Un Maksutov : le TEC MC200 F15.5M


Sommaire

Le télescope de Maksutov

Le télescope de Maksutov a une réputation quasi mythique de très haute qualité. Pourquoi ? Cette réputation est-elle justifiée ? Quelques éléments de réponse et la revue du télescope de Maksutov TEC MC200 (ce télescope n'est plus distribué mais les remarques ont une portée assez générale pour être appliquées à d'autres Maksutov).

Brève histoire du Maksutov

Lorsque Dimitri Maksutov met au point sa formule optique dans les années 1940, il s'agit de réaliser des chambres photographiques à grand champ soit une alternative aux chambres de Schmidt construites aux USA.

Le télescope photographique de Maksutov, caractérisé par un ménisque correcteur fortement incurvé fermant le tube et ne comprenant que des surfaces sphériques, était a priori plus facile à réaliser que le télescope photographique de Schmidt ; toutefois, il s'est avéré qu'au-delà de 400mm, la lame de fermeture, du fait de sa forte courbure, devenait véritablement très difficile à réaliser. En outre la correction latérale du Maksutov (version photographique) était moins satisfaisante qu'avec le télescope de Schmidt. En définitive, le Maksutov photographique n'a guère eu de succès en dehors des frontières de l'ex URSS et aujourd'hui, la formule Ritchey-Chrétien a définitivement pris l'avantage pour les grands champs.

Toutefois TEC a distribué encore récemment, pour les astronomes-amateurs, des chambres photographiques de Maksutov (rapport d'ouverture de F/3.5). Des objectifs photographiques catadioptriques étaient encore disponibles sous de grandes marques récemment mais tendent à disparaître.

Si le Maksutov photographique est apparu un peu après le Schmidt photographique, en revanche, sa conversion en « Cassegrain visuel » est intervenue bien avant que n'apparaisse le Schmidt Cassegrain visuel (ou SCT en abrégé).


L'ancêtre de l'ETX !

Une chambre de Maksutov de 70 cm
encadrée par deux "petits" 200mm Maksutov
Abastumani/Georgie 

Pour en savoir plus :

Le Gregory-Maksutov-Cassegrain

Même si D. Maksutov l'avait envisagé, c'est Grégory, un opticien américain, qui a popularisé  le premier une formule de Maksutov destiné à l'observation visuelle en aluminant un spot sur la face interne de la lame du ménisque en guise de miroir secondaire ; compte tenu du faible degré de liberté du système, pour conserver une optique entièrement sphérique, le rapport d'ouverture devait  alors rester assez élevé soit 18 ou plus ; un rapport plus faible (10 ou 12) requiert en effet l'asphérisation de l'une des surfaces (généralement le primaire). Ce type de formule a fait le succès des premiers Maksutov commerciaux, très compacts pour l'époque, distribués par Questar aux États Unis (*).


Lomo Astele 150 Gregory Maksutov

La formule de Gregory a pour avantage une collimation indéréglable mais sur le plan optique elle n'est pas parfaite avec une coma importante. En outre, l'asphérisation du primaire, quasi obligatoire, complique sa réalisation. Malgré cela, elle est encore utilisée pour les petits MAK jusqu'à 150mm non sans quelques aléas (voir ci-après « réalisation »).

(*) encore que, Questar, pour contourner le brevet de Gregory, alumine dans un premier temps, la face externe du ménisque ce qui n'est pas très élégant surtout lorsque l'on connaît le prix de vente de cet instrument !

Le Rumak-Maksutov-Cassegrain

D'autres formules de Mak-Cassegrain visuels (Rumak, Simak), mieux corrigées hors-axe que le Gregory, ont été mises au point en utilisant un secondaire spécifique indépendant du ménisque donnant ainsi un degré de liberté supplémentaire. La correction extra axiale est alors bien meilleure et toutes les surfaces peuvent rester sphériques, jusqu'à des rapports de 12 environ, au prix d'une très légère sous correction sphérique du 5ème ordre sans répercussion notable au foyer (voir ci-après) ; c'est aujourd'hui la formule utilisée sur la plupart des Maksutov (Russes, TEC.) à partir de 150 mm.

Le Maksutov-Newton

Pour être exhaustif, rappelons que la formule est proposée en formule Newton ou Cassegrain ; par rapport au Maksutov-Cassegrain, la formule Maksutov-Newton a pour avantage principal une obstruction plus petite. Par rapport au Newton parabolique, la formule Mak-Newton présente une coma plus faible pour un même rapport d'ouverture.


Mak-Newton Intes Micro MN68

Les Maksutovs à ménisque intégré au secondaire

Afin d'être exhaustif sur les formules dérivées du Maksutov, il convient de mentionner les Maksutovs à tube ouvert dont le ménisque est intégré au secondaire (donc traversé deux fois par la lumière) et éventuellement associé (G.I. Popov, Yu. A. Klevtsov) ou non (Shafer-Maksutov) à un miroir secondaire de type Mangin (lentille dont la face arrière est aluminée). Des instruments de ce type, plus économiques que le Maksutov traditionnel, sont produits par Vixen (VMC 200, 260), TAL, Orion-UK (gamme OMC) ; ils bénéficient de la bonne correction hors-axe de la formule Maksutov mais sont nécessairement dotés d'une importante obstruction qui réduit leurs performances sur l'axe ; ces instruments sont donc plutôt des alternatives aux Schmidt Cassegrains en imagerie à champ (relativement) large.


Shafer-Maksutov : VMC200 (Vixen)

En outre, bien qu'idéale sur le papier, cette formule comporte un grand nombre de surfaces optiques et semble souffrir, au contraire du Maksutov à correcteur pleine ouverture, d'un réglage, d'un assemblage et d'un centrage assez critiques ce qui explique peut être la rigidité inhabituelle des lames supports dont ils sont tous pourvus....

Le Clavius !

La conception du Clavius s'inspire du Klevstov mais ici, le ménisque correcteur est intégré dans la partie afocale d'un relais. Cette disposition permet de réduire l'obstruction centrale et d'optimiser la correction hors axe qui est déjà très bonne sur les Maksutov. Cette disposition a toutefois les mêmes désavantages que le Kelvtsov (voire un peu plus) en ce qui concerne le nombre de surfaces optiques et son réglage.

Avantages et inconvénients du Maksutov-Cassegrain

Le Maksutov-Cassegrain présente tout d'abord les avantages du télescope de Cassegrain : le confort de l'observation par l'arrière mais aussi ses inconvénients : un rapport focal élevé, un faible champ de pleine lumière et/ou une obstruction centrale plus élevée que le Newton et des risques d'entrées de lumières parasites par l'avant du tube.

Le Cassegrain classique a, comme le Newton, l'avantage d'une optique mathématiquement parfaite sur l'axe et d'un nombre limité de pièces optiques. Si le primaire parabolique et le secondaire hyperbolique du Cassegrain ne sont simples ni à réaliser, ni à régler, il reste que pour les grands diamètres (à partir de 250mm), le Cassegrain est nettement plus abordable que le Maksutov ; mais pour l'utilisateur qui vise un diamètre modéré (jusqu'à 200mm), le Maksutov a la préférence du fait de son excellente correction de la coma (en Rumak) et surtout de la fiabilité des réglages de son optique sphérique. A quelques nuances près, ces considérations s'appliquent également en comparaison avec le Dall-Kirkham (*).

La fermeture du tube peut être considérée comme un avantage vis à vis de la durabilité du traitement des miroirs mais du point de vue thermique, comme il est expliqué ci-après, la fermeture du tube ne constitue ni un avantage ni un inconvénient "a priori" pour le Maksutov compte tenu des nombreux paramètres à considérer...

Enfin, une autre différence est que les Cassegrains classiques sont assez rares sur le marché. Citons le CN212 de Takahashi, la série des Mewlon (mais en Dall-Kirkham) et l'intéressant 254/14 de JM Lecleire.

(*) Il existe en effet d'autres types de Cassegrains : les Dall-Kirkham, les Ritchey-Chretien, etc.... qui ont chacun leur caractéristiques. En fait, le type Cassegrain mériterait un page entière !

En théorie, il y a quelques différences à connaître le Maksutov-Cassegrain et le Schmidt-Cassegrain (SCT) :

-     le Schmidt-Cassegrain, très compact, n'a qu'un lointain rapport avec son ancêtre le Schmidt photographique ; en effet, du fait de la faible distance entre la lame et le miroir, la correction de la coma du SCT visuel est sacrifiée alors que le Maksutov-Cassegrain (surtout Rumak), moins compact conserve l'avantage d'une coma maîtrisée ; mais à F/15 ou même F/10, on en profite pas beaucoup ; l'intérêt est cependant que le Maksutov est nettement moins sensible aux défauts de collimation... ce qui, associé à une réalisation mécanique soignée, explique la réputation d'optique "indérégable" des MAKs.

-     le sphérochromatisme est sensiblement plus accentué sur les Schmidt-Cassegrains actuels que sur les MAKs pour deux raisons : d'une part, les SCT sont conçus avec des primaires très courts (F/2) pour les rendre les plus compacts possibles et d'autre part une seule face de la lame est déformée et perd ainsi un degré de liberté ; la formule utilisée est un compromis.

-     toutefois la formule des MAKs courants est aussi un compromis : en particulier sur les MAKs entièrement sphériques, il subsiste une aberration de sphéricité d'ordre 5. Mais contrairement aux SCT les MAKs sont généralement conçus avec un primaire à F/3 et un rapport de 10 à 15 pour les Cassegrains qui permettent de réduire le sphérochromatisme et les aberrations géométriques résiduelles un niveau non détectable, mais les rend plus encombrants,

-     les Maks nécessitent un primaire (et donc un tube) de plus grande dimension que les SCT à même diamètre de correcteurs (d'environ 10%) ; en effet, le ménisque divergent du MAK illumine une surface plus grande que l'ouverture libre stricte et le miroir primaire doit être élargi en conséquence (*),

-     paradoxalement, les SCT produits à grande échelle ont un design optique plus complexe : primaire sphérique très court, secondaire et lame asphériques alors qu'un MAK peut être réalisé avec une optique entièrement sphérique. Mais le secret (bien connu) du SCT commercial est que la surface ondulée de la lame, relativement fine, peut être formée de façon entièrement automatique en s'aidant d'aspiration sous vide lors du polissage... Les surfaces optiques réalisées par des machines à polir rapides ne permettent certainement pas un haut degré de finition mais, globalement, et malgré cette complexité théorique, les industriels y trouvent leur compte... D'un autre côté, la lame épaisse et très incurvée du MAK est de réalisation obligatoirement plus longue et plus couteuse (**) et les petites entreprises qui réalisent les MAKs prennent le temps de soigner la qualité de surface,

Ce sont donc bien les choix de design, de rentabilité ou de marketing qui expliquent les différences ; alors que du point de vue théorique, les caractéristiques (obstructions, champs, encombrements, F/D, qualités optiques... à l'exception du poids) pourraient être strictement ou presque identiques pour ces deux formules... Force est de constater qu'en pratique, elles ne le sont pas.

Il y a en effet de très grandes différences de types et de qualité entre les MAK et les SCT disponibles sur le marché :

-         les SCT sont uniformément fabriqués et commercialisés « en masse », un rapport d'ouverture de 10, une obstruction de +/-33%, une formule "volontairement" imparfaite et une qualité "industrielle" ; les SCT visent en effet une large diffusion, un prix accessible et un domaine d'emploi assez large mais sacrifient ainsi, un peu, la haute résolution. Ceci étant les SCT rendent d'immenses services aux amateurs compte tenu de leur prix "supportable", de leur extrême compacité (y compris pour les grands diamètres) et de la très large gamme d'accessoires qui accompagne leur distribution.

-         au contraire, les MAK sont disponibles sous de très grandes variétés de types et souvent en très haute qualité, d'obstructions très variables entre 15% (MAK-Newton) ou 20% à 40% (Cassegrains) mais relèvent alors de fabrications artisanales à diffusion très restreinte, voire sur liste d'attente ou sur commande spéciale. Le domaine d'emploi est fonction du design retenu et est parfois très étroit,

-     toutefois, du fait de l'encombrement (voulu) plus important du Maksutov et du poids de la lame, les Maksutov sont plus lourds surtout à 250mm (voire 200mm) et au delà ; même à 250mm, ils ne sont plus portables sans compter que leur prix les rend inaccessible.

Au passage, on peut se demander pourquoi les SCT sont tous construits avec une obstruction importante ? En effet, du point de vue théorique, rien n'empêche de concevoir un SCT avec une obstruction de 25%!. En fait les constructeurs seraient confrontés à deux problèmes. Le premier est relatif aux tolérances de fabrication ; il faut savoir qu'une une obstruction importante a quelque peu tendance à "cacher la misère" ; par "misère" on entend les compromis de la formule et de la réalisation qui, dans le cas d'une augmentation de la surface optique (obstruction faible), seraient moins acceptables... Le second: le domaine d'emploi des SCT serait moins universel.

En quelques mots, les constructeurs de MAKs sont des artisans avec des coûts plus élevés et visent, à juste titre, une plus haute qualité que les industriels. Quelques artisans-opticiens ont produit, à la main, des SCT de haute qualité mais ils n'ont eu aucun succès commercial.

Ceci étant, il est intéressant de constater mais cela s'explique techniquement par les processus de fabrication, que jusqu'à 120-150mm, les MAK-Cassegrain fabriqués en masse sont plutôt de meilleure qualité que les SCT de même diamètre. En revanche au-delà de 150mm un processus manuel doit être appliqué pour les MAK (***) et, s'ils sont meilleurs, ils deviennent alors beaucoup plus chers que les SCT industriels. Enfin, il faut reconnaître que la qualité des SCT des deux grandes marques s'est considérablement améliorée ces dix dernières années. Les tests les plus récents montrent des corrections en générale bonnes à excellentes (contre médiocres à bonnes il y a dix ans ou plus... attention en occasion !).

Que reste t'il de ces différences sur le terrain ? C'est à chacun de voir suivant son intérêt, ses moyens et son utilisation. Du point de vue optique, la différence la plus évidente entre un MAK et un SCT se situe certainement au niveau de l'obstruction exagérée du SCT qui réduit notablement son ouverture efficace en planétaire et de sa sensibilité aux défauts de collimation. Si l'on compte sur la bonne qualité des SCT récents, les MAK artisanaux n'ont plus énormément d'intérêt sauf avec une obstruction très réduite pour l'observation planétaire visuelle. En outre, on ne voit pas beaucoup de Maksutovs de 300mm portables !...  Ainsi, tous avantages et inconvénients confondus, la concurrence entre un MAK et un SCT se fait sur un segment très étroit de 150mm à 200mm d'ouverture maximum. En deça de 200mm, pour une utilisation en haute résolution, les MAK, surtout s'ils sont dotés d'une faible obstruction (20-25%), sont à privilégier, et au delà, ou pour une utilisation générale, les Newton et SCT sont plus abordables et moins lourds et, actuellement, de qualité suffisante.

Finalement la réputation un peu mythique du Maksutov s'est donc faite en contraste avec les tous premiers Schmidt Cassegrain industriels de qualité médiocre ce qui n'est plus le cas aujourd'hui. Mais la formule du Maksutov ne justifie pas en soi cette réputation, notamment par rapport à de bons Newton ou des réfracteurs ; elle ne justifie pas non plus que les MAK soient plus particulièrement destinés aux observations planétaires que de bons Newtons de même obstruction. Toute ce que l'on peut dire est que les MAK-Cassegrain sont généralement peu adaptés aux observations de ciel profond à grand champ.

(*) à savoir : certains MAK de bas de gamme oublient quelque peu cette contrainte ;  le résultat est que l'ouverture libre est diaphragmée par le primaire ce qui augmente d'autant l'obstruction relative.qui passe allégrement à 45% pour des primaires diaphragmé d'environ 10% !.Il ne faut donc pas s'étonner que ces télescopes paraissent « peu lumineux ».
(**) D. Maksutov et ses chambres photographiques a bien perdu la "bataille" contre les chambres de Schmidt pour cette raison.
(***) il n'est cependant pas exclu que les industriels des SCT pratiquent des retouches manuelles, notamment pour le secondaire, dans le but de rectifier les défauts de formes les plus importants.

Malgré sa forme sphérique, mais du fait de sa forte épaisseur et courbure, le ménisque sphérique est assez délicat à réaliser.

Le primaire sphérique, généralement à F/3, est formé par des machines à polir mais fait l'objet de retouches manuelles : l'obtention de sphères parfaitement douces avec des machines est en effet un leurre au-delà de 130 à 150mm. Malgré tout, la forme étant la plus simple possible, il est possible de viser une très haute qualité de surface.

L'asphérisation du primaire, si requise, s'obtient de deux façons : sur les télescopes de bas de gamme ou de moyenne gamme (ETX, Synta), l'asphérisation est obtenue de façon automatique par déformation sous vide du primaire pendant le surfaçage sphérique final non sans risque de laisser quelques traces d'astigmatisme ; sur les télescopes haut de gamme (Questar, LOMO, AP), elle est obtenue par retouches manuelles du ménisque ou du miroir ce qui augmente considérablement le prix et, éventuellement, les risques de surfaces imparfaites et/ou mamelonnées.

Toutefois, l'asphérisation ne s'avère indispensable que sur les télescopes de type Gregory soit des instruments de moins de 150mm en général, ce qui est bien compatible avec une asphérisation automatique ; sur les télescopes de type Rumak (plus gros), les opticiens préfèrent un compromis qui laisse des traces d'aberration de sphéricité du cinquième ordre plutôt que de tenter une délicate (et coûteuse) asphérisation manuelle risquant de ruiner les qualités de surface.

Les MAK sont réputés pour être délicats à se stabiliser en température ; ses détracteurs les considèrent même comme des télescopes d'été ! 

Cet inconvénient est largement fonction de la qualité thermique globale du tube et se retrouve presque sur tous les télescopes de type « Cassegrain » ouverts ou fermés pour lesquels, il faut le rappeler, toute turbulence interne intervient trois fois de suite sur le trajet optique ! Ce n'est pas pour rien que la « lunette » avec son faisceau convergent à l'intérieur du tube et son objectif surélevé au-dessus du sol est la plus facile à stabiliser thermiquement.

Les tubes fermés ont été pendant longtemps, surtout dans les années 50 à 70, le rêve des amateurs et puis, à l'avènement des catadioptriques du commerce, l'affaire n'est pas apparue réglée pour autant et la mode serait même aux tubes très ouverts. Pourquoi ?

La lame des Maksutov est souvent incriminée du fait de sa forte épaisseur et de sa forte courbure (*) mais des tests ont été faits par R. Christen avec des ménisques chauffés et qui montrent qu'il n'y aurait aucun effet sensible. D'ailleurs si c'était le cas, la stabilité thermique des APO munies de leurs épaisses lentilles serait miraculeuse. Toutefois, j'ai noté pour ma part une meilleure correction lorsque je met en place une résistance chauffante anti-buée sur le ménisque... Il est alors possible que le réchauffement du ménisque induise une variation de courbure qui facilite la compensation optique du miroir lui-même déformé par son gradient de température ? En somme, à défaut de refroidir le miroir, je réchauffe le ménisque !... En tout état de cause, il semble bien que le ménisque et le miroir soient en cause, du moins leurs relations "thermiques". Mais évidemment, tout ça ne doit pas arranger la stabilité des images...

Mais le ménisque à « bon dos" ; en fait, le plus souvent, la thermique n'est pas considérée au bon niveau par les constructeurs et pratiquement toutes les réalisations commerciales souffrent de défauts. Il s'agit, en premier lieu, des effets de parois (rayonnement) d'un tube trop étroit : environ 10 à 15mm autour du primaire ce qui est insuffisant pour assurer une bonne ventilation.

Le baffle central peint en noir a également la facheuse tendance à ne rejoindre la température du tube qu'après un bon délai et après avoir rayonné son "pesant "d'air chaud. Ce défaut est commun à tous les cassegrains surtout fermés ; les effets sont plus ou moins turbulents mais, même a minima, ils dégradent la figure de diffraction.

Ensuite et cela n'arrange rien, les Mak sont généralement lourdement construits et possèdent une forte inertie thermique globale ; ils sont également un peu moins compacts que les SCT.

Mais c'est surtout autour du primaire et de son barillet que se concentrent tous les problèmes de stabilisation thermique. Différents paramètres peuvent avoir leur influence : la nature du verre, la forme du dos du miroir, son état de surface, la forme et la nature du barillet, etc. Comme on le verra ci-après, le moindre gradient de température sur le miroir est susceptible de déformer celui-ci et de dégrader l'excellence de la correction. Ce point est moins sensible pour les SCT mais je pense que ces variations existent tout autant : simplement, elles sont "écrêtées" par la moindre qualité optique globale (tenant compte de l'importante obstruction) ; ces variations sont tout de même faibles en valeur absolue et donc impactent moins en valeur relative une optique de qualité standard.

Quelques réalisations excellentes (AP, APM) du point de vue thermique existent bien et sont confirmées par les utilisateurs ; notamment les tubes qui permettent une mise à l'air ambiant du dos du miroir grâce à une ouverture par l'arrière (**). En outre AP alumine l'arrière du miroir afin de lui conférer le même rayonnement thermique que la face optique.

La ventilation est aussi souvent mise en oeuvre. Le plus souvent, le ventilateur est utilisé pour accélérer l'égalisation des températures ; mais comme les échanges thermiques ne s'arrêtent quasiment jamais, la ventilation est encore plus efficace en système « actif » de stabilisation thermique (mise en oeuvre pendant les observations) qui permet de casser les turbulences internes en forçant un flux laminaire autour du miroir ou de son barillet et d'égaliser la température des deux faces. Cette dernière solution est utilisée avec succès sur des Newtons, des Cassegrains et sur le Maksutov TEC revu ci-après.

En conclusion concernant la thermique des Maksutov, l'inconvénient n'est pas vraiment propre à cette formule ; il résulte généralement d'une conception mécanique trop lourde et défectueuse car il n'y a aucune impossibilité à réaliser la stabilisation thermique d'un catadioptrique en dessous de 200mm au bout d'un temps plus ou moins long. Les Maksutov souvent très bien corrigés et modérément obstrués sont en outre plus sensible à une dégradation de leurs performances que desinstruments standards.

(*) Le ménisque très courbe mais faiblement divergent,  n'a d'ailleurs pas beaucoup de « puissance » optique dans la formule.
(**) comme quoi, les tubes fermés ne seraient bons que s'ils sont ouverts !

Contrairement aux Newton, Cassegrain ou Dall, mathématiquement parfaits sur l'axe, la formule du Maksutov (mais aussi celle du SCT et de tous les réfracteurs) est un compromis.

Comme indiqué ci-dessus, du point de vue théorique, un MAK-CAS Rumak entièrement sphérique garde un résidu d'aberration de sphéricité du cinquième ordre. Cet inconvénient est pratiquement sans aucune incidence sur le Strehl ratio (qui se réduit de 1 à 0.98) mais il donne un Star-test dissymétrique d'autant plus évident que l'obstruction est faible. Une asphérisation peut régler le problème mais « le mieux étant l'ennemi du bien », l'asphérisation peut aussi aboutir à une dégradation de la qualité de surface bien plus préjudiciable qu'un défaut de sphéricité d'ordre élevé. Aussi il est raisonnable de garder l'avantage d'une optique sphérique et de traiter au mieux la qualité de surface. Mais le Start test décrit par Suiter est désormais tellement ancré dans les esprits que cette caractéristique est souvent mal comprise des amateurs (*).

Voir à ce sujet : Star Testing Complex Optical Systems et le test ci-après.

Comme l'indique R. Christen dans son "essay" (Star Testing Complex Optical Systems), il faut donc être prudent dans l'interprétation de l'assymétrie du startest sur un Maksutov ; on voit malheureusement trop souvent des interprétations inconsidérées sur l'asymétrie des images extrafocales des Maksutovs, images extra-focales qui ne sont comparables aux images de Suiter que sur le Newton, le Cassegrain classique ou le Dall mathématiquement parfaits sur l'axe. Pour les systèmes complexes, on peut toutefois s'en remettre au comportement de l'optique de part et d'autre du foyer (à très faible "de-focus") : le "défocus" doit en effet se produire de façon identique de part et d'autre du foyer, c'est à dire produire des images d'apparence identiques à des distances sensiblement identiques alors qu'une optique médiocre exhibe une zone +/- étendue de focalisation incertaine ; ce dernier test (dit "snap-test") est en pratique extrêmement sévère ; il ne permet pas de quoter les aberrations mais d'apprécier rapidement et sûrement la qualité d'une optique ; àA moins de F/10, en cas de doute, d'autres tests peuvent être utilisés, notamment le Ronchi.

(*) il y a bien un paragraphe dans le livre de Suiter à ce sujet mais elle passe presque inaperçue.

L'obstruction du MAK-CASS est en moyenne plus faible que celle des SCT mais cela ne résulte aucunement de la formule : c'est un choix de conception ;  ainsi, si les SCT Meade et Celestron sont obstrués à 35% environ, le constat est que les MAK-CASS disponibles sur le marché sont obstrués entre 20 et 30% tirant ainsi parti, au mieux, de leur bonne qualité de réalisation vis à vis de la haute résolution. Mais la réduction de l'obstruction entraîne inévitablement une réduction du diamètre du champ dit de « pleine lumière » à quelques millimètres pour les instruments faiblement obstrués (en dessous de 25%). Ces instruments sont alors moins bien adaptés à l'observation ou à la photographie de champs larges ; toutefois, le vignetage est assez « lent » et laisse la possibilité d'observer des champs de un demi-degré sans perte notable de lumière.

TEC et les Maksutov

Les opticiens russes ont une longue tradition et une excellente réputation en ce qui concerne la réalisation des télescopes de Maksutov.

La firme TEC crée en 1992 aux USAs par des opticiens émigrés de l'ex URSS ne proposait à l'origine que des Makutov et Yuri Petrunin en est un spécialiste ; les optiques étaient d'abord importées d'Ukraine puis TEC les a réalisées sur place. TEC en a alors proposé de tous les types : des très courts pour la photographie, des Maksutov Newton et Cassegrain de 150 à 300mm de diamètre, des kits.

Malheureusement, si l'on peut dire, fort de son succès sur le marché des lunettes apochromatiques, TEC a délaissé la production des Maksutov dont la demande est actuellement beaucoup plus faible. Compte tenu de la qualité optique et mécanique de ces tubes, c'est dommage (*).

(*) Toutefois pour ceux que cela intéresse, TEC n'exclut pas de reprendre la fabrication de chambres photographiques de Maksutov.

Le TEC MC200 15.5M

Le tube a pour dénomination MC200 F15M avec M pour « modified » ; à la suite d'une longue lignée de Makutov-Cassegrain de 200m évoluant entre F11 et F20, TEC a stabilisé le 200mm avec une ouverture de 15.5 et une obstruction de 26.5%.


Maksutov TEC MC200 F15.5M (obstruction limitée à 26.5%)

Vue en éclaté du modèle de 250mm (MC250, doc TEC)

Vues du mécanisme du modèle de 200mm (MC200)

Les caractéristiques principales sont les suivantes :

Le premier test est mécanique et optique.

La préhension du tube est excellente grâce à des cerces disposées sur le barillet ; toutefois ces cerces gênent le positionnement de la tête de l'observateur avec des oculaires très courts. Le tube de 9.5kg se porte aisément jusqu'à la monture ; il est muni d'un pare-buée amovible avec bords recourbés « façon Mewlon » pour casser les remous turbulents de convection. Le micro-mètre de mise au point est très fluide et porte la mention « made in France » !

Arrière MC200

Le premier Star-test effectué à 1200X montre que la collimation, après quelques milliers de km parcourus, est parfaitement conservée ; elle l'est également après un an et demi de manipulations... Elle est réglable mais TEC la garantit à vie et recommande de ne pas y toucher (bon... heureusement qu'elle est réglable !). La mise au point se fait facilement et l'absence totale de shifting lors de la mise au point à 1200X est stupéfiante !

Malgré la grande longueur focale, le point focal est bien net et trouvé sans aucune hésitation : en faisant dix fois de suite la map, je retombe à chaque fois sur la même position à 1/100mm près ! De part et d'autre du point focal, les anneaux s'ouvrent très symétriquement et de façon parfaitement circulaire. Sur une étoile brillante (Mag 1 ou moins), au foyer, le premier anneau est bien visible mais très fin ; l'anneau 2 est pratiquement éteint ; les anneaux 3 et 4 sont perceptibles, d'intensités relativement semblables, mais très atténués, ce qui est conforme pour une optique obstrué à 26.5% sans aberration de sphéricité notable. Sur une étoile de magnitude 3 à 4 ou plus, seul le premier anneau est visible. Le disque d'Airy, les anneaux de diffraction, les images extra/intra focales sont bien nets, parfaitement rondes, sans aucun « empâtement » ou surbrillance localisée et la diffusion est imperceptible : les surfaces sont manifestement douces. En s'éloignant du foyer, le start test montre la dissymétrie attendue (voir explications ci-dessus) tout en étant dans les limites de la simulation ZEMAX fournie par TEC :


Simulation Zemax PV 1/12 fournie par TEC

Un Foucault sur une étoile ou les test avec réseau de Ronchi serré (250 lignes/inches) très près du foyer (une ou deux lignes visibles) ne permet pas de mettre en évidence de défaut sensible, même pas la déformation autour du trou central visible sur le Foucault synthétique du Roddier (*) - voir ci-dessous.

Une revue sur un forum allemand (connu pour ces tests exhaustifs), donne une première indication de la qualité optique du Maksutov TEC MC200 : on notera l'assymétrie sensible des images extrafocales (loin du foyer) alors que la correction (interférométrique) atteint 1/31 RMS ce qui est excellent même si en deça des chiffres fournis par TEC. Le foucaultgramme réalisé en double collimation laisse l'impression d'une surface légèrement perturbée mais assez douce ; à noter, pour relativiser l'image, que du fait du passage en autocollimation, quatre surfaces optiques sont cumulées (soit deux fois la sensibilité d'un Foucault classique).

Un Roddier, en conditions réelles, retrouve des résultats comparables : sur une quarantaine de tests valides, la correction plafonne à 1/32RMS 1/6.5PV (Strehl = 0.96) avec une moyenne à 1/28RMS 1/5PV (Strehl=0.95 +/-0.2). Cette très bonne valeur est légèrement en dessous des spécifications de TEC mais semble cependant cohérente avec la formule "tout sphérique" de ce MAK : en effet, avec une surface, par exemple, à 1/10LSA + 1/12HSA (soit une excellente qualité de réalisation), le Strehl d'une optique non obstruée est bornée à ~0.95 ; dans le cas d'une optique obstruée, le trou central masque une partie des aberrations de sphéricité et le Strehl calculé sur la surface utile s'améliore un peu mais si l'on ajoute une pincée d'astigmatisme ou tréfoil (toujours +/ présents ~1/10PV), il semble difficile d'aller au delà de 0.95/0.96.

Toutefois, les tests effectués sur plusieurs, nuits, saisons et années ont montré une sensibilité importante à la température qui induit les effets suivants :

- le rayonnement du baffle intérieur ou du support du secondaire communs à tous les cassegrains et/ou catadioptriques : ce rayonnement occasionne des remous néfastes aux images. Au Roddier, ce rayonnement agit de façon dissymétrique sur les images intra/extra, et il en résulte la simulation d'une déformation autour de l'obstruction (comme représentée ci-dessous sur le Foucaultgramme synthétique). Ce défaut n'existe pas en réalité.
- la variation de courbure du miroir relativement au ménisque : ce phénomène induit une aberration de sphéricité variable suivant les gradients de température.

J'ai ainsi confirmé ce qui est un fait connu, à savoir que la correction d'un MAK est très sensible à l'équilibre thermique relatif du primaire et du ménisque et ce, pas toujours en rapport direct avec la stabilité apparente des images ! Les meilleurs résultats sont obtenus en été ou alors avec ventilateur activé ; en hiver, dès que l'on coupe le ventilo et que la température extérieure chute, un peu plus froide, les résultats peuvent se dégrader dans la demi-heure qui suit... Ces variations sont bien entendu sensibles sur l'aberration de sphéricité (total LSA+HSA) et par ailleurs, les autres aberrations ne bougent pas trop. La remise en route du ventilateur puis une attente d'une autre demi heure, PO ouvert, suffit à remonter la correction globale. Cette séquence est assez reproductible, avec une forme générale du front d'onde (hors LSA+HSA) assez constante d'un test à l'autre, ce qui met hors de cause le protocole de prise de vues. Tout ceci n'est jamais qu'une confirmation du startest visuel qui montrait aussi ces variations sur le diamètre relatif du secondaire en intra/extra. Mes tests montrent que les deux éléments optiques principaux sont concernés : le miroir réagit bien suivant l'état du ventilateur et le ménisque réagit également (dans le bon sens) à la pose d'une résistance chauffante !... Les Maksutov justifient ainsi leur réputation d'instruments capricieux ou de "télescopes d'été".

Finalement, en pratique, un petit startest visuel donne très vite une idée des performances du moment et permet de savoir où l'on en est par rapport à la préparation therrmique du télescope... La correction globale dans des conditions réelles d'utilisation (et dans le nord de la France), se situe alors entre 1/25 RMS et 1/30RMS ce qui garantit des images d'excellent qualité même avec un équilibrage thermique imparfait.

Telescope non équilibré  (LSA+HSA = 1/8 PV)

Telescope parfaitement équilibré , notez la teinte "plate" du Foucault et la disparition de l'affaissement central (LSA+HSA = 1/16PV)

A noter une difficulté rencontrée pour ces tests de Roddier avec ce télescope : du fait de la focale élevée, pour un defocus de 15-20W, il me faudrait des images de 220pixels au moins. Cela donne sur le capteur une image de 1.4mm de diamètre ; or avec un champ de pleine lumière millimétrique, les incertitudes de centrage et les variations du champ suivant le backfocus, il peut arriver que l'une des images intra ou extra soit tronquée par le bafle (et évidemment de façon non symétrique), les plages ne sont alors pas tout à fait rondes et les résultats sont plus ou moins erronés (défavorablement). Un grand nombre de tests ont du être rejetés pour cette raison et je me suis finalement limité à 150-180px maxi.

Au passage, je remercie les concepteurs de WinRoddier qui m'a permis de mettre en évidence les meilleures conditions de préparation du télescope, d'affiner son réglage (détection d'une petite anomalie de serrage du secondaire sur le ménisque) et de chiffrer, en temps réel, les conséquences optiques des effets thermiques.

(*) A F/15.5 la sensibilité d'un Ronchi de 250 lignes/inches est, en principe, relativement élevée ; pour une aberration de sphéricité classique de L/4, la distorsion théorique est de 25% pour 2.5 lignes présentes. Une aberration de L/8 est théoriquement détectable mais il faut une atmosphère très calme et de la patience. Le test de Ronchi reste tout de même assez subjectif et peu qualitatif...

Comme expliqué ci-dessus, les effets de la température se manifestent de deux façons :

- la plus visible : des remous et turbulences
- la moins apparente : un gradient de température sur le miroir primaire qui dégrade la correction (voir ci-dessus sa manifestation grâce au test de Roddier).

Ces deux effets ne sont pas nécessairement concomittants.

En effet s'il fait très froid (autour de 0°C), même si la stabilité des images est bonne on se rend compte que les figures intra/extrafocales habituelles ne sont pas obtenues : le secondaire et le baffle interne central rayonnent longtemps ou bien les optiques ne sont pas stabilisées ce qui dégrade un peu la figure de diffraction théorique (voir également ci-dessus). En outre, même la main, le corps de l'observateur à proximité du barillet et a fortiori l'introduction d'un oculaire rangé dans une poche et encore chaud, ont un effet thermique sensible sur les images et il faut attendre quelques minutes avant de remettre l'oeil à l'oculaire.

J'ai également fait deux constatations curieuses :

- les images sont moins stables avec le pare-buée souple qu'avec le pare-buée en aluminium (à bords recourbés) fournis par TEC. Le pare-buée souple (marque Astrozap) est noir et relativement isolant ce qui peut expliquer ce résultat certainement valable sur tout autre type de télescope ; ceci étant et du fait justement qu'il est isolant et noir, le pare-buée souple est plus efficace vis à vis de la buée... Rien n'est parfait !
- d'un autre côté, la correction semble meilleure lorsque je met en place une résistance chauffante autour du ménisque. Une tentative d'explication a été formulée ci-dessus.

Le tube est totalement clos et son diamètre est assez étroit, ce qui n'est, a priori, pas favorable... Toutefois il a, à son avantage (par rapport à d'autres Maksutov), sa légèreté et, selon TEC, un barillet conçu pour s'adapter assez vite à la température ambiante. En pratique la mise en température est obtenue après un délai moyen de 1h30 pour 10°C d'écart. Le ventilateur interne 12v permet les transferts de chaleurs entre le barillet et le miroir par brassage de l'air sans prise d'air extérieur : s'il n'a que peu d'effet sur la durée de mise en température, il permet de maintenir une température homogène dans le tube, de casser les remous turbulents localisés en les remplaçant par des flux laminaires et aussi d'égaliser la température entre les deux faces du miroirs afin d'optimiser la correction.

Le ventilateur peut assez souvent rester en fonctionnement pendant l'observation (ventilation active) mais il peut alors subsister une lègère ondulation résiduelle ; aussi, si le tube est bien équilibré, il apparaît préférable de le couper ; toutefois, cela peut avoir pour effet de faire remonter en quelques quart-d'heures le gradient de température sur le miroir et dégrader ainsi la correction... C'est un peu un cercle vicieux : moins de turbulence => moindre correction !.

Par basse température et/ou en début de nuit, il semble souvent plus intéressant de laisser le ventilateur en fonctionnement ; par températures moyennes ou élevées, il est préférable de le couper. Accessoirement, mais ce n'est pas négligeable, le fait que le ventilateur ne brasse pas d'air extérieur limite les entrées de poussières.

De toute évidence, les variations de températures nocturnes se répercutent plus facilement sur les images qu'avec le réfracteur de 140mm avec des conséquences sur la stabilité mais aussi sur le correction optique et de façon pas toujours concomitante ; la stabilité thermique est donc plus "fugitive" dans le MAK qui s'avère extrêmement sensible aux variations de températures.

En ce qui concerne la stabilité des images, sans égaler un réfracteur, ce Maksutov est assez satisfaisant du fait d'une bonne conception de son barillet et de la légèreté du tube permettant des adaptations rapides aux changements de températures ; lorsque les conditions sont difficiles, sa ventilation interne active est compatible avec l'observation et permet alors la stabilité des images mais également une amélioration de la correction optique. Le Newton a d'autres avantages et défauts mais, à l'usage, me semble moins bon du point de vue thermique.

L'ensemble du tube optique muni de son chercheur et d'accessoires tel qu'un RC de 50mm ou une tête binoculaire pèse entre 12 kg et 14kg. Dans sa configuration minimale, le tube reste à peu près à l'aise sur la GP-DX sans instabilité notoire d'autant que l'équilibrage est facile à obtenir et ne bouge pas suivant l'orientation de la visée. A 14kg, la stabilité n'est pas dégradée mais la GP-DX est au delà de ses limites et le tube se trouve plus confortable sur une Sphinx SXD (+ pied ATS 6") ou une Losmandy G11.


Différentes observations sur une période de plus d'un an ont permis de confirmer les qualités mais aussi les quelques défauts du tube !

Quelques défauts : objectivement la mise en température est plus longue qu'avec un réfracteur mais ce n'est pas un gros défaut si l'on planifie ses observations. Par ailleurs, les cerces de préhension du tube rendent parfois l'utilisation d'oculaires très courts agaçante car la tête vient les heurter. L'anneau de serrage oculaire ne coïncide pas avec l'alésage des RC Televue ce qui est gênant lors de l'utilisation d'une tête binoculaire lourde : le tube de sortie a donc du être remplacé (par un tube rotatif Starizona).

Mais le tube a surtout des qualités : une bonne compacité, un poids raisonnable et des qualités mécaniques et optiques excellentes. Par exemple, la collimation, fréquemment contrôlée à très fort grossissement est effectivement « indéréglée ». La mise au point est très précise quoiqu'un très très léger jeu soit perceptible mais sans aucun shifting. Enfin, si une conception thermique passive est toujours préférable, à défaut, le ventilateur interne permet de stabiliser très efficacement les images.

Sur les planètes, les résultats sont au rendez-vous avec des nuances de contrastes tout à fait au niveau d'un excellent miroir de 200mm. Je pense n'être jamais vraiment en mesure de différentier de façon objective le Mak de mon Newton à miroir JML du fait de conditions d'utilisations jamais identiques mais, subjectivement, il se pourrait qu'il y ait un tout petit moins de contrastes avec le Mak qu'avec le Newton ; cette différence est certainement le fait de la très faible obstruction du Newton (18% contre 26.5% pour le Mak) qui le fait se comporter pratiquement comme une lunette (voir effets de l'obstruction) et peut être aussi le fait du superpoli des surfaces du miroir taillé par JML... En revanche, ce qui est certain, c'est que les images sont nettement moins agitées avec le Mak qu'avec le Newton ; en outre le MAK est facilement équipé d'une tête binoculaire et alors... les contrastes grimpent !

A titre indicatif, les meilleurs résultats en planétaire sont obtenus (pour ce tube à F15.5) avec un Plossl TV 11mm (322X pupille 0.7mm) ou un RKE 12mm (258X pupille 0.7mm), et, éventuellement un LVW 13mm. Je peux également l'équiper en binoculaire DENK II mais si le backfocus disponible est suffisant pour opérer sans lentille correctrice avec deux D14, la position du miroir n'est alors pas optimale pour le design et il en résulte un petit vignetage qui est dommageable à la résolution ; l'utilisation d'une lentille correctrice est donc recommandée pour bénéficier de toute la résolution.

En planétaire, par rapport à la lunette TEC APO de 140mm d'ouverture les différences sont toujours favorables au MAK et relativement évidentes (sans être considérables) même pour un observateur non confirmé. Ce n'est pas tant au niveau des détails visibles ou de la résolution que la différence est évidente avec la lunette (*) qu'au niveau de la facilité de discernement des contours et contrastes avantagée par une image plus lumineuse et plus grosse ; c'est un fait connu malgré quelques mythes toujours tenaces de lunettes APO qui défieraient les lois de l'optique ! Lorsque l'atmosphère est très calme (ce qui est plutôt rare), le grossissement peut être poussé à + de 300X avec le Mak et cela aide bien... Par exemple sur Mars en fin d'opposition (sous un angle de 10"d'arc) en février 2008 (sous une température de 0°c extérieure), Oxia Palus, Aurorae Sinus... sont encore identifiables avec le MAK mais plus dans la lunette ; quelques nuances de contrastes sont encore perceptibles avec le MAK alors que la lunette ne permet plus que la distinction des principales formations. Sur Saturne, j'ai pu observer plus facilement des détails dans les anneaux faiblement inclinés avec le MAK qu'avec l'APO comme par exemple l'anneau de crêpe devant le globe mais a contrario, les faibles satellites sont souvent plus esthétiques dans l'APO (et c'est souvent le cas sur les étoiles faibles). Sur la lune, la rainure de la vallée des Alpes est évidente par turbulence nulle alors même que le terminateur n'est pas strictement favorable. D'une façon générale, pour l'observation planétaire, je préfère donc le MAK à l'APO même si les images du MAK peuvent être qualifiées de "plus difficiles" que celles de la lunette du fait d'une stabilité plus fugace. Comment se situe un tel Maksutov de 200mm obstrué à 26.5% par rapport à une APO en planétaire ? : sans doute équivalent à une pleine ouverture de 165 à 170mm (voir tableau).

Les différences entre ces deux instruments sont également évidentes, en faveur du MAK, en résolution d'étoiles doubles très serrées : 0.5" d'arc sont possibles en permettant de constater un étranglement évident ; pour antant l'élusive composante F de Teta Orion s'est avérée d'égale difficulté voire plus facile (ou plus esthétique) avec la lunette qu'avec le MAK.

En ciel profond le supplément de diamètre est assez sensible sur les objets extra-galactiques ou galactiques de petites dimensions mais, esthétiquement parlant, la lunette est gagnante sur les grands champs. Malgré le très faible champ de pleine lumière disponible (1 à 2' d'arc), le vignetage n'est pas perceptible avec un Pentax XW 30 (100X champ 42').

(*) d'autant que je ne bénéficie pas d'un site exceptionnel et que la résolution doit plafonner à un r0 (Fried) de 150mm au grand maximum.

Conclusions

Le MAK TEC de 200mm F15.5M obstrué à 27% est un instrument aux excellentes qualités optiques et mécaniques ; sa conception démontre l'intérêt d'un  système de ventilation permanent et de la réduction des masses sur la stabilité des images, solutions qui peuvent être mise en oeuvre sur un grand nombre d'instruments amateurs. L'équilibre thermique est toutefois précaire et nécessite une attention particulière de son utilisateur pour en tirer le meilleur parti. Une mise en température rigoureuse est absolument nécessaire. Evidemment, les défauts thermiques sont communs à tous les catadioptriques mais on peut regretter que TEC n'ait pas cherché à optimiser la stabilité thermique, par exemple, à l'instar d'AP, en aluminant la face arrière du miroir.

Quoiqu'il en soit, le MC200 TEC donne des images planétaires souvent supérieures à celle d'une APO de 140mm y compris par basses températures mais évidemment il souffre d'un faible champ effectif ; les images sont également plus stables que dans un Newton non ventilé mais la différence de contraste entre 18% et 27% d'obstruction semble perceptible.

La comparaison serait à faire avec un SCT récent, un peu plus grand (un C11 par exemple). En ciel profond, il n'y a pas de doute sur le résultat ; en planétaire, cela serait intéressant à discuter puisque c'est le domaine de prédilection du Maksutov.

Alternatives au Maksutov TEC MC200

Malheureusement le MC200 ni aucun autre Maksutov n'est produit par TEC de façon régulière (TEC propose de temps à autre des TEC 6 et TEC 7). D'ailleurs, d'une façon générale, la production de Maksutov de diamètre supérieur à 150mm ou 180mm est en déclin du fait de la disponibilité de nombreuses alternatives et de la faible demande rebutée par un prix de revient de plus en plus élevé (surtout à 200mm et plus).

Par ailleurs, selon TEC, en raison des exigences environnementales, depuis l'avènement des verres sans plomb (tybe N-BK7 en remplacement du BK7 traditionnel) il deviendrait difficile de trouver (dans les pays occidentaux*...) des blocs de verre pour ménisques de grande taille, de qualité "optique" homogène et suffisante... ce qui ne rend pas la production de ces instruments impossibles mais en renchérit le coût pour l'utilisateur final.

(*) évidemment, dans les pays ou les règles environnementales sont plus laxistes... ou non respectées, c'est un détail...

De mon point de vue, à l'époque des lunettes APO à grand champ et des correcteurs au foyer en tout genre pour télescopes de tous types et avec l'amélioration de la qualité des SCT industriels, le Maksutov n'est vraiment "rentable" que pour des instruments orientés planétaires, dotés d'une obstruction modérée ou faible (25% environ) permettant ainsi de tirer parti, au mieux, de la haute qualité mécanique et optique avec laquelle ils sont généralement réalisés. Le diamètre efficace est alors au plus proche de celui d'une lunette mais à seulement 30% ou 50% de leur prix (et de leurs dimensions) ; la disponibilité d'instruments de ce type devient malheureusement de plus en plus faible. TEC ayant arrêté de produire des Maksutov, j'ai recensé :

- AP qui a eu par le passé une production confidentielle de Maksutov 8" et 10" de très haute qualité : ménisque et secondaire asphériques, traitement très haute réflectivité des miroirs... Roland Christen n'exclut pas de reprendre une production de "quelque chose" de moins complexe à réaliser...
- Intes-Micro qui est actuellement la référence principale pour les Maksutovs ; la gamme est très étoffée (Cassegrains, Newton), de très bonne qualité et assez disponible. Le M815, en un peu plus lourd, est le plus proche en caractéristiques du TEC MC200. La mécanique russe reste cependant assez grossière, mais des artisans italiens proposent des tubes de haute qualité optique à partir des mêmes optiques,
- APM qui indique pouvoir construire des Maksutovs de grand diamètre vraisemblablement avec des optiques Russes (Intes-Micro) ou d'Ukraine (Aries).
- L'Orion 180mm fabriqué en chine reçoit en général de bons commentaires quant à sa qualité optique. A signaler tout de même que le baffle conique collé sur le ménisque augmente notablement l'obstruction (29% pour 23% annoncée...) qui tend alors vers la limite pour un instrument planétaire.

Au delà de 30% d'obstruction, le rapport qualité/prix du Maksutov se discute davantage par rapport au Schmidt Cassegrain nettement moins cher. Cependant, le nombre de modèles disponibles reste encore important :

- LOMO produit des Maksutov-Gregory et Maksutov-Newton de haute qualité mais très obstrués (même les Newton) ; ils sont de plus assez difficiles à obtenir,
- Questar produit toujours, à des prix "astronomiques", deux télescopes Maksutov-Gregory de 3.5" et 7" de très haute qualité optique et mécanique mais très fortement obstrués, ce sont plutôt des "collectors" pour fans fortunés car franchement, je n'en comprends pas l'intérêt...
- les récentes productions chinoises estampillées Eclipse, Skywatcher, Orion (Synta), Meade (ETX)... sont dignes d'intérêt et semblent réserver de bonnes surprises. En petit diamètre (autour de 100mm), ces instruments ne semblent présenter aucun risque (du moins pour ce qui concerne l'optique). Le secondaire est souvent un "spot" (type Gregory) mais alors attention aux obstructions "annoncées" qui, le plus souvent, ne prennent pas en compte les débords du baffle conique qui protège le spot des lumières parasites...

Laurent () - Astronome amateur sans aucun lien avec les sociétés citées.