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Pythagore découvrit la duplication du carré et fit des mathématiques une science fondamentale, préalable à toute connaissance. La découverte du théorème de Pythagore semble anodine, d’autant que les Egyptiens le connaissaient en partie, en fait dans le seul cas particulier (32 + 42 = 52). Pythagore lui donna une portée générale, mais par dessus tout il mit en évidence une loi qui est indépendante de l’expérience sensible.
Les successeurs de Pythagore considéreront
que la terre se déplace sur une orbite circulaire autour d’un foyer
central. Un siècle plus tard, Parménide et Zénon rechercheront l’unité
de la Nature mais ils seront confrontés aux premiers paradoxes logiques.
Le cercle et les approximations coniques susciteront quantité de
questions mais ce n’est qu’au XVIeme siècle qu’on découvrit tous les
événements de rencontre du cône avec un plan étaient réductibles à
un cercle par une projection convenable. Au milieu du Veme siècle avant Jésus-Christ,
Oenopide et Hippocrate développèrent l’école de Chios qui se spécialisa
dans la géométrie et les algorithmes : quadrature du cercle,
duplication du cube et premiers éléments. Quelques temps après,
Leucippe et Démocrite inventèrent le premier algorithme infinitésimal
et développèrent la conception atomiste. Avec Autolycus et Eudème ils rédigèrent
les premiers traités d’histoire et encyclopédiques. L’école de
Cyzique d’Eudoxe de Cnide (Egypte) s’attaqua à l’arithmétique et
aux sections coniques. Finalement, les philosophes combinèrent la
philosophie naturelle ionienne et les mathématiques de Pythagore pour
produire la synthèse des philosophies de Platon et d’Aristote. A la fin
du IVeme siècle avant Jésus-Christ, Euclide inventa un algorithme pour
calculer le plus grand commun diviseur d’un nombre et écrivit les célèbres
Eléments. Il enseigna la prééminence de la ligne définie par une équation,
il connaît le cercle et a déjà l’intuition de l’ellipse dans son
Traité d’optique. Apollonis (262-180 ACN) définira les propriétés
des sections coniques.
C’est durant la période
Hellénique
qui suivit la mort d’Alexandre le Grand que les philosophes, les mathématiciens
et les astronomes inventèrent les premières grandes théories : Théophraste (372-287 ACN) inventa la botanique, Aristarque (310-230 ACN)
inventa le système héliocentrique, Archimède (287-212 ACN) fonda les
principes de la mécanique et de l’hydrostatique, Eratosthène (276-221
ACN) mesura la forme de la Terre, etc. Mais cette quête de connaissance
perdit son impulsion lorsque les romains détruisirent Carthage et
Corinthe en 146 avant Jésus-Christ. L’empereur Marc Aurèle
revitalisera brièvement la science durant le IIeme siècle après Jésus-Christ,
encouragé par les théories astronomiques de Ptolémée, la trigonométrie
d’Hipparque, les travaux de médecine de Galen et les pratiques
alchimiques. La
symbolique du gnomon Y a-t-il un meilleur symbole de
toute l’Antiquité que le gnomon, ce cadran solaire que les Grecs ont hérité
des Babyloniens et qui divise le jour en douze parties ? Michel Serres
nous rappelle que les philosophes
de l’Antiquité l’utilisaient pour symboliser la connaissance et non
pas, comme on l’imagine trop souvent, réellement comme une horloge qui
mesure le temps écoulé. La construction du gnomon met en jeu l’ombre
et la lumière, l’aiguille projetant l’ombre du Soleil sur un plan de
marbre ou sur le sable. En fonction de la longueur et de la position de
l’ombre, les astronomes purent induire mille images poétiques, leur
permettant d’interpréter les leçons de Platon sur la Connaissance.
Ainsi que Serres le souligne, si
le mot « gnomon » signifie distingue, interprète, juge ou
discerne, il n’est venu à l’idée de personne de se demander si
l’on pouvait porter son œil quelque part dans cet appareil afin
d’observer la réalité sous un autre angle.
Cette question était saugrenue à
l’époque car les philosophes consacraient leurs réflexions à l’épistémologie
et à la métaphysique, savoirs qui plongeaient dans l’utopie de la
connaissance ultime des valeurs universelles. Il s’agit en fait d’une
question moderne qui ne sera correctement interprétée, en Europe, qu’à
partir du XVIeme siècle avec la construction des observatoires de Tycho
Brahé et un peu plus tard de la lunette de Galilée. Aussi, viser,
observer et interpréter les phénomènes au travers d’un instrument ne
fera pas partie du cursus académique pendant des siècles. La définition
d’observateur n’existait pas. La connaissance du monde passait par le
gnomon qui, seul, permettait de construire un modèle géométrique de
l’univers ou d’évaluer le diamètre de la Terre. Cela ne signifie pas pour autant
qu’un Salomon ou un Thalès ne mesura pas la hauteur d’un temple ou
d’une pyramide au moyen d’un piquet planté dans le sol. Selon Michel
Serres, si les
historiens relatent ces faits, ce n’est pas tant pour insister sur l’ébauche
d’une méthode scientifique mais plutôt pour concevoir la scène du géomètre
comme le lieu de réduction du volume au modèle géométrique : "Le stylet
du gnomon symbolise une façon de présenter au monde une théorie de la
connaissance sans organe de réception et sans autre réalité que les
formes idéales et les idées opposées. Faibles clartés au milieu des phénomènes
plongés dans l’ombre du stylet, cette connaissance transcendantale a
forgé pendant quelques millénaires l’activité mentale des plus
grandes civilisations, fonctionnant tant bien que mal dans le cadre
d’une langue écrite ou parlée dans laquelle la philosophie dirigeait
l’essieu du cadran solaire et l’équerre de la pensée".
Citons également la contribution
Hindoue aux sciences à travers l’écriture des chiffres indo-arabes et
leur incorporation dans la trigonométrie. L’enseignement arabe sera également
au zénith à cette époque, combinant astucieusement les connaissances
des Babyloniens, des Grecs, des Chinois et des Hindous. Au IXeme siècle, Bagdad
sera le centre de traduction des travaux scientifiques. La période
médiévale ignora longtemps l’enseignement des Grecs et rappelons que c’est
de façon indirecte, à travers les manuscrits arabes et leurs traductions
que les nouvelles théories parvinrent dans nos premières universités. Le développement de l’esprit
intellectuel démarra pour de bon au XI ou XIIeme siècle avec l’ouverture
des premières universités européennes[3],
à Paris, Oxford et Bologne. La première controverse sur la méthode
scientifique surgit au XIIIeme siècle. Les soi-disant réalistes épousaient
la philosophie platonicienne alors que les nominalistes adoptaient
l’approche d’Aristote. Ces discussions permirent le développement de
l’optique, de la cinématique et préparèrent la voie aux futurs Kepler
et Galilée. Une influence laïque élargit bientôt
les conceptions léguées par le clergé, alors cristallisé dans sa foi
religieuse[4].
Les activités commerciales et techniques[5]
se développant progressivement à travers toute l’Europe, le XVeme siècle
vit l’épanouissement des techniques à travers le savoir-faire des ingénieurs
et des entrepreneurs et du monde des affaires (banquiers, etc).
L’ouverture du clergé à plus de réalisme conduisit l’ensemble du
corps professoral à recourir à des notions théoriques moins naturelles,
plus abstraites, ayant de plus en plus recourt aux mathématiques.
L’Italie se démarqua dans les arts de la peinture et en sciences.
L'apport de Léonard de Vinci à la
science se traduit par une nécessité de maîtriser la Nature.
Aujourd'hui nous dirions qu'il soumit la nature à des lois, une assertion
conforme au déterminisme classique. La pensée de ce génie instaura une
nouvelle forme de connaissance, mais sa démarche devra être révisée.
Il affirme que "toute notre connaissance tire son principe du
sentir". Cette remarque est celle d'une interprétation empiriste
de la nature, basée sur l'expérience. Alexandre Koyré, historien des
sciences de renom et idéaliste nous rappelle que "la bonne physique
se fait a priori" mais nous savons que sans l'expérience il n'est
pas possible de reconnaître la Vérité, de différencier ce qui est
rationnel de ce qui nous échappe. Cette remarque est trop radicale.
Les découvertes scientifiques de
Newton et le système philosophique de Descartes offrirent la matière
première qui permit la matérialisation de la science au XVIIeme siècle.
La vie s'expliqua en termes physico-chimiques et la méthode scientifique
s'éleva si haut au-dessus des sciences sociales qu'on baptisa cette période
le siècle des Lumières. Il culmina à la Révolution Française en 1789.
S'en suivi une série de découvertes en chimie (Lavoisier, Dalton, …),
en électricité (Faraday, Maxwell, …) et une nouvelle compréhension de
la biologie (Darwin, Pasteur, …). Alors que la biologie acquérait ses
lettres de noblesses, la physique fut secouée par une révolution
inattendue, conséquence de la découverte de la nature quantique de la
matière (Planck, 1905) et de la Relativité (Einstein, 1915). En 1927,
Heisenberg formula ses relations d'incertitudes qui devaient transformer le
monde microscopique en un vaste champ d'interactions dans lequel les événements
individuels ne pouvaient plus être décrits avec une précision conjuguée
absolue. C'est ainsi que nos connaissances
scientifiques ont été transmises à travers 5000 ans d'histoire, depuis
l'invention de l'écriture. De la
Grèce Antique ne survivent que les Eléments d'Euclide. Tous les traités
antérieurs ont disparu. Les traités plus récents, comme nous l'avons
dit, ont été copiés et traduits, principalement grâce au travail de bénédictin
des universités médiévales qui surent préserver ces travaux à
l'intention des scientifiques à venir. Aujourd'hui ces travaux sont communiqués
au travers des sociétés scientifiques (académies et universités) et
des organismes internationaux qui facilitent l'échange des informations.
Parallèlement à ces congrès et autres colloques, un grand nombre de
sociétés privées et d'industriels publient les résultats de leurs
recherches dans la mesure où elles sont supportées par les pouvoirs
publics ou des licences gouvernementales. Prochain chapitre Retour à la Philosophie des sciences
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