.

 

Ensuite NGC 5668, malgré une mag de 11,5 seulement, se laisse à peine entrevoir en VD et reste vague, peu marquante. Je décèle peut-être une, voire deux étoiles très faibles sur l’extension N.

 

NGC 5638 par contre est une belle galaxie douce vue en VD2 dans un joli champ de 5 étoiles alignées de mag 10 à 12 environ. Elle est assez contrastée, légèrement allongée E/O, avec un centre plus brillant.

A 96 X les étoiles du champ sont très piquées !

Par contre, est-ce parce que ce soir je veux en voir le maximum, mais je passe encore à côté de deux galaxies très proches, NGC 5636 à 2’ N (mag 13,2) et UGC 9310 de mag 14 environ.

Ce sera pour une autre fois, nul doute qu’en connaissant leur existence elles seront plus faciles à repérer.

 

Un des coups de cœurs de la soirée, NGC 5746 très près d’une étoile gênante et brillante. Elle devrait être plus connue ! Décevante car pâle à la lunette, la voici comme un superbe fuseau assez facile si l’on fait sortir l’étoile gênante du champ. On dirait une petite NGC 4565 ! 

Elle est très effilée et montre une faible étoile sur son extension S. La partie centrale allongée aussi est plus marquée, et les fines extensions qui se perdent dans le ciel sont surtout développées en VI. Curieusement il me semble percevoir une très vague présence de bande sombre, que je ne valide pas car je crois à ce moment qu’elle n’en a pas. Mais surprise le lendemain de voir que c’est bien  le cas, mais visible à partir de 400-450 mm environ !

Je devine aussi d’autres petits détails, mais sont-ils confirmés ? limite plus nette à un endroit, impression de surface irrégulière, zone sombre, extension plus marquée que l’autre …

Toujours est-il qu’en repassant l’oculaire de recherche (56 X) pour l’objet suivant, j’y rejette un œil et contemple avec surprise le spectacle de cette petite aiguille floue bien brillante et contrastée malgré la présence de l’étoile très brillante dans le champ, le tout embelli encore par plus d’étoiles offertes par le grand champ !

 

Ensuite NGC 5813 constitue un peu une énigme. C’est une jolie galaxie assez ronde et diffuse, à centre marqué, tout de suite visible en VD2 dans un joli triangle très régulier. Mais curieusement à 170 et 270 X j’y vois de faibles nodosités proches et extensions, faisant croire à la présence de bras spiraux, ou du moins d’une structure avérée. Or, son type SA et les photos consultées ne laissent pas place à de tels détails, c’est plutôt un astre uni. Bizarre, pour une fois que je perçois des spires aussi « facilement » !! Aurais-je confondu avec une proche voisine, par ex NGC 5806 ? Toujours est-il que la faible NGC 5814 proche de 5813 n’a pas été vue, ignorant son existence (mais de mag > 14 !)

 

Un peu plus au sud, voici maintenant le seul amas globulaire de Virgo : NGC 5634.

C’est une observation intéressante de par l’aspect esthétique, l’amas assez brillant étant serti entre deux étoiles d’éclat irrégulier, le tout faisant un T avec une autre étoile. L’aspect challenge est aussi motivant pour tenter de résoudre ce difficile petit conglomérat d’étoiles. En montant jusqu’à 270 X, je vois une forme caractéristique qui se confirme à chaque grossissement, un peu pointu sur le coin E et diffus à l’O, en éventail. Mais pas vraiment de résolution, tout au plus la zone diffuse présente quelque vague granularité en VI très appuyée.

 

Près de l’étoile 110 se trouve un « complexe » de galaxies, duquel je retiendrai surtout le duo NGC 5846 – 5850.

La première est une jolie galaxie facile en VD2 avec un noyau apparent. Je la perçois légèrement ovalisée N/S probablement à cause d’un petit astre situé à environ 1’ S. Le lendemain je découvrirai qu’il s’agit de la petite galaxie compagnon NGC 5846 A, de mag 12,8 et mesurant à peine 0.5’ X 0.3’. Enfin une galaxie secondaire détectée ignorant son existence, même si à 96 X seulement je l’ai confondue avec une étoile.

La proche NGC 5850 est plus petite et plus faible, et présente un allongement NO/SE. Cela est intéressant car c’est une spirale barrée dont la barre a justement cette orientation. Par contre, pas trace des spires entourant la galaxie, ni de chaque faible étoile aux points de jonction de cette barre avec les bras spiraux….

 

NGC 5838 est une petite galaxie brillante et contrastée, dont l’allongement paraît faible en raison de la faiblesse de ses extensions. A 170 X la vision est plus confortable et il semble que je confirme une étoile très faible proche du noyau, ce que l’on voit sur des photos. Dans le NSOG ils parlent d’une étoile de mag 13 dans cette région, celle-ci me paraît plus faible ?

Il est tard mais la nuit semble parfaite, très claire, avec les constellations d’été déjà bien hautes et la Voie lactée qui se lève à l’est. Je resterais des heures mais je crains vraiment la fatigue du lendemain, sensible à ces états un peu « dégradés ».

 

Pour le fun, je lève le tube vers M57, et c’est une claque ! En octobre c’était l’un des premiers objets vus avec le nouveau 300, mais entre les nuages. Ici, elle me paraît vraiment brillante et bien définie, dans un champ esthétique et claquant d’étoiles. L’étoile de mag 12,5 proche est facile en VD, les anses obscurcies se poursuivent brièvement à l’extérieur vers une rapide extension comme sur les photos, mais surtout la partie centrale est dotée d’un « voile » grisâtre, bien plus clair que le fond de ciel. Comment percevoir la centrale sur ce milieu peu contrasté ? Il me semble en recevoir juste une fois l’éclat extrêmement faible, mais pas sûr …Je n’ai pas noté le grossissement, 170 ou 270 X. Sans doute faudrait-il pousser à 400 X ou plus pour cela …

 

Je joue les prolongations en « entamant » le Serpent, bien situé au méridien. Hélas quelques nuages vagabonds s’interposent un peu, mais je vois facilement bien que limite en VD, la petite galaxie NGC 5962 comme un ovale flou E/O d’allongement moyen, et légèrement marqué au centre.

 

Voilà, devant la masse des galaxies encore non explorées de la Vierge, je préfère me dire que tant pis, c’est fini pour cette année, et cette superbe soirée marque le passage des galaxies de printemps aux amas et nébuleuses de l’été. Mais surtout, au vu de la météo, ne faisons plus de plans sur la comète et pas de programme ni de réjouissances par anticipation, on prendra ce qu’il nous est donné.

 

Je n’en reviens toujours pas d’avoir eu cette chance d’un samedi soir favorable, et je le savoure encore en relisant toutes les docs dont je dispose, parlant des objets observés. Faut faire diffuser …Même si en raison de l’actualité météo je regarde tout cela avec un certain recul maintenant, et n’attends plus de séances suivies comme auparavant.

En espérant que les ciel clairs finiront par revenir (en même temps que des crépuscules de plus en plus courts), bon ciel à vous !

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Superbe CROA :)

On sent que tu étais gravement en manque de ciel étoilé. Bien joué pour ce shoot en perfusion à haute dose ;). Ça a du te faire du bien.

 

NGC 5746 est effectivement une superbe galaxie. Sa bande de poussière est évidente à l’oculaire. Pour ma part, ça fait longtemps que je l'ai classée dans mon TOP 10 des plus belles galaxies vue par la tranche.

(Pour infos, les 9 autres sont  : NGC 4565, M 82, NGC 4631, M 104, NGC 3628, NGC 891, NGC 4244, NGC 5907, M 102 ;).)

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Super reportage..

Il faut dire que l'on souffre beaucoup question météo cette année... espérons avoir quelques bonnes soirées d'ici la fin d'année..

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Le 12/06/2018 à 16:24, etoilesdesecrins a dit :

Le gain par rapport à la lunette est clair, et encore plus impressionnant dans les trous de turbulence : les bandes se multiplient et sont plus contrastées, les couleurs sont plus vives, les détails fourmillent dans la SEB et la NEB, les festons apparaissent franchement … Mais il faut du temps pour intégrer toute la richesse de ces détails.

 

Oui, clairement les détails fins sont le domaine des "grands" diamètres (on va dire à partir de 200-250mm) même quand le seeing n'est pas engageant. Comme tu dis, pour accéder à cette profusion il faut laisser le temps au cerveau de s'habituer à l'image donnée par le télescope.

Imagine ce que ça sera quand tu auras un seeing correct :)

 

Le 12/06/2018 à 16:24, etoilesdesecrins a dit :

La sensation d’impossibilité de mise au point parfaite est pénible, je ne peux pas monter au-delà de 170 X.

 

Tu devais avoir une grosse turbu alors ?

Le stade suivant, c'est la bino :) et là avec ton T300 tu seras à 300X en régime de croisière sur Jupiter.

Fred.

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