Vesper

Lumières des terres arides, épisode I : Compagnons des bords du monde

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I : Compagnons des bords du monde

 

Récit d’un voyage au Chili du 23 octobre au 14 novembre 2018, centré sur la nouvelle lune du 7 novembre.


 

Pour Pierre Vesper, tout a commencé par une nuit très sombre, alors qu’il cherchait une petite galaxie qu’il ne trouva jamais.

C’est là qu’il les vit, ses compagnons des terres désolées et lumineuses.

La voie lactée, tresse brillante tourmentée de nébuleuses obscures et de diamants, leur restituait une ombre dans la nuit d’encre.

“Où vas-tu ?” demandais-je à l’un, mais il poussa un cri strident et s’enfuit épouvanté vers son écran rougeâtre, car il ne m’avait pas reconnu.

 

Mais n’anticipons pas.

 

Roissy, 23 octobre 2018 vers 20h30. Après mon TGV depuis Strasbourg et quelques heures d’attente et autres déambulations dans les halls bondés, XavierC arrive tout sourire avec sa fidèle valise et son vénérable flying Strock 254 en sac à dos. Il m’informe derechef qu’il a mangé deux endives et un camembert pour vider son réfrigérateur. Etant parti depuis près de 6 heures je commence à ressentir les tous premiers effets hypnotiques du voyage et reste coi. Chacun ses goûts, me dis-je en m’efforçant de ne pas penser trop fort. Je lui souhaite silencieusement une bonne digestion. Voici un voyage qui commence sous les meilleurs auspices. Lire les présages dans le camembert aux endives n’est pas donné à tout le monde.

 

Nous abordons les contrôles de sécurité. Une légende urbaine affirme désormais que les miroirs seraient devenus indésirables en cabine au motif que, une fois brisés, leurs éclats pourraient former de dangereuses échardes susceptibles de servir d’armes. Décidément, nous sommes à l’ère de la rumeur. Et d’ailleurs nous passons sans encombre. Les douaniers ne sont même plus étonnés par les astro-pèlerins et leurs flying dobsons. L’ère glorieuse des pionniers, des ouvreurs de voies, est déjà dépassée. Tempus fugit, le temps s’enfuit...

 

...Et d’ailleurs nous aussi, dont l’avion décolle non sans avoir embarqué notre troisième co-voyageur, à savoir Bruno, adorateur d’électrons, de pixels, et pratiquant du culte de l’écran rougeâtre.

 

Quelques instants après nous nous ruons vers la lumière.

J’ai gagné mon ciel.

 

Nous planons sur une très longue pente descendante, vers le grand sud-ouest.

Ni évidemment morts, ni plus tout à fait vivants. Boîte de Schrödinger volante. Brel chantait Aristote : “Il y a trois sortes d'hommes : les vivants, les morts et ceux qui sont en mer.” Aristote ne pouvait envisager ceux qui seraient un jour en l’air.

J'aime cette sensation de ne plus appartenir au monde.

 

Près de 15h plus tard. Nous sortons de la boîte de Schrödinger et retrouvons les couleurs lumineuses du Chili, loin des brumes pré-hivernales méphitiques du nord.

 

Santiago, gare routière Alameda. Le Chili a une spécialité de transports en autocar, de plusieurs niveaux de confort, aux prix dérisoires pour un occidental du nord, si on peut dire, et d’une ponctualité à la logique floue. Sur un quai, notre marée de bagages : mon premier a son flying Strock, mon second des caméras et autre lunette à grand champ, mon troisième une paire de Naglers et deux jumelles. Qui suis-je ? Et, d’ailleurs : où vais-je ? Je mobilise mes souvenirs d’espagnol de classe de troisième et m’enquiers un peu partout comme une âme en peine : “¿Dónde está el autobús a Ovalle?”- où est le bus pour Ovalle, charmante mais sans éclat petite ville du Coquimbo ? “Se fue !” - Il est parti !, me répond virilement et en claquant des mains un chilien râblé d’âge moyen. Bigre. Va-t-il falloir racheter des billets ? Retrimballer les pesantes valises ? Moi j’ai mes semelles de vent, mais les autres, et surtout les astro-imageurs ? Les mines s’allongent, nous sommes partis depuis plus de 24 heures, lorsque… mais, mais oui c’est lui, notre autocar, qui s’avance et affiche fièrement sur son front en lettres de lumière “El Salvador - Le Sauveur”, bon sang mais c’est bien sûr, le bien nommé !

 

Lentement nous remontons la panaméricaine, plein nord. A gauche, le Pacifique déroule de longs rouleaux gris. Nous achetons des pâtisseries locales trop sucrées comme toujours et nous rendormons les yeux ouverts, de ce sommeil hypnotique dont on s’enivre à force d’heures non dormies.

 

Ville de Ovalle, 24 octobre 2018 au soir. J’ai quitté Strasbourg il y a un peu plus de trente heures. Nous retrouvons Raymond, notre hôte, après 5 années d’absence. Il a toujours le regard des coureurs d’espaces ouverts.

Nous poursuivons notre périple dans le 4x4 qui a dû faire l’aller-retour Terre-Lune et une partie d’un troisième voyage. C’est une mule fidèle, un animal de bât dont Raymond connaît les moindres hoquets, une mécanique incassable qui, même cassée, rentrera à l’écurie.

Accélérant sur les pistes sèches, il y a dans le voyage des frémissements temporels, tout s’étire, s’étend et se contracte, il y a des accélérations dans l’accélération, je suis maintenant en hypnose, c’est l’ivresse du voyage et Raymond a le pied sur la pédale d’avance rapide d’un film aux contours flous.

 

Retrouver ces terres arides est un peu rentrer chez soi après une longue absence. Un mélange de souvenirs d’autres années, pas si lointaines mais déjà éloignées, nostalgie d’anciennes nuits éblouies de coups de millions de soleils et au goût de menthe poivrée, tisane vespérale du lieu.

 

Nous trouvons pour la première fois la Canelilla, notre lieu de résidence, sous les nuages. C’est inédit, ici au pied des Andes, à 25 km à vol d’oiseau du Gemini Sud. Je n’avais jamais vu ce paysage ennuagé. Nous pouvions compter sur un ciel coronal de façon implacable, sans faille, mécaniquement. Le changement climatique opère globalement, c’est un fait avéré.

 

Nous retrouvons Nadine, maîtresse des lieux, hôte aux petits soins et à la cuisine savoureuse.

Le chien Baladin est mort, j’espère qu’il course les chèvres au paradis des animaux heureux. Grisette, autrefois chatte libre du désert, est désormais à la retraite dans la nouvelle maison de nos hôtes. Elle se cache, terrorisée par le successeur de Baladin, une jeune doberman recueillie ici pour le meilleur et qui vibre d’énergie.

 

La colline - observatoire est peuplée d’installations récentes. En plus du traditionnel observatoire à toit roulant du C14 il y a maintenant un abri qui cache un dobson 530 en location séparée et trois constructions basses qui hébergent des instruments automatisés. Un RC 520, une lunette de 127 mm, un Newton 350 et leurs bazars électronifiés respectifs. Pour un peu on entendrait, venu de quelque micro resté ouvert dans l’hémisphère nord, le son nasillard d’un journal de 20H ou autre émission d’infotainment

L’électricité est solaire et il faudra un jour conter comment Raymond a acheminé du wi-fi ici, dans une vallée perdue sur les marches des Andes.

Cette capacité à bâtir, dans un endroit reculé et sans aide, à quatre heures de 4x4 du plus proche magasin de bricolage, l’ensemble des bungalows, installations et maintenant observatoires en remote, me laisse toujours admiratif et incrédule à la fois. Moi qui ai les deux mains dans la même moufle et les pieds dans le même sabot me demande toujours, comme devant les pyramides, si cela a réellement été possible sans une aide venue d’ailleurs.

 

Pantois et pantelant après quasiment 40h de voyage, je descends la colline pour rejoindre ma chambre. Hélas très momentanément car si je n’ai qu’une envie, m’allonger, encore faut-il que je m’acquitte d’une tâche ardue : reformater ma lourde valise pour qu’elle passe du statut “3 semaines” au statut “1 semaine”. Demain matin tôt, nous partons en effet pour l’Atacama.

 

Le matin n’est pas encore levé, si je puis dire, lorsque je reprends ma désormais légère et magnifique valise pour un départ d’une semaine vers le grand nord. Je ne sais plus en réalité où je suis exactement : entre les fuseaux horaires, les lenteurs et les accélérations du voyage, les quelques heures de sommeil grapillées ici n’ont pas permis à mon esprit de retrouver mon corps, en quelque sorte. Tel un automate, j’embarque. Pour quelques heures de piste et une bonne journée de panaméricaine.

C’est presque une expérience de décorporation et il reste forcément peu de souvenirs de cet épisode, autres que ceux d’être passé au large de La Silla dont nous apercevons les mythiques coupoles, et de m’être observé, comme flottant hors de mon corps au son d’une musique andine jouée je ne sais plus comment par Xavier. Au rythme d’une flûte de pan endiablée, les regards s’éclairent d’étincelles étranges et de sourires entendus. C’est une secte, d’accord, mais laquelle ? Je n’arrive plus à m’en rappeler. C’est à la lisière de ma conscience. Nous avalons la panaméricaine à haute vitesse. Tout est trouble sur les bords. Et au milieu aussi, un peu.

Un flux d’air baigne mon front. Parfois il se relâche, mais la plupart du temps il est fort et constant. Une main tire sur mon crâne et m’emporte à Copiapo. La porte de l’Atacama.

 

A l’hôtel, en chambre double avec Xavier et dans l’incapacité de trouver le sommeil, nous regardons des dessins animés en italien. Il faut le faire, me dis-je, venir de France, ici au Chili, au seuil du désert, pour rigoler devant des dessins animés en italien. Xavier se penche à la fenêtre pour essayer de distinguer, dans la nuit orange de Copiapo, l’une ou l’autre étoile. En se dévissant le cou il en trouve une, quelque part au zénith, et aussitôt exhibe avec désinvolture et à ma stupéfaction un gigantesque smartphone qui lui indique derechef, toujours à ma surprise, qu’il s’agirait de Fomalhaut. Moi qui ai toujours connu un Xavier low tech je suis, comme disent les anglo-saxon, flabbergasted.  Je range, reformate et défragmente le contenu de ma valise pour que les choses et les événements reprennent un cours normal.

 

Vendredi, 26 octobre 2018. Au matin tôt et après une courte nuit (durant cette partie du voyage les nuits seront toujours courtes, faut-il continuer à le mentionner ? C’est ensuite que les nuits prendront l’avantage sur les jours), nous attaquons la piste pour les hauts-plateaux de l’Atacama. L’ascension, lente et régulière, commence en faux-plat. Au début, nous croisons encore quelques camions. D’imposants trucks, à l’américaine. Mais rapidement nous sommes seuls. Le ciel bleu roi touche la terre sans dégradés, sans nuances, sans pudeur.

Au bout de quelques heures de route le paysage est surréaliste : ici un lac de soufre rejoint le ciel, le jaune vif touchant le bleu intense, profond et uniforme, tandis que là un champ de pénitents, silhouettes de neige sculptées par le vent froid, tend ses échardes comme des doigts glacés.

 

Plus loin le salar de Maracunga s’étire en plaine de sel jusqu’à l’horizon. Le blanc pur touche le ciel coronal, c’est une vision de début des mondes.

 

Nous passons en Argentine puis revenons au Chili car ici les frontières se chevauchent, forment des boucles, et dépassons les 4000 m pour continuer à monter. Les sommets des “Tres cruces”, trois volcans andins, occupent l’horizon. Massifs, ils semblent cependant peu hauts et assez proches. Mais nous sommes bernés par l’altitude : ces volcans culminent à 6749 m et, s’ils dépassent assez peu de l’horizon c’est que nous sommes déjà vers 4700 m. La distance est trompeuse également, ici tout semble proche car l’air est d’une transparence de cristal. Aucune poussière, très peu d’humidité : la sensation est d’avoir de nouvelles lunettes. Les myopes comprendront.

Ici les nuits doivent être de diamant. Mais il semble que le manque d’oxygène finisse par dégrader sévèrement la vision de nuit. Et puis il fait déjà très froid de jour, ça doit être intenable pour des observations prolongées.

D’ailleurs l’air est tellement léger que les efforts semblent un peu plus difficiles même si, à ma grande autosatisfaction, je constate que je réagis bien. Il suffit de s’économiser un peu, me dis-je avec une pointe d’orgueil. Ces histoires de malaises en altitude, c’est forcément pour les inconscients, les imprudents, les inconséquents. Tous défauts que je n’ai manifestement pas. Je me sens bien, très bien même : léger, pour tout dire. Intérieurement, je me ris de la difficulté.

 

Un peu plus loin et un peu plus bas, à 4300 m, nous abordons la Laguna Verde. Ici, l’eau turquoise éclabousse les flancs des volcans. Ceux-ci dépassent de l’horizon avec leurs plumetis enneigés au sommet. Bleu sombre du ciel, turquoise de l’eau, brun et blanc des volcans : telle est l’ambiance, telles sont les couleurs du lieu.

Il y a une sorte de refuge décati au bord du lac, une cabane montagnardo-routarde où Raymond nous fait chauffer une infusion de feuilles de coca. Parfaitement légale ici, cette infusion légère anesthésie un peu la gorge mais produit l’effet d’un double expresso.

Ragaillardis, nous nous attardons en contemplations. C’est au moment où, en fin de journée, nous remontons en voiture pour aborder la redescente qu’un mal de tronche terrible me tombe dessus. Brutalement et sans crier gare. Mon orgueil de montagnard tout frais s’écroule d’un coup. Puis je suis assailli alternativement de moucherons noirs et de lucioles brillantes. Sans oublier de puissantes nausées. Je suis victime de la terrible Puña, le mal d’altitude qui sévit en ces hauteurs. Il faut redescendre, et vite. Mais vite, tout le mot est là. Ai-je dit qu’il s’agissait, à l’aller, d’un faux-plat s’étirant sur des centaines de kilomètres ? Eh bien au retour c’est pareil. Dans l’autre sens.

Ainsi le malaise dura-t-il longtemps, s’étirant au fil des kilomètres de piste de redescente. Je me suis senti tel un Icare qui aurait la migraine dans sa chute.

 

Samedi, 27 octobre 2018. Rétabli sans séquelles (quoi que, diront les esprits forts…) de cette terrible Puña, je prends place dans le 4x4 pour redescendre de Copiapo vers la mythique Silla.

 

Nous filons bon train et nez au vent sur la panaméricaine, dans le sens de la descente si l’on peut dire, lorsque j’aperçois un énergumène planté au beau milieu de l’autoroute. Solidement campé sur ses deux jambes, à cheval sur la bande discontinue, il semble agiter une lampe. Ses fringues bizarres renvoient la lumière, par endroits.

“Piéton sur la piste ! “ dis-je de façon humoristique à Raymond juste avant qu’il n’entame de lui-même un freinage d’urgence.

Nous arrivons à hauteur de l’inconscient, à qui j’envisageais vaguement de rappeler les règles élémentaires du code de la route (...en français !) lorsque la réalité et la fatalité nous rattrapent d’un seul coup : le costume bizarre était un uniforme, les réflexions sont dues aux décorations, ou plutôt devrais-je dire à la déco’ style latino brillant au soleil, et la lampe… est un radar. Le flic s’avance, très macho, viril, sud-américain quoi. Il n’a pas l’air content d’être encore en vie, bizarrement.

Il s’accoude à la portière et sans un mot nous montre l’arrière de sa lampe, qui arbore un nombre : 148. En kilomètres par heure, s’entend. Au lieu de 120, il faut le dire. Oui bon, ce n’est pas non plus la vitesse de la lumière, hein. Mais le gars semble sincèrement en colère. Je saisis qu’il dit des choses définitives et désagréables, du genre “inutile de s’excuser”, “ce coup-ci vous n’y couperez pas”, “amende grillée” et autres paroles blessantes. Plus sérieusement, il a vraiment l’air sérieux, lui, et j’ai la conviction sur l’instant que Raymond va devoir manger son permis de conduire. Mais comme souvent au Chili, les choses prennent une tournure étrange.

Dialogue reconstitué (et librement adapté de l’espagnol) :

 

- “Je m’excu…”

- “Silence. Inutile de vous excuser. Ni de promettre : je ne vous croirai pas”

- “Mais…”

- “Et vous allez où ? Vous vous croyez tout permis ? Et qui sont vos passagers ?”

- “Nous allons à la Silla. Et ce sont des astronomes français, enfin amateurs…”

- “Mmmhhh. Ahh. Moi aussi, je suis passionné d’OVNIS… Mmmhhh…”

- ???

- “Et dites-moi : vous en avez déjà vu ?”

- “Euh, bah, bon ben c’est que, vous savez, en fait l’astrono…”

- “Je le savais, je le savais ! C’est passionnant…”

- “Moui bon (prudent)”

- “Ici on en voit assez régulièrement…”

- “C’est-à-dire qu’en fait je suis propriétaire d’un gîte - observatoire…”

- “Un observatoire ! J’en étais sûr, j’en étais sûr ! Et bien sûr…”

- “Bien sûr… (?)”

- “Ah je le savais, c’est fabuleux, et toutes ces planètes extra-terrestres, enfin extra-solaires, enfin c’est extra et ça confirme tout le reste !”

- “(?) Oui, euh, c’est... vrai… (sentant venir le bon coup)”

- “Ah c’est fabuleux, c’est extraordinaire !!”

- “Oui, euh, magnifique, hemm…”

- “Bon ben vous savez quoi ?”

- “Euh, non… (espoir)”.

- “C’est bon pour cette fois. Mais soyez prudent à l’avenir !”

- “Oh merci, oui, oui, oui ! Et passez nous voir, à la Canelilla, avec la famille, une soirée on vous montrera tout ça…”

- “Je le savais ! J’en étais sûr ! C’est magnifique ! Merci !”

- “Merci à vous ! Qué le vaya bien !

 

Raymond passe la première et repart sur les chapeaux de roue. Je suis bouche bée. Pour un peu je lui aurais fait le salut de vulcain (“Star Trek”. On a les références qu’on peut). Décidément ces reptiliens sont bizarres.

Quelques instants plus tard nous filons aux alentours de 150. Ce gars-là était marrant mais il ne faut pas exagérer : il nous a mis en retard.

 

Le site historique de l’ESO se présente comme une crête de dragon pustuleux, à seulement 2400 m (car nous sommes maintenant aguerris, n’est-ce pas). Les coupoles sont ici nombreuses et témoignent de l’activité de recherche et développement qui anime le lieu depuis les années soixante. Nous visitons d’abord le 3,60 m Cassegrain. Le vénérable est désormais accouplé au bien connu spectrographe HARPS, pionnier dans la détection d’exoplanètes. Notre flic serait heureux. Sous la coupole néanmoins, l’ambiance fleure bon les années 70. On se croirait un peu dans un film rétrofuturiste, ou steampunk.

 

Non loin, voici le résolument plus moderne NTT. Précurseur des technologies déployées au VLT, l’ambiance est ici plus contemporaine. Il y a deux foyers Nasmyth. Xavier reconnaît ça et là des pompes à vide. Sur un mur, un tableau blanc affiche une procédure manuscrite au feutre, en plusieurs langues. Il y a un schéma de câblage du type : “le fil vert sur le bouton rouge, le fil rouge sur le bouton vert” (“La 7e compagnie”. Les références qu’on peut, etc). Sage précaution ici : mieux vaut en effet ne pas se planter.

Le miroir de 3,58 m est à portée de main, nous nous en étonnons et frémissons en voyant des visiteurs tendre leurs téléphones juste au-dessus de sa surface pour le photographier. Avec bien plus de précautions et de respect, nous effleurons des doigts la tranche de l’oeil du cyclope.

 

Nous finissons avec le radiotélescope Suédois submillimétrique. L’oreille de géant termine la crête du dragon. Une structure puissante dresse fièrement le disque d’acier de 15 m. C’est une oeuvre d’ingénieur, campé sur des certitudes inébranlables et une foi constante en la culture du progrès technologique. Mais il est néanmoins réformé et tend désormais vers l’horizon son oreille unique et inutile, tel un antique pavillon de gramophone. Sic transit…

 

C’est vers l’océan Pacifique que nous redescendons plus tard. Sur la route, nous croisons des renards peu farouches et une famille de Guanacos, petits lamas du coin.

Ici on passe rapidement d’un milieu ultra-sec à un milieu ultra-humide : un brouillard côtier nous accueille, la Camanchaca.

Nous prenons nos quartiers dans un bungalow de bord de mer. Avant de m’écrouler sur une couchette je fais et défais ma valise, sorte de reformatage et de défragmentation rituels. Les choses retrouvent ordre, calme et sérénité sous l’oeil de Xavier qui se paye ma fiole. Au programme demain, visite de la réserve de Humboldt et autres promenades en mer.

 

Il fait froid la nuit au bord de l’océan. Un courant frais s’est infiltré jusque sur mes épaules par la fenêtre disjointe. J’ai dormi au vent du Pacifique.

Nous partons tôt voir les pingouins, lions de mer et autres mouettes. Les bêtes ne sont pas farouches et nous pouvons leur dire bonjour de très près. Même avec mon 50 mm qui tire forcément bien trop court, je réussis quelques jolis portraits. C’est dire. Xavier, avec son super zoom, traque la moindre moustache de Morse (ou apparenté). Bruno se bat pour sortir d’un mode de pose lente que lui impose son compact depuis le début du voyage. Il y a quelque chose d’héroïque dans ces efforts un peu vains, comme une lutte désespérée entre l’homme et la machine.

Des pics dentelés sont visibles sous l’eau. Un rocher affleure comme une bouche ouverte et semble pousser un cri vers le ciel. Un peu plus loin, les plages sont immenses.

 

Quant à moi j’ai oublié ma crème solaire et, malgré la journée grise, j’attrape un fort coup de soleil. C’était pourtant évident et pas très malin : maintenant j’ai la tronche qui pèle.

Heureusement j’aurai bientôt quinze nuits pour me soigner.

Car demain, après la visite des villes portuaires de La Serena et Coquimbo, nous rentrerons à la Canelilla.

Demain s’ouvre le théâtre des contemplations.

Demain, flambée d’étoiles.

 

[à suivre]



 

Edited by Vesper
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Superbe, Pierre!

 

Et j'ai bien rigolé avec ta défragmentation de valise.

Il ne me semble pas qu'on soit passé en Argentine pour aller voir la Laguna Verde chilienne, la frontière était encore à plusieurs dizaines de kilomètres.

 

Sinon en plus d'aider à reprendre contact avec le ciel austral via SkySafari, et son mode boussole, le smartphone était bien utile pour garder à portée de main la liste de ce que j'avais observé les divers voyages et pour écrire une bonne partie des CROAs de ce voyage. Et que dire du mode panoramique de son appareil photo, là c'est moi qui étais sidéré!

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Yo !

encore une bien belle aventure andine, ça ravigore les plus beaux souvenirs. Quel pays fabuleux !

étonné toutefois par votre plannig : à peine arrivé, direction les 4000m ??????????? rien de tel pour se mettre la tête dans le cul.  étrange.....

Joli coup que d'avoir été à la Laguna Verde, ça se mérite et c'est chose rare, mais comme dit Xavier, c'est encore au Chili.

On attend la suite !!!

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Merci pour vos commentaires B|.

D'après l'ordre chronologique de mes photos, nous avons franchi la frontière argentine après le salar de Maracunga, pour revenir ensuite au Chili en vue de la Laguna Verde. J'ai corrigé comme suit :

"Nous passons en Argentine puis revenons au Chili car ici les frontières se chevauchent, forment des boucles, et dépassons les 4000 m pour continuer à monter. (...)".

Amicalement,

Pierre

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.... j'crois pas.... Par contre oui, le poste frontière est un avant poste, à vue de pif à 100km de ladite frontière, qui est après la Laguna Verde.

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Salut !

 

Je confirme, le poste de douane est bien avant la frontière avec l'Argentine. Cette frontière se situe quant a elle bien après la Laguna verde. 

 

Sinon ton récit est bien sympa, ça me rappelle de bons souvenirs. 

Edited by laurent13

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Il me tarde de lire la suite... merci de ce partage Vesper :) 

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Le ‎26‎/‎02‎/‎2019 à 12:47, Vesper a dit :

V'là que j'ai plus ma tête

C'est les séquelles de la Puña!

 

Je viens de vérifier sur Google Maps, comme à l'époque en temps réel, la route vers la Laguna était entièrement chilienne :

https://goo.gl/maps/8cDtMkoREC82

 

Je trouve que ton récit complète bien mes CROAs car je n'avais parlé ni du destin funeste de Baladin ni des télescopes en remote pour le moment.

 

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    • By xavierc
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       Nuit du 5 au 6 août 2019
       Dobson 508/1920
       
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       Je pointe ensuite quelques galaxies de Pégase.
       
       Observation 8938 : NGC1 et 2.
       201x. Les 2 premiers objets du catalogue NGC sont assez faible et faible dans l'ordre numérique.
       
       
       Des nuages arrivent à 3h20.
       Je vérifie quand même sur les animations météo satellite que l'orage qui s'approche par l'ouest en grondant va passer bien au nord de nous, ce qui est le cas.
       Par contre sa proximité gênera sur les 2 derniers dessins en me flashant la vision nocturne, le ciel devenant brièvement blanc à l'oculaire lors des éclairs les plus brillants.
       La menace ne faisant que nous raser, je dessine donc un groupe de galaxies sous ces contraintes dans Pégase.
       
       Observation 8939 : NGC7765 à 7768.
       278x, 201x. C'est un quintet mais pas de Stephan, composé de NGC7765 et NGC7766 très faibles, NGC7767 considérablement faible, NGC7768 assez faible, complétés de CGCG477.020 très faible. Groupe intéressant.
       
       
       Un bolide aussi brillant que les éclairs s'est invité dans le coin de mon champ de vision et a laissé une trainée persistante une dizaine de secondes vers 4h50.
       
       Observation 8940 : NGC7769 à 7771.
       201x. Je continue de monter dans la numérotation NGC avec NGC7769 assez faible au bord sud plus net, NGC7770 faible et NGC7771 assez faible.
       
       
       Je finis fatigué à l'aube à 5h sous les grondements de l'orage voisin.
    • By xavierc
       Dans le virage du fond du parking.
       Nuit du 4 au 5 août 2019
       Dobson 508/1920
       
       10 dessins : 8921 à 8930.
       
       Plein de public venu pour la nuit des étoiles se tient au sud dont des gamins turbulents que les parents inconscients laissent courir autour des télescopes.
       Cela engendre pas mal de lampes blanches gênantes, des astronomes qui râlent du coup au sud du virage, et un sacré brouhaha, le calme de la nuit ne reviendra que dans une heure.
       
       L'ouest du ciel est voilé, je vise au plus loin de cette menace, bas vers l'est une galaxie de Cassiopée car ces nuages arrivent assez vite.
       J'ai chaud avec mon manteau.
       
       Observation 8921 : NGC185.
       Cette galaxie naine du Groupe Local est considérablement faible et diffuse à 201x.
       Les voiles arrivent sur ma cible à 23h06. Le ciel est maintenant tout voilé.
       
       
       J'attends en m'assoupissant dans l'auto.
       Beaucoup de gens ont remballé et le public est parti faute de ciel.
       
       Le ciel se redégage à 1h du matin.
       Je reprends les observations avec une nébuleuse planétaire d'Hercule.
       
       Observation 8922 : NGC6058.
       402x, 631x, 85x. La nébuleuse qui répond bien au filtre Oxygène 3 est une étoile très floue assez faible à 85x. L'étoile centrale est considérablement faible à 402x.
       La nébuleuse est trop sombre à 631x, et l'usage du filtre HBêta l'éteint totalement, ce qui permet de confirmer la présence de l'étoile centrale qui seule ressort. Deux portions d'anneau symétriques se distinguent en vision décalée VI2 à 3.
       
       
       Je pars pas très loin observer quelques galaxies d'Hercule sur la même carte de l'Uranométria.
       
       Observation 8923 : UGC10200.
       Cette galaxie condensée assez faible à considérablement faible est vue à 85x et accompagnée à 201x de LEDA57100 très faible à VI1.
       
       
       A 2h, Bruno T. est revenu imager sur la butte à l'est.
       
       Observation 8924 : NGC6155.
       Cette galaxie considérablement faible à 85x montre comme une barre centrale à 276x, râtée à 201x.
       
       
       Observation 8925 : NGC6239.
       201x, 276x. Considérablement faible à 85x comme la précédente, elle révèle de la structure, sous forme d'une barre grumeleuse s'infléchissant à l'ouest.
       
       
       A 2h40, une moto particulièrement bruyante repart de l'entrée du parking, je l'entendrai pétarader dans la montagne plusieurs minutes.
       
       Je peux enfin voir une nébuleuse diffuse du Cygne, la X Nebula, autre objet mythique qui me semblait alors hors de portée à l'époque du magazine Ciel Extrême, comme l'était Shakbazian 16 finalement vu aux NAT 2016.
       
       Observation 8926 : Simeis 57.
       Dénommée aussi la X Nebula. A 85x j'y verrais plutôt un lambda. La nébuleuse n'est pas sûre sans filtre. Le filtre Oxygène 3 montre quelques traces. C'est le filtre HBêta qui la dévoile vraiment. Alors la partie facile est vue VI1 (100% du temps mais qu'en vision indirecte) et 2 autres branches sont vues VI3. La zone où s'effectue la jonction de ces branches est difficile à détailler. Cet objet atypique est aussi dans les fiches de Michel Nicole.
       
       
       Après cette revanche sur l'histoire, je dirige le T508 vers des galaxies du Verseau.
       
       Observation 8927 : NGC7665.
       85x, 201x, 276x. Elle reste faible et petite à 85x, mais à plus forts grossissements je remarque ses bords nets et une étoile dedans excentrée  en VI4 (25% du temps en vision indirecte).
       
       
       Comme les dernières nuits, j'entends le troupeau de moutons sur l'Aup.
       
       Observation 8928 : NGC7721.
       85x, 201x. A 85x je vois déjà son allongement, elle est considérablement faible à faible.
       Elle est déjà sombre à 201x. Quelques détails durs apparaissent sous forme de glimpses VI4 à 5 (10 à 25% du temps en vision décalée).
       
       
       Des voiles éparses au nord-ouest deviennent gênants, dégradant la transparence.
       Je tente une galaxie Arp dans le Verseau bien que les voiles passent dessus par moments.
       
       Observation 8929 : NGC7727 ou encore Arp 222.
       138x, 201x, 276x. Hormis son centre assez brillant à assez faible, le reste est faible et les détails sont incertains, les nuages n'aidant pas.
       
       
       Retour de nuages éparses s'avancent par l'ouest.
       Je m'obstine en observant une autre galaxie dans le voisinage et dans les voiles.
       
       Observation 8930 : NGC7724.
       201x. Son observation est alternative : très faible quand vue hors des voiles, sinon fantômatique à invisible.
       
       
       A 5h, je capitule, ça devient trop pourri dans l'aube avec ces voiles contrariants.
       De nombreux météores et satellites artificiels sont passés dans le champ de mes oculaires cette nuit.
    • By xavierc
       Dans le virage du fond du parking.
       Nuit du 3 au 4 août 2019
       Dobson 508/1920
       
       12 dessins : 8909 à 8920.
       
       Je commence par un peu d'animation pour le public de la Nuit des Etoiles.
       Puis j'observe M54, un amas globulaire un peu délaissé du Sagittaire mais un arbre sur son parcours au sud-est contrecarre mes plans.
       Du coup je bascule sur un autre amas globulaire plus haut que cet arbre dans cette constellation, et rebascule sur M54 pour finir son dessin.
       
       Observation 8909 : Palomar 8.
       85x, 201x, 276x. Ce doit être l'un des plus faciles Palomar avec NGC6717. Je le vois de suite à 85x, considérablement faible, et à 201x j'ai la bonne surprise de le résoudre en étoiles faibles à perceptibles malgré la turbulence pas favorable de 4 à 5 sur 5. Ce n'est certes pas courant de résoudre un globulaire Palomar! C'est le second pour ma part avec NGC6717, tous deux seulement avec ce télescope.
       
       
       Observation 8910 : M54.
       85x, 201x, 276x. Au chercheur c'est une petite tache floue considérablement faible. Changement d'échelle avec le Nagler 26 à 85x, il devient brillant et bleuté, et en poussant le grossissement je constate un début de résolution limité par la forte turbulence de 5 sur 5.
       Son centre est très marqué.
       C'est amusant, le Palomar précédent bien plus faible était bien mieux résolu, il ne faut pas négliger l'indice de concentration des amas globulaires pour espérer les résoudre!
       
       
       La turbulence est pourrie si bas aujourd'hui(4 à 5 sur 5 échelle Ciel Extrême).
       
       J'aperçois des cirrus au nord sous la Grande Ourse. Qu'ils y restent!
       
       Je change de coin de ciel et de type d'objet pour m'offrir quelques pépites avec des galaxies du Bouvier.
       
       Observation 8911 : NGC5660.
       201x, 276x. La galaxie considérablement faible dévoile ses spires à 201x, mieux qu'à 276x qui atténue trop.
       Le bras Est se voit VI1 à 2 (entre 75% et 100% du temps en vision indirecte). Le bras Ouest est VI1 avec une condensation plus marquée.
       Le noyau est faible à très faible. Une bien belle surprise.
       
       
       Des chiens aboient dans la montagne de l'Aup au sud, ceux du berger actuellement en pâturage là-bas?
       
       Observation 8912 : NGC5676.
       201x, 276x. Assez brillante et bleutée à 85x, c'est un autre digne représentant des incurvées! Son bras Est est marqué et vu VI1 tandis qu'à l'opposé le bras Ouest est indistinct.
       
       
       Malik qui se gelait hier a trouvé de quoi se réchauffer, un plaid léopard! Il a profité de l'obscurité complice de sa dernière nuit ici pour s'en couvrir, craignant peut-être des photos diurnes compromettantes.
       
       Observation 8913 : NGC5673.
       85x, 201x.  Je la vois faible à très faible à 85x, très allongée. Dans celle-là, c'est de la nodosité en pagaille!
       
       
       Ce que je craignais arrive à 2h, les voiles du nord débordent sur ma zone d'observation, à savoir le Bouvier et la Grande Ourse.
       
       Observation 8914 : NGC5794 à 5805.
       201x. Ce quatuor est constitué de galaxies condensées, NGC5794 assez faible, NGC5797 et NGC5804 assez brillantes, NGC5805 très faible. Les voiles contrarient leur observation.
       
       
       Observation 8915 : NGC5820/21.
       201x, 276x. NGC5820 assez brillante est escortée de la très faible NGC5821 dont le centre apparaît en vision décalée.
       
       
       A 2h40, Bruno T., compagnon du dernier voyage chilien, bâche sa lunette astrophoto TS130. Il s'était positionné sur le haut du talus à l'emplacement laissé libre par le départ de Jean-Pierre B.
       
       Je rebascule de l'autre côté du ciel pour dessiner des nébuleuses planétaires de Cassiopée.
       
       Observation 8916 : IC1747.
       85x, 631x. L'idée de cette cible m'a encore été soufflée par les fiches de Michel Nicole, une vraie mine d'or.
       Elle ressemble à une étoile floue plutôt brillante à 85x.
       Je saute directement à 631x malgré la turbulence de 4 sur 5 pour attraper assez facilement son anneau sans filtre OIII.
       La nébuleuse répond bien à ce dernier. C'est marrant, il y a comme un effet de scintillation de l'anneau. Le filtre OIII accentue l'anneau.
       Je n'ai pas confirmé de couleur. La nébuleuse est presque invisible au filtre HBêta.
       
       
       Observation 8917 : PK136+4.1.
       85x. Avec celle-là, on change de registre parmi les nébuleuses planétaires. Je ne vois rien sans filtre ou avec le HBêta.
       Je peux dire qu'elle répond bien au filtre OIII, mais elle reste dure, à la limite VI5 de la vision décalée, le fond de ciel est alors plus clair à l'emplacement de la nébuleuse. J'ai dessiné le champ stellaire avec le filtre OIII sauf pour ce qui est de leur couleur.
       
       
       Je sens la fatigue passer à 3h50.
       
       Je dessine une nébuleuse diffuse dans Cassiopée.
       
       Observation 8918 : VdB 8.
       Van den Bergh 8. A 138x, elle est très faible, et sa forme dissymétrique en boomerang est dévoilée en vision indirecte, écartant tout risque de confusion avec un halo stellaire (par ailleurs peu probable avec cette optique à moins de buée).
       
       
       Le tintement des cloches du troupeau de moutons sur l'Aup perce la nuit à 4h.
       
       Je m'attelle au dessin d'un amas ouvert de Cassiopée, mais le genre faible.
       
       Observation 8919 : IC166.
       Vu dès 85x, il est partiellement résolu à 201x en étoiles faibles à perceptibles.
       
       
       Je termine par la comète Africano C/2018 W2 dans la Girafe.
       
       Observation 8920 : comète Africano.
       138x et 201x. Je la repère à 85x. Elle est très diffuse et faible. Je note sa position à 4h49. Elle s'efface dans l'aube sans avoir bougé par rapport aux étoiles pendant le dessin.
       
       
       Ca y est, j'ai vu les 3 comètes prévues dans mon programme pour ces vacances!
       
       A 5h, je range les affaires et bâche le Dobson, le ciel est trop clair et je suis bien fatigué.
       Encore une nuit jusqu'au-boutiste!
    • By BobSaintClar
      Elles sont belles, elles sont grosses, elles sont lourdes, elles sont (très) solides et que je sache, elles sont rares...
      Mais leur qualité première, désormais ? Elles sont miennes !

       
      J'ai acquis cet engin lors d'une "star-party", le WE dernier dans la province de Nagano. Il s'agit donc de la dernière version - la première date de la seconde guerre mondiale - des 20x120 de Nippon Kogaku, "Étude de la lumière au Japon", alias Nikon dont le nom est apparemment un condensé.
       
      Pourquoi ai-je opté pour cet instrument ? Sur le papier, ce n'est pas un choix raisonnable : elles sont chères, à visée droite, pèsent 16 ou 17 kg (ma balance n'est pas sûre), présentent une pupille de sortie de 6mm, n'ont pas d'oculaires interchangeables, n'acceptent pas de filtres. Histoire d'enfoncer le clou, j'ajoute que le ciel de mon jardin est médiocre en été et passable en hiver...
       
      Pour répondre, dans l'ordre :
       
      - Je les ai testées sur place, en mode diurne uniquement. La qualité de l'image délivrée - belle résolution, belle transparence, pas de courbure de champs, pas de liseré coloré sur les forts contrastes, faible dégradation centre-bord - m'a agréablement surpris. Je me suis souvenu des images que me donnaient les Vixen 30x125, celles que j'obtiens avec mes 20x80... aucun doute, c'est de la belle optique.
      - Le prix : on trouve ces jumelles sur Ebay Japan et sur Amazon US (d'occasion), aux alentours de 6500 dollars. Je les ai négociées, au final, pour 2.200 euros. Ca tombe bien, je ne pouvais pas dépenser un centime de plus sans me mettre dans le rouge !
      - La visée droite : ça ne m'a jamais vraiment gêné avec les 20x80. Mais là, c'est différent ! J'ai donc entrepris la construction d'un support à balancier qui me permettra d'observer par en-dessous, sur un siège inclinable ou une chaise longue. Il me reste des poutres de charpente de mes appentis de l'an dernier, même pas besoin d'acheter du bois !
      - La pupille de sortie de 6mm : il se trouve que j'ai mesuré les miennes l'hiver dernier, avec 6,1mm des deux cotés. J'ai de la veine, c'est beaucoup à mon âge. J'ai aussi pensé à mon fils (6 ans) qui commence à reluquer dans mes instruments...
      - L'absence d'oculaires interchangeables : c'est un vrai "moins", un tel diamètre  et de bonnes optiques  auraient supporté sans soucis des grossissements variés. Ceci dit, j'ai toujours considéré les jumelles comme des instruments dédiés aux grands champs : pour les grossissements importants en mode binoculaire, il y a les têtes binos. Et puis, le bon coté d'avoir des oculaires fixes (et bons), c'est qu'on n'a pas à prévoir un budget en sus, sachant que les très grosses binos sont toujours chères !
      - L'absence de filtres : là aussi, c'est dommage. Comme je possède les filtres interférentiels "nébuleuses" pour jumelles de chez Fujinon (prévus pour les 30x150 de la marque), je vais voir si leur adaptation est possible. Ce devrait être assez simple, je l'ai déjà fait avec mes 20x80, il suffit juste d'avoir un bon relief d’œil (20mm sur les Nikon) et des œilletons amovibles (c'est le cas).
      - Le ciel médiocre ou moyen : Bah c'est vrai quel que soit l'instrument, donc on fait avec ! Ca m'incitera à sortir
       
      Et quand on regarde dedans, ça donne quoi ?
       
      Je vous épargne la vision en mode diurne, ce n'est pas le genre de jumelles qu'on emporte pour mater les oiseaux le WE !
      On va se contenter du mode nocturne :
       
      Je suis sorti cette nuit, dans mon jardin, avec les Nikon sur un trépied bricolé vite fait (tant pis pour la planche à pain, je n'avais pas de bois assez épais sous la main) et, pour comparer, mes Vixen 20x80. Comme les deux instruments présentent le même grossissement, je souhaitais constater "de visu" les bénéfices éventuels du diamètre supérieur (entre autres critères). Mon support à balancier n'étant pas fait, j'ai du me limiter aux objets situés à, disons, 50° d'élévation : exit Andromède, les Pléiades et le double amas !
       
      J'ai d'abord visé Orion. La constellation, au sud-est, trônait en plein dans le halo de la pollution lumineuse tokyoïte : je savais d'avance que le résultat serait misérable. Les Nikon pourraient-elles pourtant m'en donner plus ?
       
      Dans les Vixen, assez confortables (16mm de relief d’œil), la nébuleuse est blafarde mais bien présente. Sa forme en oiseau est reconnaissable, l'extension sud perçue en vision indirecte. Le Trapèze est un pâté informe, il ressemble à une étoile double asymétrique et non séparée. Je l'ai toujours vu comme ça aux jumelles, je ne m'en formalise pas (d'autant que je suis un peu astigmate). Sur la nébuleuse, je vois deux étoiles en surimpression (vision indirecte) : une sûre, l'autre devinée.
      Je passe aux Nikon. Elles ont moins de champs apparent (60°), le fond de ciel remonte (normal) mais surtout, je remarque immédiatement deux choses : les étoiles sont plus fines, et elles sont en couleur ! Ca, je ne m'y attendais pas ! Du coup, le trapèze montre quatre étoiles séparées, j'en compte quatre de plus dans la nébuleuse, dont deux en vision directe. La nébuleuse elle-même est un peu plus festonnée que dans les Vixen, mais le fond de ciel dégueulasse tue le débat : à refaire en montagne !
       
      Séduit par ma première impression, je vise la Rosette : aucune chance de voir du gaz avec la pollution locale, c'est l'amas ouvert associé qui m'intéresse...
      Aux Vixen, ledit amas est bien là. Les étoiles faibles sont à peu près ponctuelles, mais les brillantes m'apparaissent désormais empâtées. Elles se dégradent en hirondelles (coma ?) à mi-chemin du centre vers le bord, c'est trop tôt pour être négligeable, on perçoit très bien cette aberration qui devient "gore" quand on s'éloigne davantage de l'axe optique. La courbure de champs n'arrange rien : centre net ou bord potable, il faut choisir ! En observant un certain temps, les nuances colorées des étoiles se précisent mais demeurent limitées à quelques astres.
      Retour aux Nikon. La première impression se confirme et se renforce, je commence à "prendre le coup" : il y a nettement plus d'étoiles et surtout, elles présentent des nuances de couleurs incomparablement plus marquées ! Ca, c'est super agréable, vraiment une belle surprise en terme d'agrément visuel : désormais, je ne regarderai plus les étoiles comme un simple élément de décors pointilliste en arrière-plan des nébuleuses visées, elle seront des sujets à part entière ! Je n'ai pas d'explication à ce bonus inattendu : une meilleure transmission des couleurs elles-mêmes ? Le simple fait d'avoir plus de lumière par étoile, entre le bénéfice apporté par le diamètre, l'absence de fausses couleurs et la meilleure résolution de l'instrument ? J'imagine que c'est un combo des trois. Coté dégradation centre-bord, Nikon fait bien mieux que Vixen : on ne remarque rien jusqu'aux deux tiers de la distance à l'axe optique, puis les étoiles s'empâtent mais demeurent correctes jusqu'à la limite du champs apparent. On peut profiter des 60° sans problème, d'autant qu'il n'y a aucune courbure de champs. Quand c'est net au centre, c'est net au bord. A la décharge des Vixen, elles ont 70° de champs apparent à corriger, 10° de plus que leur monstrueux challenger.
       
      Enthousiasmé par le spectacle offert grâce aux étoiles (j'insiste, c'était tellement inattendu ), je pars me promener dans la voix lactée faiblarde, au nord-ouest de Cassiopée : même sous mon ciel quelconque, c'est un enchantement. Les étoiles carbonées me sautent au visage, tandis que les autres présentent des nuances de bleu, de blanc, de jaune et d'orangé (pas de vert, tiens pourquoi ?) que les Vixen ne me proposent pas. Sur ces dernières, je dois vraiment me concentrer pour commencer à deviner les couleurs : seules les géantes rouges sont évidentes. Dans les Nikon, toutes les étoiles moyennes et lumineuses sont nuancées ! Purée, je n'ai pas fini d'en profiter !
       
      Après deux bonnes heures passées dehors, la fatigue gagne et je décide d'en rester là. Inutile d'écrire que j'ai hâte de remettre ça et de construire mon support spécial ! Dans trois semaines, je participe à un rassemblement dédié aux grosses binos, en montagne, pas très loin du mont Fuji : en espérant qu'on ne se prendra pas le 22ème typhon de l'année dans les dents, c'est pas le moment de chômer ! J'ignore quel(s) type(s) de verres sont utilisés dans ces jumelles ; sur leur site, Nikon indique simplement l'emploi de "verres spéciaux", sans autre précision. Il est également indiqué qu'on peut adjoindre des filtres polarisants en option  : ah, intéressant ! Il faut que je creuse la question, il y a peut-être un filetage de prévu quelque part...
       
      Voilà
       
      (PS : je m'aperçois que je n'ai pas parlé du parallélisme. C'est parce qu'il n'y a rien à dire : les deux images fusionnent parfaitement. Aucun soucis, après deux bonnes heures d'observation)
    • By Stephane Zoll
      Bonjour,
       
      Je voulais partager avec vous ces photos prises à St Veran (AstroQueyras), lors de deux dernières campagnes, avec à chaque fois l'un des T500 f/8 Astrosib.
      Ce sont des nébuleuses assez exotiques associées à des étoiles jeunes n'ayant pas encore atteint la séquence principale.
       
      Tout d'abord, voici V633_CAS, dans Cassiopée :
       

       
      Un peu de bruit dans cette image ; les conditions étaient moyennes et j'ai manqué un peu de poses à cette ouverture.
      L'objet d’intérêt est bien sûr en haut à gauche.
      - Astrosib RC 500 f/8
      - Filtres Astrodon LRGB
      - CMOS ASI 1600 (-20°C).
      - L : 50x120s bin2
       - RGB : 3x8x120s bin2
       
      Et voici un champs très sympa dans le Cygne avec plusieurs objets remarquables, dont V1982 et V1331 :
       

      - Astrosib RC 500 f/8
      - Filtres Astrodon LRGB
      - CCD SBIG STX-16803 (-20°C).
      - L : 27x300s + 19x300s (mosaic) bin1
      - RGB en bin2
       
       
       
      V1331 a fait l'objet d'une image par Hubble :
      https://www.spacetelescope.org/images/potw1509a/
       
      Image avec description :

       
       
      V1982 est en fait un objet complexe avec plusieurs étoiles jeune et une nébuleuse primordiale associée.
       
      Merci pour votre passage,
       
      Meilleurs photons
      Stef
       
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