|
|
Mais il est tout aussi possible que ces carbonates se soient formés antérieurement, dans le nuage protosolaire composé de gaz et de poussières qui finit par se condenser et former les différents astres du système solaire. Cette chimie cosmique eut lieu à une époque très chaude, antérieure à la condensation des comètes qui se produisit à 30 ou 40 K. Il paraît donc possible que la recette de la vie ait suivi une autre voie que celle à laquelle nous pensons habituellement. 2. Les ancêtres des acides aminés Si Tempel 1 contient effectivement des carbonates, du méthane, de l'eau et du carbone, tous ces ingrédients permettent-il de fabriquer les macro-molécules qui conduisent à la synthèse du vivant (Cf. l'expérience de Miller) ? Nous avons vu qu'il nous manque l'ammoniac, la composante amine des acides aminés. Sous forme gazeuse ou en solution, il existe peut-être sur Tempel 1 mais c'est un élément très difficile à détecter sur une comète. Les scientifiques pensent que Tempel 1 ainsi que la plupart des comètes contiennent de l'ammoniac, reste à le découvrir et dans quelles proportions, car il est très peu actif dans les bandes infrarouges. Il pourrait toutefois être présent à 11 microns, une longueur d'onde située juste au beau milieu du spectre des très nombreux éléments riches en silicates; pas évident de l'isoler ! Heureusement, si tout se passe bien, en janvier 2006 la sonde spatiale Stardust rencontrera la comète Wild 2. Au cours de son survol elle capturera de la poussière et des gaz cométaires à haute température dans un bloc d'aérogel qui sera ramené sur Terre pour analyse. Bien que le processus de capture pourrait vaporiser tous les gaz, il serait très intéressant de capturer de l'ammoniac, du gaz carbonique ou de la glace d'eau car ces substances représentent de précieuses archives pouvant nous renseigner sur l'époque la plus ancienne du système solaire. 3. L'eau des comètes Nous avons expliqué à propos de l'origine de l'eau présente sur Terre, que l'eau des comètes a probablement rempli les océans à raison de 30 à 40%, l'eau restante ayant été amenée par les pluies diluviennes qui se sont abattues sur Terre voici plus de 4milliards d'années. L'eau est-elle si abondante que cela dans l'univers ? Aux dernières estimations, la cosmologie nous rappelle que l'univers contient 85% d'hydrogène et entre 7 et 10% d'hélium. Le restant est constitué de tous les autres éléments chimiques plus lourds que l'hélium et que les astronomes appellent les métaux. Dans quelque direction que regardent les télescopes, le ciel regorge d'étoiles, de galaxies et de nuages de gaz. Tous sont essentiellement constitués d'hydrogène enrichis de métaux. Au cours des réactions thermonucléaires stellaires, la conversion de l'hydrogène en hélium produit du carbone, de l'azote et de l'oxygène : c'est le cycle CNO ou cycle du carbone. Une partie de cet oxygène se perd dans le milieu interstellaire de la même manière qu'elle s'échappe de la fournaise du coeur des étoiles. Si l'étoile a atteint la phase de géante rouge, l'oxygène pourra rencontrer d'autres atomes et se lier avec eux pour former des molécules plus complexes tels que les oxydes de silicium et d'aluminium. Non seulement à cette époque l'étoile géante brillera comme un rubis mais elle en produira également ! Aussi, si on trouve de l'hydrogène dans l'espace, il y a de fortes chances de trouver de l'oxygène, c'est en tous cas plus probable que de trouver des rubis ou des diamants; on peut donc fabriquer de l'eau. L'eau est une molécule très stable et très commune. Cette molécule est fabriquée dans les derniers types d'étoiles, les plus froides et les plus rouges. La chimie cosmique est cependant différente de celles des laboratoires, car le vide est un milieu qu'il est impossible de reproduire à la perfection en éprouvette, si bien que les réactions chimiques que l'on réalise sur Terre ne fonctionnent pas toujours dans l'espace ou, inversement, ne sont pas reproductibles en laboratoire. Ainsi il existe des glaces métastables dans l'espace et de l'hydrogène métallique qu'on ne peut pas fabriquer en laboratoire. L'eau peut également être produite de manière indirecte par les supernovae. En explosant, une étoile massive libère dans l'espace tous ces constituants, y compris l'oxygène et les éléments les plus lourds qu'elle fabrique spécialement à cette occasion. Après s'être refroidit au contact de l'espace, le principal objectif de l'oxygène est de se lier à un atome d'hydrogène pour former une molécule d'OH. Le milieu étant tout de même raréfié, cette réaction prend généralement du temps, des centaines, des milliers voire des millions d'années.
Certains nuages moléculaires (appelés complexes HI géants) s'étendent sur plusieurs années-lumière et mettront des millions si ce n'est des milliards d'années pour s'effondrer sur eux-mêmes et éventuellement former un système planétaire. Ce sont des échelles d'espace et de temps astronomiques qui contraignent la matière à se former très lentement mais ces processus finissent par aboutir et on constate effectivement que l'espace interstellaire contient les briques précurseurs de la vie. Aussi, rien qu'à ce titre, sans parler d'une meilleure connaissance de la mécanique céleste et du milieu interplanétaire, les comètes sont des sujets extrêmement importants à étudier si nous voulons comprendre comment les signes précurseurs de la vie sont apparus dans l'espace et de quelles manières les comètes auraient pu ensemencer la Terre en molécules prébiotiques (nitriles, polymères et acides aminés). Pour plus d'information
|