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Le défi des OVNI

Couverture du livre "Space Science" d'Antonio Paris sorti en 2014. Cet ouvrage confronte les lois physiques universelles aux notifications d'OVNI parfois peu crédibles avant même d'envisager l'hypothèse extraterrestre chère aux ufologues.

La rigueur scientifique (I)

Les autorités civiles ne semblent pas éprouver les mêmes sentiments que les militaires face aux manifestations d'OVNI. A plusieurs reprises des commissions ont vu le jour dans les universités (principalement américaines et japonaises) et dans les ministères, jusqu'au plus haut niveau.

Alors que le nombre d'observations enregistrées à travers le monde augmente chaque jour, le problème de l'interprétation du phénomène OVNI reste entier. Pourquoi ? Certains astronomes refusent de parler d'extraterrestres comme d'autres sont persuadés que nous sommes visités. Ces positions sont constructives dans la mesure où elles alimentent les arguments des protagonistes. Prises individuellement elles n’aident pas le débat car personne ne peut apporter la preuve de ce qu’il avance en cette matière. 

Nous verrons plus loin en abordant la bioastronomie, qu’à l’heure actuelle rien ne prouve que la vie ait évolué ailleurs que sur Terre. La question serait donc entendue si on ne faisait pas preuve d’un peu d’imagination.

Les efforts confondus des chercheurs ont permis de poser les fondements d'une étude sur laquelle nous pouvons extrapoler des idées plus générales, sans pour autant verser dans la science-fiction.

Convaincre et persévérer

Que diriez-vous à celui qui vous annonce tout excité qu'il a vu un OVNI ou un extraterrestre près de chez lui ? Beaucoup d’adversaires de l’étude scientifique du phénomène OVNI le classeront d'office parmi les excentriques sans même prendre le temps d'étudier les faits : Ridicule ! Canular ! Sans intérêt ! Encore un illuminé ! Telles sont les réponses que ces gens donneront pour "expliquer" cette allégation qui les dépasse.

La situation est en effet arrivée à tel point qu’il faut beaucoup de courage pour se dire : « je m’en occupe » au risque de passer pour un farfelu si on manque de rigueur ou si on s’attache à un sujet sensible, tellement le contexte est aujourd’hui en proie aux critiques et aux divagations les plus folles. Comment distinguer le bon grain de l’ivraie parmi les millions de témoignages ? Et bien c’est justement le rôle de la science !

Dans un monde où les médias ont pris le pouvoir, beaucoup de gens confondent les paroles des reporters avec celles de la Bible. On croit se qu’on lit et entend par facilité sans en critiquer le sens profond. On dérape ainsi rapidement vers un manque total de discernement devant la réalité. Il devient alors facile de prendre position arbitrairement sur quantité de sujets alors qu’en fait on ne les connaît pas.

Mais n'en déplaisent aux journalistes d'apparat la réalité se vit sur le terrain, loin du petit écran et des bibliothèques. Si nous voulons comprendre le phénomène OVNI, les journalistes d'investigation et les chercheurs doivent sortir de leur bureau ou de leur laboratoire et ne pas conclure hâtivement leur étude sur base d’un rapport et certainement pas sans avoir contrôlé leurs sources.

Bien sûr, par manque de temps ou de moyens il faut savoir déléguer et faire confiance aux autres. C’est ici que les associations d’ufologie à vocation scientifique ont un rôle à jouer. A travers leur réseau d’enquêteurs avertis et de petites mains, elles assurent un premier filtrage des notifications et encodent toutes ces données en respectant certains critères afin que les chercheurs disposent de données normalisées. Certaines associations s’avancent même à certains conclusions dans la mesure où elles disposent de suffisamment de données. On en attend pas moins d’une organisation qui se donne un objectif scientifique.

En matière de notification d’OVNI, un travail d’enquête est indispensable. Et ainsi que nous le verrons, même après avoir normalisé les données, le doute peut encore subsister devant le côté extraordinaire des événements.

Le chercheur qui veut se donner les moyens d’étudier un cas particulier de manifestation d’OVNI doit d’abord convaincre son autorité de l’intérêt de sa démarche et du potentiel scientifique qu’elle pourrait révéler.

La tâche est souvent ardue car l’ufologie étant reléguée dans les pseudosciences, l’autorité jugera que cette étude n’est pas prioritaire et ne rapporte rien. Mais comme nous le répéterons encore, tant que l’ufologie ne devient pas une science, elle n’a aucune chance d’accéder à la reconnaissance ! Et par conséquent, elle n’obtiendra jamais de crédit si nous continuons à la considérer de cette manière.

Bien sûr un seul événement majeur pourrait changer son statut comme l’atterrissage d’un OVNI retransmit par la télévision ou une communication radio avec les émissaires d’une civilisation extraterrestre. Dans ce cas, même notre vision du monde en serait bouleversée !

Mais restons sur Terre. La probabilité que ce genre d’événement se produire est quasi nulle et il peut s’écouler un siècle ou dix millénaires avant que l’on assiste à un tel événement. Nous devons donc trouver une autre méthode pour tenter d’expliquer l’invraisemblable réalité de certaines manifestations d’OVNI.

Certains lecteurs répondront : "c’est tout expliqué", faisant référence aux canulars et autres méprises. C’est vrai pour ces exemples là. Mais que dire des incidents classés "inexpliqués" : ce grand triangle qui survola la Belgique ou des sites militaires, ces lumières de Lubbock ou de Phoenix, ces zones brûlées restées stériles durant des années au milieu des champs, ces automobiles qui tombent en panne à l’improviste et redémarrent après le passage d’un OVNI ? Qui oserait dire aux victimes qui ont été blessées, contaminées, dont le mari est mort après avoir été touché par un rayon lumineux ou aux familles ayant perdu un fils ou un mari dans un vaisseau fantôme qu'il a été victime d’hallucinations ?… Cette fois ce n'est pas le témoin qui n'est pas crédible mais le pseudoscientifique imbu de sa science jamais mise en défaut plaçant la théorie avant les faits.

Inversement, nous devons rester très prudents et ne pas conclure de suite à l’intervention extraterrestre parce qu’un événement demeure inexpliqué en vertu de nos théories actuelles ; l’hypothèse extraterrestre est la moins convaincante d’entre toutes car aujourd’hui elle tombe littéralement du ciel comme un postulat que rien ne vient démontrer.

Il est vrai que nous connaissons très mal la nature ainsi que les facultés du corps humain, le pouvoir de l’esprit sur les sens ou nos réactions lors d'un stress intense, lorsque notre vie est en jeu par exemple. Le corps peut se défendre seul et conduire la victime vers des états mentaux ou physiques anormaux pouvant entraîner sa mort ou des symptômes cliniques graves. Mais cela n’explique pas par exemple une contamination soudaine corrélée avec le contact visuel ou physique avec un OVNI. Dans ce cas d’espèce il y a tout lieu de croire que l’incident trouve son origine dans une manifestation de l’OVNI dirigée volontairement ou non contre la victime. L’explication est donc ailleurs et pour l’instant… nulle part. Personne ne comprend ce qui s’est produit mais l’effet fut bien réel.

Dans ces situations, rien ne peut valider la thèse du canular et pratiquement personne ne peut soutenir l’hypothèse de l’accident ou de la panne dans le cas de la perte d’un avion en vol ou la mutilation volontaire dans le cas des brûlés ou des irradiés. Reste un événement naturel inconnu et en désespoir de cause, un phénomène extraterrestre. Mais comment le démontrer ? C’est toute la difficulté de cette entreprise où les enquêteurs et les scientifiques sont confrontés à des situations empiriques non reproductibles et aléatoires.

Vous me direz que l’étude des météores est du ressort de la science alors que ces poussières d’étoiles tombent aléatoirement du ciel. Pourquoi l’ufologie ne serait-elle donc pas aussi une science ? En fait si certains météores tombent aléatoirement, beaucoup de manifestations sont associées à des essaims, des pluies d’étoiles filantes. C’est parce qu’elles se répètent mois après mois, année après année, qu’on peut envisager de les étudier et même de les capturer sur l’orbite de la Terre. Essayez d’en faire autant avec ces évanescents OVNI… Les pilotes qui ont tenté l’aventure n’en sont pas tous revenus…

C’est pourquoi, lors de l’apparition d’une vague d’OVNI, il est très important que toutes les compétences soient rapidement sur le terrain – ou dans l’air - pour tenter de cerner la situation. C’est en temps réel que l’ufologie acquérra sa légitimité, jamais dans les bureaux des rédactions, dans un débat télévisé ou au cours de conférences supranationales.

Changer le statut de l’ufologie

En clôturant en 1972 une enquête mise sur le chevet 25 années plus tôt, le Dr Hynek écrivit dans son ouvrage à propos du phénomène OVNI : "Il existe un phénomène [qui doit faire] l'objet de recherche [...] systématique et rigoureuse. [C'est] un domaine du monde naturel non encore exploré par la science [qui peut] par sa valeur potentielle contribuer à éclairer le genre humain et le faire progresser".

Il est vrai qu'à cette date le phénomène OVNI était relégué dans les disciplines des sciences humaines. Si le sujet n'a acquis que bien difficilement une certaine considération scientifique, c'est aussi selon le Dr Hynek "parce que l'explication butait sur un phénomène qui refusait de s'intégrer au cadre scientifique du moment. Hors de tout contrôle, il est impossible de se baser sur les seules observations fortuites faites par des particuliers. Il s'agit d'observations empiriques, des observations effectuées directement par les moyens des sens [...] et dont la confrontation avec les théories scientifiques se révèle incapable de l'expliquer sans révisions ou modifications fondamentales".

En fait, les études entreprises dans les années 1950 ne reposaient sur aucun canevas. Peu d'associations travaillaient de façon systématique, tant dans le rassemblement des données que par l'adoption d'une terminologie uniforme des descriptions ou l'analyse des comptes-rendus. Les études les plus sérieuses ont été entreprises par le Dr Hynek bien entendu, le Dr David Saunders, Jacques Vallée ou Michel Bougard[1]. Il faut également citer le Dr Donald H.Menzel, mais parti d'un préjugé défavorable comme tout bon "debunker", il expliqua toutes les observations !

Aujourd'hui, en collaboration avec des professionnels et des journalistes, plusieurs groupes bénévoles se sont constitués : l'APRO, le NICAP, le MUFON, le SEPRA[3], la SOBEPS, etc., qui tentent d'apporter leur modeste contribution à l'édifice de la science bien que leur action soit parfois sujette à caution.

Ainsi, dans le cas du MUFON qui a pourtant abattu un énorme travail de dépouillement depuis sa création, on peut douter de la grande rigueur de certains de ces dirigeants quand on lit dans ses  “Proceedings” annuelles des rapports détaillés faisant explicitement références aux “Martiens” ou aux extraterrestres sans autre forme de procès. L’ouverture d’esprit ne doit pas signifier faire l’amalgame entre science, pseudoscience et mythes. Heureusement, quelques pages plus loin, le Dr Stanton Friedman nie ces soi-disant preuves que l’on retrouverait un peu partout sur Terre et dans le système solaire. En ouvrant ses pages à toutes les critiques, le MUFON devrait mieux définir les limites de sa démarche, il y gagnerait en crédibilité.

Pour le Dr Hynek, "toute étude sérieuse doit comporter une recherche raisonnée des corrélations et des schémas". Il faut comparer les catégories d'observations, confronter les évolutions attribuées aux OVNI au sein de chaque catégorie et tenter de dégager des similitudes.

Ce travail de bénédictin est aujourd'hui assuré. Mais un problème vient de suite se greffer sur cette recherche. Aux Etats-Unis la commission Condon de l'USAF dépensa en vingt ans, plus d'un demi-million de dollars (de 1970) pour son Blue Book sur les OVNI, sans même que ses membres n'aient pu envisager une étude systématique du problème qu'ils classaient quasi chronologiquement. Une telle tâche impose un budget 10 fois supérieur et ne pourrait être entreprise par des organisations privées. Si le phénomène OVNI n'accède pas un jour ou l'autre à la respectabilité scientifique, il est vain de vouloir élucider le problème.

A lire : Le rapport COMETA - Les OVNI et la Défense

 (PDF de 4 MB du CNES)

Il existe un problème OVNI

Pendant la longue étude qu'il entreprit sur les cas notifiés par procès-verbal, le Dr Hynek souligne une petite phrase très importante qui revient toujours dans la bouche des témoins-oculaires : "De ma vie je n'ai jamais rien vu de pareil", qui traduit bien l'étonnement et l'incompréhension des témoins devant une apparition dont leur intelligence ne saisissait pas la signification. Incapables de décrire ce qu'ils ont vu, les témoins ne peuvent bien souvent pas l'expliquer rationnellement avec un vocabulaire adéquat, ils échafaudent des hypothèses, rendent compte d'une certaine naïveté, d'une candeur ou de réflexions qui soulignent l'authenticité de leurs dires.

Ainsi que le rappelait fort opportunément l'astronome français Pierre Guérin[4] dans un article sur le problème OVNI : "Il n'y a que la façon de l'étudier qui est bonne ou mauvaise, et ce n'est pas manquer de sérieux que s'en occuper sérieusement". Que les scientifiques en prennent bien note.

Au fil du temps le Dr Hynek put extraire un ensemble de données qui l'ont convaincu de l'existence d'un réel problème. Beaucoup d'observations d'OVNI font ressortir des invariants qui peuvent faire l'objet d'études. Deux exemples : les descriptions d'OVNI éloignés n'apparaissent jamais lorsqu'il y a de la brume. Le fait qu'il faille un ciel dégagé donne plus de crédibilité aux témoignages. L'observation répétée, sous toutes les latitudes et en tout lieu d'OVNI "triangulaires" ou en forme de "V", ou de lumières colorées accompagnées d'effets sur l'environnement ou les personnes n'est pas la signature d'un comportement hallucinatoire. Ces constantes confirment une fois encore que le phénomène OVNI existe bien, qu'il n'est pas apparu dans l'imagination des témoins (bien que durant une vague d’OVNI la rumeur participe à biaiser les données).

Le phénomène est loin d'être incohérent, des enregistrements officiels civils et militaires ayant surmonté les épreuves du filtrage et de l'analyse existent, sans commun rapport avec les déclarations de fanatiques; des brûlés (sur la peau ou aux yeux) peuvent en témoigner et pourtant les explications restent irrationnelles. Depuis un demi-siècle il n'y a toujours pas de progrès dans ce domaine.

Distribution des observations d'OVNI en Europe jusqu'en 2003. Document Larry Hatch. Cette base est aujourd'hui remplacée par UFO Stalker.

Il n'y a pas que des farfelus qui observent ces phénomènes; toutes les classes de la population sont touchées : des fermiers peuvent en témoigner, des écoliers, des routiers, des photographes, des militaires, des pilotes de ligne, des gendarmes, des astronomes, des techniciens, des physiciens, des météorologistes,... Heureusement, aujourd'hui et plus qu'hier, du fait que les OVNI ont été observé par des témoins de formation universitaire et parfois asermentés, jugés a priori digne de confiance, ils suscitent l'intérêt de centaines de scientifiques.

Le Dr Hynek précisa lui-même dans une lettre ouverte au magazine Physics Today[5] : "C'est une erreur trop répandue que de croire que tous les rapports d'OVNI émanent de "farfelus". Une étude des dossiers montre au contraire que ceux-ci sont l'infime minorité". Une génération plus tard, cette remarque est toujours d’actualité.

Dans des conditions météorologiques, astronomiques ou d'approches particulières, chacun de nous peut se méprendre sur la nature de certains phénomènes qui, il est vrai, sont parfois méconnus. Si l'observateur est conditionné par la lecture de romans ou de rapports “ufologiques”, de tels événements ne manqueront pas de le surprendre le cas échéant. C'est ici que la rigueur logique du témoin et la critique des sources interviennent, filtrant les données brutes afin que ne subsistent que le particulier et l'inexplicable. Nous verrons en détail, à la fin du livre, quelques unes de ces méprises.

Une autre source d'erreur peut apparaître lorsque des OVNI s'observent durant plusieurs mois dans une même région - citons les vagues américaines de 1952, 1965, 1983-1986, la vague française de 1954, la vague brésilienne de 1977 (qui se poursuivit jusqu'en 1988) et la vague belge de 1989-1991[6] : la rumeur peut véhiculer de faux témoignages, source d'interprétations sociopsychologiques. Aussi il importe d'éliminer les observations mal interprétées et les canulars avant toute étude.

Dans les années 1970, des enquêtes américaines et françaises avaient démontré que la sensibilisation du public par l'organisation de soirées d'observations, des émission radios et TV et des articles dans la presse ne provoquaient pas une augmentation des témoignages. Il faut aujourd'hui relativiser cette influence[7] car il faut croire que la SOBEPS fut la première victime de son succès. En organisant des soirées d'observations annoncées par voie de presse en avril 1990, elle constata que les témoignages avaient plus que décuplés. Précisons à toute bonne fin que les témoignages restaient malgré tout cohérent : le public faisait preuve d'un pouvoir de discrimination étonnant, faisant par exemple sans difficulté la différence entre l'OVNI triangulaire et la forme d'un AWACS. Revers de la médaille, en ameutant journalistes et observateurs, les enquêteurs doivent s'attendre à quelques nuits blanches et un dépouillement bien fastidieux des notifications qui peuvent en décourager plus d'un : un an après la vague belge, la SOBEPS n'avait toujours analysé qu'un tiers des documents récoltés.

Dès qu'il enquêta sur les notifications d'OVNI, le Dr Hynek utilisa une échelle quantifiée de crédibilité des témoins et détermina le degré d'étrangeté des observations pour parvenir à une définition claire du phénomène OVNI. L'étrangeté oscille de 1/10 à 10/10 en fonction du nombre d'éléments d'informations récoltés. La probabilité, qui juge la crédibilité des témoins, oscille entre 3/10 si le témoin est seul, 3.5/10 s'il y a plusieurs témoins, 5/10 si l'un des témoins à des connaissances scientifiques ou techniques, etc. Ainsi l'incident de Portage County est classé : Etrangeté 4/10, Probabilité 8/10, celui du père Gill : Etrangeté 5/10, Probabilité 8/10. Aujourd'hui tous les rapports mentionnent de telles échelles. Les témoignages se répétant, il demeure après analyses un pourcentage d'observations présentant une étrangeté maximale et une forte probabilité ; ils n'admettent aucune explication rationnelle.

Un témoin français rétorqua un jour à un journaliste : "C'est un danger public, il est bientôt temps qu'on s'en occupe !". Pour satisfaire cet observateur, la gendarmerie française a été sensibilisée au phénomène OVNI. Les procès verbaux qu'elle dresse sont notamment transmis au CNES qui depuis 1977 a ouvert une section chargée de rassembler ces informations, le GEPAN, devenu en 1988 le SEPRA (Service d'Expertise des Phénomènes de Rentrées Atmosphériques). Noter que l’acronyme de ce service ne faisait aucunement référence à une origine extraterrestre des OVNI. Dans leur esprit, tous ces phénomènes sont déjà classés dans la catégorie “Retombées atmosphériques” !

On peut éventuellement imaginer que devant la difficulté de comprendre un phénomène évanescent, non reproductible et "irrationnel" dans une société à vocation de rationalité, les scientifiques du CNES aient cherché à classer les observations dans le but d'analyser statistiquement les comptes-rendus. Certains ont malgré tout des a priori bien malheureux. 

C'est pour cette raison qu'en 1999 mais ce ne fut officiellement confirmé qu'à partir de la réorganisation du CNES survenue en 2004, le SEPRA fut rebaptisé Service d'Expertise des Phénomènes Rares Aérospatiaux, une dénomination plus conforme à sa mission. Le SEPRA disposait d'un budget d'environ 140000 € par an et comptait trois permanents. 

Le SEPRA fut finalement dissout et en 2009 une nouvelle association fut créée sous l'égide du CNES, le GEIPAN, le Groupe d'Etudes et d'Informations sur les Phénomènes Aérospatiaux Non Identifiés.

La critique des sources

Comment un enquêteur doit-il procéder pour étudier un phénomène aussi sensible que les notifications d'OVNI ?

L'étude systématique des comptes-rendus et leur analyse statistique conduisent à poser certaines conditions que devraient remplir tous les procès-verbaux. Sachant que le témoignage visuel est fragile, le témoin n'ayant en général pas l'habitude de l'observation, le doute occupe une place importante dans l'esprit des enquêteurs. C'est ici qu'intervient toute la "science" journalistique, que le doute sera évacué au fil des recoupements et des reconstitutions. C'est la critique des sources qui apporte son crédit au témoignage.

Pour donner au compte-rendu une valeur réelle en qualité et quantité, il faut rassembler de multiples informations, les contrôler, donner corps à une matière brute subjective, parfois incohérente, pour objectiver au maximum l'événement. C'est l'une des raisons pour laquelle tout témoignage aussi vieux soit-il, doit être porté à la connaissance des associations spécialisées.

Le témoignage doit être pris si possible, dans les quelques heures qui suivent l'observation, non pas pour éviter d'en perdre le souvenir précis mais pour pouvoir reconstituer les circonstances de l'incident. Si l'événement est fort inhabituel les témoins peuvent très bien se souvenir de leur observation bien des années plus tard, mais la difficulté sera alors de retrouver ces personnes. En outre, l'environnement et l'infrastructure publique peuvent être modifiés au fil des années et il pourrait s'avérer très difficile de reconstituer tous les événements.

A lire : Image Analysis Tools, MUFON

Apprendre à débusquer les canulars

Tout journaliste qui se respecte fait usage de la critique des sources. Sur les bancs de l'université ils ont appris qu'il faut impérativement obtenir d'autres comptes-rendus, trouver les témoins impliqués, leur nom et leur adresse, car le témoignage isolé est souvent imprécis, flou, contradictoire. Les questions ne peuvent pas être inductives, du style "était-ce un objet métallique ?" qui tromperait la cohérence du témoignage. Les enquêteurs doivent ensuite vérifier l'authenticité du document car il peut être manipulé depuis le début; il est plus facile de témoigner contre son intérêt pour confirmer un fait ou de devenir l'avocat de sa propre cause. L'état physique et mental du témoin est déterminant; il faut savoir s'il a ou non un intérêt professionnel à relater son observation. C'est dans ce cadre que le témoignage de personnes sensibles au ridicule (scientifique, militaire, cadre, dirigeant d'entreprise, pilote d'avion par exemple) mérite toute notre attention, sans négliger une analyse scrupuleuse. Car quel directeur de société serait pris au sérieux s’il avouait avoir vu une soucoupe volante ? Qui voudrait dans son équipe un mythomane... Il faut également vérifier la convergence des témoignages. Quels sont les caractères constants, qui a relaté l'événement, l'a recueilli, par quel truchement ? Enfin, l'observateur a souvent peu de qualification dans l'appréciation visuelle ou sonore du phénomène.

Contrôler les circonstances permet de dépister les canulars et les méprises : la nuit l'observation est rendue difficile et sans repères lumineux l'appréciation des distances ou des dimensions est quasi impossible.

Discutant avec l'auteur, L.Brenig confirme que pour la plupart des rencontres rapprochées à moins de 250 mètres, les observateurs font preuve d'une grande précision. Mais L.Brenig[8] ajoute en marge, "il faut reconnaître que dans l'infirmative ils auraient dû rester vagues..., ce qui malheureusement n'est pas souvent le cas ! " Chacun essaye de préciser les distances ou les dimensions qu'il n'a pu estimer. Le témoignage perd alors sa crédibilité, noyant l'observation dans un nuage d'incertitude tenace qui ne se dissipera peut-être plus dans l'esprit des chercheurs.

Malheureusement cette observation sera perdue, car elle ne peut-être corroborée avec certitude, s'entourant d'une marge d'erreur trop importante. Comme bien d'autres notifications d'OVNI elle alimentera vraisemblablement la rubrique des faits divers et sera classée comme anecdote et alimentera les forums de discussions.

Prochain chapitre

Le guide de l'enquêteur et de l'observateur

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[1] J.Vallée, "Chronique des apparitions extraterrestres", Denoël, 1972 - D.R.Saunders et R.Harkins, "UFOs ? Yes !", op.cit. - M.Bougard, "La chronique des OVNI", ed.J.-P. Delarge, 1977, pour citer l'un de leurs meilleurs livres.

[3] A travers son chef-de-file Jean-Jacques Vélasco, ingénieur opticien de formation, par le passé le SEPRA était de loin de représenter le "camp des scientifiques", avec toute la rigueur, l’objectivité et la moralité qu’il est sensé représenter. L'association a manqué d'être dissoute en 2004 mais suite à un audit demandé à François Louange dont les résultats furent transmis au CNRS, il a été décidé que M.Vélasco reste chargé de mission pour le compte du CNES avec pour tâche de surveiller les phénomènes aérospatiaux rares.

[4] P.Guérin, Science et Avenir, 307, septembre 1972, p696.

[5] J.A.Hynek, “Les Objets Volants Non identifié, mythe ou réalité ?”, op.cit., p336.

[6] Concernant la vague américaine de 1952, E.Ruppelt, "Report on Unidentified Flying Objects", op.cit. - Concernant la vague française de 1954, J.Vallée, "Chroniques des apparitions extraterrestres", op.cit. - Concernant la vague brésilienne de 1977, J.Vallée, "Confrontations", op.cit. - Concernant la vague américaine de 1983-1986, A.Hynek, P.Imbrogno et B.Pratt, "Night Siege: the Hudson Valley UFO Sightings", Ballantine, 1987 - Concernant la vague belge de 1989-1991, SOBEPS, "Vague d'OVNI sur la Belgique" (2 vol.), 1991-1993.

[7] Résultats de la veillée du 23 mars 1974 - R.Westrum, "Le facteur humain dans les observations d'ovnis", Inforespace, nov 1981, p7 - SOBEPS, "Vague d'OVNI sur la Belgique", vol.1, op.cit., pp340,440.

[8] Communication privée avec l'auteur, janvier 1994.


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