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L'accident du Kursk

Le dangereux combat de la désinformation (I)

Dans l'ensemble des catastrophes mondiales liées à l'activité humaine, le nucléaire demeure le plus dangereux, d'autant plus quand on sait par indiscrétion que les Etats-Unis et la Russie se servent toujours de cette arme de disuasion pour intimider leurs adversaires comme au bon vieux temps de la Guerre froide, la France et l'Angleterre étant tout autant de mêche. Comment ça ?

A l'heure du nucléaire et des plongées en eaux profondes, tout se passe sous les eaux et loin du regard du public, raison pour laquelle monsieur Tout-le-monde en est généralement très peu informé. Mais le risque nucléaire est bien latent comme un renard aux aguêts attend sa proie.

Prenons un exemple, parmi beaucoup d'autres malheureusement. Le 12 août 2000, soit pratiquement 15 ans après Tchernobyl et 40 ans après l'accident nucléaire du K-12, le sous-marin Kursk K-141, le fleuron de la flotte nucléaire russe et le plus puissant sous-marin du monde, coula par 108 mètres de fond dans les eaux glacées de la mer de Barents en bordure de l'océan Arctique suite à l'explosion de sa proue, tuant ses 118 hommes d'équipage. En fait, tous les séismographes de la région jusqu'à 450 km de distance ont enregistré deux explosions à l'endroit présumé du Kursk.

C'est à ce jour la plus grande catastrophe navale militaire en temps de paix. Rappelons les principaux évènements car ils sont révélateurs du manque de transparence de beaucoup d'Etats, totalitaires mais également démocratiques.

Le Kursk, alias K-141, le fer de lance de la flotte russe dans les années 1990 dans les eaux de Murmansk. C'était un sous-marin à propulsion nucléaire et électrique de classe OTAN Oscar II (voir plus bas) capable d'atteindre 52 km/h. Il mesurait 155m de longueur, 18.2m d'envergure pour 18000 tonnes de tirant d'eau. Il était armé de 24 torpilles à capacité nucléaire. Au moment de l'accident du 12 août 2000 il y avait 118 hommes à bord. 4 sont morts sous l'explosion, les autres sont morts asphyxiés ou noyés dans les quelques jours qui suivirent le drame. Si le Président Poutine avait réagit beaucoup plus rapidement, on pense que des vies auraient pu être sauvées.

Les circonstances de l'accident

Le Kursk était en manoeuvre dans le cadre de l'exercice "Summer-X" dans les eaux Arctique au moment de l'accident. Il s'agit du premier exercice naval à grande échelle rassemblant 30 navires de surface et trois sous-marins planifié par la Marine russe depuis plus de dix ans, et le premier depuis la chute de l'Union soviétique.

Le samedi 12 août 2000 à 8h51 locale (4h51 UTC), le Kursk demanda au contrôle du Pierre le Grand (Piotr Veliki), un cuirasser de classe Kirov et vaisseau amiral de la Flotte du Nord sous le commandement de l'amiral Vyacheslav Alekseyevich Popov, la permission de se placer en observation périscopique à 18 m de profondeur et de procéder au tir de la torpille d'entraînement. Il reçut l'autorisation. Puis le Kursk interrompit toute communication.

C'est alors que certains sous-mariniers du Kursk reçurent ordre de mettre leur combinaison de survie. Après un retard inexpliqué, le Kursk s'apprête à tirer deux torpilles d'entraînement sur le Pierre le Grand. À 11h29 heure locale, une torpille d'entraînement Type 65-76 "Kit" dépourvue d'ogive fut chargée dans le tube lance-torpilles no.4 du Kursk situé à tribord.

A 11h29m34s locale (7h29m50s UTC), les détecteurs sismiques du Réseau de Surveillance Sismique Norvégien (NORSAR) et d'autres stations enregistrèrent une explosion d'une magnitude de 1.5 sur l'échelle de Richter à 69° 38' N, 37° 19' E, au nord-est de Mourmansk, à environ 250 km de la Norvège et 80 km de la péninsule de Kola. L'explosion développa une puissance équivalente à 100 kg de TNT.

Les enquêtes ultérieures montrèrent que l'explosion se produisit à l'avant du sous-marin dans le compartiment des torpilles. Elle endommagea la salle de commandement, tuant ou blessant gravement tous les officiers présents, dont le commandant Gennady Lyachin. S'en suivi un incendie dont la température fut estimée à 2700°C. Une voie d'eau fut détectée qui déclencha l'alerte maximale.

L'incendie déclencha une seconde explosion beaucoup plus violente à 11h31m48s locale qui toucha entre cinq et sept ogives de torpilles. Elle atteignit une magnitude de 4.2 sur l'échelle Richter et fut équivalente à 2-3 tonnes de TNT. Elle se produisit après que le sous-marin ait touché le plancher marin.

L'équipage du sous-marin russe Karelia détecta l'explosion, mais le capitaine supposa qu'elle faisait partie de l'exercice. L'équipage du Pierre le Grand détecta également le signal hydroacoustique d'une explosion sous-marine et sentit sa coque vibrer. Ils signalèrent l'évènement à l'Amirauté, c'est-dire le haut commandement militaire de la Flotte du Nord, mais le rapport fut ignoré.

Selon le planning, le Kursk devait terminer ses tirs d'entraînement de torpille à 13h30 mais le Pierre le Grand ne reçut aucun contact du sous-marin. Habitué aux pannes fréquentes des équipements de communication, l'amiral Popov à bord du Pierre le Grand, ne s'est tout d'abord pas alarmé. Mais ne recevant plus de communications du Kursk, il envoya un hélicoptère à la recherche de Kursk mais ne parvint pas à localiser le sous-marin en surface. L'officier de service de la Flotte du Nord informa le chef des forces de recherche et de sauvetage de la flotte, le capitaine Alexander Teslenko de se tenir prêt pour une intervention sur zone.

Après enquête, des satellites occidentaux révélèrent que des navires russes se rapprochèrent du Kursk tandis que des avions de chasse russes armés de bombes nucléaires décollèrent de leurs bases pour survoler la zone de manœuvre. En vertu des accords SALT, l'OTAN aurait dû être prévenu. L'Amirauté refusa de donner la moindre explication.

Faits et rumeurs

Selon certaines versions, pour une raison inconnue, le Kursk aurait interrompu ses transmissions radios deux jours après l'accident. Mais selon une autre version, elles n'auraient jamais été interrompues et certainement pas à partir du jour de l'accident, ce qui fut confirmé par la suite puisque les autorités ont gardé le contact avec l'équipage durant deux jours.

Rapidement la télévision russe publia un premier communiqué affirmant que le Kursk s'était posé au fond de la mer, que les dégâts étaient mineurs et que le sous-marin ne portait pas d'ogives nucléaires. Mais les experts de la marine russe comme d'ailleurs n'ont jamais accepté cette version des faits.

Un sous-marin de cette classe n'allait pas se poser dans de telles circonstances et portait nécessairement des ogives nucléaires au cours de ses missions, même si les têtes n'étaient pas armées. Un sous-marin stratégique doit pouvoir intervenir n'importe quand; c'est une arme de dissuasion et on l'utilise comme telle.

C'était d'autant moins vraisemblable qu'en cas d'avarie, le Cdt Lyachin aurait ordonné de remplir les ballasts d'air pour remonter d'urgence en surface et aurait lancé la balise de détresse installée sur le pont avant. De plus, à 115 m de profondeur, avec ses 155 m de longueur, il suffisait au Kursk de se mettre en position arrière verticale pour que l'écoutille de sauvetage arrière émerge à plusieurs mètres au-dessus de la mer pour sauver les 118 marins.

Or le commandant de bord n'a pas jugé bon de déclencher ces procédures d'urgence. Pourquoi ? Apprenant par la suite qu'une partie de l'équipe avait survécu durant quelques jours, on peut en déduire que la situation, l'exercice comme le temps disponible, ne l'exigeaient pas. Autrement dit, dans l'immédiat l'impératif était ailleurs. Si des marins ont bien survécu aux explosions, la seule raison logique pouvant expliquer la réaction du Cdt Lyachin était que le Kursk venait de subir une attaque. En effet, il n'y a que dans ce cas que le commandant de bord ne lance pas de signal de détresse, il ne pense pas à sauver son équipage, mais plutôt à riposter ou à se cacher, éventuellement à fuir l'ennemi.

Les classes OTAN de sous-marins.

Connaissant ces stratégies élémentaires, certaines autorités de la marine russe évoquèrent immédiatement une collision avec un sous-marin américain suivit par le lancement d'une torpille par un autre sous-marin venu en support, torpille qui explosa à l'intérieur du nez névralgique du Kursk. Les sous-marins américains se seraient ensuite enfuis incognito. Mais l'un des deux, endommagé, aurait été repéré.

En effet, en survolant la zone et les environs de la catastrophe, les Russes découvrirent des traces d'huile à la surface de l'eau et récupérèrent en mer une bouée blanche et verte qui aurait été perdue par le sous-marin américain SSN 691 Memphis, de la classe Los Angeles.

Des journalistes occidentaux publièrent ensuite des photographies montrant que le sous-marin américain Memphis, légèrement endommagé, était à quai dans le port norvégien de Bergen, sept jours plus tard. Un petit calcul montre que s'il avait été sur le lieu de la collision et avait été en bon état, il aurait parcouru la distance en deux jours. Un abri en toile avait été placé sur la zone du pont abritant sa balise de détresse et sa bouée. Il mit ensuite le cap vers les Etats-Unis et on n'entendit plus jamais parlé de lui.

Quant au second sous-marin, il aurait filé à l'anglaise vers un dock abrité aux Etat-Unis et ne fut jamais identifié.

Manoeuvres d'intimidation

On peut s'étonner de rencontrer une flotille de sous-marins dans les eaux arctiques et à faible profondeur jouant à "cache-cache" ou à "fais-moi peur". Mais cela fait partie de leurs missions, et surtout des manoeuvres d'intimidation entre Grandes Puissances.

Il faut savoir qu'au cours de grands exercices, la Marine peut identifier jusqu'à 40 sous-marins battant différent pavillons au large des côtes européennes, y compris en mer d'Irlande, un passage hautement stratégique. A part quelques observateurs et photographes avertis, le grand public n'en sait rien, mais ils sont là, tapis sous plusieurs dizaines de mètres d'eau, se surveillant mutuellement (pas étonnant dans ces conditions que ces sous-marins soient également à l'origine de quelques accidents tragiques avec des chalutiers, coulant certains corps et biens ou abîmant leur coque lorsqu'ils sont littéralement "pris dans leurs filets". On rapporte plus de 300 accidents de ce type et la disparition en mer de plusieurs centaines de marins-pêcheurs, notamment en France et en Irlande).

Comme aujourd'hui, à l'époque de l'accident du Kursk, les Etats-Unis n'acceptaient pas que les Russes se baladent avec des sous-marins porteurs de charges nucléaires et procédaient régulièrement à des manoeuvres d'intimidation dans les eaux internationales. Nous verrons dans la seconde partie, qu'à ce jeu le Parlement Européen a également un rôle à jouer mais il laisse faire et manque de volonté.

La version selon laquelle le Cdt Lyachin crut qu'il s'agissait d'une attaque n'a jamais été confirmée. Mais cela s'est effectivement produit, en voici peut-être les raisons.

Au cours des missions et excercices des sous-marines à faible profondeur, les manoeuvres sont toujours très délicates. A l'instar des prédateurs qui harcèlent leur proie, les petits sous-marins américains agiles ont harcelé le gros sous-marin russe encombrant et peu maniable, au point que le Memphis aurait par erreur percuté de front le Kursk. Un second sous-marin américain aurait protégé la fuite du Memphis en lançant une torpille qui n'aurait pas eue pour but de faire couler le Kursk mais de l'intimider.

Le commandant américain aurait envoyé la torpille suffisamment loin du compartiment des missiles et des réacteurs nucléaires du Kursk pour éviter un désastre, sachant que les effets de la torpille étaient tout à fait maîtrisables par l'équipage (colmatage de la brèche et usage des lances anti-incendie). Mais personne n'avait prévu que cela déclencherait une telle explosion. "Jeux de mains jeux de vilains", dit-on, et nous en avons eu une triste preuve de plus ici.

L'accident ne devait pas avoir l'ampleur qu'il connut et certainement pas placer les présidents Poutine et Bush dans une situation politique très délicate.

Si cette version des faits paraît plausible, sans preuve elle a toutes les apparences d'une "fake news". Même si cela ne prouve rien, les présidents Poutine comme Bush ne l'ont jamais reconnue et Poutine a proposé sa propre interprétation des faits.

Réactions politiques

Les Etats-Unis démentirent longtemps toute implication, même quand on leur mit sous les yeux les photos de leur sous-marin endommagé. Ils invoquèrent une erreur de date mais reconnurent par la suite avoir été dans les parages, mais sans plus.

Ces évènements ne prouvent toutefois pas que le Memphis est à l'origine de l'accident, ni même que les Américains ont tiré une torpille sur le Kursk. Cela ne prouve pas non plus qu'il y ait eu de la désinformation. Mais les coïncidences sont étonnantes et on ne peut ignorer les liens de cause à effet qui en disent plus que la langue de bois des deux Présidents.

C'est à partir de cette interprétation peu banale et des réactions russes et américaines que les Occidentaux et une dizaine de hauts responsables de la Marine russe se sont intéressés de près à l'affaire du Kursk. Malheureusement le président Poutine considéra ce regard inquisiteur des journalistes comme de sa propre Marine comme un obstacle à sa stratégie politique. Il retiendra la leçon.

A gauche, le Commandant du Kursk Gennady Lyachin lors d'une interview en 1998. A droite, le Premier ministre et président de la Commission Gouvernementale Russe Ilya Klebanov en 2000. Document Aeronautics.

Les missions de sauvetage

Tout commença le samedi 12 août 2000 au soir lorsque l'amiral Popov commandant de la Flotte du Nord s'inquiéta que le Kursk n'avait pas communiqué comme prévu à 13h30 ni à 18h et tenta d'établir un contact à 18h12 locale. Après plusieurs tentatives infructueuses, à 18h30 l'amiral Popov déclencha une opération de recherche et de sauvetage et ordonna au capitaine Alexander Teslenko de lancer les recherches du Kursk. Plus de six heures s'étaient écoulées depuis l'accident.

On apprit plus tard que par manque de financement, les équipements de sauvetage de la Flotte du Nord étaient désuets et inadaptés, composés principalement du Mikhail Rudnitsky, un navire de charge transportant des grumes vieux de 20 ans converti en navire de sauvetage aux ordres du capitaine Teslenko et de deux sous-marins en eaux profondes AS-34 et AS-32 de classe Priz mais qui ne pouvaient travailler que dans des eaux calmes, deux autres sous-marins de classe India équipés de DRSV étant en réparation.

Le dimanche 13 août à 9h, le navire Rudnitsky arriva sur zone. A peine avait-il largué son ancre qu'il capta des bruits interprétés comme un signal SOS acoustique provenant du Kursk. Mais le capitaine Teslenko conclut qu'il s'agissait de bruits produits par la chaîne de l'ancre frappant le trou d'ancrage.

A 17h30, le capitaine Teslenko donna ordre de mettre à la mer le sous-marin de sauvetage AS-34. Il atteignit une profondeur de 100 m où il percuta un objet prétendument identifié comme étant une hélice et le stabilisateur arrière du Kursk mais qui ne fut jamais confirmé. L'AS-34 fut endommagé et refit surface. Le deuxième sous-marin AS-32 fut mis à l'eau à 22h40 mais en raison de mauvaises informations communiquées par le navire Pierre le Grand, il ne parvint pas à localiser le Kursk et refit surface à 1h du matin, le lundi 14 août.

L'équipage du Rudnitski essaya d'entrer en contact radio avec les marins du Kursk. Il entendit à nouveau des bruits qui furent finalement interprétés comme provenant d'un animal mari.

Entre-temps, l'Europe et les Etats-Unis offrirent leur assistance pour sauver les marins et renflouer l'épave. Mais personne ne bougea pendant deux jours. Poutine était en vacance dans sa luxueuse villa dans le sud du pays et feint de ne pas entendre l'appel des Européens.

Le lundi 14 août, l'Amirauté russe perdit officiellement tout contact radio avec l'équipage du Kursk. Poutine démentit l'explication donnée par l'Amirauté mais exigea qu'une enquête gouvernementale soit ouverte sur les causes de l'accident. Puis il y eut un grand silence : Poutine décréta la mise au secret de l'incident.

On estima alors que 80% de l'équipage devait déjà être décédé en raison des fuites d'eau, de la perte d'oxygène et de l'augmentation de la pression.

Des experts internationaux et des marins norvégiens équipés d'un mini sous-marin (ROV) se préparèrent malgré tout pour une mission de sauvetage sur le Kursk. Ils sollicitèrent de nouveau l'autorisation de pouvoir survoler le territoire russe, mais Poutine refusa toute aide extérieure sous prétexte que le temps était mauvais et qu'il avait la situation en main.

A gauche, la salle de contrôle des réacteurs du Kursk. A droite, l'ouverture du sas principal du Kursk le 21 août 2000 soit 9 jours après l'accident. Documents Aeronautics et TPub.

Ce n'est que le jeudi 17 août, soit 5 jours après l'accident et sous la pression des médias russes, privés comme d'Etat, que Poutine accepta l'assistance étrangère (norvégienne et britannique) et le renflouage du sous-marin mais il refusa que les avions survolent son territoire et que l'on remonte le nez contenant les torpilles pour des raisons soi-disant de sécurité (pourquoi alors avoir pris le risque de le couper au chalumeau par la suite ?). C'est ainsi qu'il refusa l'aide de toutes les entreprises qui proposèrent de renflouer la totalité de l'épave et n'accepta que celle du consortium Mammoet-SMIT qui accepta de ne pas remonter le nez du sous-marin. Le projet de reflouement allait coûter à Poutine plus que le budget annuel alloué aux sous-marins. On y reviendra. 

Le vendredi 18 août, le Premier ministre et président de la Commission Gouvernementale Russe Ilya Klebanov, jugea la situation "supercritique" tant du point de vue de la survie éventuelle des hommes que d'un point de vue nucléaire, mais officiellement, les missiles embarqués n'étaient pas nucléaires.

Le 19 août à 20h, soit 7 jours après l'accident, le navire norvégien Normand Pioneer arriva sur zone chargé avec le ROV en eaux profondes britannique LR5.

Les équipes de sauveteurs se composèrent de plongeurs russes dont la 328e force expéditionnaire de secours, britanniques et norvégiens arrivés la veille.

Contrairement à ce qu'avaient annoncé les Russes, les sauveteurs constatèrent que les conditions météos et de mer étaient excellentes. L'eau était tellement claire qu'il paraît qu'on pouvait même distinguer l'épave sur les photographies prises à haute altitude.

Le dimanche 20 août, les Norvégiens mirent le ROV à la mer qui examina le sous-marin. Les plongeurs découvrirent que les 18 premiers mètres à l'avant du sous-marin avaient été détruits par des explosions. L'ensemble de la proue ne formait plus qu'une masse de métal tordu et de débris.

Vue de la partie avant du Kursk renfloué, son nez n'ayant pas été récupéré pour des raisons de sécurité.

Alors que les Russes prétendaient qu'il était impossible d'ouvrir le sas principal du Kursk, les hommes-grenouilles l'ouvrirent en moins de 25 minutes. Ils accédèrent au sous-marin pour découvrir l'affreuse situation : tout était inondé.

Ce jour là, au nom de la Marine, l'amiral Vyacheslav Alekseyevich Popov demanda publiquement pardon aux familles : "Pardon les enfants. Pardon à nos fils. Et pardonnez-moi de ne pas avoir ramené vos garçons en service pour la mère-patrie." En dehors des caméras il devait également dire qu'il mettrait tout en oeuvre pour connaître les responsables de cette catastrophe.

Le jeudi 7 septembre, Mikhail Gorbatchev, qui fut attaqué 14 ans plus tôt pour sa lenteur de réaction suite à l'accident de Tchernobyl, accusa Vladimir Poutine d'avoir fait "des erreurs de style" en ne réagissant que quatre jours plus tard après l'accident, c'était "inadéquat", conclut Gorbatchev.

Le mercredi 20 septembre, Poutine rendit publiquement hommage aux victimes devant des cerceuils vides mais les familles refusèrent que le Président les accompagne sur le lieu de la catastrophe.

Le jeudi 26 octobre, durant l'inspection de l'épave et l'autopsie des corps, on retrouva une note écrite par le Lieutenant-Capitaine Dmitry Kolesnikov expliquant que lui et ses hommes tenaient bon depuis deux jours à l'arrière du sous-marin et demandaient qu'on vienne les aider. Sa note publiée par CNN disait ceci :  "Tout l'équipage des sixième, septième et huitième compartements sont passés dans le neuvième. Il y a 23 personnes ici. Nous avons pris cette décision suite à l'accident. Aucun de nous ne peut gagner la surface."

Contrairement à ce qu'avaient insinué les autorités, l'équipage n'avait pas du tout péri dans l'accident, et mis à part quatre hommes directement exposés au feu de la torpille, tout l'équipage avait eu le temps d'attendre les secours, essayant tant bien que mal de survivre avant de mourir noyé. Mais cela ne dérangea pas Poutine.

En fait, selon la version officielle des évènements, la "boîte noire" n'a révélé aucune information, n'ayant pas été branchée au moment de l'accident. Les seules informations officielles proviennent des messages échangés durant les deux premiers jours entre l'équipage du sous-marin et les stations radios en surface. Voici graphiquement les différentes étapes de la version officielle de l'accident :

Au cours de l'enquête, on apprit que suite à l'accident, le premier compartiment fut inondé et au bout de 48 heures tous les moyens de communications furent détruits, ce qui explique la perte des communications constatée le 14 août. Les compartiments abritant les deux réacteurs nucléaires et les turbines situés au centre du sous-marin ayant été endommagés, une partie de l'équipage se refugia à l'arrière où se situait une écoutille, en attendant des secours qui ne viendront jamais.

Le Kursk ne pouvant plus manoeuvrer et reposant sur le fond marin, il ne faut pas imaginer que les marins auraient pu quitter le sous-marin par l'écoutille arrière et rejoindre la surface par leurs propres moyens. Même si le Kursk était haut comme un building de 7 étages (~30 m) et l'écoutille placée dans la partie haute, à près de 90 mètres de profondeur, la température de l'eau est de 4°C sinon inférieure et il fait pratiquement nuit. Même un très bon nageur aptnéiste ne peut pas remonter en surface sur sa seule réserve d'air sans l'aide d'une bouée qui le tire vers la surface à plus de 2 mètres par seconde. Une personne en uniforme, stressée, sans réserve d'air, sans bouée et n'ayant pas l'habitude de nager dans de l'eau froide se noyerait en quelques secondes. Les marins étaient donc pris au piège.

Deuxième partie

Le scandale

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