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Les comètes Polémiques autour de la nature des comètes La
composition des comètes est encore très mal connue et fait l'objet
d'un large débat. Toutes les données que les astrophysiciens ont
accumulées proviennent principalement des observations
spectroscopiques de la coma et de l'analyse in situ réalisée
par les sondes spatiales lors du passage de la comète de Halley en 1986.
La plupart
des éléments volatils n'ont été découverts qu'au travers de leurs
produits de dissociation et leurs signatures dans les spectres
visible, infrarouge, ultraviolet ou radio. Mais les données
recueillies in situ manquant parfois de résolution et les modèles
étant pour la plupart simplistes, il est parfois
difficile d'interpréter les données brutes, sans parler des problèmes
liés à la connaissance du temps de vie des molécules, de la
calibration des instruments et des problèmes théoriques annexes.
Le
modèle idéal de comète n'existe donc pas et il faut prendre le
problème à son origine pour essayer d'y voir clair. Car la Science
c'est avant tout l'observation. Elle sera corroborée par des calculs
qui seront à leur tour mis à l'épreuve de l'observation, et ainsi
de suite, ainsi va la Science.
J'ai
relaté dans une autre page la fin dramatique que connu la comète
Shoemaker-Levy 9 (SL9) qui se scinda en de nombreux fragments avant de percuter
Jupiter en 1994. La première question qui vient à l'esprit est de se demander pourquoi
une comète se fragmente-t-elle ? Si nous pouvions répondre à cette question
nous connaîtrions leur nature et pourrions prédire leurs comportements avec
plus de précision.
A
gauche, la comète West photographiée par Peter Stättmayer
de l'Obervatoire Public de Munich en mars 1976 au téléobjectif. West brillait
en fait par ses "éclats"; elle s'était fragmentée en 4
morceaux. A droite, simulation de la collision entre la comète SL9 et Jupiter vu de la sonde spatiale Voyager
2. Cliquer
sur l'image pour lancer l'animation. Documents Peter Stättmayer/ESO et
JPL. Une
comète peut être assimilée à un ressort. Nous savons qu'il présente une
force de tension au-delà de laquelle il se rompt, c'est la limite
d'élasticité de la matière. Un corps solide reste aggloméré en vertu de la
force de la gravitation qui attire mutuellement toutes ses parties mais
également grâce à la force de liaison moléculaire. Si
la force de tension d'un ressort en acier dépasse 2.4x109 dynes/cm2,
la force de tension d'une comète est environ 24 millions de fois inférieure
(1000 dynes par centimètre carré); elle est donc très sensible au stress
gravitationnel qui peut facilement la faire éclater en morceaux. En
l'espace des deux derniers siècles nous avons observé au moins 25 comètes qui
se sont fragmentées, auxquelles il faut ajouter les comètes jumelles
La fragmentation du noyau En 1976, si la comète West (1975 VI) fut si brillante c'est parce que son noyau se scinda en quatre morceaux, révélant deux noyaux secondaires de même taille et de même éclat. En 1995, la célèbre comète 73P/Schwassmann-Wachmann 3 d'une période de 5.3 ans se scinda en au moins trois parties, révélant une coma et une queue complexes. Lors de son passage en avril 2006 à 0.08 UA (12 millions de km) de la Terre, on dénombrait au moins 8 fragments. En 2022, les fragments devraient passer encore un peu plus près de la Terre sans toutefois nous menacer. Enfin, en 2001 le noyau de Linear C/2001 A2 se scinda en deux parties d'égale brillance. Exceptionnellement, des noyaux multiples peuvent apparaître, telle la défunte Shoemaker-Levy 9 (D/1993 F2) constituée d'au moins 26 fragments. Ces noyaux multiples ont été engendrés par les forces de marées provoquées par Jupiter à une distance inférieure à 5 millions de km.
Quant à Linear (D/1999 S4), au lieu de se briser en fragments biens nets et brillants comme Shoemaker-Levy 9, son noyau s'est quasiment dissous dans un nuage amorphe de gaz et de poussière comme le montre très bien les photographies ci-dessus. Mais il y a une similitude entre les deux comètes : au moment de la fragmentation, le noyau de Linear s'est également transformé en une longue chaîne brillante. Toutefois il n'y avait pas de noyaux indépendants comme on l'observa sur SL9.
Cette fragmentation implique déjà une structure interne assez homogène mais très sensible aux forces de marées. Ainsi qu’il a été dit, on retrouverait une structure interne similaire à celle des astéroïdes, dont certains se sont formés par accrétion. La similarité entre la brillance des noyaux cométaires et celles des astéroïdes est connue[1], à laquelle s’ajoute une réflectivité radar fort similaire, proche de 10%, qui rappelle le faible pouvoir réfléchissant de certaines pierres ou des scories. La comète de Halley ne réfléchissait toutefois que 4% de la lumière solaire, ce qui reste inférieur aux prédictions. Les comètes semblent se fragmenter à toute distance du Soleil, mais principalement dans la région proche du périphélie où l’attraction du Soleil est la plus forte. Selon Tom Van Flandern de l'Institut META Research, la durée maximale durant laquelle on peut observer une scission après le passage au périphélie d’une comète qui gravite sur une orbite parabolique augmente en puissance 1.5 de la distance périhélique à une constante près. Ainsi les comètes qui présentent une courte distance périphélique restent peu de temps près du Soleil et ont peu de chance de se fragmenter. Inversement, une comète ayant une distance périhélique de 1 UA par exemple, restera près de 68 jours à la distance périhélique et jusqu’à une année à la distance de la ceinture des astéroïdes. Bien sûr ce modèle s’écroule si l’orbite de la comète croise la trajectoire d’une planète influente comme Jupiter.
Lorsque le noyau se fragmente, une comète peut encore rester active quelques dizaines d'années. Vient un moment où le noyau est tellement petit qu'il se désagrège en formant des pluies d'étoiles filantes. C'est Schiaparelli en 1866 qui démontra le lien entre les comètes et certains essaims de météores. Si la comète se désagrège près de la Terre, nous assistons au passage périodique d'essaims d'étoiles filantes. Le plus bel exemple est la comète périodique de Biéla qui fut découverte en 1826. Elle finit par éclater en deux morceaux en 1852, formant un court instant deux comètes jumelles. Mais aucune des deux comètes ne réapparut au passage suivant. Le 27 novembre 1872 le ciel fut par contre progressivement envahi d'étoiles filantes et l'on estima leur nombre total à 160000. On établit que la trajectoire héliocentrique des météores décrivait la même orbite que celle de la comète de Biéla. Les théories alternatives proposées par une minorité de chercheurs résolvent quelques uns des problèmes du modèle Standard proposé par Whipple. L’une des idées alternatives se trouva confortée lorsqu’on découvrit dans les archives 14 comètes fragmentées pour lesquelles les astronomes connaissaient précisément les dates de fragmentation. Toutes ces comètes s’étaient brisées avant ou près du périhélie. Les astronomes en connaissent autant qui se sont fragmentées après le périhélie, mais dont la date est incertaine. Ces événements remettent en question la validité du modèle de la “boule de glace sâle”.
En effet, depuis le milieu des années 1970, Z.Sekanina[2] et ses collègues du JPL ont découvert que la vitesse de séparation des fragments cométaires semble corrélée avec la distance au Soleil au moment de la scission, phénomène qui n’existe pas dans la théorie standard; cette nouvelle théorie qui incorpore une loi en puissance impose que nous amendions la théorie originale de Whipple. Les vitesses relatives des fragments cométaires, forts proches dans le cas de SL9 semblent avoir une origine gravitationnelle, satellitaire qui s’oppose à la théorie selon laquelle ils auraient été formés par accrétion ou par un processus éruptif du noyau. Toutefois, selon T.Van Flandern, la variation de la vitesse des fragments en fonction de la distance au Soleil semble incompatible avec une scission provoquée par des processus internes, la chaleur, le stress gravitationnel ou le rayonnement solaire. Dans son esprit, beaucoup d’autres données viennent infirmer le modèle de Whipple.
Pour les défenseurs du modèle Standard, la seule explication est de considérer que les comètes présentent bel et bien une faible densité et contiennent des fragments de quelques mètres seulement comme le prédit le modèle de Whipple. Toutes ces idées doivent cependant être confirmées en analysant un plus grand nombre de comètes et en posant un jour une sonde d'exploration sur l'une d'entre elles.
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