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Benj Poup

[CROA] Une croisière intergalactique - 2ème partie

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La météo étant particulièrement clémente lors de ce week-end pascal, je replonge dans le ciel étoilé, deux jours après ma virée intergalactique de Beine-Nauroy (cf première partie - http://www.astrosurf.com/ubb/Forum15/HTML/000627.html). Cette fois, je change de site, mais aussi de matériel. Exit le T410 ! Me voilà avec mon C8 et ma paire de jumelles 10x42. Et cette virée ne se fera pas en solo, comme la précédente, mais en compagnie de Bruno David, et un peu plus tard, de Stephan Boiteux. Le rendez-vous est fixé sur les hauteurs de Try (51), un point de chute que j'affectionne, car il représente un bon compromis entre temps de trajet et qualité de ciel.

Ce soir, le ciel est bien dégagé, et la transparence bien meilleure que l'avant-veille à l'observatoire. Pas de vent, et une température un peu inférieure à 10°C. La Lune ne se lève que dans cinq heures. Tous les ingrédients sont réunis pour passer une bonne soirée. Et le meilleur est devant nous.

Le meilleur ne met d'ailleurs pas beaucoup de temps à venir : Le télescope n'est pas encore installé et alors que Bruno et moi discutons en regardant vers le couchant, un brillant météore vient se fragmenter juste sous nos yeux ! Partant d'Orion, il finit sa course en dessous de Sirius, en se désintégrant dans un feu d'artifice de lumières bleues et oranges. Et nous n'avons rien manqué du spectacle ! Il est 22h20, et le départ de cette soirée est donné.

Avant qu'elle ne disparaisse, nous commençons par nous éblouir la rétine sur la très brillante et très gibbeuse Vénus, qui monte, jour après jour, vers les Pléiades.

Puis nous tournons le télescope vers Saturne. Le ton est très vite donné : le télescope sort pourtant de sa boite, et n'est certainement pas en température, mais l'image de Saturne est ... incroyablement stable. A 95x, l'image de la planète est encore petite, éblouissante, mais à 200x, l'image se fait plus affûtée. Les satellites sont bien visibles, la division de Cassini également. Tentons alors à 400x. Surprise : l'image reste d'une grande finesse. La division de Cassini est visible sur tout le tour de l'anneau, et les ombres sont précises. Mais attendons encore un peu que le tube se mette en température...

Nous entamons un programme improvisé, en nous tournant vers M 51. La galaxie est facilement repérée aux jumelles, visible sous la forme d'une tache qui se détache nettement du fond de ciel. Au C8, à 95x, les deux noyaux galactiques sont bien séparés, et il nous semble bien que le disque galactique n'est pas homogène. Pourrait-on soupçonner les bras spiraux ? Presque, presque ...

Dans le même coin de ciel, M 101, plus large, mais moins lumineuse, est plus délicate à observer. Elle est facilement repérée aux jumelles, à la pointe d'un triangle équilatéral dont la base serait dessinée par les deux étoiles de la queue de la Grande Ourse. A l'oculaire, elle n'apparaît que comme une large tache qui se détache du fond de ciel, mais sans que le moindre détail ne soit visible.

Nous quittons un instant le petit monde galactique pour nous attarder sur quelques amas globulaires. La cible suivante, M 3, est une cible facile, et pétillante ! Elle est repérée sans difficultés aux jumelles, entre Arcturus et Cor Caroli. La région où se niche M 3 n'est pas très riche en étoiles brillantes, mais un rapide cheminement entre les étoiles faibles conduit le télescope dans la bonne direction. Et la tache floue devient un objet aux contours précis : les étoiles se détachent du noyau de M 3 et sont visibles loin à la périphérie. Et quantité d'étoiles résolues se superposent au coeur du amas. L'image est très belle !

Pour comparaison, M 53 est un amas globulaire très facile à repérer, mais beaucoup moins impressionnant : une sorte de M 3 vu de loin, peut-être. A force d'observer le ciel profond, je me rends compte que je finis par m'intéresser à deux catégories d'objets : les objets brillants et impressionnants, ou les objets peu connus et plus discrets. M 53 se situe entre ces deux mondes : ni vraiment impressionnant, ni vraiment difficile. Le pauvre...

En revanche, la galaxie NGC 4565, dans la Chevelure de Bérénice, appartient sans conteste à la catégorie des objets vraiment impressionnants. C'est selon moi l'une des plus belles galaxies qu'il soit donné d'observer - sinon la plus belle ! La surprise est d'ailleurs toujours la même : en vision directe, à 95x, elle apparaît comme une fine ligne faiblement lumineuse, qui occupe le tiers du champ. Mais dès que le regard s'éloigne de la galaxie, celle-ci s'allonge, s'allonge, s'allonge encore ! Brillante et effilée, elle finit par occuper plus de la moitié du champ. La prochaine fois, je la dessine !

L'impression laissée par la galaxie M 104 est identique, bien que cette dernière soit plus petite et plus épaisse. M 104 est difficile aux jumelles, probablement à cause de sa faible hauteur dans le ciel. A l'oculaire, l'impression est voisine de celle laissée par NGC 4565. Visible en vision directe, elle s'allonge en vision décalée. Rapidement, la bande sombre qui coupe la galaxie apparaît à son tour.

Bruno guette le coucher de la planète Vénus,et s'apprête à se coucher aussi, pendant que je survole aux jumelles M 44 et M 68, les deux amas ouverts du Cancer. Le ciel d'été s'installe petit à petit, les constellations d'Hercule et de la Lyre sont maintenant bien visibles.

Bruno m'a quitté, et Stephan est arrivé. Je pointe à nouveau Saturne, pour lui faire la démonstration de la stabilité du ciel de ce soir. A 400x, la division de Cassini est toujours bien visible. Mais ce qui me surprend, c'est qu'elle est visible ... tout le temps. Habituellement, il faut guetter les trous dans la turbulence pour l'observer correctement. Mais ce soir, rien de tel : un oeil à l'oculaire, et la division est là. Un autre coup d'oeil; toujours là. Et encore. Une image paisible et incroyable. L'ombre de l'anneau est parfaitement visible à la surface de la planète. De l'autre côté, l'ombre de la planète coupe l'anneau. La division de Cassini s'arrête net et plonge dans l'obscurité. Je loue le mariage réussi d'une collimation qu'il m'a fallu des années à maîtriser à peu près (au point d'avoir songé à revendre ce tube "récalcitrant et médiocre" à plusieurs reprises) et d'une turbulence quasi nulle; mariage qui se traduit par l'une des plus belles visions de Saturne dans ce télescope. Enfin !

Après cette parenthèse planétaire, nous jetons un oeil sur le ciel d'été, en commençant par M 57. Bien petite à 95x, il faut monter à 200x pour que sa forme se précise, passant d'un simple rond de fumée à un ovale plus prononcé.

Nous montons ensuite vers M 13 et M 92. Ils sont tous deux visibles aux jumelles et repérés avec plus ou moins de bonheur au télescope. Le repérage de M 92 a toujours été pour moi une source de problèmes, qui s'expliquent simplement : je la cherche du mauvais côté d'Hercule... M 13 est assez différent de M 3. De diamètre comparable, le noyau de M 13 parait toutefois un peu plus dense, et s'étend plus loin que celui de M 3.

Puis Stephan me propose d'essayer un Burgess TMB de 40mm avec un champ de 69° - ce qui donne, derrière le C8, un grossissement de 50x, et l'impression de mettre la tête derrière le hublot d'un vaisseau spatial ! Le poids de la bête - 500g, quand même... - déséquilibre le tube, mais l'ensemble tient le coup. Cet ensemble va nous conduire vers les champs de galaxies explorés l'avant-veille à Beine-Nauroy, la partie la plus riche de notre voyage de ce soir.

Nous débutons notre périple galactique dans le Lion, en pointant le trio de M 105 - à savoir M 105, NGC 3384 et NGC 3389.

Les trois galaxies sont bien visibles, avec M 105 qui domine le champ. Mais en collant le trio sur le bord de l'oculaire, il est possible de voir également M 95 et M 96 sur le bord opposé. Notre hublot nous permet d'admirer 5 galaxies brillantes d'un seul coup d'oeil !


Dans le même ordre d'idée, le trio composé des galaxies M 65, M 66 et NGC 3628 semble lui aussi très à son aise dans le large champ de l'oculaire ! Je retrouve ici le même plaisir d'observer qu'avec ma petite lunette; impression d'espace, facilité du pointage... Mais avec une différence de taille, ou plutôt de diamètre : le passage de 80mm à 200mm rend la moindre galaxie beaucoup plus lumineuse, beaucoup plus détaillée. Les galaxies ne sont plus de simples taches floues, mais présentent une physionomie propre, particulièrement nette sur une galaxie allongée comme NGC 3628.

Sur le couple M 81 / M 82, la différence est, là aussi, frappante. A 48x, derrière la lunette, elles n'apparaissaient respectivement que comme une tache ovale et une tache allongée dans un champ d'étoiles. Ici, le champ d'étoiles est plus riche, très piqué, et les galaxies, brillantes, semblent plus détaillées. La vision derrière cet oculaire est décidément très belle.

Nous retournons sur le Lion, pour survoler quelques champs de galaxie observés l'avant-veille. Le couple NGC 3226 et NGC 3227 est bien visible. Moins lumineux qu'à Beine Nauroy - il faut dire que le diamètre du télescope n'est pas le même ! - mais l'image me semble tout de même plus piquée. Le constat est le même avec le trio NGC 3190 / 3193 & 3185 : l'image me semble mieux défini, et je m'y retrouve plus facilement. Mais cela tient peut-être aussi au fait que j'ai maintenant mes repères bien en tête.

Notre dernier regard de la soirée sera pour la chaine de Markarian. Une sorte de bouquet final avant de replier le matériel. Sans bouger l'oculaire, il devient possible de découvrir le voisinage de M 84, avec ses galaxies à foison. D'abord M 84, M 86, NGC 4387 & 4388, les quatre galaxies qui forment le visage, puis rapidement, NGC 4402, le "sourcil" au dessus de M 86, puis, une sixième, NGC 4425 ! En décentrant légèrement M 84, il devient même possible d'observer NGC 4435 & NGC 4438, ce qui porte le nombre de galaxies visibles d'un seul coup d'oeil à 8 ! Combien d'étoiles avons-nous réellement devant nous ? Impossible à dire !

Notre périple galactique s'achève. Jupiter vient de se lever, à deux pas d'Antarès. Encore trop basse, nous la regarderons un autre soir, car pour aujourd'hui, le plein de ciel étoilé a été fait !

Benjamin

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Superbe CROA!
Du récit, des photos, des dessins...ça donne envie d'observer!
Jean

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Avec en plus une turbulence de tueur!

C'est vrai que la structure spirale de M101 est subtile.

Dans un bon site de montagne avec mon dobson 254, elle n'était quasi visible qu'en vision décalée.
Mais si elle est visible, les régions HII apparaissent aussi !

Xavier

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Belle ballade celeste!
Sympa, les dessins.

Moi aussi, j'aprécie particulièrement ngc4565. J'en parle souvent comme la plus belle galaxie du ciel en dehors du catalogue Messier.

Ah, le printemps est vraiment la saison des galaxies.
On ne sait plus où donner de la tête tellement y en a.

Amicalement
Yves

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