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Benj Poup

[CROA] Une randonnée intergalactique (1ère partie)

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La première partie de cette croisière commence à l'observatoire de Beine-Nauroy, le soir du 6 avril. Et elle commence sous un ciel dégagé, mais d'une transparence toute relative. Le genre de transparence qui laisse deviner qu'une pellicule de quelque chose vient s'interposer entre le ciel et mon regard. Et que cette pellicule va un peu gâcher ma soirée. La technique me réserve aussi quelques misères. Voilà déjà plusieurs semaines que j'ai troqué mon dictaphone à cassettes contre un enregistreur de mini-disc, histoire de gagner en qualité de son. L'ergonomie toute relative de l'engin, sa faible autonomie et son fonctionnement aléatoire ne m'ont pas permis de garder plus de 10 minutes de prise de son, et je dois donc compter sur ma mémoire pour retranscrire les étapes de mon périple nocturne.

Le télescope n'est pas non plus à la fête : la collimation du T410 reste toujours à faire - en témoigne la vision épouvantable de la planète Saturne. On devine à peine la division de Cassini à travers les anneaux. A ces soucis optiques viennent se greffer des soucis mécaniques : quelques points durs viennent contrarier la motorisation en delta, et le Goto en souffrira à quelques reprises pendant la soirée.

Mon programme de la soirée se situe dans le prolongement de ma précédente expédition, que j'avais terminé dans les galaxies du Lion. J'ai sélectionné pour l'occasion une vingtaine d'objets - des galaxies, pour l'essentiel, certaines déjà bien connues, d'autres beaucoup moins.

Après avoir jeté un oeil rapide sur Saturne, j'attaque mon périple intergalactique avec la galaxie NGC 2903, située à l'avant de la tête du lion. Facilement repérée comme un fuseau allongé et brillant, elle est accompagnée, à quelques mouvements de raquette de là, de NGC 2916, une galaxie très discrète, beaucoup plus petite, et qui apparaît circulaire dans le champ.

Je file ensuite sur NGC 3162. Faute d'avoir pris des notes, je m'appuie sur le souvenir d'une galaxie à peine plus spectaculaire que la précédente. Peut-être un peu plus facilement repérable quand même...

Le petit bond sur NGC 3190 et ses voisines est beaucoup plus intéressant. Situé exactement à mi-chemin entre Gamma et Xhi Leo, ce groupe de galaxies est immanquable. Quelques étoiles brillantes, de mag. 8 à 10, offrent des repères commodes, même s'ils ne sont pas utiles pour repérer NGC 3190 et NGC 3193, évidents dans le champ. La première apparaît nettement allongé, tandis que la seconde, circulaire, est collée à une étoile de mag.9. Quelques sauts d'étoiles plus loin, NGC 3185 est également visible, quoique repérée un peu plus difficilement. NGC 3187, pourtant située dans le prolongement du fuseau de NGC 3190, semble vouloir se cacher dans le flou du ciel. Elle y parvient d'ailleurs très bien : il me semble l'avoir vue fugitivement, mais l'observation reste à confirmer.

A partir de la jolie Gamma Leo, un simple mouvement en alpha suffit pour retrouver NGC 3226 et NGC 3227, un joli couple de galaxies accolées l'une à l'autre. Cette proximité n'est d'ailleurs pas qu'apparente, puisque les deux galaxies sont en interaction. Au télescope, elles sont de luminosité comparable, l'une paraissant peut-être un peu plus allongée que l'autre.

Je m'arrête quelques secondes sur NGC 3346, qui m'évoque vaguement la vision de NGC 3162. Mais je réserve mon enthousiasme pour des cibles plus captivantes, et me détourne rapidement de cette galaxie isolée.

Autour de M105, il y a déjà plus de monde ! J'avais repéré ce trio de galaxies lors de ma précédente sortie, m'étant même promis d'en faire un dessin. Chose due, je sors papier et crayons, et place mon fond d'étoiles - pas plus d'une dizaine; le ciel est décidément très moyen - et mes 3 noyaux galactiques. M 105 est large, et son noyau semble plus étendu que celui de NGC 3384, plus ramassé sur lui-même. NGC 3389, notablement plus allongée, est aussi beaucoup plus faible. Une question me taraude : comment Méchain, qui avait découvert M 105, a pu passer à côté de NGC 3384 ?

Un oeil sur la galaxie NGC 3412 ? Un oeil rapide, alors. NGC 3412 est isolée dans son coin, et aujourd'hui, je privilégie les galaxies par paquets. Je lui accorderai l'attention qu'elle mérite ... un autre jour.

Je progresse vers la queue du Lion, et m'arrête sur NGC 3607 et ses deux voisines. Encore un coup d'oeil qui me permet de voir 3 galaxies d'un coup. NGC 3607 et NGC 3608 sont tout à fait semblables : deux taches floues de luminosité équivalente et de forme arrondie. Cette paire de galaxies est accompagnée de NGC 3605, beaucoup plus faible, mais néanmoins bien visible.

Je reviens vers un trio de galaxies plus classique et bien connu : M 65, M 66 et NGC 3628. Après toutes ces galaxies discrètes, le changement est radical. Les 3 galaxies sont brillantes, et leur silhouette est beaucoup plus précise, beaucoup mieux dessinée. Reste qu'il manque du champ pour observer les 3 galaxies d'un seul coup d'oeil. Je regrette (presque) ma petite lunette !

Avant de quitter le Lion, je jette un oeil sur NGC 3684. La galaxie est bien là, mais de mémoire ... Rien de bien probant. Je soupçonne un probable passage à vide avant de tourner le T410 dans de nouvelles directions.

Et me voilà parti vers la constellation du sextant, juste en dessous du Lion. Une région que je n'ai pas dû explorer bien souvent. Il faut dire que la constellation est petite, et ne recèle pas de quantités fabuleuses de joyaux astronomiques. Je découvre quand même NGC 3115, une galaxie en forme de fuseau allongé, au noyau particulièrement brillant. Elle me fait vaguement penser à la galaxie du Sombrero, en plus petit.

Je quitte le sextant, et plonge vers l'hydre. Il s'agit d'ailleurs d'une plongée au sens propre, puisque la faible hauteur de la constellation sur l'horizon et la position du porte-oculaire sur le côté du tube vont pratiquement m'obliger à me coucher sur le plancher flottant de l'observatoire ! Difficile de faire plus inconfortable ! Dans la position du Yogi-astronome, je parviens quand même à observer M 48 et NGC 3242, deux objets qui arrivent comment une récréation dans mon périple intergalactique.

M 48 est un amas ouvert très large, dont les étoiles occupent tout le champ du 21mm. les étoiles sont brillantes, et l'amas serait plutôt joli, si la posture n'était pas si inconfortable !

Pourtant, question inconfort, je n'ai pas encore dit mon dernier mot : NGC 3242, le "fantôme de Jupiter", va me faire goûter à la poussière de la coupole ! Je vais pourtant m'en accommoder pendant quelques minutes, car cette nébuleuse planétaire vaut clairement le détour. A 115x, elle apparaît comme une tache ronde, homogène en vision directe, et très brillante en vision décalée. Probablement l'objet le plus brillant de la soirée. En grossissant d'avantage - 240, puis 480x - des détails apparaissent au coeur de la nébuleuse. Un anneau brillant se détache, alors que la périphérie et le centre de l'anneau paraissent plus sombres. Superbe !

Je quitte l'hydre et refait surface ... Avant d'entamer un plongeon... galactique. Je reprends en effet mon périple, cette fois en direction de la Vierge et de la Chevelure de Bérénice. Une région riche, très riche, que je n'ai pas eu l'occasion d'explorer depuis plusieurs années. Une lourde tâche, qui arrive au moment où la motivation baisse un peu. Et là, faute d'un itinéraire bien établi, je suis rapidement dépassé par le nombre de galaxies qui apparaissent devant moi. Passant de M 98 à M 99, puis M 100, je survole quantité de galaxies non identifiées. Parcourant frénétiquement les pages du NSOG, je trouve sur ma route quelques galaxies qui, à défaut de porter un nom, portent au moins un numéro. NGC 4064, NGC 4212... Mais si je persiste, je risque d'y passer la nuit ! Je décide donc de conclure ma randonnée en beauté, en finissant sur la chaîne de Markarian : le visage souriant dessiné par M 84, M 86, NGC 4387 et 4388 est un peu à l'étroit dans le champ de l'oculaire, et c'est sur cette vision réjouissante que je termine ma randonnée nocturne... En attendant la suite.

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J'aime bien en tout cas, et j'attends la suite avec impatience !!

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J'aime beaucoup cette promenade céleste!
Petite question: on parle souvent de l'importance de la collimation en astro planétaire, qu'en est-il en ciel profond?
Tu parles d'une image épouvantable de Saturne: ta vision des galaxies est-elle altérée par cette mauvaise collimation?
Jean

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>ta vision des galaxies est-elle altérée par cette mauvaise collimation?

C'est justement ce que j'aimerai savoir ! En même temps, en ciblant des galaxies elliptiques, il ne faut pas s'attendre à déceler des bras spiraux - mais je n'ai pas ciblé que des galaxies elliptiques, donc ... Par exemple, NGC 3628, à côté de M65/M66 a une forme caractéristique, et je la retrouve à l'oculaire. Mais je l'ai bien dans l'oeil, alors ça aide. A côté de ça, je bave littéralement d'admiration devant les dessins qui sont tombés récemment sur ce forum, car ces détails dans les galaxies - nodosités et autres - je ne les vois pas, malgré les 410mm d'ouverture du télescope.


Plusieurs explications possibles :

1) Je n'ai pas forcément l'oeil aussi affuté que nos illustres dessinateurs.

2) Le télescope est situé dans un environnement sub-urbain, ce qui doit amoindrir ses capacités.

3) Reste les défauts de l'optique. Ce qui est sûr, c'est que le fond de ciel étoilé manque de piqué, et que ça doit aussi un peu jouer sur les galaxies, même si c'est moins crucial que pour le planétaire.

L'explication se situe quelquepart entre ces 3 options.

Benjamin Poupard - Dans les Etoiles

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Bonjour Benjamin,

Ton récit est un bel itinéraire galactique que je n'ai pas parcouru depuis quelques temps. Du côté de Nantes, j'ai observé dans le télescope de mon club, un Dobson 406 mm, samedi dernier et le ciel était d'une grande limpidité. Je me suis "contenté" d'objets classiques (les Messier et quelques NGC) dans le Lion, les Chiens de Chasse ou la Grande Ourse. L'horizon sud étant constitué du halo de la ville de Nantes, les images manquaient un peu de contraste.

Pour ce qui est de la collimation, elle est quand même importante. Par expérience, dès 80x de grossissement, la vision de Saturne est assez altérée si l'alignement n'est pas parfait. Donc sur les galaxies, à grossissement équivalent un certain nombre de détails disparaissent. Sur des objets connus, le cerveau "imagine" ces détails manquants ; par contre sur des objets méconnus, celà reste flou malheureusement.

L'oeil aguerri de l'observateur joue aussi un rôle important. Il faut de l'entraînement et un certain talent pour reproduire fidèlement ce que l'on voit à l'oculaire. Pour ma part je n'ai réalisé que des dessins lunaires ou planétaires donc je ne peux pas te donner mes impressions sur des objets nébuleux. A priori, ce doit être plus difficile car la qualité du ciel environnant est primordiale pour que ces nébulosités ressortent bien.

Bonne journée,

Etienne

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bonjour,
La collimation est très importante aussi en stellaire, dès que l'on veut du détail et que l'on grimpe en GR. Avec mon 560mm selon les cibles et les conditions je soigne plus ou moins la collimation. Si la turbu est forte je n'y touche pas et reste à 214X max si elle est quasi absente je peaufine la collimation et grimpe jusqu'à 750x pour les NP et Galaxies brillantes (magnitude surfacique).J'ai même constaté il y a peu que sur les cibles étendues et faiblement lumineuses à 120X (tête de cheval) on gagne si la turbu n'est pas mauvaise.

quelle est la marque du T410mm?

A propos de 3628 sur la page ci dessous http://perso.orange.fr/planetarn/manu/MANU.htm
n cliquant sur premiere T560 tu trouveras en haut un dessin de cette belle galaxie
Bonnes observations
Manu dans le tarn profond

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