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La création de l'Univers Alpha, Bêta, Gamma (III) Comment expliquer l’abondance relative des éléments légers, tel l’hydrogène, l’hélium, le carbone ou le néon dans l’univers ? En 1928 George Gamow, un brillant élève ukrainien de Friedmann fut envoyé à Copenhague, à l’Institut de physique théorique que dirigeait le célèbre Niels Bohr. Il y poursuivit des recherches sur la radioactivité a et l’effet tunnel en compagnie de Fritz Houtermans et Robert Atkinson. Ce dernier était un émule d’Eddington qui avait suivi à Cambridge ses cours sur la constitution interne des étoiles. Nos trois amis publieront ensemble un article[11] traitant des réactions thermonucléaires entre nucléons et protons. Ils conclurent leur article en considérant que seules les réactions entre des noyaux légers (Li-Ne) et des protons aux alentours de 10 ou 20 millions de degrés permettaient de rendre compte de l’énergie du Soleil.
Mais leur théorie sera bouleversée en 1932 par la découverte du neutron par Chadwick et les travaux de Fermi sur les réactions nucléaires induites par cette nouvelle particule. Gamow constata alors avec émerveillement que l’on retrouvait la même abondance isotopique relative des différents noyaux dans l’univers et sur la Terre. En 1936 il sera le premier à faire l’hypothèse que la matière est uniquement constituée de protons, de neutrons et d’électrons. Il pensait également que le coeur des étoiles produisait une quantité considérable de neutrons qui, une fois capturés par les noyaux pouvaient les alourdir et donner naissance à de nouveaux éléments du tableau de Mendéléev.
L’année suivante Gamow, qui enseignait à présent à l’ Université George Washington et Edward Teller, le père de la bombe H, étudièrent la façon dont l’hydrogène pouvait donner les autres éléments du tableau périodique. Mais Gamow ne parvint pas à dissocier la nucléosynthèse de la production d’énergie. Il parvint bien à élaborer une théorie qui permettait de créer du deutérium et de l’hélium à partir d’un noyau d’hydrogène, mais il ne parvint pas à expliquer la formation des autres éléments. Il pouvait expliquer la composition globale de l’Univers, composé pour 2/3 d'hydrogène et d'1/3 d'hélium (plus exactement 85% d'hydrogène et entre 7 et 10% d'hélium aux dernières estimations), mais quoi qu'il fasse, l'hélium-4 se recombinait en libérant des noyaux d'hélium (particules a). Comme il le disait lui-même, sa théorie "expliquait 99% de la matière visible dans les étoiles et les galaxies". Restait un petit pourcent, mais tel un grain de sable dans l'horloge cosmique de haute précision, il représentait tout de même l'ensemble des éléments lourds présents sur Terre et dans la banlieue stellaire.Gamow imagina alors que "les réactions thermonucléaires impliquant chaque élément du tableau périodique [pouvaient[ se produire aussi facilement que les réactions entre molécules dans les chaudrons d’une usine chimique". En d’autres termes, l’abondance relative des différents éléments que l’on mesure aujourd’hui devait être le reflet de ce qui s’est passé dans le "chaudron primordial".
Se rappelant les idées de Lemaître, Gamow imagina que la matière
était née dans une gigantesque explosion qui donna naissance à ce
qu’il dénomma une "soupe primordiale" formée de neutrons et de
photons qu’il baptisa "ylem". D’une densité extrême l’ylem fut
le siège de réactions diverses et très rapides tandis que le
rayonnement évoluait selon la courbe de Planck. Les particules se formèrent
ensuite en dehors de cette soupe dans des réactions nucléaires. Les
neutrons, instables, finirent par se désintégrer, donnant naissance aux
protons, électrons et neutrinos. Les protons se combinèrent avec les
neutrons pour donner naissance aux premiers noyaux lourds d’hydrogène
avec l’émission de rayonnement. Deux noyaux d’hydrogène lourds se
combinèrent ensuite pour former de l’hélium-3. Ce processus
s’auto-entretenait : l’hélium s’alourdissait en capturant un
neutron et produisait un élément plus lourd, et ainsi de suite.
Dans les années qui suivirent, Gamow et Ralph A.Alpher tentèrent
d’expliquer l’abondance des différents éléments sur base expérimentale,
à partir des mesures de sections efficaces de captures des neutrons par
les atomes. Grâce à la collaboration de D.Hughes, ils disposèrent des
premiers réacteurs nucléaires ce qui leur permit d’analyser systématiquement
les réactions en chaîne. Ce fastidieux travail sera terminé en 1948. Avec une arrière pensée humoristique en tête Gamow soumit son article à Hans Bethe pour qu'il accepte de le cosigner. Dans cette article, Gamow décrivait la formulation quasi actuelle de la théorie d e la "nucléosynthèse du Big Bang chaud" ou modèle BBN en abrégé. Tout à fait involontairement ce numéro paru le 1er avril 1948[12]. Son article cosigné par Alpher et Bethe est connu sous le titre "Alpha, Bêta, Gamma". Il résume à la fois la genèse de l'Univers, la création des particules, tout en insistant au travers de l'alphabet grec sur la portée métaphysique de cette découverte.Le chaudron cosmique Mais
pourquoi n’y avait-il pas d’éléments stables ayant une masse
atomique égale à 5 ou 8 ? Gamow constata que les réactions nucléaires
étaient instables en vertu de l’expansion de l’univers. En fonction
de la densité de l’énergie, les photons avaient une influence plus ou
moins dominante mais il ne précisait pas ce que devenait ce rayonnement.
A 1 milliard de degrés par exemple, il avait calculé qu’il existait 1018
protons par cm3,
une valeur plus faible que la densité de matière estimée à 1023
particules par cm3.
Grâce aux calculs antérieurs de Richard Tolman, Ralph Alpher et
R.Hermann[13]
comprirent que le rapport des densités entre le rayonnement et la matière
obtenu par Gamow restait constant au cours du temps. Mais vers 3000 K,
lorsque la matière se découpla du rayonnement et forma les premiers
atomes neutres, les deux courbes se sont dissociés pour évoluer
librement. Alpher et Hermann prédirent que si la densité actuelle de la
matière était celle calculée par Hubble, soit 1 molécule/cm3,
la température actuelle du rayonnement devait être de 5 K. En 1965, en essayant de localiser les parasites qui brouillaient les émissions du satellite ECHO, Arno Penzias et Robert Wilson[14] des Bell Telephone Laboratories découvrirent le rayonnement fossile à... 3.5 K, valeur qui sera affinée à 2.726 K par le satellite COBE en 1990 et plus précisément encore par les satellites WMAP et Planck.
Une
équipe de chercheurs américains[15]
confirma finalement en 1994 que cette température augmentait
linéairement avec l’effet Doppler, donc à mesure que l'on plongeait
plus loin dans l'univers, que l'on remontait le temps. A Z=1.776 par
exemple, en direction du quasar Q1331+170 la température était de 7.4 ±0.8
K, en accord avec la prédiction théorique de 7.58 K. La découverte du rayonnement fossile était si extraordinaire que plusieurs astronomes revendiquèrent la paternité de cette découverte. Lors d’un symposium d’astrophysique qui se déroula au Texas en 1988, face aux propos indélicats de quelques astrophysiciens, un cosmologiste de renom se leva et s’adressa à Alpher pour lui dire toute son estime au nom de la communauté scientifique : "c’est vous qui avez tout fait". Aux yeux de la majorité des astronomes la question était entendue. La même année, vexés par l’attitude de leurs adversaires, Alpher et Hermann[16] publièrent un long article apportant la preuve de leur prédiction. Ils conclurent sur une pointe d’amertume : "Nous sommes en mesure de constater aujourd’hui les avantages et les inconvénients d’avoir vécu jusqu’à un âge relativement avancé". Nous reviendrons plus tard sur cette aventure historique. En 1952, Gamow publia à l'usage du public son célèbre ouvrage
"La Création de l'Univers"[17].
Son contenu a servi de fil conducteur à la plupart des cosmologistes qui
ont cherché à vérifier ses propos. Dernier chapitre
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