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Il
faudra pratiquement attendre le XVIIeme siècle et le développement des techniques
d'observation pour que les philosophes, physiciens et astronomes proposent leur conception de
l'Univers, à travers des hommes tels Descartes, Newton, Wright, Kant,
Mach et consorts. Plusieurs
théories ont vu le jour mais bien peu apportaient une réponse
analytique, les outils théoriques et de mesure étant inexistants ou à peine ébauchés.
Au fil du temps, dans les laboratoires ou l'oeil rivé à l'oculaire des télescopes,
les physiciens et les astronomes accumulèrent une charge d'événements
considérables à expliquer. Tout bascula au début du
XXeme siècle lorsque les théories furent
progressivement étayées par les observations de l'Univers dans le
rayonnement radioélectrique puis infrarouge. En l'espace de quelques décennies
toutes les croyances primitives ont été balayées. Ces faits expérimentaux
permirent aux cosmologistes de travailler sur des modèles
d'Univers.
Ceux-ci, quelquefois à l'avant-garde de la science et moyennant certaines
incertitudes sont en parfait accord avec les observations. L'expansion de l'Univers La véritable cosmologie date du XXeme siècle. Toutes les conceptions antérieures, malgré un bon sens évident étaient empiriques. Les astronomes se basaient tout au plus sur des observations trop imprécises ou à la limite de la résolution de leurs instruments que pour réellement poser les jalons d'une étude scientifique. En travaillant sur les spectres de celle qu’on dénommait encore
la "nébuleuse d'Andromède" M31, en 1912 l'astronome américain
Vesto Slipher nota un léger décalage de ses raies d’absorption par
rapport à l'état stationnaire d’un élément équivalent mesuré en
laboratoire. En deux ans il déterminera les décalages Doppler d'une
quinzaine de "nébuleuses spirales". Mais il n'exploita pas ses
observations. Pourtant ces "redshift" ou décalages vers le
rouge des systèmes de raies indiquaient que certaines galaxies s'éloignaient
de nous - de la Voie Lactée - à plus de 1800 km/s.
Les études sur les spectres s'étalèrent sur dix années si bien
qu'avant la découverte de la “récession des galaxies”, une première
théorie cosmologique fut proposée en 1917 par Willem De Sitter : le modèle
stationnaire[1].
En fait l'Univers mathématique de De Sitter ne contient pas de matière,
il n'y a pas de mouvement. Mais il suffit d'y incorporer quelques
particules pour créer des perturbations; le modèle s'anime, devient
instable suite à l'effet gravitationnel, imposant le rapprochement ou la
fuite des éléments proportionnellement à leur distance. Il devient
dynamique. Voyons comment on obtient cet important résultat. Dans un univers homogène et isotrope, à courbure constante, l'intervalle entre deux événements obéit à la métrique FRW où r, f et q sont les coordonnées sphériques comobiles :
Puisqu’il est convenu que l'univers est isotrope, l'élément de longueur ds2 ne dépend pas des angles f et q mais uniquement du facteur d'échelle R(t). Le rayon de courbure Rc affecte les distances dans l'intervalle dr, de telle manière que 2 points sont séparés d'une distance dl égale à :
Si l'on pose |k| = (Rc)-2, cette équation admet trois solutions : k = 0, l'espace est euclidien et ouvert k = 1, l'espace est sphérique et fermé k = -1, l'espace est hyperbolique et ouvert En posant le principe de la relativité générale, Einstein transposa ces formules dans l'équation tensorielle du champ gravitationnel, afin de décrire la courbure de l'espace-temps :
Le
premier terme en [t-2]
est la courbure du temps, le second terme (k) est la courbure de l'espace. Mettons-nous à la place d’Einstein. Il sait que cette équation est dynamique car elle est construite à partir des équations de la gravitation qui donne sa forme et la dynamique de l'espace-temps. En d'autres termes, si elle représente l’univers réel et si l’univers contient de la matière, celle-ci obéit aux lois de la gravitation. Cela signifie aussi que dR/dt serait positif, que l’univers serait en expansion. L’Univers aurait donc connu un début avec toutes les conséquences que cela impose. Einstein ira à l’observatoire du mont Wilson et demandera aux astronomes s’ils avaient détecté un mouvement global de récession des galaxies. Mais à cette époque, on réalisait à peine les premiers spectres extragalactiques si bien que les astronomes lui répondirent qu’ils n’avaient encore rien détecté de particulier. Einstein en conclut que l’univers était statique.
Rejetant la solution de ses équations, pour résoudre cette difficulté Einstein imagina alors un principe d'isotropie, où la métrique était invariable, le rayon de courbure de l'Univers étant constant. Il introduisit une nouvelle force capable de résister à l’attraction gravitationnelle, la force de répulsion gravitationnelle du vide, baptisée la constante cosmologique. Très faible elle ne se manifeste que sur de grandes distances cosmologiques. A grande échelle en effet, l'énergie du vide a un effet gravitationnel non négligeable sur la géométrie de l'Univers. Plus la constante cosmologique est grande, plus les distorsions spatio-temporelles sont évidentes sur la distance considérée. Cette constante cosmologique[2] L avait déjà été utilisée par Friedmann mais elle nécessitait un choix particulier de conditions initiales pour se conformer à l’univers statique d’Einstein, son équation s’écrivant alors :
Cette
constante L impose dR/dt = 0 et du même coup l’univers se vide de matière,
puisque celle-ci n’a plus aucun effet et ne courbe plus
l’espace-temps. Il
était aussi fermé, c'est-à-dire qu'en partant droit devant lui, un
observateur situé à la surface de l'Univers reviendrait à son point de
départ après avoir parcouru une circonférence complète (en théorie,
car en pratique il n'aurait probablement jamais le temps de terminer son
tour). Einstein rejoignait l'idée du philosophe autrichien Ernst Mach qui
recherchait une théorie du champ totale capable d'unifier les propriétés
d'inertie de la matière et la distribution d'énergie dans l'Univers. Malheureusement pour Einstein, Friedmann [3] démontra à partir de 1922 qu’en supprimant la constante cosmologique il apportait de nombreuses solutions au problème des décalages spectraux analysé par Hubble. L'Univers restait homogène et isotrope mais au lieu d’être fermé et statique il devint dynamique, affecté d'un mouvement d'expansion. Il expliqua le déplacement des raies observé dans les spectres obtenus par Slipher et Hubble en considérant que les spectres des galaxies offraient un décalage spectral d'autant plus important qu'elles étaient éloignées. Friedmann corrigea la théorie d'Einstein en liant le rayon de courbure de l'Univers à une fonction simple du temps : t1/2 si la densité de l'énergie est supérieure à la densité de la matière, t2/3 si la matière prédomine, conformément à la Relativité générale. Il s'ensuit qu'à un moment déterminé du passé, l'Univers s'est trouvé concentré en un point unique.Dans le nouveau modèle d'Univers de Friedmann, si la densité de
la matière est supérieure à la densité critique, l'espace se courbe
sur lui-même permettant aux lignes parallèles de converger. Plus
significatif, dans ce cas la gravité peut ralentir l'expansion de
l'Univers et le forcer à décélérer jusqu'à entraîner une phase de
contraction dénommée le "Big Crunch". Dans ce cas l'Univers
devient elliptique et fermé. Le facteur de décélération permettant à l'Univers de se contracter est égal au rapport du rayon de courbure actuel de l'Univers sur le rayon de courbure estimé. Il est fixé à 1/2. Il signifie qu'en deçà de 0.5 la décélération est assez faible pour que l'expansion se poursuive indéfiniment. Obéissant à la loi de Hubble, dans ce cas la vitesse des galaxies dépasse la vitesse de libération. La densité de la matière devient négligeable et la taille de l'Univers augmente proportionnellement à la puissance 2/3 du temps. Einstein, certain que les équations qui décrivaient l’état de
l’univers devaient avoir une solution statique, indépendante du temps,
pensa que l’article de Friedmann était erroné. A la mi-septembre 1922
le magazine allemand "Zeitschrift für
Physik" reçut cette petite note d’Einstein qui disait d’une manière
quelque peu hautaine selon l’appréciation du Pr V.A.Fock, "que
les résultats de Friedmann semblaient suspicieux et qu’il y trouva une
erreur; après correction, la solution de Friedmann se réduit à celle [de
l’état]
stationnaire"[4]. Informé de l'avis d’Einstein par son collègue Krutkov
alors aux Pays-Bas, Friedmann écrivit une lettre à Einstein en décembre
1922, dans laquelle il développa ses calculs et présenta la preuve de
l’exactitude de ses résultats, demandant à Einstein s’il lui était
possible de publier un addendum à sa note précédente ou un extrait de
sa présente lettre. Il semble qu’Einstein n’ait pas attaché beaucoup
d’importance à cette lettre, étant quasiment certain que Friedmann
s’était trompé. En mai 1923, Krutkov rencontra Einstein chez Paul Ehrenfest, à Leiden et finit par persuader Einstein que Friedmann avait raison. Immédiatement après sa rencontre, Einstein envoya la note suivante aux "Zeitschrift für Physik"[5] : "A propos de l’article de Friedmann “Sur la courbure de l’espace”. Ma note précédente a critiqué l’article mentionné ci-dessus. Toutefois, la lettre de Friedmann qui m’a été communiquée par M.Krutkov a éclairci le fait que ma critique était fondée sur un mauvais calcul. Je crois que les résultats de Friedmann sont corrects et jettent une nouvelle lumière [sur ce problème]. On a trouvé que les équations du champ autorisent, en plus des solutions statiques, des solutions dynamiques (c’est-à-dire variable dans le temps) de la structure de l’espace". Cette solution sera confirmée par les observations précises d’Edwin Hubble qui devait démontrer en 1927 que le décalage vers le rouge du spectre des galaxies représentait bel et bien un effet Doppler et ne souffrait aucun terme correcteur : l'univers était bien en expansion et les galaxies suivaient ce mouvement par inertie. Comprenant que (dR/dt)/R > 0, Einstein reconnut qu’il avait fait "la plus grande erreur de sa vie". Par la suite Einstein continua de reconnaître l’importance du
travail de Friedmann dans le développement de la cosmologie moderne. Il
écrivit notamment en 1931 : "Friedmann...
fut le premier à débuter dans cette voie". Prochain chapitre L'atome primitif et l'Univers Einstein-De Sitter
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