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Rappelons
qu’une colonisation spatiale à l’échelle galactique n’a qu’une
chance sur un milliard de se produire et un contact avec une civilisation
Kardashev de type III a une probabilité de l’ordre de 10-17.
Ces valeurs rendent compte de l’insignifiance de notre situation et de l’isolement
dans lequel nous sommes plongé. Si
nous sommes réellement seuls, l’argument fréquemment invoqué fait référence
à la singularité de notre condition. Elle se marque dans la spécificité
de notre nature, de nos constituants et dans notre évolution.
Malheureusement cette hypothèse est indémontrable. Mais appelons les
choses par leur nom : c’est la doctrine de l’Eglise. Car il y a 500 ans
qu’on ne place plus l’homme au centre du Monde, celui qui était une
finalité en soi, qui était singulier et donc unique. De nombreux
biologistes et philosophes parlent encore de progrès pour caractériser
notre espèce. Il est évident que nous avons progressé sur bien des plans
par rapport à nos ancêtres. Mais ces scientifiques se trompent sur le plan
global car toutes les études statistiques démontrent à l’évidence que
le hasard est le seul maître d’oeuvre de cette réussite[8]
et que ce progrès est une caractéristique bien relative. A
l’heure actuelle cependant, chacun fait dire ce qu’il veut aux arguments
scientifiques; pour le pessimiste tous les facteurs de la formule de Drake
sont inférieurs ou égaux à 1, donc N ne peut pas dépasser l’unité. Il
est possible que cette solution soit exacte, mais nous ignorons encore ce
qui se passe autour de la plupart des étoiles. Immobilisés sur notre planète,
notre meilleure réponse est fondée sur l’état actuel de nos
connaissances. En
faisant l’hypothèse que l’univers est rationnel, qu’il obéit à des
lois accessibles à notre entendement, théorie et observation ne convergent
pas. Pourquoi ? Simplement parce que le scientifique est sceptique, il
travaille avec rigueur et ne pose aucun a priori. Ainsi que nous l’avons
vu, dans l’esprit du chercheur il est exclu de discuter de la vie
extraterrestre en terme de créatures pensantes et agissantes. En théorie
on ne peut pas rejeter l’idée que les “petits hommes verts” existent,
mais en pratique on n’en voit nulle part. En théorie le résultat est indéterminé,
il peut donc prendre n’importe quelle valeur. En pratique, les contraintes
sont telles que les planètes et les étoiles pouvant abriter la vie
n’ont, à l’heure actuelle, révélées aucune trace de son développement.
Mais je n’ai pas dit que la réponse imposait N = 1. La
question exacte serait plutôt de se demander : croyons-nous aux
extraterrestres ? Les psychiatres nous disent que celui qui répond par
l’affirmative recherche en réalité un réconfort moral, le besoin d’être
aimé. Si c’est le cas, l’altruisme ne serait pas de ce monde. Cette réponse
ne me réconforte pas et ma conscience la désapprouve. Celui qui refuse
cette réponse est seul dans l’Univers et n’est pas plus généreux par
définition. Oublions l’aspect psychanalytique. Pour les idéalistes il
reste tout de même la finalité. Dieu ? Certainement pas pour le laïque ou
le matérialiste. Notre cheminement devient hasardeux et s’oriente vers
des voies métaphysiques. détournons-nous de ces chemins pour l’instant
mais nous y reviendrons lorsque nous discuterons du principe anthropique et
de sa philosophie[9]. La
seule réponse satisfaisante est probablement la suivante. Avons-nous les
moyens de connaître l’Univers, de rationaliser nos données pour prétendre
un jour traduire l’Univers sous forme d’équations ? Cette quête
scientifique peut durer autant que l’homme se posera des questions. Si
nous sommes optimistes, nous pouvons avancer que dans les grandes lignes, et
en posant certaines limites à notre connaissance, nous connaissons les
principes fondamentaux qui régissent l’Univers. Il reste cependant un épineux
problème : celui de l’autoréférenciation. Nous faisons partie du monde
et la connaissance que nous pouvons avoir de l’univers est liée aux pensées
que nous créons. Etant les produits du cosmos, nous ne pouvons pas (encore)
expliquer notre raison d’être. C’est l’une des “conditions
initiales” que nous a donné dame Nature. Le résultat est donc indécidable. Le
biologiste, l’astronome et le physicien se voient donc contraints de
retourner la flèche du temps et de prendre le problème à l’envers. Bien
que nous ayons à notre disposition des lois a priori universelles, il
semble exister des conditions initiales qu’il est vain de vouloir
expliquer. Notre seule chance de comprendre le phénomène de la vie est
donc de se demander quelles sont les conditions initiales qui ont permis son
émergence. Tous les scientifiques procèdent de la sorte dès lors qu’ils
doivent déterminer les paramètres d’un événement contemporain dont la
cause est inconnue. Malheureusement pour le biologiste, la cause et
l’effet puisent dans le même contexte autoréférencé et il ne peut pas
imaginer une cause extérieure au système. S’ajoute
à ce problème le fait qu’il peut exister des phénomènes qui dépassent
notre entendement tout en étant rationnels. Si nous ne pouvons pas analyser
de telles données, il sera vain d’extrapoler nos théories car nous
n’aurons aucune idée des protocoles à suivre pour extraire les éléments
de base et concrets de cette information. Mais dans ce cas, faut-il
poursuivre l’étude ? La plupart des scientifiques considèrent que cette
recherche est inutile car si un phénomène ne peut être étudié, il perd
son sens. Bien sûr il se peut aussi que notre interprétation du phénomène
soit erronée. Mais si nos instruments sont capables de le détecter, cela
signifie aussi que nous maîtrisons les conditions de l’expérience et
pouvons à terme répondre aux énigmes qui apparaissent. Mais toute théorie
se base sur des hypothèses qui n’ont a priori aucun lien avec la réalité.
Si une théorie ne se base pas uniquement sur une intellection formelle mais
contient un pouvoir prédictif, notre interprétation peut avoir de
multiples conséquences culturelles et sociales. A travers des réflexions
rationnelles, si nous pouvons prendre toute la mesure du phénomène, nous
serons probablement contraints de faire appel à de nouveaux modèles de la
nature, peut-être plus complexes ou plus abstraits, qui très certainement
rendront son interprétation plus difficile. Comme
l’on démontré bien des historiens des sciences, aucune théorie
fondamentale n’est jamais neutre. Si le public éprouve des réticences à
acquérir ce savoir, s’il rejette son interprétation, il en découlera
des conflits socioculturels. Il faut donc vulgariser les sciences et les
techniques de façon à présenter au public une information lisible,
rationnelle et objective qu’il est susceptible de comprendre. Cette
transmission du savoir passe aussi par les pouvoirs publics. Aussi,
pour apprécier à sa juste valeur une information rationnelle comme la découverte
d’extraterrestres, il faut être conscient qu’il est malsain
d’extrapoler le peu de connaissances que nous avons à l’ensemble de
l’Univers, dont nous ignorons tout au-delà du nuage de Oort, à moins
d’une année-lumière d’ici ! On ne peut pas extrapoler nos
connaissances en biologie, en physique, en neurologie ou en robotique sans
tomber de suite dans un verbiage hasardeux propice aux divagations
irrationnelles. Construire le savoir c’est se donner les moyens de
comprendre l’indécidable, de s’interroger sur notre condition à partir
d’une méthodologie “à la Popper”. Les
philosophes des sciences se plaisent à dire que notre savoir nous donne accès
à des horizons insoupçonnés dont nous ignorons les possibles. Pour
d'autres, la
précarité de notre situation ne doit pas nous fragiliser pour autant. En
effet nous
faisons partie de la biocénose et jusqu’à présent nous y sommes en équilibre,
peut-être précaire, mais en tous cas régit par les lois de la sélection
naturelle. L’humanité serait alors la solution la plus simple mise sur
pied par dame Nature pour satisfaire un projet paradoxal et bien mystérieux
: la complexité croissante. Mais si cela était vrai, comment expliquer la
longévité du règne des insectes ou les facultés d’adaptation des bactéries
qui sont loin d’être des entités complexes ? Si nous généralisons cette démarche à l’ensemble de l’Univers, notre connaissance du vivant ne nous permet pas encore d’identifier les conditions initiales qui déterminent son émergence et le sens profond de son évolution. A l'inverse des idées exprimées par quelques astronomes et philosophes médiatiques, aucune preuve ne permet aujourd'hui de dire que nous sommes nés pour accomplir le destin de l'univers ou que la finalité du Monde est l'Homme. La seule solution qui nous reste est de rassembler les
acquis de plusieurs siècles de recherches et d’extrapoler cette
connaissance sous la stricte obédience de la démarche scientifique, sans
nous enorgueillir de notre situation. Certains diront que si l’Univers est
rationnel, si le vivant est synonyme d’ordre, le problème général de la
vie et de sa singularité se résume à celui de l’intelligence. Mais la
solution est à nouveau autoréférencée et indécidable. Si la boucle est
ainsi bouclée, le concept anthropocentrique retrouve sa liberté
d’expression. En l’absence de réponse, notre place dans l’Univers
n’est pas assurée. Quel sera notre futur ? Rationnellement parlant, nous
devons le redire, il devrait contraindre le monde imaginaire sur la voie de
la rigueur scientifique. L’appel
du cosmos sera certainement le cris de ralliement des siècles à venir, à
terme cette évolution est inévitable. Si nous acceptons N = 1 comme
solution de l’équation de Drake, nous pouvons nous considérer comme des
extraterrestres potentiels, c’est une question de temps. Mais
rationnellement parlant, nous ne pouvons pas accepter cette singularité
pour une simple et bonne raison : toute personne de bon sens ne peut pas
exclure l’existence d’une vie extraterrestre tant que nous ne
connaissons pas tous les facteurs de la formule de Drake avec précision.
Incrustez-vous bien de la célèbre réflexion de Drake et Sagan comme
d’un cliché : l’absence de
preuves ne signifie pas preuve de son absence. L’avenir en décidera.
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