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La Bible face à la critique historique

Samuel donnant l'onction à David (cf. 1 Samuel 16:12). Peinture sur bois datant du IIe.s. découverte dans les ruines de la synagogue de Dura-Europos en Syrie. Elle est exposée au Musée de Damas (mais aujourd'hui préservée en un lieu tenu secret. Cf. cet article).

Les royaumes de David et de Salomon (I)

Précisons en préambule que la Bible commence à utiliser le terme Israélite à la place de Hébreu à partir de la sortie d'Égypte mais en réalité ce nom fait référence au peuple du royaume d'Israël, c'est-à-dire à la population du royaume fondé par le roi David quatre siècles plus tard et sujet du présent article.

L'émergence du monothéisme et de l'identité Israélite ne sont pas apparues comme par miracle ni même rapidement. Après avoir conquit le pays de Canaan, il fallut que le peuple juif conquiert son indépendance et se trouve un nouveau chef capable de tous les représenter.

Le roi David

On trouve l'origine du premier "roi davidique ou chef des "enfants d'Israël" dans le livre de Samuel qui raconte son rêve de faire des colons hébreux un peuple de purs réunis autour du sanctuaire de Silo. Yahvé se présente à Samuel en lui expliquant qu'"il l'envoie chez Jessé de Bethléem de Juda, car je me suis choisi un roi parmi ses fils" et l'envoie pour lui donner l'onction (1 Samuel 16:1-3). Samuel s'y rendit et passa les fils de Jessie en revue jusqu'à ce que Yahvé lui donne ses instructions. Yahvé choisit le dernier et septième fils de Jessé appelé David, "il était roux, avec un beau regard et une belle tournure. Et Yahvé dit : "Va, donne-lui l'onction : c'est lui" " (1 Samuel 16:12). A l'instant de l'onction, "l'esprit de Yahvé fondit sur David à partir de ce jour-là et dans la suite" (1 Samuel 16:13). David fut donc le premier Messie (Messiah, l'Oint) puisqu'il reçut l'onction, qui plus est de rang royal. Les prophètes s'en souviendront.

Au cours de sa vie, Samuel raconte que David combattit le géant philistin Goliath qui défiait l'armée israélite. David utilisa une fronde et l'atteignit au front. Goliath s'effondra et David lui trancha la tête. David continua sa vie, se maria, devint même vassal des Philistins, combattit divers ennemis avant d'être sacré roi d'Israël à Hébron : "David avait trente ans à son avènement et il régna pendant quarante ans [dont] sept ans et demi sur Juda [et, depuis Jérusalem] trente-trois ans sur tout Israël et sur Juda" (2 Samuel 5:4-5).

Selon la Bible, le roi David, second roi d'Israël (le premier étant le légendaire Saül) réunit les 12 tribus d'Israël pour défendre son peuple et étendre son royaume de l'Égypte à la Mésopotamie comme l'avait annoncé Yahvé à Josué, faisant de Jérusalem sa capitale. David conclut à son tour une alliance avec Yahvé afin qu'il protège son peuple, à la fois esclave et sujet de Dieu. Son fils Salomon poursuivit son oeuvre unificatrice.

Les 12 tribus d'Israël selon le livre de Josué. Document Wikipédia.

A l'époque des rois d'Israël, la Bible évoque donc un royaume unifié. Mais David a-t-il existé ? Et son royaume a-il existé ? Pour le savoir, les archéologues ont entrepris des campagnes de fouilles en pays de Canaan et dans les régions limitrophes (Nord Sinaï, sud de l'actuel Liban, ouest de la Syrie et de la Jordanie) dans le but de trouver des traces évoquant une éventuelle unité nationale, politique, théologique ou culturelle.

Comme on le voit sur la carte présentée à gauche, vers l'an 1000 avant notre ère, c'est-à-dire durant la première période de l'Âge du fer caractérisée par l'émergence des cités Israélites dans les Hautes Terres et au-delà, trois des douze tribus d'Israël envahirent également les territoires situés sur la rive gauche du Jourdain, la partie ouest de l'actuelle Jordanie.

En 1993, une équipe d'archéologues dirigée par Avraham Biran (voici l'article en PDF) découvrit à Tel Dan, alors situé dans le nord d'Israël et aujourd'hui en Syrie, les fragments d'une stèle que l'on voit ci-dessous remontant à l'an 840 ou 841 avant notre ère écrite en araméen, une langue proche du hébreu. Fragmentée dès l'Antiquité pour être réutilisés comme matière de construction au milieu du VIIIe siècle avant notre ère, seuls trois fragments furent préservés sur lesquels sont gravés environ 13 lignes de texte. L'artefact fut appelé la "Stèle de la Victoire". Bien que le nom du roi araméen ne soit pas mentionné, le contexte indique qu'il s'agirait du roi Hazael de Damas, roi d'Aram de 841 à 800 avant notre ère qui rivalisait avec le monarche d'Israël comme indiqué dans la Bible (2 Rois 8:7-15).

Le texte présenté ci-dessous mentionne la victoire du roi [Hazael] sur Ben-Hadad. Il mentionne également le roi Ahab (ou Achab), le roi Joram du royaume de Juda, son fils le roi Ahaziah (Ahasyahu) et le roi David du royaume d'Israël : "J'ai tué [Jo]ram fils d'[Achab] roi d'Israël, et [j'ai] tué [Ahas]yahu fils de [Joram] roi de la maison de David".

Le roi David a donc existé. L'expression "Maison de David" est fréquemment utilisée dans la Bible pour désigner la dynastie davidique (par exemple 1 Rois 12:19, Isaïe 7:2, Psaume 122:5). L'identification du roi araméen et des autres monarches est également indiquée dans la Bible (2 Rois 10:32-33 et 13:3, Amos 1:3-4).

La découverte du nom de David gravé dans la pierre est importante car c'est le premier fait biblique attesté par l'Histoire, tous les récits bibliques antérieurs (le Déluge, l'Exode, la chute de Jéricho, etc.) n'ayant pas été attestés en raison des influences et altérations que ces textes subirent au bénéfice du culte du Dieu unique.

Aspect général et détail de la "Stèle de la Victoire" de Tel Dan découverte en 1993 datée de 840-841 avant notre ère mentionnant en araméen la "maison de David" (surchargé à droite). Document des Autorité des Antiquités d'Israël.

Quand le roi David a-t-il vécu ? A défaut de preuves historiques concernant sa date de naissance et de son décès, notre seule source de datation est la Bible qui permet de situer le règne du roi David entre l'an 1010 et 970 avant notre ère. Aucune autre donnée archéologique ne permet de préciser ou de valider quoique ce soit qu'il ait pu faire durant son règne. C'est plutôt maigre pour un roi aussi célèbre si on en croit le premier livre des Rois.

Comme nous l'avons évoqué, l'auteur du texte aurait également vécu au Xe siècle avant notre ère et campe son récit près de Jérusalem, du fait qu'il vécut probablement à la cour du roi David, ce qui expliquerait par ailleurs le phrasé élaboré qu'il utilisa.

Si le roi David a bel et bien existé, il doit donc également exister un palais royal et au-delà un royaume avec des fortifications. La Bible ne décrit pas ce palais si ce n'est que le roi "habite une maison de cèdre" (1 Chroniques 17:1, etc.) mais y fait allusion, par exemple : "David [...] se promenant sur la terrasse du palais,..." (2 Samuel 11:2) ou encore "Quand le roi habita sa maison" (2 Samuel 7:1). Il y a des passages similaires d'autres livres bibliques (Néhémie 13:37, 1 Chroniques 17:1 et 2 Chroniques 2:2). Mais nous savons d'expérience que la Bible véhicule aussi des rumeurs.

Gravure réalisée par Louis-Joseph Mondhare en 1770 intitulée "Vue de Jérusalem" censée représenter la ville à l'époque de David et Salomon. Il s'agit d'un paysage imaginaire gravé sur une plaque de cuivre de 343x395 mm colorisée à la main. Notez l'inversion du titre par rapport à la légende. Document Bibliothèque Nationale d'Israël

Où se situe le palais du roi David ? On précise dans le premier livre des Rois, à propos de Salomon et de l'une des filles de Pharaon qu'il "l'introduisit dans la Cité de David, en attendant d'avoir achevé de construire son palais" (1 Rois 3:1), la "Cité de David" étant Jérusalem. Néhémie précise ce qu'on y trouve : "A la porte de la Fontaine, ils montèrent droit devant eux, près des escaliers de la Cité de David, par la crête du rempart, et par la montée du Palais de David, jusqu'à la porte des Eaux, à l'orient" (Néhémie 12:37 qui n'est pas repris dans le livre d'Esdras du canon catholique). Ce palais se situe donc bien dans la vieille ville de Jérusalem.

Certains auteurs ont cru localiser le palais royal à Sion. En effet, selon la Bible : "David s'empara de la forteresse de Sion : c'est la Cité de David" (2 Samuel 5:7). Ailleurs on lit aussi : "le mont Sion, coeur de l'Aquilon, cité du grand roi" (Psaume 48:3). Sion abrite également l'Arche d'alliance que son fils le roi Salomon fit "monter de la Cité de David, qui est Sion" (1 Rois 8:1) jusqu'au temple de Jérusalem. Sion est cité 150 fois dans la Bible et si l'Arche d'alliance s'y trouve, on imagine que le siège du roi s'y trouve également.

Or jamais la Bible ne dit que Sion abrite le palais de David. En fait, Sion est le nom de l'une des collines de Jérusalem (le mont Sion culmine à 765 m et est situé au sud-ouest de la vieille ville). Le mot "Sion" vient du mot hébreu "Sioun" qui désigne "le tombeau de l'homme de Dieu" (2 Rois 23:17), autrement dit le sanctuaire de Dieu ou sa résidence (Psaume 74). Par analogie il désigne le lieu ou réside le Dieu d'Israël. Aujourd'hui, le mont Sion abrite le légendaire "Tombeau de David" (non historique), un site aussi vénéré par les Juifs que le Mur des Lamentations, le premier servant de site alternatif quand le site du Mur n'est pas accessible (cf. cette carte de Jérusalem).

Il est très diffficile d'effectuer des fouilles archéologues à Jérusalem, en particulier sur le mont Sion et le mont du Temple (mont de Moriah) pour des raisons de sensibilités religieuses mais quelques missions ont pu être réalisées sur le mont du Temple, notamment en 1996, 1999 et 2004. A ce jour, on n'y a découvert que des artefacts sans relation évidentes avec le premier Temple ou le palais du roi David. Finalement, faute d'avoir un accès libre et permanent aux sites, les archéologues ont perdu tout espoir de trouver le palais du roi David à Jérusalem mais il est vraisemblable qu'il s'y trouvait.

Les ruines monumentales mises à jour en 2013 à Khirbet Qeiyafa en Israël par les archéologues de l'Université Hébraïque et de l'Autorité des Antiquités Israéliennes. D'abord considérées comme pouvant être celles du palais du roi David, elles furent réattribuées au roi païen Omri qui régna un siècle après le roi David. Document Université Hébraïque de Jérusalem.

Toutefois, certains archéologues ont abandonné l'idée de trouver le palais de David à Jérusalem et l'ont donc cherché ailleurs. Relisons la Bible. On y apprend que la cité de Shaarayim fut conquise par les fils de Juda (Josué 15:36, 1 Chroniques 4:31) peu après les cités de Soko et Azéqa (Josué 15:35, 1 Samuel 17:1). La cité de Shaarayim (signifiant "les deux portes" en hébreu) est une cité fortifiée remontant au Xe siècle avant notre ère qui surplombe la vallée de Elah, d'où son surnom de forteresse d'Elah. Selon les archéologues, Shaarayim devait correspondre au site actuel de Khirbet Qeiyafa situé à 2 km de Soko et à 28 km au sud-ouest de Jérusalem. Cet emplacement est correct car le Tell Azéqa est situé à moins de 1 km du village actuel de Zeharya qui se situe à 28 km au sud-ouest de Jérusalem.

Depuis les premières fouilles réalisées au XIXe siècle puis interrompues pendant près d'un siècle et oubliées, toutes les techniques archéologiques ont progressé, et notamment la datation au carbone-14 développée à partir des années 1950. En effet, là où l'incertitude atteignait 3 % sur le Xe siècle soit plus d'un siècle et était sous-estimée voici quelques décennies, aujourd'hui grâce à une meilleure connaissance des effets correcteurs et des instruments plus sensibles, on parvient à dater les artefacts et les objets organiques de la même époque avec une précision atteignant 25 ans. Quand on cherche à valider la période de règne d'un roi, cette précision est très précieuse.

Après sept ans de fouilles, comme on le voit à gauche, en 2013 les archéologues mirent effectivement à jour un gigantesque complexe fortifié à Khirbet Qeiyafa qui couvre une superficie de 2.5 ha et de 700 m de circonférence pouvant correspondre au palais du roi David. Par endroit les murailles sont constituées de pierres pesant jusqu'à 8 tonnes. Même en ruine, la forteresse reste impressionnante.

Selon le style des poteries en céramique découvertes sur le site et comparée à d'autres chronologies établies par l'archéologue américain William F. Albright, les ruines datent du Xe siècle avant notre ère. Cela correspondait au règne du roi David. Mais les dernières analyses au carbone-14 de diverses graines et fruits dont des olives découvertes dans les ruines indiquent un âge antérieur de 75 ans aux céramiques. C'est peu en soi, mais cela correspond non pas au règne du roi David mais au règne du roi Omri qui régna un demi-siècle plus tard sur le royaume d'Israël à la fin du IXe siècle (il vécut entre c.950 et 876 avant notre ère) et qui était adorateur du... dieu cananéen Baal ! S'il ne s'agit pas du palais recherché, cette découverte nous prouve tout de même la puissance du roi Omri à cette époque. Cette information est très utile. Retenons là.

La "Grande Structure en pierre" (Stepped-Stone Structure) découverte par Eilat Mazar en 2005 au sud de la vieille ville de Jérusalem. Egalement appelée le "Millo", il ne s'agit pas d'un palais malgré certains avis prématurés d'experts trop enthousiastes.

Entre-temps, en 2005 l'archéologue israélienne Eilat Mazar du Centre Shalem découvrit ce qu'on appelle la "grande structure en pierre" (Large Stone Structure ou Stepped-Stone Structure au sud de la vieille ville de Jérusalem présentée à droite après restauration. Egalement appelée le "Millo" ou "Mur de Jebusite", avec ses colonnes et ses chambres, cela pouvait ressembler à un petit palais ou un temple en pierre avec une structure à degré. Les premiers relevés indiquaient que la structure remontait au X-XIe siècle avant notre ère. En se basant sur les textes bibliques, selon Mazar il pouvait s'agir du palais de David. Mais selon Finkelstein, cette conclusion n'est que pure spéculation car rien ne prouve qu'il s'agit d'un palais, encore moins celui de David. Plus récemment, après avoir déblayé et fouillé tout le "Millo", de nouvelles analyses ont montré que les murs de pierre remontent bien à 1000-1100 avant notre ère mais les différentes unités de la "Maison d'Ahiel" avec ses chambres et ses colonnes datent de 600 avant notre ère. A ce jour, aucun expert n'a contredit Finkelstein à propos de "Millo".

S'il y a royaume, il y a une capitale, et du temps de David c'était Jérusalem connue à l'époque sous le nom de Shalimu (signifiant probablement "la fondation de Shalem") : la "cité du grand roi" (Psaume 48:3) située autour de la colline située en face du mont des OIliviers. "Shalimu" est mentionnée dans des textes Ougarit datant du XVIIIe siècle avant notre ère comme étant une divinité du crépuscule. Son nom est également cité dans la correspondance d'Amarna gravée dans des tablettes d'argile échangées entre les rois d'Égypte et les souverains des royaumes du Levant. En effet, dans une lettre datant du XVe siècle, l'un des rois locaux appelé Abdi-Cheba se plaint auprès du roi d'Égypte que son village est attaqué poar les Hapiru. Cette ville cananéenne se situait en territoire neutre, elle n'était pas militarisée ce qui explique la facilité avec laquelle le roi David la conquit.

Les archéologues ont voulu savoir quelle était la taille de Jérusalem au Xe siècle, à l'Âge du fer I. Pour cela, il fallut explorer le cimetière antique de Jérusalem. Après avoir découvert des sépultures en dehors de la vieille ville qui délimitent clairement son périmètre extérieur à cette époque, ils ont cherché d'autres ruines sous la vieille ville, sous les constructions actuelles à l'exception du mont du Temple difficile à explorer. Ils ont découvert toutes une série de soubassements constitués de roches parfois pesant plus d'une tonne datant du Xe siècle avant notre ère. L'ensemble des constructions s'étend sur environ 4 hectares soit 40000 m2 (les chiffres varient entre 3-6 ha). Par comparaison, à la même époque Ashkelon s'étendait sur 50-60 ha et Eqron sur 20 ha. Jérusalem correspond à la surface d'un cercle de 112 m de rayon et de 708 m de circonférence que l'on boucle à pied en 35 minutes. Une surface de 200 x 200 m de côté, telle était l'étendue de Jérusalem du temps de David soit la taille d'un modeste village de campagne qui ne devait pas abriter plus de quelques centaines de familles ou moins d'un millier de personnes. Nous sommes loin des prétentions bibliques ! Toutefois, du temps de David, Jérusalem est déjà fortifiée par une double muraille.

A partir des résulats de ces fouilles, le roi de David apparaît non pas comme un chef de guerre et un grand souverain mais plutôt comme le chef d'une petite tribu locale, certes influente dans la région, mais qui ne possédait certainement pas un royaume aussi vaste que le prétend la Bible. Toutefois, les preuves du carbone-14 trouvées dans les céréales et les fruits ne sont pas suffisantes pour invalider son titre du monarche.

Le roi Salomon

Qu'en est-il du règne du roi Salomon, le fameux roi bâtisseur ? Selon la tradition, Salomon est le second fils de David et monta sur le trône à 12 ans. Une nuit, Yahvé lui apparut en rêve et dit :"Que veux-tu que je te donne ?" Salomon lui répondit : "Yahvé, je suis très jeune et ne sais comment gouverner. Donne-moi donc la sagesse nécessaire pour bien gouverner ton peuple." Sa réponse plut à Yahvé qui exhausa son voeu (1 Rois 5-14).

L'image du roi Salomon est enveloppée d'une aura similaire à celle d'un roi légendaire que l'on dit sage (cf. le jugement de Salomon) et tellement célèbre que même la reine de Saba lui rendit visite à Jérusalem (1 Rois 10:1-13). Mais qu'en est-il réellement ?

Pas plus que la reine de Saba dont on ne possède pratiquement aucune donnée historique mais on pense qu'elle serait originaire du Yémen, Salomon n'est cité que dans la Bible hébraïque car l'archéologie n'a jamais découvert d'annales ou d'artefacts, pas même une stèle ou une poterie ou un texte étranger mentionnant son nom. C'est plutôt embarrassant pour l'authenticité de la Bible car le nom d'autres petits rois ayant régné sur Jérusalem (par exemple le roi Abdi-Heba) ou sur Sichem (le roi Labayu) sont mentionnés dans des tablettes d'Amarna.

A gauche, un manuscrit daté de ~1320 de notre ère illustrant un épisode de la vie du roi David se battant contre le géant Goliath (au-dessus) et du roi Salomon entouré de plusieurs femmes (en dessous), comportement qui selon la Bible aurait conduit à sa perte. A droite, localisation des "Mines du roi Salomon" au sud d'Israël, à Khirbat en-Nahas, entre Eilat et Pétra. Documents de la Collection Spencer, MS 002 et T.Lombry/Google Maps.

Comme pour le roi David, seule la Bible nous permet de fixer le règne du roi Salomon entre l'an 970 et 931 avant notre ère.

La datation des couches archéologiques dans la vieille ville de Jérusalem a également montré que la ville s'étendait toujours sur 3-6 ha à l'époque de Salomon, vers 950 avant notre ère. Ici non plus, les couches supérieures n'ont pas permis de découvrir les ruines plus récentes d'un palais royal, pas plus que du temple de Salomon cité dans le premier livre des Rois (1 Rois 7 et 8).

En conclusion, à l'époque du roi Salomon Jérusalem était toujours un modeste village avec la même superficie qu'à l'époque de David.

Le roi bâtisseur

Selon la Bible, Salomon était un grand roi bâtisseur : "Le roi Salomon leva des hommes de corvée dans tout Israël ; il y eut 30000 hommes de corvée. Il les envoya au Liban [...] Salomon eut aussi 70000 porteurs et 80000 carriers dans la montagne, sans compter les officiers des préfets qui dirigeaient ses travaux ; ceux-ci étaient 3300 et commandaient au peuple employé aux travaux" (1 Rois 5:27-30).

Grâce à l'argent récolté par son père, Salomon aurait notamment bâtit le premier temple de Jérusalem sur le mont Moriah (1 Rois 6-7, 2 Chroniques 3-5) au coeur de la (vieille) ville qui fut achevé au cours du Xe siècle avant notre ère.

Comme dans les textes a priori plus anciens, à l'époque du roi Salomon, on pouvait payer les matériaux, les chariots et les chevaux en shekels (1 Rois 10:29) mais d'après le contexte la transaction consistait en un troc contre des métaux précieux et non par le paiment d'une monnaie puisqu'elle ne sera inventée que trois siècles plus tard.

Plan général du temple de Salomon. Document Crossway Bibles adapté par l'auteur.

Si on en croit la Bible, le temple de Salomon aurait coûté une véritable fortune au roi David qui évoque l'investissement à Salomon : "j'ai pu mettre de côté pour la Maison de Yahvé cent mille talents d'or, un million de talents d'argent, tant de bronze et de fer qu'on ne peut les peser" (1 Chroniques 22:14). 

Que représente cette somme ? Sachant que 1 talent d'or vaut 12 talents d'argent et 1 talent d'argent est équivalent à 3000 shekels et pèse ~45 kg, au prix actuel de l'argent valant 470 €/kg, 1 talent d'argent valait 21150 € et 1 talent d'or valait 253800 €. La somme mise de côté par le roi David représenterait plus de 46 milliards d'euros ! (cf. aussi la valorisation psychologique des monnaies antiques).

A moins d'une inflation de crise entre-temps, le roi David a sans doute un peu exagéré ou l'auteur est tombé sur un comptable bonimenteur car même de nos jours aucune construction n'atteint un tel montant. A titre de comparaison, la plus haute tour du monde de Burj Khalifa construite à Dubaï coûta 1.5 milliard d'euros et le complexe le plus cher est l'ensemble des bâtiments religieux de la Mecque en Arabie Saoudite estimé à 15 milliards de dollars en 2012. En fait, il est plus vraisemblable que le rédacteur des Chroniques ait proposé ce montant à la volée pour valoriser la valeur symbolique de la "Maison de Yahvé" qui valait évidemment "tout l'or du monde" (la Bible prétend que les murs du Temple étaient décorés d'or) et pour laquelle aucun investissement n'était trop cher. 

A titre de comparaison, nous avons un autre exemple de nos jours avec la richesse du Saint-Siège (notamment ses trésors artistiques, sa centaine de bâtiments et sa banque) dont voici un bref descriptif du patrimoine et du budget qui s'ils seraient valorisés seraient tout aussi somptuaires.

En relisant le premier livre des Rois, on déduit que Salomon n'a pas construit le Temple mais a tout au mieux restauré et agrandit un édifice religieux existant à ciel ouvert qu'il transforma en temple fermé. En effet, si les premeirs versets donnent les dimensions du Temple (1 Rois 6:2-3) les versets suivants ne parlent que de la construction d'une annexe autour du Temple et du débir (1 Rois 6:5-7).

De plus, selon le bibliste dominicain Adrian Schenker, professeur émérite de l'Université de Fribourg, le texte original du livre des Rois a été amendé car le texte grec de la Septante (qui soi-dit en passant a mal été traduit) contient une version différente et plus ancienne que celle du texte massorétique hébreu.

Mais si ce Temple a existé, les archéologues ne l'ont jamais découvert, pas plus que les autres édifices que Salomon aurait commandité. En fait, aucun ouvrage d'art ne date de son époque et il n'existe aucune annale relative à de tels travaux réalisés sous son règne.

En fait, en analysant les deux livres des Rois et ceux de Samuel, on constate que les descriptions de Salomon ne sont pas vraiment à son avantage. Ainsi la naissance de Salomon fruit de l'union de David avec la femme d'urie est déjà mal vue par Yahvé (2 Samuel 11:26) et l'arrivée de Salomon au pouvoir est marquée par des intrigues et des meurtres (1 Rois 1-2), sans parler du fait que Salomon aimait beaucoup les femmes étrangères inclinant son coeur vers d'autres dieux (1 Rois 11:1-6).

Les archéologues biblistes ont d'abord cru que l'histoire de Salomon avait été écrite au Xe siècle, hypothèse fondée sur les ruines des cites antiques d'Hazor, Megiddo et Gézer sur lesquelles nous reviendrons page suivante. Mais de nouvelles analyses réalisées notamment par l'archéologue Israël Finkelstein et l'historien Niel Silberman, auteurs du livre "Les rois sacrés de la Bible" (2006, p167), montrèrent que les chapitres 3 à 11 du premier livre des Rois sont en fait des projections de l'Empire néo-assyrien sur Israël. Ces passages furent écrits vers le VIIe siècle avant notre ère afin de donner un passé glorieux à la nouvelle nation des Israélites.

Cette histoire du soi-disant roi bâtisseur étant en totale contradiction avec le récit biblique, nous y reviendrons en détails lorsque nous aborderons la puissance du roi Omri car il s'avère que l'explication se trouve à son époque.

Les mines du roi Salomon

Il y a toutefois une bonne nouvelle. En 2008 (cf. aussi le NGS), une équipe d'archéologues dirigée par le Dr Erez Ben Yosef de l'Université de Tel-Aviv découvrit les mythiques "Mines du roi Salomon" que la Bible situe à Ophir (1 Rois 9:28), au pays d'Edom, à 28 km du port de Ezion-Geber situé dans le Golfe d'Aqaba, sur la mer Rouge. Ces célèbres mines se situent dans le sud de la Jordanie à Khirbat en-Nahas, à 25 km au nord d'Eilat et à 78 km au sud-est de Pétra. Comme on le voit ci-dessous, le site se situe sur la face sud du mont Timna et est reconnaissable à ses monumentaux pilliers de grès rouge surnommés "les pilliers de Salomon" (Shlomo columns).

En 1969, l'archéologue Beno Rothenberg de l'University College de Londres y découvrit les ruines d'un petit temple dédié à la déesse égyptienne Hathor. Selon les dernières datations au carbone-14, ce temple remonte au XII-XIIIe siècle avant notre ère.

En 2008, l'archéologue Eilat Mazar découvrit sur le site la section d'un long mur de 70 m et haut de 6 m datant du Xe siècle ainsi que des jarres dont l'une portait sur l'anse l'inscription "Pour le Roi". L'archéologue Thomas Levy de l'Université de Californie à San Diego et son équipe découvrirent également d'importantes excavations, des buttes de scories et des résidus de fonderie comme on le voit ci-dessous à droite.

De nouvelles datations au carbone-14 réalisés par le laboratoire de l'Université d'Oxford de noyaux de dattes et d'olives ainsi que d'ossements découverts sur la "Colline des esclaves" située à quelques centaines de mètres des "pilliers de Salomon" indiquent que l'activité du gisement de cuivre (et non pas de diamants comme le prétend la légende) était à son paroxysme il y a près de 3000 ans, au Xe siècle avant notre ère, et ne fut pas en activité avant la fin du XIIe siècle avant notre ère.

A consulter : Salomon's Pillars, Biblewalks

A gauche, les "pilliers de Salomon" sur la face sud du mont Timna dans le sud de la Jordanie à Khirbat en-Nahas, où les archéologues ont découvert un ancien temple égyptien du XII-XIIIe siècle, une jarre portant l'inscription "Pour le Roi" et surtout une mine de cuivre qui fut à l'apogée de son activité au Xe siècle. A droite, un résidu de fonderie. Documents T.Lombry et Thomas Levy et al. (2008).

Comme le précise la Bible, le cuivre (que certaines bibles ont traduit par "bronze") fut utilisé en grande quantité pour recouvrir les murs du temple de Jérusalem. Ces mines n'ont pas été exploitées par les Israélites mais par une tribu locale, probablement les Edomites, le peuple de la vallée d'Edom ("Edom" signifie "rouge" en hébreu) soumis au royaume de Juda après les conquêtes du roi David.

Cette découverte apporte un nouveau regard sur les paroles de Moïse qui disait : le "pays où il y a des pierres de fer et d'où tu extrairas, dans les montagnes, le cuivre" (Deutéronome 8:7-9) et authentifie par la même occasion les nombreux éléments en cuivre décrits dans le premier temple de Jérusalem (1 Chroniques 18:8 et 22:14, 1 Rois 7:15-26, etc.).

L'éclatement du royaume de Salomon

Vers 931 avant notre ère, le royaume de Salomon éclate. Nous assistons au schisme entre le royaume d'Israël et le royaume de Juda. Les Israélites prirent Sichem pour capitale avant que Jéroboam ne choisisse Tirça. Par la suite le roi Omri fonda la ville de Samarie évoquée plus haut qui devint la capitale du royaume jusqu'à sa chute vers l'an 720 avant notre ère. On y reviendra. Le royaume de Juda constitué des tribus de Juda et de Benjamin s'installa sur les terres autour de Jérusalem et d'Hébron.

Rappelons que depuis le IIe millénaire avant notre ère, le sud du pays de Canaan jusqu'au nord de Jérusalem, c'est-à-dire le royaume de Juda alors gouverné par Abdi Khéba passa sous la domination de l'Empire égyptien sur lequel régnait le pharaon Akhénaton (~XIVe siècle avant notre ère). Cette influence égyptienne perdura en Judée jusqu'au IIIe siècle et le roi Ptolémée II. En effet, on a retrouvé un peu partout en Israël des objets en relation avec le culte ou les symboles égyptiens notamment au dieu solaire et au dieu de l'orage. Mais pendant toute cette période les rois du royaume de Juda ont essayé de préserver leur culture et leur religion monothéiste.

C'est également après la mort du roi Salomon que le pays de Canaan fut divisé en trois régions : la Galilée au nord avec ses collines et son lac de Kinneret ou mer de Galilée (lac de Tibériade), la Samarie au centre comprenant la plaine côtière et les Hautes Terres à l'est et la Judée au sud accolée à la mer de la Araba ou mer Morte. Au sud, le royaume d'Edom n'apparaîtra qu'au VIIIe siècle avant notre ère.

Si archéologiquement parlant rien n'atteste la puissance des royaumes de David et de Salomon, nous verrons dans le prochain chapitre qu'une génération plus tard, un véritable royaume prospère et influant se développa dans le nord du pays, celui des Omrides.

A lire : La puissance du roi Omri

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