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L’anatomie et les fonctions des cellules

Cellule animale. Document créé par Molecular Expression francisé par l'auteur.

Fonctionnement d'une cellule (IV)

Comment fonctionne une cellule ?[3]. En fait, si on sait comment elle fonctionne en théorie, les biologistes sont toujours incapables de fabriquer de toute pièce une cellule fonctionnelle. Nous verrons en dernière page qu'on s'en rapproche avec les travaux de Graig Venter mais de façon encore très simplifiée. Pourquoi ? Car il reste beaucoup de questions ouvertes et donc autant d'inconnues qui peuvent jouer un rôle encore insoupçonné et peut-être important dans l'expression de la vie. La recherche continue.

La cellule contient une multitude de vestiges ancestraux témoignant de l’évolution d’une entité de base miniaturisée. Au fil de l’évolution la cellule est devenue une entité à ce point complexe qu’elle ne peut plus être décrite aujourd’hui sans faire appel à la fois à la biochimie et à la biologie moléculaire. L’ère du microscope optique est révolue et nous devons aujourd’hui exploiter la technologie nucléaire pour tenter de trouver une explication unificatrice à son existence.

Constituants biochimiques

Sur le plan biochimique, la cellule est principalement constituée d’oxygène, d’hydrogène, de carbone et d’azote, éléments que l’on retrouve dans la majorité des composants organiques. Elle comprend de 60 à 70% d’eau, 20% de protéines et environ 4% d’acides nucléiques. Les 6% restants sont partagés entre les acides gras (lipides), les hydrates de carbone (polysaccharides) et d’autres constituants à l’état de traces.

Toutes les structures solides que l’on trouve dans une cellule sont des combinaisons complexes de ces différentes macromolécules. La quantité d’eau présente dans la cellule est importante car elle représente un environnement propice au développement des réactions chimiques.

La diversité des tissus et des cellules. A gauche, les fibres striées du muscle cardiaque (coeur). On reconnaît les cellules et leur noyau ainsi que les disques intercalaires (segments roses verticaux). Au centre, un épithélium columnaire simple (surface d'une muqueuse). A droite, coupe transversale à travers les tissus nerveux d'un ganglion dorsal. On reconnaît l'axone foncé au centre des neurones (mauve). Documents Cytochemistry et IUSC.

Avant toute chose, il faut faire la distinction entre la cellule procaryote, sans noyau, et la cellule eucaryote, qui dispose d’un véritable noyau. La première regroupe les algues bleues et vertes, les bactéries, ainsi que les actinomycètes proches des moisissures. Les cellules eucaryotes reprennent toutes les autres cellules.

Leur différence de structure est le signe vraisemblable d’un stade d’évolution différent, la cellule simple ou procaryote étant apparue en premier lieu, avant que l’évolution ne façonne la cellule eucaryote. Elles ont évolué chacune à partir d’une forme ancestrale qui est probablement apparue il y a plus de 3 milliards d’années.

L'ADN non exprimé

Les deux génomes procaryotes et eucaryotes se différencient également par la présence chez les cellules eucaryotes d’une beaucoup plus grande proportion d’ADN non fonctionnels ou de protéines.

En effet, à côté des quelques 40000 gènes lourds de sens qui représentent environ 10% de l’ADN nucléaire, quelque 97% n’est pas exprimé ! Il s’agit de fragments d’ADN contenant des séquences régulatrices, des traces de duplications et de mutations antérieures, des gènes, des virus et des rétrovirus morts ou inactifs que l’évolution n’a pu éliminer.

Pr Sidney Altman

Le Pr. Sidney Altman, prix Nobel de Chimie en 1989 et une assistante  travaillant sur le séquencage du génome. Document Yale University.

A l’exception de quelques gènes d’ARN de transfert et d’ARN ribosomial, ces ADN de rebut, la “pourriture” (junk)[4] comme l’a si bien considérée Crick, n’existe pratiquement pas chez les cellules procaryotes. La raison la plus probable est que le génome bactérien a été “amélioré” par la sélection naturelle afin d’assurer une multiplication aussi rapide que possible. Ainsi, dans les bactéries en croissance, la réplication de l’ADN ne cesse pratiquement jamais.

Parmi les découvertes que l’on espère de la cartographie du génome humain qui fut terminée en 2001 réside l’espoir que cette “pourriture” ne codant pas pour les protéines recèle un enregistrement de l’histoire de l’évolution humaine.

En effet, si nous pouvions identifier l'origine et le rôle éventuel de ces séquences inactives, les chercheurs pourraient sans doute mieux comprendre notre évolution, y compris certains de nos comportements que les réactions biochimiques seules ne peuvent totalement expliquer (comme par exemple l'attirance sexuelle).

Ainsi, récemment des chercheurs ont découvert dans ces ADN non exprimés des séquences dérivées de gènes et des traces de virus ayant participé aux mutations génétiques puis écartés au cours de l’évolution. Du coup, les scientifiques ne voient plus les virus sous le même angle et certains y verraient même des alliés. Nous reviendrons sur le rôle des virus dans l'évolution.

Les généticiens fondent donc beaucoup d'espoirs dans le séquençage du génome à la fois dans le but de faire avancer la thérapie génique mais également afin de comprendre la complexité de l'évolution et la nature humaine.

Structure interne d'une cellule

La cellule végétale ou animale a une dimension de l’ordre de 10-8 cm3, qui se réduit à 10-12 cm3 chez les bactéries. Lorsque le génome eucaryote fut différencié, les fonctions se sont réparties entre le noyau et le cytoplasme. La cellule eucaryote dispose d’une structure interne fort complexe, marquée par le cloisonnement important de ses sous-structures. 

La cellule eucaryote est une entité autonome. Elle vit, se divise parfois, se nourrit et rejette les déchets de son métabolisme dans le sang. Voyons les structures fondamentales de cette cellule.

Le cytoplasme ou cytosol est une matrice riche en eau dans laquelle baigne tous les constituants cellulaires. Il ressemble plus à un gel visqueux qu’à une solution liquide mais il peut se liquéfier quand on l’agite fortement. Sa capacité de passer de l’état de gel à celui de liquide participe également au déplacement des constituants cellulaires. Observé au microscope électronique, le gel cytoplasmique apparaît comme un entrecroisement tridimensionnel de minces fils riches en protéines. Ce maillage est le résidu d’une structure interne qui remonte à l’époque des éponges trabeculae, d’où son nom de réseau microtrabéculaire. Selon C.de Duve, cette structure pourrait avoir un effet sur la cinétique de certaines réactions ou même conduire à la formation d’authentiques systèmes multienzymatiques doués de propriétés spéciales.

Anatomie des cellules eucaryotes

Cellule végétale

Cellule cilliée

Cellule animale

La cellule végétale se différencie essentiellement de la cellule animale par sa forme souvent polygonale, la présence de chloroplastes (vert) qui assurent la photosynthèse et de grandes vacuoles digestives (souvent remplies d'eau) dans le cytoplasme. Notez dans les deux cas la présence d'un noyau, qui contient un nucleus enfoui dans le nucléoplasme. Il est protégé par une double membrane communiquant avec le réseau endoplasmique. Documents Jordi Gurrera et extraits de E.Marieb/G.Laurendeau, Anatomie et physiologie humaines, Pearson Ed., 2005.

Les échanges entre le noyau et le cytoplasme ont lieu à travers les pores nucléaires. Le noyau en effet enveloppé dans une membrane formée d’un double feuillet de protéines percé de minuscules pores dont le passage ne fait que 9 nm de diamètre. Ces ouvertures permettent le transfert des substances nécessaires au métabolisme cellulaire. Seules les molécules comprises entre 10 et 60000 daltons[5] peuvent traverser ces pores, quitte à ce que leur passage soit facilité par des protéines de transport situées sur le pourtour et qui reconnaissent certaines substances. On estime que chaque pore voit sortir 100 molécules d’histones et entrer 3 mitochondries chaque minute dans la membrane cellulaire.

A côté du noyau et du cytoplasme, la cellule eucaryote contient des cytomembranes qui enveloppent le noyau et la cellule toute entière, lui permettant d’atteindre une dimension très supérieure à celle de la cellule procaryote. Ces membranes sont constituées d’un bicouche lipidique de 5 à 6 nm d’épaisseur constitué de deux couches de molécules hydrocarbonées hydrophobes. L’une des faces est hydrophile et orientée vers l’extérieur de la membrane. Cette pellicule biomoléculaire contient diverses protéines qui sont enchâssées dans le bicouche, assurant les échanges de substances à travers la membrane ainsi que d‘autres fonctions. Sans ce bicouche il n’est pas exagéré d’affirmer que la vie telle que nous la connaissons n’existerait pas.

Le cytosquelette à peine visible contribue à donner une forme et une certaine rigidité aux cellules. Sans sa présence toutes les cellules tendraient vers une forme sphérique. Il est constitué de polymères allongés formés de protéines double alpha et bêta tubuline agencés en cercles superposés. Ils forment les microtubules, sortes de petits cylindres rigides qui représentent l’ossature des cellules et qui participent également à la mitose. Le cytosquelette contient également des microfilaments qui peuvent être considérés comme les “muscles” de nos cellules et des filaments de taille intermédiaire dont le rôle reste inconnu.

Membrane plasmique

Réseau microtrabéculaire

Réticulum endoplasmique

Chloroplaste

Document CUL/CPPE

Dans le cytoplasme, à côté du noyau qui renferme l’ADN, se trouve les ribosomes, petites sphérules constituées de protéines ARN participant à l’élaboration des protéines. 

Autour du noyau se développe le réseau complexe du réticulum endoplasmique qui assure le transport des substances à l’intérieur de la cellule. Ses parois sont recouvertes de ribosomes et participent donc également à la synthèse des protéines. Celles-ci sont synthétisées à la surface du réticulum et passent dans la membrane endoplasmique où elles sont stockées avant d’être sécrétées à l’extérieur de la cellule. D’autres protéines sont synthétisées par les ribosomes mais ne sont pas attachées au réticulum. Elles ne participent pas aux sécrétions et restent donc des protéines de structure ou enzymes métaboliques.

Le cytoplasme contient également des centaines, si non des milliers de mitochondries faisant office de centrale énergétique de la cellule, en fournissant de l’énergie sous forme d’ATP. Comme les chloroplastes végétaux, les mitochondries sont autonomes : elles disposent de leur propre acides nucléiques, elles peuvent synthétiser leurs propres enzymes et se reproduisent elles-mêmes.

Des minéraux et des hommes

Nous avons tendance à l'oublier, mais notre organisme consomme des métaux et les sels minéraux qui font partie des oligo-éléments dont le corps a besoin en faibles quantités pour assurer ses différentes fonctions.

On soupçonne en revanche beaucoup moins leur présence dans des produits sanitaires comme la pâte dentifrice qui peut contenir de la pierre ponce, du calcium ou du fluor; les produits cosmétiques de maquillage qui contiennent des oxydes de fer, de titane ou de la poussière de mica; les shampoings qui peuvent contenir des oligo-éléments tel que le calcium, le magnésium ou le fer; les produits anti-infections et anti-inflammables à base de cuivre; les médicaments qui peuvent contenir du chrome pour abaisser le taux de cholestérol sanguin, prévenir l'hypertension artérielle et les maladies cardio-vasculaires; les produits riches en calcium qui est l'oligo-élément le plus important puisqu'il représente un constituant essentiel des os et des dents. 

Le calcium intervient également dans la perméabilité des cellules, le fonctionnement des nerfs, des muscles, du coeur et dans la coagulation du sang; sans oublier pour terminer les aliments riches en fer qui est un oligo-élément essentiel dans la constitution de l'hémoglobine, le contrôle de l'oxygénation cellulaire et la formation de nombreux enzymes impliqués dans les échanges métaboliques. Non, l'homme n'est pas encore un Cyborg, mais c'est pour bientôt.

Des dizaines d’autres éléments sont encore enfouis dans le cytoplasme : les lysosomes, sortes de sphérules opaques et sans structure interne contenant des vésicules chargées d’enzymes digestives capables de détruire les bactéries et d’autres agents toxiques. Si elles venaient à s’ouvrir dans le cytoplasme, leur acide détruirait la cellule, d’où leur surnom de “sacs-suicides”; l'appareil de Golgi constitué d’un empilement de saccules bourgeonnantes, d’apparence similaire au réticulum endoplasmique dont il peut être un prolongement. Il participe à la formation des lysosomes et des sécrétions en libérant de petites vésicules; les peroxysomes caractérisés par une membrane contenant de gros cristaux caractéristiques dont le rôle, relique de l’évolution, est d’éviter l’oxydation des molécules; les centrioles que l’on retrouve par paire dans toutes les cellules eucaryotes sauf chez les végétaux supérieurs. Il s’agit de structures cylindriques composées de microtubules courtes entourées d’un nuage de substances dont la fonction exacte est inconnue. Le rôle des centrioles est de contrôler l’arrangement des microtubules dans le cytosquelette de la cellule. Ils participent également aux mouvements des chromosomes pendant la mitose. Citons enfin les vacuoles chez les plantes qui se mêlent à diverses vésicules et organites.

Prochain chapitre

Communication et reproduction cellulaires

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[3] E.Marieb et G.Laurendeau, "Anatomie et physiologie humaines", Pearson Ed., 2005 - C.de Duve, “Une visite guidée de la cellule vivante”, Belin - Pour la science, 1987.

[4] M.Moore, Nature, 379, 1996, p402.

[5] 1 dalton représente le poids d’un atome d’hydrogène.


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