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Le procès de Galilée

Le décret de 1616 (II)

En tant que consulteur du Saint-Office, Bellarmin connaissait bien la personnalité du Pape et savait combien il était susceptible à propos des "Arts libéraux". Rien ne le mettait plus en colère que d'entendre quelqu'un - comme Galilée - s'engager comme si c'était une affaire personnelle. C'est aussi la raison pour laquelle la plupart des hauts dignitaires amis de Galilée refusèrent de s'attaquer directement au Pape. Tous ces amis se désistèrent; chanoines, sénateurs et ambassadeurs refusèrent de le représenter, si bien que sa défense incomba à un jeune clerc dénommé Orsini, âgé de 22 ans.

Heureusement pour lui, Galilée était déjà célèbre et aucune mesure ne fut prise. Un décret fut rédigé, en fait un avis consultatif, stipulant non pas que Galilée était un hérétique, le mot ne fut pas écrit, mais que sa théorie héliocentrique “est stupide et absurde, et fausse en philosophie, et formellement hérétique, car elle contredit explicitement, et en de nombreux paragraphes, les sentences de l’Ecriture Sainte, lue selon le sens propre des mots et l’interprétation commune des saints Pères et des théologiens[6]. Non seulement il critiquait l'Ecriture Sainte mais il n'avait aucune preuve de ce qu'il avançait et sa théorie était fausse. Sa théorie du flux et du reflux en particulier, ne prouvait pas que la Terre tournait autour du Soleil. Elle démontrait seulement que le mouvement des océans obéissait aux mouvements de la Terre.

A sa charge il faut bien reconnaître que le sens commun n’était pas en faveur de Galilée : tout indique en effet que la Terre est fixe et que le Soleil tourne autour de nous... Pire, dans un récent sondage[7] réalisé en 1981, il est apparu qu’un tiers de la population française vit encore dans une vision du monde précopernicienne !

Bref, les astronomes, y compris ceux de l'Observatoire du Vatican n'avaient pas le choix, le décret leur ordonnait de travailler avec des "hypothèses de travail [...] sans porter préjudice à la vérité catholique". 

L'année suivante, le Saint-Office de Rome déclara le système de Copernic "comme entièrement opposé à l'Ecriture Sainte", mais Copernic n'était pas encore considéré officiellement comme un hérétique. Seuls les ouvrages de l'un ou l'autre chanoine seront interdits, mais durant quelques années seulement.

Le Cardinal Bellarmin, consulteur du Saint-Office fut le théologien du pape. Au centre le jésuite Orazio Grassi, astronome du Collège Romain. A droite le Pape Urbain VIII. Documents IMSS et SSSP.

Grâce aux conceptions libérales d'une majorité de cardinaux, l'avis du Saint-Office ne sera rendu public que 17 années plus tard en 1633. Mais l'injonction de la Sacré Congrégation était très claire : Galilée n'avait qu'à bien se tenir s'il ne voulait pas connaître le courroux de l'Eglise. 

En 1616, l'Eglise condamna les idées de Copernic et interdit que l'on considère que la Terre soit en mouvement. Le Pape prononça heureusement un non-lieu pour Galilée, ordonnant au cardinal Bellarmin d'exhorter Galilée à abandonner ses opinions. Ouf ! Chacun pouvait à nouveau regarder les étoiles et philosopher sur l'avenir des mondes. 

Pendant 7 ans Galilée ne discuta plus de copernicisme en public. Il avait d’autres préoccupations, plus engagées dans des polémiques en matière d’astronomie, telles que la nature des taches solaires ou des comètes. Jusqu'au jour où Galilée eut l'intention de publier son "arme secrète"...

Le Cardinal Bellarmin mourut en 1621. En 1623 Mafféo Barberini accède à la tiare pontificale sous le nom d'Urbain VIII. D'un caractère humaniste, le nouveau pape n'est pas un stratège très habile. Il aime toutefois la modernité, partageant le pouvoir avec des intellectuels libéraux. Il approuve la vision du monde de Galilée et réunit autour de lui des conseillers non seulement jésuites mais également issus du monde laïque. Tout cela agace les membres du Vatican. 

Connaissant le pouvoir de l'Inquisition, Galilée soumis son "Il Saggiatore" (L'Essayeur) au nouveau pape qui autorisera sa publication. Or dans cet ouvrage Galilée riposte à la thèse du jésuite Orazio Grassi, astronome du Collège Romain, sur la nature des comètes. Galilée pense, à tord cette fois, qu’il s’agit de phénomènes météorologiques dût à l’action du Soleil dans la haute atmosphère terrestre alors que Grassi soutenait qu’elles étaient d’origine céleste et se déplaçaient sur une orbite circulaire.

Controverse autour du Dialogue

En 1629, Galilée informe son ami le prince Frederico Cesi que son ouvrage, le "Dialogue", est presque terminé. Il s’agit d’une version refondue et complétée de ses ouvrages antérieurs consacrés à l’astronomie, à la physique et à la mécanique. Mais c’est avant tout un ouvrage critique qui oppose les thèses ptolémaïques et coperniciennes, jusqu’à les simplifier à outrance pour plus de clarté. 

Ainsi qu’il était de coutume à l’époque, cet ouvrage est rédigé sous la forme d'un dialogue entre trois personnages et s'étend sur 4 journées. Il met en scène Salviati, un copernicien convaincu qui représente Galilée; Sagredo, un personnage sceptique qui permet à Galilée de mieux expliquer ses théories et Simplicio qui, dans l'esprit malin de son auteur évoque peut-être san Simplicio qui fut pape de 468 à 483. Galilée joue peut-être aussi sur les mots car "semplicione" signifie "benêt". Quoi qu'il en soit le personnage de Simplicio défend le système de Ptolémée et représente la Curie papale dans l'esprit de Galilée. Salviati et Sagredo furent deux anciens élèves de Galilée lorsqu’il enseignait à Padoue vers 1600. Simplicio est donc le seul personnage imaginaire.

Le Dialogue

Le premier ouvrage de physique de l'histoire fut écrit par Galilée à l'époque de l'Inquisition, c'est le fameux "Dialogue sur les deux plus grands systèmes du monde, le ptoléméen et le copernicien". Bien que d'une logique exemplaire, ce livre vaudra à Galilée d'être jugé comme hérétique par le Saint Siège. A cette époque la Curie romaine était omnipotente et gare à celui qui la tournait en dérision ou contredisait les Saintes Ecritures. Document Bibliothèque Nationale de Belgique.

Si on omet le problème du flux et du reflux, Galilée considérait que ses preuves étaient tellement convaincantes qu'il n'avait pas à s'inquiéter de l'effet que produiraient ses écrits s'ils étaient publiés sans diplomatie. Dans son Dialogue, Galilée explique par la bouche de Salviati comment il a observé avec son "tube optique" les phases de Vénus et les satellites de Jupiter. Ces phénomènes dit-il, sont en contradiction avec la cosmologie d'Aristote et de Ptolémée. L'évolution des phases de Vénus confirme à l'évidence que cette planète tourne autour du Soleil comme la Terre. Quant aux satellites de Jupiter, puisqu'ils tournent autour de la planète géante, il existe au moins deux centres de révolution. Or, les Anciens considéraient qu'il n'y avait qu'un centre du Monde. Donc de deux choses l'une : soit il y a une infinité de centres de révolution, l'un autour du Soleil, l'autre autour de la Terre, un troisième autour de Jupiter, et ainsi de suite, soit la doctrine d'Aristote est erronée...

On voit donc que le but de Galilée en présentant son Dialogue n’était pas simplement de présenter ses découvertes au public, cela il l’avait déjà fait dès années plus tôt. Son but, plus subtil, était de remplacer le De Caelo d’Aristote[8]. Mais agissant de la sorte, Galilée se rendit compte qu’il était en train de créer une nouvelle philosophie raison pour laquelle il sera autant critiqué par le clergé que par les philosophes. Le Dialogue restera toutefois le premier essai d’un physicien au sens propre et un chef d'oeuvre de logique argumentative.

Copie du portrait de Galilée réalisé par Justus Sustermans en 1636. Document IMSS.

En 1631, fort de ses découvertes, Galilée est pressé de publier. D’une santé plus fragile que par le passé, il a 67 ans, il voit également ses amis mourir autour de lui tel le Prince Cesi ou Kepler. Il recevra l’imprimatur à Rome le 25 avril mais feint d’apporter les corrections au texte comme lui avait demandé le Père Riccardi. Il prétexta du danger de contagion de la peste qui régnait alors à Rome pour faire imprimer son manuscrit à Florence, chez Landini. Certainement aigri et passablement orgueilleux, Galilée ne dût pas retenir la leçon du passé, et rétrospectivement cette deuxième erreur lui sera fatale.

Pourtant Galilée n’ignorait pas que Copernic avait pris la précaution de ne rien publier de tel de son vivant et même après sa mort son ouvrage contiendra une préface écrite par Andreas Osiander[9] disant..."les idées de ce livre n'ont pas besoin d'être vraies, ni même probables [...] il contient d'ailleurs des absurdités qu'il n'est pas nécessaire de faire ressortir ici ".

Mais Galilée était naïf et s'il n'ignorait pas tout à fait la manière de fonctionner de l'Inquisition, c'était un homme obstiné, convaincu de sa bonne foi et de son pouvoir de persuasion. Il est vrai que ses réactions épidermiques en avaient déjà désarçonné plus d'un et plus compétents que lui dans leur domaine. Mais il ne se doutait pas de l'ampleur du pouvoir de l'Inquisition.

En février 1632, les premiers exemplaires de son Dialogue[10] arrivèrent à Rome. Mais Galilée ne prit pas la précaution d'introduire son ouvrage comme étant une hypothèse comme ses amis lui avaient conseillé. Aux yeux de Galilée, son livre contenait suffisamment d'arguments objectifs pour tenir tête à n'importe qui. Ce livre eut un grand retentissement mais évidemment il déplut à ses adversaires du Saint Siège. Ceux-ci avisèrent rapidement le Pape que Simplicio le représentait, le tournant en ridicule avec ce petit plus d'humour grinçant cher à Galilée. Sa Sainteté avait été abusée par Galilée.

Pris d’une violente colère, Urbain VIII ordonna que l’imprimatur soit cassé et annulé. Dorénavant quoique puisse écrire Galilée, hypothèse ou pas, la Curie prendrait ce qu'il avait écrit au pied de la lettre. La Sacré Congrégation du Saint-Office de Rome confisqua le Dialogue et au bout de 6 mois interdit à Landini de continuer à le diffuser. 

Confronté à autant "d'hérésies" le Pape convoqua Galilée en octobre 1632. Galilée n'y accéda pas volontiers, voyant des "méchants" même parmi ses amis. Il savait aussi que s'il mettait les pieds à Rome son compte était bon et qu'il vallait donc mieux rester le plus longtemps possible éloigner du Vatican. Il ne se trompait pas. Il fit mine de ne rien savoir, invoqua la maladie et des empêchements, parvenant à retarder sa comparution devant l'Inquisition jusqu'au 12 avril 1633.

1633, Galilée est jugé devant le Saint-Office pour hérésie et opinions contraires aux Saintes Ecritures. L'heure n'est plus aux fanfaronnades.

Entre-temps son protecteur le Grand-Duc Ferdinand II se délia de sa position délicate vis-à-vis de l'Eglise pour préserver le peu d'influence politique qu'il avait encore et arrêta de commenditer Galilée.

Puis vint le jour du procès. Il ne faut pas considérer les procès de l'époque comme on les définit aujourd'hui. Le procès de Galilée est avant tout un procès religieux, qui s'intéresse uniquement au respect du dogme. Il n'y a pas de jurés et le présumé coupable n'a pas non plus accès à son dossier; il ne sait donc pas officiellement pourquoi il est convoqué...

Prêt à ridiculiser tout l'aréopage du clergé, Galilée pensait trouver dans le Pape un allié sûr le cas échéant. Comme il était de coutume, la Commission lui ordonna de porter la robe blanche du pénitent et lui rappela qu'il était examiné sous menace de la torture. Vint ensuite la lecture de la sentence qui avait été prononcée en 1616 et on lui demanda s'il savait pour quelles raisons on l'avait appelé à l'époque. 

Galilée répondit que "le Saint-Office voulait être informé de la doctrine de Copernic". Le père Vincenzo Maculano de Fiorenzuola, dit Fra Fiorenzuola, commissaire général de l'Inquisition, lui demanda alors ce qu'il en était sorti. Galilée répondit que "ces opinions étaient en contradictions avec les Saintes Ecritures et qu'il devait les considérer comme des hypothèses". "Vous a-t-on notifié cette détermination ? " lui demanda Fra Fiorenzuola. "Oui, répondit Galilée, le cardinal Bellarmin l'a fait". Fra Firenzuola lui demanda ensuite ce que lui avait exactement notifié le Cardinal Bellarmin. Galilée lui expliqua qu'"on ne pouvait pas soutenir de manière absolue l'opinion de Copernic qui serait alors considérée comme contraire aux Saintes Ecritures. [...] Il ne pouvait s'agir que d'une supposition". 

Sûr de lui, Galilée présenta alors à l'Inquisiteur le certificat officiel de l'Inquisition daté de 1616, lequel condamnait tout à la fois le système de Copernic et le libérait de toute poursuite. Mais Galilée ignorait que l'Inquisition avait à sa disposition une autre déposition signée par Bellarmin qui ne faisait pas du tout l'éloge de l'astronome querelleur. 

Les éléments du procès de Galilée

Parmi les nombreux articles du procès de Galilée il faut relever que non seulement Galilée oublia qu'il y avait deux marées aux pieds du Couvent de Saint-Marc mais il revendiqua le système de Copernic, plaçant non plus la Terre, c'est-à-dire l'Homme à l'image Dieu, mais le Soleil au centre du Monde. Galilée se trompa également dans sa défense avant de comprendre que la Curie romaine ne discutait finalement pas de science, mais du dogme : L’intention du Saint-Office est de nous enseigner comment on va au ciel et non comment va le ciel...

Fra Fiorenzuola se montra très incisif et le questionna sur les témoins présents lors de cette convocation et sur le commandement qui lui fut signifié. Galilée commença à avoir peur. Avait-il oublié quelque chose, n'avait-il pas respecté une ordonnance ? Invoquant une perte de mémoire, Galilée pris la sage décision d'aller dans le sens de Fra Fiorenzuola, essayant tant bien que mal de se défiler lorsque les choses s'envenimaient, citant même la célèbre formule du Cardinal Baronius : "L’intention du Saint-Office est de nous enseigner comment on va au ciel et non comment va le ciel..."[11].

Galilée se rendit compte que l'on ne discutait pas réellement de science et comprit bientôt que son ami le Pape ne ferait rien en sa faveur. Clairvoyant dans sa critique, Fra Fiorenzuola discutait en réalité de l'obéissance de Galilée face aux injonctions de la Sacré Congrégation.

Galilée devant Fra Fiorenzuola. Fresque réalisée en 1857 par Cristiano Banti. Document HAO

Fra Fiorenzuola se montra très incisif et le questionna sur les témoins présents lors de cette convocation et sur le commandement qui lui fut signifié. Galilée commença à avoir peur. Avait-il oublié quelque chose, n'avait-il pas respecté une ordonnance ? Invoquant une perte de mémoire, Galilée pris la sage décision d'aller dans le sens de Fra Fiorenzuola, essayant tant bien que mal de se défiler lorsque les choses s'envenimaient, citant même la célèbre formule du Cardinal Baronius : "L’intention du Saint-Office est de nous enseigner comment on va au ciel et non comment va le ciel..."[11].

In fine Fra Fiorenzuola repris l'argument des marées qu'il retourna contre le mathématicien. La théorie du flux et du reflux évoquée par Galilée ne démontrait pas du tout que la Terre tournait autour du Soleil, et ce fut là la plus grande erreur de sa plaidoirie, car tous les hommes érudits savaient que les marées étaient uniquement provoquées par l’influence de la Lune, sa masse attirant les fluides de son côté. Mais ceci n’était encore rien comme allait bientôt s’en rendre compte Galilée. 

Ce contre quoi le Saint-Office s’insurgeait n’était pas le fait que la Terre soit en mouvement mais bien l’immobilité du Soleil posée comme un fait incontesté, ce qui était en contradiction avec les Saintes Ecritures : si Josué ordonna au Soleil de s’arrêter, c’est parce que ce dernier était en mouvement, n’est-il pas ? Galilée tenta de répondre en parlant de mouvement apparent mais le commissaire resta intransigeant et le questionna durant presque trois jours.

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Le verdict

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[6] S/dir Mgr P.Poupard, “Galileo Galilei - 350 ans d’histoire”, op.cit., p140.

[7] S/dir Mgr P.Poupard, “Galileo Galilei - 350 ans d’histoire”, op.cit., p207.

[8] Aristote, “De Caelo”, Masson, 1992.

[9] Les ouvrages de Copernic ont été traduits par E.Rosen dans "Three Copernician Treaties" et publiés chez Columbia en 1939.

[10] Galilée, “Dialogues et lettres choisies”, P.Michel, Hermann, 1966.

[11] Galileo Galilei, “Opere”, Ed.Nazionale, t. V, p319.


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