Cédric Perrouriefh

Maksutov 127 : exemples d'observations

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Salut,

 

J'ouvre ce sujet entre autres pour les débutants et/ou autres personnes intéressées par l'achat d'un Mak 127 (j'ai constaté qu'il y en avait pas mal ! ;)) qui se demandent ce qu'ils peuvent espérer tirer de ce matériel. Voici donc quelques comptes-rendus dans des situations diverses de lunaison, avec différents objets observés en fonction. J'alimenterai au fil du temps et des nouvelles observations, et vous êtes bien sûr les bienvenus à participer (même si vous n'avez pas exactement le même Mak ;))

 

Je possède un Mak SW 127/1500 (le fameux tube bleu !) depuis une dizaine d'années, mais je le redécouvre avec plaisir depuis la vente de mon lourd Dobson ! :)

 

Observations du 22 octobre 2018

 

- Saturne et M25

 

Saturne est basse sur l'horizon sud-ouest. Dans le Pentax XW 20 (grossissement 75x), elle est petite, souffre de la turbulence et de la dispersion atmosphérique. Pourtant, l'image est loin d'être affreuse, ce n'est pas un pâté, c'est même plutôt fin malgré les désagréments cités. Les anneaux assez ouverts se détachent sans équivoque 100% du temps, et dans les trous de turbulence on voit bien comment ils "coupent" le globe en passant devant lui, masquant toute la partie inférieure. Cette coupure est matérialisée par une bande très sombre caractéristique qui épouse la forme arrondie des anneaux et les sépare du globe tronqué. Cette ombre est visible 1/4 à 1/3 du temps, mais quand elle y est elle y est et c'est très joli. Il faut rappeler que Saturne n'est qu'à une quinzaine de degrés au-dessus de l'horizon, tout au plus !

 

Le passage à un grossissement de 150 fois (Delos 10) n'apporte rien de plus sur Saturne, pas de bandes nuageuses contrastées sur le globe. Ha oui, peut-être la division de Cassini qui semble vouloir s'extraire de la turbu sans vraiment y arriver. Mais soulignons quand-même que ce doublement du grossissement n'a pas non plus dégradé l'image ! :) On note aussi la présence de Titan non loin de là.

 

Juste à côté de Saturne, M25 entre entier dans le champ du Delos 10. Ses quelques étoiles les plus brillantes sont largement visibles en vision directe et je suis très satisfait de leur piqué pour un grossissement de plus de 1D dans la turbulence de l'horizon. Pour aller plus loin, quelques étoiles beaucoup plus faibles se laissent deviner dans ce fond de ciel très éclairci par la quasi pleine Lune. Bien sûr on ne peut pas les compter tellement c'est subtil, mais il n'y a aucun doute possible, on a bel et bien un amas ouvert sous les yeux.

 

- Mars

 

Je pensais que cette cible plus haute que la précédente souffrirait moins de la turbulence, mais il n'en fut rien ! Dès 75 fois l'image bouillonne, pourtant on arrive quand même à sentir que la surface est contrastée. De façon moins évidente qu'au C14 (quelle est la part du diamètre, de la turbulence, de la clarté de l'atmosphère ?), mais en tout cas il y a bien un prémisse de contraste. Je ne m'y attarde pas (j'ai un doute après coup, je ne sais pas si la mise au point était vraiment au top car la turbu était étonnamment forte, signe parfois d'une légère défocalisation. Ma foi...)

 

- La Lune

 

Voici le dernier objet, et le clou de la soirée. Je ne comprends pas comment marche la turbulence. Elle en souffrait aussi, mais beaucoup moins. C'est avec ce genre d'observation qu'on peut juger la qualité optique de façon assez sûre, et je dois dire que je n'ai pas été déçu :) Ce télescope m'avait déjà surpris cet été par la finesse des images planétaires quand l'atmosphère était stable, mais je n'avais pas eu l'occasion de le pousser comme hier soir dans ses derniers retranchements en observation lunaire.

 

La turbulence est là, mais sans plus. L'image est fine, ciselée, pure, dépourvue de toute aberration. Pour le coup, je n'ai pas de doute sur la mise au point que j'ai soigneusement réglée jusqu'à avoir le meilleur contraste (qui ne laisse pas à désirer). Je passe du XW 20 au Delos 10 sans qu'il y ait un chouia de différence question netteté. Les fronts de turbulence se voient juste un peu plus, donnant l'impression amusante d'un pli rectiligne qui avance à la surface de la Lune. Mais c'est tout... je m'attarde sur les cratères Pythagore, Philolaus ou encore Carpenter, pris dans le terminateur ou proches de lui. C'est un régal de finesse et de contraste, on embrasse du premier regard leur contour qui descend en gradins, formant des strates à peu près circulaires et concentriques qui se touchent par endroits, se confondent puis s'écartent à d'autres. Leurs pitons centraux, simples ou doubles selon le cratère, sont très nets, éclairés ils ressortent de l'obscurité du fond du cratère.

 

L'image est tellement bonne que je pousse le grossissement à 330x avec le Delos 4,5, pour voir ce que ça donne. Hé bien, à 2,6D, le piqué reste diabolique (je ne dis pas "correct", non, l'image n'a carrément rien perdu en netteté par rapport au XW 20, ou alors ce n'est quasiment pas perceptible O.o). La turbulence assombrit l'image par vagues, quand même assez espacées, mais rhâ là là, le contraste, les détails sont toujours là, ils ne sont pas pâteux du tout, au contraire on en voit même des nouveaux. D'autres reliefs dans le fond des cratères les mieux éclairés accompagnent les pitons centraux, le sol tourmenté de leurs environs apparaît clairement, précisément, bosselé, dans les trous de turbulence. Notamment autour de Philolaus (dont je ne connaissais rien avant hier soir, étant un ignare total en lunaire !). J'y reste longuement et songe abasourdi à un truc...

 

4,5 est ma plus courte focale (aussi la plus courte que j'utilisais généralement sur mon Dob 350 à f/4,5 xD). Mais vu la qualité d'image presque hallucinante, on aurait pu monter tranquillement à 3D. Et après ? 3,5 ? 4 ??? O.oO.o Non je vous jure, à 2,6 il ne souffrait pas du tout, mais alors pas du tout du tout. (Bien sûr je tiens à préciser pour enfoncer le clou que la collimation n'a jamais été touchée une seule fois en 10 ans ! Je sais même pas comment ça marche xD)

 

Enfin bref, pour une première batterie de test, je suis vraiment très satisfait, je me suis même régalé. Ca promet pour les observations planétaires les nuits de bonnes conditions. D'autres comptes-rendus d'observations à venir, mais déjà ça peut vous donner une première idée ;)

 

PS comme c'est d'usage sur d'autres posts, je joins une image (pas de moi !) de la zone dont je parle :

 

th-1.jpg.d8aa9437dd859055767961822516c3c2.jpg

 

Pythagore, à gauche, était pris dans le terminateur, Carpenter au-milieu est situé au bout d'une sorte de coeur pointé vers la droite (qui ressortait magnifiquement bien d'ailleurs ;)) , et Philolaus, le grand et profond cratère sur la droite avec ses deux pitons centraux.

 

Source de l'image : http://www.astrosurf.com/astromak/vierge3.html

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bonsoir,

j'ai possédé ce tube pendant quelques années et je m'y retrouve dans ces comptes-rendus (en déplacement à la campagne et sur Saturne, Titan était naturellement visible ainsi que 3 autres satellites). Son domaine de prédilection était bien sûr la Lune, les planètes et les étoiles doubles sur lesquelles ce mak se défend très bien (bon piqué).

Dans mes souvenirs et sur le ciel profond, pas mal de cibles sont accessibles, surtout les amas ouverts;  Je suis passé depuis au mak 180 et j'y retrouve les mêmes qualités avec en plus un ciel profond qui devient largement plus abordable, surtout les amas globulaires.

merci et bon ciel

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Bonsoir @Cédric Perrouriefh

 

Très bonne idée ce post sur l'un de mes tubes favoris !

 

Je vous le présente en action :

mak127sw3.thumb.jpg.94dfd5e789303c10602f24e523086cde.jpg

 

j'aurai deux questions :

1/ avez-vous installé dessus un PO Crayford ? si oui lequel ?

2/ avez-vous des référencs de tubes d'extension se vissant sur un filetage SC (bague de conversion SC sur le Mak127) avec un filetage SC mâle en sortie pour y fixer un Crayford SC ?

 

Merci de vos retours les amoureux du Mak127 !

 

Bon Ciel

 

Frank

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C’est un tube très polyvalent, outre les images en planétaire.

ce tube donne des images très correctes en ciel profond.

sauf peut-être sur les amas globulaires, granuleux mais un peu fade.

j’aime bien ce tube sur des nébuleuses comme la lagune.

stephane 

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Cédric, cela peut faire un joli matériel de voyage, non ? Sur ta photo, je reconnais également une sacré ligne d'oculaire (Plössl Celestron) que j'avais beaucoup appréciée à l'époque. Ton Sky watcher est sublimé par l'ajout de bons accessoires et de plus, les Maksutov ne déçoivent que rarement quelque soit la marque. Même en ciel profond grand champ, tu auras de bonne surprises à l'oculaire ...    Fabrice M.

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Merci Stéphane et Fabrice ! :) Puisque vous mentionnez tous les deux le ciel profond, je rajoute que j'ai prévu de m'y frotter (puisque c'est ce qui m'attire le plus ;)) dès que la lunaison le permettra, pour que les observations relatées couvrent le plus grand champ des possibles. Les souvenirs de ciel profond avec ce télescope sont lointains et imprécis, forcément remplacés par ceux du Dob que j'ai utilisé entretemps... Merci pour vos conseils ! ;)

 

PS @Sky runner La photo n'est pas de moi, je ne connais pas encore les Plössl Celestron. Par contre j'apprécie grandement les Delos et XW pour leurs multiples qualités. Ce sont des oculaires confortables et quasi parfaits optiquement qui m'ont charmé autant sur le Dob à f/4,5 que sur le Mak à f/plus de 10.

Edited by Cédric Perrouriefh
  • Confused 1

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Bonjour,

 

La nuit dernière était belle, malgré un fort mistral. J'ai donc pu continuer les essais du Mak 127, pour la première fois depuis des années, en ciel profond.

 

La soirée avait déjà bien commencé lorsque j'ai pris la route, avec un minuscule croissant lunaire dans les lueurs orangées du couchant. Mais le temps d'arriver sur le lieu d'observations, il n'était plus là depuis longtemps déjà ;)

 

Chaudement couvert, je monte le télescope sous un vent glacial. Je n'ai pas encore fait tous les bricolages nécessaires sur cet appareil depuis que je le réutilise, je n'ai donc ni GoTo (ça c'est d'origine), ni viseur fonctionnel. Je pointe tous les objets au pif et me cantonnerai donc ce soir, en attendant mieux, à des cibles évidentes.

 

Je commence donc par M42 à G 75x dans le XW 20. La nébuleuse est encore basse sur l'horizon, le trapèze est vu une grande majorité du temps comme un triangle irisé par la dispersion atmosphérique. Le contraste est quand-même là, des zones très sombres enveloppent M43, des nervures noires semblent partir du trapèze à 120• les unes des autres, formant une sorte d'étoile à trois branches dont deux d'entre elles rejoignent les extrémités de l'"arc en ciel". Celui-ci n'est pas très coloré, mais a une extension perpendiculaire à peu près de même diamètre angulaire, repartant vers l'intérieur de la nébuleuse. On devine d'autres boursouflures sombres juste derrière l'arc en ciel en partant du trapèze. Et bien sûr, de lointaines extensions diaphanes mais contrastées, les fameuses "ailes". C'est moins coloré et marbré qu'au Dobson 350, forcément, mais c'est quand même déjà très joli !

 

Un peu plus loin, NGC 1977 est bien là, bon, je reconnais, surtout parce que je le savais ;) Moins évident qu'au 350 là aussi, mais on sent quand même de la nébulosité entre les étoiles...

 

Malgré le vent et les tremblements induits, je sors le Delos 10. Le trapèze apparaît maintenant entier, on voit les quatre principaux membres. Les cavités sombres jouxtant l'arc en ciel sont plus évidentes en vision directe. Le contraste semble augmenté, on en devine maintenant dans la longueur du filament de l'arc lui-même. Assez chouette !

 

Puis, comme je suis aussi là pour expérimenter, je passe ensuite au Delos 4,5, soit un grossissement de 330 fois. La nébuleuse est plus grossière, comme un dessin d'enfant divisé en grandes zones de contraste différent, mais celui-ci a malgré tout encore augmenté dans l'arc-en-ciel par rapport au grossissement précédent ! Pfiou... Sans la motorisation, le trapèze défile en quelques petites dizaines de secondes d'un bout à l'autre du champ. Même si on ne voit pas l'étoile E, le vent ne le permettant pas, le piqué des étoiles visibles reste surprenant pour un grossissement de 2,6D dans ces conditions assez mauvaises !

 

J'observe ensuite M31 qui commence à redescendre du zénith où elle était trop difficile d'accès à ma monture azimutale monobras. Ha bien voilà une belle image ! Des extensions à perte de vue dès 75x, la principale bande sombre est là, de façon évidente. En vision décalée on perçoit la seconde (et mon ciel n'est pas parfait, c'est donc assez encourageant !), et plus étonnamment, du contraste dans le corps de la galaxie, de larges zones plus claires, même si c'est infime, entre le noyau et les extrémités. Je n'y avais jamais porté attention avec le 350 !

 

M32 ressemble à une étoile mal définie, à peu près circulaire, son coeur est plus brillant et son contour diffus. M110 est assez fantomatique, mais accessible sans équivoque en vision directe 100% du temps.

 

J'observe ensuite M33 dans mes jumelles 10x60 où elle saute aux yeux. J'ai un moment l'idée d'y aller avec le Mak, mais l'absence de chercheur, la fatigue et le vent glacial ont raison de ma motivation. La nuit avance, j'ai déjà passé de longues heures sur les objets précédents !

 

J'arrête là pour cette fois, à nouveau ravi de ce petit bestiau ! Dès que j'aurai monté un Telrad et trouvé un meilleur système d'alimentation que ces piles qui craignent le froid, d'ici quelques semaines, je creuserai encore plus profondément le ciel d'hiver ! ;)

 

___

 

@Sky runner je viens de remarquer que tu as mis un smiley "confus" à mon dernier message. Était-ce parce que je ne suis pas à l'origine de la photo publiée ? Si tel est le cas, je précise que je l'avais bien mentionné dans mon message initial avec ajout d'un lien vers la source de l'image, justement pour qu'on ne m'en attribue pas à tort la paternité ;)

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Salut , 

 

j'observe beaucoup avec mon etx 125 , et te rejoins sur la qualité optique de ces petits tubes ! Toujours performants et souvent bluffant , cet été j'ai passé de longs moments  sur Mars avec un hyperion de 3,5 donnant un petit 542x de grossissement ...plus de 4d , la c'est sur j'étais bluffé !! Évidemment sous un ciel parfait , dénué de toutes perturbations, c'est d'ailleurs la première année ou j'ai eu droit à autant de belles nuits , dont trois complètement parfaites , où les observations commençaient à 23h et se terminaient au lever du jour, un régal !! 

 

C'est pour moi l'instrument de voyage idéal malgré sa focale un peu longue , réducteur de focale possible, sur les objets "brillants" du cp il donne quand même de bons résultats, j'ai un souvenir de m13 avec un hyperion de 10 (190x) des plus plaisants !! 

Bien sûr il reste surtout axé planétaire , Saturne m'a montré une surface contrastée et détaillée comme je ne l'avais jamais vu avec mon dobson de 300 f5 , quel piqué !

idem sur Mars , que j'avais totalement loupée il y a quelques années à la dernière opposition, comme relaté plus haut , a 542x c'était magique !  

Bon je ne parle même pas de la lune ou pour elle le mak est l'instrument de prédilection, on peut tout se permettre ou presque ! 😀😀

 

tu l'auras remarqué, comme toi , j'adore mon mak 125 , et je conseille à tout le monde de s'en procurer un !! 😉😉😍

 

bon ciel

seb

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Merci avec un peu de retard @sbab pour ta contribution... décisive ! ;)

 

542x, 4D, houa ! Ca ne m'étonne pas tant que ça, vu comme 2,6D passe encore très bien, mais merci dans tous les cas de nous en faire part :)

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Hello Cédric,

 

Je me doutais que je lirai bientôt l'un de tes CROA réalisés avec ton Mak SW 127/1500.

Quel plaisir de suivre la description des objets, et plus particulièrement, celle de la surface lunaire, dont l'observation détaillée constitue l'une de mes principaux centres d'intérêts. Ta description de la vision de la région située entre Pythagore et Philolaus au Mak 127, complétée par une image aidant à la compréhension, est une invitation à découvrir ou redécouvrir l'astre Séléné  au 12ème jour de lunaison. Bravo. 

2,6xD est une superbe performance pour ce beau maksutov.

 

Jean-Noël 

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Salut Cédric,

Sympa de voir comment se comporte ton petit mak, ça à l'air d'être une bonne (demi-)surprise!

Astronomicalement
José

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@Cédric Perrouriefh

 

Oui c'est beaucoup beaucoup et peut paraître un peu optimiste mais c'était bien le cas , et c'était sympa surtout ! j'ai revendu une lunette achro récemment avec laquelle j'atteignais facilement 3,5d , si j'argument c'est simplement pour dire qu'un bon instrument sous un bon ciel peut prétendre a quelques folies en terme de grossissements !

 

bon ciel

seb

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    • By xavierc
       Dobson Strock 254/1200
       Seine et Marne au sud des ballots de foin.
       4 dessins : 8691 à 8694.
       
       Je suis prêt à observer à 22h au son des chouettes.
       Les horizons diffusants augurent de conditions de transparence perfectibles.
       Toute la soirée est passée dans la constellation de la Girafe autour de la galaxie NGC2403 par laquelle je commence.
       
       Observation 8691 : NGC2403.
       La galaxie majeure de la Girafe est déjà visible au chercheur 9x50 très faible et floue.
       75x, 109x, 150x, 201x.
       Les spires sont optimales à 109x. La galaxie faible et très diffuse montre plusieurs régions HII à 109x et 150x.
       Un bras VI3 se déploie à l'est, l'autre limite (VI5) flou se devine à l'ouest.
       A 218x, c'est le pullulement de nodosités à la limite. Assurément un objet à explorer encore plus en profondeur au Dobson 508!
       
       
       Le vent est gênant.
       Je poursuis la soirée d'observation sur d'autres galaxies de la Girafe.
       
       Observation 8692 : NGC2366.
       Son noyau est soupçonné à 75x, confirmé à 109x, faible à très faible. C'est très dur de voir le reste de la galaxie, une partie reste à la limite VI5.
       
       
       Observation 8693 : UGC3580.
       Repérée à 75x, elle est collée contre une étoile et reste compacte, très faible et petite à 109x.
       
       
       Je ressens de la fatigue à 23h50.
       
       Observation 8694 : IC2179 et NGC2347.
       109x. La galaxie IC reste très faible, petite, condensée, tandis que la NGC apparaît faible, diffuse, allongée en vision indirecte notamment.
       
       
       A 0h30 les chiens aboient au Nord-Est.
       Il fait froid, notamment aux pieds, ayant omis de mettre les bottes fourrées, trompé par la température clémente de début de nuit.
       Je pars.
    • By xavierc
       Dobson Strock 254/1200
       Seine et Marne à l'entrée de la ferme
       6 dessins : 8669 à 8674.
       
       Toujours pendant les vacances, une éclaircie impromptue survient alors que je dîne sur Paris-Ouest avec 2 anciens collègues. Le beau temps tient contrairement aux prévisions, donc une fois la soirée terminée, vers 23h, je rentre dard-dard chercher le télescope rapide à installer, donc le 254mm.
       Je suis prêt à observer un peu avant 1h du matin, et choisis l'entrée de la ferme à cause du vent gênant d'Ouest.
       Je m'abrite en plus derrière la voiture.
       
       Je me focalise sur les galaxies du Lion.
       
       Observation 8669 : NGC3666.
       Vue dès 75x, elle se révèle très faible, diffuse. A 150x son centre stellaire est vu ainsi que son aspect allongé en vision indirecte.
       
       
       Il passe quelques nuages à 1h, poussés par un vent froid assez gênant.
       
       Observation 8670 : NGC3547.
       Je ne la vois pas à 75x, le repérage effectif se fait à 109x.
       Elle est faible à très faible, sa forme n'est pas évidente, allongée il me semble.
       
       
       A 1h45 je pars pour 25 minutes de repos dans l'auto.
       
       Je ré-embraye avec une galaxie du Lion.
       
       Observation 8671 : NGC3506.
       109x. Faible, elle est à la fois condensée au centre et à bords diffus.
       
       
       Je range les galaxies du Lion dans la boîte aux souvenirs pour cette nuit, direction une galaxie de la Vierge.
       
       Observation 8672 : NGC4124.
       109x. Je note son aspect diffus, ses limites floues, son centre faible et flou, et ses extensions très faibles à VI1.
       A 3h un passage nuageux descendu du Nord-Ouest contrarie l'observation.
       
       
       Ca se dégrade. Une heure de sieste s'écoule dans la Dacia à attendre le départ des nuages.
       Dans un ciel à nouveau dégagé, je rends visite aux galaxies de la Chevelure de Bérénice.
       
       Observation 8673 : NGC4293.
       75x, 109x. Elle est très faible, diffuse, et vue dès 75x.
       
       
       Observation 8674 : NGC4340 et 4350.
       Ces galaxies m'apparaissent à 75x puis 150x respectivement très faible et considérablement faible.
       
       
       Le vent a emporté vers la ferme l'une de mes cartes de la Revue des Constellations, .
       Je n'ai pas réalisé de suite que c'était ça le bruit de papier envolé. J'ai heureusement pu retrouver cette carte et pas tâchée par la terre humide sporadiquement éparse.
       
       Le camion de lait arrivé à 4h50 pendant ce dessin est reparti à 5h20.
       
       J'ai les pieds gelés.
       Les nuages reviennent fort alors que Jupiter apparaît dans Ophiucus.
       Il est 5h30, au vu des nuages arrivant à la limite de l'aube, je remballe et rentre directement.
    • By BlackMaple
      Pas tout à fait de saison... soit.. Mais s'il est est un objet que j'aime bien c’est celui-ci. Montrer ça aux curieux, aux débutants, à nos amis et familles, c'est ultra efficace à chaque fois.. 
      Découvert à mes tout débuts, je reste encore aujourd'hui très amoureux de cet objet si riche et dense. Deux amas pour le prix d'un, une telle intensité, c'est si beau.  
       
      L'été dernier j'achetais mon 1er "vrai" télescope (un dobson Meade Lightbridge 203/1219). En effet, avant ça j'observais encore avec un vieux coucou, un PERL JPM 115/900 hérité de mon père, à l'ancien coulant 24,5!!  Je vous laisse imaginer mon enthousiasme à re-découvrir ça au 200 !  Je me suis vite pris au jeu du dessin et j'ai lorgné sur le double amas de Persée un moment.. Au fil des nuits je le visitais.. Beaucoup de boulot, la tâche m'a parue immense!  Et puis ... un soir.. il fait bon, j'ai le temps? Je suis en forme ..?   Allez : Je dessine le double amas de Persée! Même pas peur d'abord ! De la patience, du temps, des crayons ultra affûtés, une gomme de précision et un moment plus tard, voila le résultat d'un dessin soigné. 
       
      Oculaire, feuille, feuille, oculaire, .. a y perdre son latin! On ne voit plus rien, j'ai du faire quelques pauses pour "reprendre mes esprits", tellement ça fourmille dans cet objet. On ne sait plus "qui est où", et il faut prendre le temps de bien se situer. Mais une fois terminé, vraiment il y a de quoi être fier de son dessin tellement c’était un effort mais à la fois un régal.
       
      Nous attendons le paradis après notre mort.. mais en réalité je crois qu'au cours de notre vie, dans ces instants, nous l'avons déjà sous les yeux.  Je me sens souvent privilégié de voir ce que nombre de gens n'auront même jamais vus de leur vie.. C'est pourtant si beau...
       
      L'astronomie c'est comme le pinard : ça devrait être obligatoire! #coluche 
      Vive notre ciel, vive nos nuits, vive notre passion ! A vos crayons ! 
       
      -Materiel/Méthode :
      Dobson Meade LightBrridge 203/1219
      Oculaire Meade 25mm WA
      Crayons graphite et gomme de précision
      Inversion numérique. 
       
      -Contexte :
      Ciel de campagne 
      PL importante (lampadaires oranges)
       

    • By xavierc
       Dobson Strock 254/1200
       Seine et Marne à l'entrée de la ferme.
       5 dessins : 8664 à 8668.
       
       Je suis en vacances, j'espérais sortir le Dobson 508 à ces occasions, ayant toute la nuit disponible.
       Malheureusement ce soir le ciel se dégage trop tard et de façon impromptue, défiant toutes les prévisions.
       Du coup je prends le Léger ou Strock 254 et arrive vers 23h sur place.
       
       Je me rends vite compte que le vent est fort, surtout pour un Strock.
       Du coup je me gare à l'entrée de la ferme et protège du vent d'ouest le télescope grâce à 2 étages de ballots de foin traînant par là.
       
       La nuit sera passée sur des galaxies du Lion.
       Je commence par les Siamoises NGC3226-27.
       
       Observation 8664 : NGC3226-27.
       109x, 150x. Elles sont vues faciles dès 75x et pas liées.
       NGC3227 montre un centre considérablement faible et un halo faible à très faible.
       Le centre de NGC3226 est un poil plus faible et moins détaché que celui de sa compagne, et son pourtour faible à perceptible est beaucoup plus diffus.
       
       
       J'ai des crampes de pieds que je chasse en marchant.
       J'entends les vaches remuer dans l'étable, peut-être ont-elles aussi des fourmis dans les jambes?
       
       Vers 0h15 un voile gêne passagèrement l'observation du Lion.
       
       Observation 8665 : NGC3098.
       75x, 150x. Je l'ai repérée petite à 75x. A 150x, son centre reste ponctuel, mais elle apparaît effilée et considérablement faible.
       
       
       Observation 8666 : NGC3088A/B.
       75x, 109x. La galaxie n'est pas vue à 75x, mais à 109x elle apparaît petite, condensée, pas double, à centre faible.
       
       
       Le vent gronde derrière les ballots, pas de quoi s'en faire un foin grâce à ces derniers!
       A 1h je suis fatigué.
       
       Observation 8667 : NGC3507.
       A 109x, cette faible galaxie est diffuse, son noyau faible se situe à côté d'une étoile assez faible à assez brillante.
       
       
       A 1h30 une lumière latérale s'est allumée dans l'étable dans mon dos puis vite éteinte. Son faisceau est heureusement perpendiculaire à ma ligne de vision.
       
       Un nouveau coup de fatigue est légèrement perturbé par le cri d'une chouette effraie au loin.
       
       Observation 8668 : NGC3501.
       Cette galaxie allongée, vue VI2-3 (75 à 50% du temps en vision décalée), n'est pas facile à détailler à 109x.
       
       
       A 2h je dors debout, toutes les chouettes effraie du monde n'y pourraient rien changer.
       Une mini-sieste de 20 minutes ne suffit en effet pas à récupérer.
       Je remballe et dors dans la voiture 3 heures.
    • By Vesper
      III- Coeur de verre
       
      Au lecteur : mes excuses, j’ai été sous le boulot. Je sais qu’on dit toujours ça pour se dédouaner, mais là c’est vrai.
      Au lecteur courageux : je suggère de relire l’épisode (ou les épisodes, pour les plus intrépides) précédent ici :
       
       
      La nuit claque sur la terre comme un coup de fouet. Subitement, il pleut des éclats de cristal. L’instinct commande de ramper. Oui, petit sapiens rampe à la surface de sa planète pendant que le ciel sauvage danse une ronde éclatante et silencieuse autour du pôle sud.
       
      Je m’affaire auprès du gros Dobson. Me penche prudemment sur son coeur de verre et m’écrie intérieurement : “Mon Dieu, c’est plein d’étoiles !” tel un Dave Bowman austral (“2001 l’Odyssée de l’espace”. On a les références qu’on peut). J’insère le Panoptic 41, de la taille d’un poing, dans le porte-oculaires. Puis je prends les commandes, enfin j’essaye, en plaisancier du dimanche habitué à une coquille de noix essayant de dompter un glorieux trois mâts. La nuit s’est d’ailleurs levée comme une tempête où la multitude d’éclats de cristal qui ne scintillent pas m’empêche de discerner même une ébauche de constellation.
      Et c’est un corps à corps, j’y danse quelque chose qui rappelle le ju-jitsu. Le Gros résiste, il faut pousser et tirer, en force et en douceur, tout en même temps. Profiter de sa force pour l’emmener où je le souhaite. Finalement bien entendu, c’est lui qui m’embarque.
       
      Après bien des errements le Gros m’emmène à NGC 1566, pourtant facile. Contrastée et tourbillonnante, vue de face. Deux spires sont très évidentes, qui partent en s’effilochant dans des voiles de brumes vertes. Le noyau est brillant, entouré d’un bulbe duveteux tout en nuances de gris brillant et diffus à la fois. C’est une observation facile et splendide.
       
      Le Gros vire sur NGC 1617. C’est une autre histoire. Une tache, diffuse et assez étendue, vue de trois-quarts, révèle à l’observation des zones de luminosité différentes. Il y a comme des variations de densité et, mais oui, des zones plus noires qui forment une arabesque : c’est une spirale. Le noyau en revanche est assez brillant ce qui, par contraste, complique l’observation.
       
      Emporté par son élan, le Gros bascule non loin vers l’est et NGC 1546 m’apparaît. Elle est elliptique et chétive. Très facilement perçue, elle n’est cependant remarquable en rien, du moins à mes yeux d’éternel dilettante. C’est une âme en fuite, rien de plus.
       
      Raymond surgit dans la nuit, un morceau de savon à la main. Heureusement ce n’est pas à moi qu’il veut passer un savon, mais au Gros dont il commence à savonner vigoureusement les axes d’altitude et d’azimut. Intérieurement je me ris du Gros : “ha ha ha, alors ça fait quel effet de se faire savonner les oreilles ? C’est pas ce qui s’appelle se faire savonner la planche, ça, littéralement ?”.
      Et c’est sur cette planche savonneuse à l’odeur de citron vert que je poursuis désormais mes glissades galactiques. D’ailleurs sans rire c’est vrai, ça marche un peu : le Gros m’emmène plus facilement où il veut. Il n’y a pas de petite vengeance.
       
      Nous dérivons toujours dans la Dorade, où ce que j’identifierai plus tard comme NGC 1763 me tombe dans l’oculaire. C’est une empreinte de pas, quatre nébulosités principales recomposent une autre patte de chat sur fond d’étoiles bien visibles. Mais un chat à quatre doigts. Un renard, peut-être. Un renard qui aurait couru dans de l’encre verte sur des poussières de diamant.
       
      Non loin, le Gros dérape sur NGC 1672. C’est radicalement différent et il  faudra que je me confirme à moi-même qu’il s’agit bien d’une galaxie : vue de face mais asymétrique, elle affecte plutôt la morphologie d’une virgule. Une virgule structurée et brillante, avec un point brillant au centre. Une sorte de point virgule galactique, en somme.
       
      Un coup d’épaule, involontaire forcément, m’emmène dans la Grue. Je passe ici sur les péripéties imputables, en vrac, au chercheur, au Telrad, au point rouge, et à moi-même en somme. Tous ces dispositifs que j’ai au fil des nuits montés en série, à moins que ce ne soit en parallèle, produisent des erreurs. Que je préfère mettre sur le compte du Gros, qui a le dos large, forcément. S’il y a un domaine qui ne supporte aucune approximation, c’est bien le pointage astronomique.
      Bref comme dirait Pépin, je finis par buter sur le trio de la Grue, Abell 5187, qui m’apparaît dans toute sa gloire. Trois galaxies forment un triangle presque isocèle. L’une est vue de face, au sommet du triangle. Les deux galaxies qui forment la base sont vues de trois-quarts mais sous des angles différents, ce qui contribue à la sensation de relief. J’y passe un très long moment, le vertige s’accentue, l’ensemble gagne en densité et en intensité. Au final c’est une gloire de lumière où les trois galaxies, par un effet de perspective abyssal, semblent fuir dans l’Ether.
       
      Un peu plus loin je glisse sur NGC 7424. C’est une marguerite vue de face. Ses pétales spiralés sont marbrés de nodosités, il y a des différences de densité. Au Nagler 16 le bulbe est allongé, ovale. L’ensemble est assez brillant et occupe bien le champ oculaire. Tout baigne dans une légère nébulosité qui nimbe les spires, comme un écrin de phosphore.
       
      En cherchant NGC 1313 dans le Réticule, le Gros m’amène sur NGC 1574. Mhh, oui bon. Certes. C’est, comment dire, pour le fun. Rien de bien émouvant à la vue de cette galaxie lenticulaire oubliée dans le recoin d’une petite constellation australe. J’observe le vestige d’un vertige, me dis-je.
       
      Sur le coup de la déception, je vais dans l’observatoire manger un biscuit chilien aux fourmis australes. Les picotements sur la langue sont toujours surprenants. J’en garderai quelques heures une sorte de difficulté d’élocution.
      Je décide de faire escale et m’allonge sur le dos, les yeux grands ouverts sur une voie lactée si étincelante qu’elle projette des ombres.
      L’observatoire, abri à toit roulant du très regretté C14, est notre esquif sur la marée stellaire. On pourrait y pratiquer une sorte de régime de la couchette chaude, comme dans la marine, où chacun effectuerait son quart au rythme non pas des coups de tabac et autres grains, mais bien des coups de barre.
       
      Un somme et quelques gorgées de camomille plus tard, je trouve enfin la pourtant évidente NGC 1313. Le Gros a dû avoir pitié. Structurée et brillante, la belle arbore aux Naglers 16 et 9 une forme indiscutable de S. C’est une belle spirale barrée vue de face. Le noyau est tout à fait évident. Il y a des zones de brillance différentes, dans le bras du dessus et d’ailleurs également dans celui du dessous.
      L’observation est belle. Ces petites constellations australes, on ne pense à rien en mangeant un gâteau aux fourmis et puis ça claque. Vive le Gros. Ce Monsieur Dobson a bien fait de ne pas inventer une simple marque de bière comme je le suggérais, finalement. Il faut dire que, même si le Réticule n’était pas très haut au moment de l’observation (genre 10°) ça ne fait guère de différence ici : les étoiles se lèvent nettes et ponctuelles au ras de l’horizon.
       
      Plus haut dans l’Eridan je retrouve NGC 1531 et 1532, couple de galaxies physiquement associées. C’est une belle vision aussi : la petite NGC 1532 semble perchée en oblique juste au-dessus de sa très grande soeur vorace, qui l’attire pour la dévorer. Il y a de la perspective dans l’image, l’ensemble est vu de profil ou de trois-quarts très incliné qui donne une profondeur où je me noie un long moment. J’observe deux galaxies en interaction et en direct, si l’on peut dire. C’est beau, étonnant, intéressant et vertigineux. Quelque chose comme deux coeurs en fusion emportés dans un vertige.
       
      Xavier passe et, après un coup d’oeil sur ces objets bien brillants à ses yeux de lémurien, me parle de, je cite fidèlement : “la double boucle concave circulaire de l’Eridan”. Je reste coi et d’ailleurs bouche bée dans la nuit d’encre. Une boucle, je vois sans problème. Une double boucle, je veux bien. Une double boucle circulaire, mhh, il me semble qu’on frise le pléonasme. Mais une double boucle circulaire concave ? Vue de l’hémisphère boréal ou austral ? La tête en haut ou la tête en bas ? Se paye-t-il ma fiole ? Et qu’en pense Bruno qui, à une vingtaine de mètres, filme des escadrilles de F16 (sic) sur ses écrans rougeâtres dans un sifflement de refroidisseur Pelletier ? Nous ne le saurons jamais. Moi bien entendu je suis persuadé qu’il s’agit d’une galéjade. Dilettante oui, naïf non. Je retourne m’épancher sur l’épaule en bois véritable du Gros, qui en profite pour se dérober sous ma poussée comme toujours.
       
      Après bien des errements et bien plus tard, je retrouve la S’Nebulae ou NGC 5189, dans la Mouche. Ce n’était pourtant pas très difficile. Le S est bien visible, j’y distingue à l’observation des branches supplémentaires, comme une barre qui raye le S, malheur mais c’est l’horreur me dis-je subitement, un symbole monétaire accroché au ciel ! Heureusement c’est passager, d’ailleurs à la ré-observation la barre est plutôt diagonale que verticale. Et puis l’ensemble est filamenteux, comme effiloché. C’est, à mon grand soulagement, bien plutôt une rose des sables en nuances de gris. J’ai frisé le krach céleste.
       
      Toujours sur ma pente savonneuse à la bonne odeur de frais, je glissouille et tombe sur NGC 3621. J’ai failli l’éviter, si je puis dire, car c’est une toute petite condensation de givre. A l’observation je devine l’amorce de bras spiraux, vus de trois-quarts. Et puis à la réflexion, sans jeu de mots, apparaît une brume argentée qui baigne l’ensemble. Finalement c’est joli. Un fantôme perdu dans la nuit.
      Non loin et toujours dans l’Hydre, le Gros tombe en arrêt (et moi aussi par la même occasion) sur NGC 5101. Une galaxie vue de face, dont je perçois rapidement les bras spiraux. Il me semble qu’elle est barrée. Plus surprenant est le disque qui m’apparaît autour, comme une bague qui entourerait le bulbe ovoïde. Mais c’est en vision décalée même sous le ciel andin.
      Beaucoup plus loin en remontant vers l’est, au gré d’une erreur de pointage, je vois passer dans le champ une condensation de brume givrée. Il y a ici tellement d’objets que, finalement, laisser faire le hasard et le Panoptic 41 peut constituer une option gagnante. La partie épineuse étant alors l’identification des objets a posteriori. Mais c’est tout simplement NGC 2997, dans la Machine Pneumatique, qui exhibe facilement trois bras spiraux vus de face.
       
      Sur la colline, à une trentaine de mètres, les instruments automatiques d’ordinaire inaudibles exhalent un murmure, expriment un changement de fréquence : dans un soupir, les télescopes et autres roues à filtres regagnent leur position de parking. L’aube approche.
      Xavier fait des excès de vitesse avec 20 dessins à la nuit.
      Bruno essaye de dompter ses caméras qui sifflent aux étoiles dans la nuit encore étincelante.
      Nous sommes trois fantômes à l’ombre de la voie lactée.
      Trois pèlerins au désert.
      Nous étions du même rêve.
       
      Tourbillons de poussières des étoiles passées. Soleils anciens. Etoiles exotiques. De temps à autre une écharde de lumière raye la nuit de diamant. Les météores font des signaux de fumée. Dans le ciel puissant il pleut des gouttes de cristal. Ces constellations éclatantes, ces plages de diamants, les reverrai-je encore ? J'ai été bien loin, la route est presque finie.
       
      Mais quoi de mieux que redescendre la colline dans la nuit finissante, les poches pleines d’oculaires et le nez au vent de millions de soleils ?

       
      Pierre Heinz, Strasbourg
       
      [Fin]



       
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