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La collision Shoemaker-Levy 9 avec Jupiter Chronologie des événements (II) Les petits impacts ont rapidement disparu de l’atmosphère jovienne mais les grandes zones complexes sont restées visibles plus de quatre mois, y compris dans de petits instruments. Dans les heures et les jours qui suivirent, la réponse thermique de Jupiter éleva la température de l’atmosphère entre 7500 et 15000 K, dissociant la plupart des matériaux cométaire et jovien.
Entraînées par la circulation générale, certaines zones d’impacts sombres se sont progressivement étendues et ont donné naissance à des segments de bandes tellement importants que l’un d’eux devint la seconde plus brillante ceinture jovienne après la Ceinture Equatoriale Sud (SEB). Elle resta en haute altitude (visible à la longueur d’onde infrarouge de 1.7 microns) sans diminuer d’éclat durant près de 6 mois. Selon l’astronome Tom Herbst les éjecta ont pu subsister dans la haute atmosphère pendant des années. Début 1995 cette ceinture commença à se refroidir et se mélangea progressivement au méthane, à l’eau, à l’ammoniac et à l’acide cyanhydrique présents dans la stratosphère moyenne. On pense que cette dissolution est à l’origine du refroidissement de la ceinture. Des astronomes européens suggèrent toutefois qu’une épaisse brume stratosphérique a pu se former au-dessus de la zone d’impact et réfléchir suffisamment de chaleur solaire pour refroidir les gaz situés en contre-bas. Cette gigantesque structure finit par se dissoudre dans le tumulte de la circulation atmosphérique. D’ores et déjà son évolution permit d’avoir une meilleure compréhension de la dynamique de l’atmosphère jovienne.
La plume d'ejecta Ce
qui surpris tous les observateurs peu après les impacts fut l’apparition d’immenses
plumes brillantes au-dessus du limbe de Jupiter et bien sûr la dimension des
impacts dans l’atmosphère. Comment peut-on expliquer l’apparition de ces
plumes au-dessus de l’atmosphère jovienne ? Selon Don Bruton, l'émergence
des boules de feu en altitude a été provoquée par un effet lié au gradient de pression atmosphérique. Les fragments cométaires étant plus denses que l’atmosphère
avoisinante, dans un premier temps leur masse les entraîna vers le centre de
Jupiter. Lorsque la comète libéra son énergie, une zone de chaleur à haute
pression se forma tout le long de sa trajectoire. Ce canal de gaz étant
pressurisé, il trouva un milieu à basse pression dans lequel il se détendit
en provoquant une gigantesque explosion. Le gaz étant confiné alentour, l’explosion
ne put s’échapper que vers le haut en créant une plume spectaculaire. Dès l’impact, la boule de feu incandescente émit un rayonnement visible et proche infrarouge sans signe de combustion. Elle fut ensuite projetée en haute altitude, dans la stratosphère moins dense en suivant une trajectoire balistique, tout en se détendant et se refroidissant de façon adiabatique. Une fois libéré de l’accélération verticale au sommet de sa trajectoire, le jet de matière s’incurva et forma une gigantesque plume qui retomba dans l'atmosphère en provoquant quelques fois de nouvelles explosions. Les plumes subsistèrent plusieurs jours. Ce phénomène est typique des effets de ce qu'on appelle un "bolide balistique”. Les fragments qui ont pénétré dans l’atmosphère n’ont pas présenté les signatures caractéristiques du spectre de l’eau et n’ont probablement pas atteint le niveau 5 bar où se trouve les couches nuageuses d’eau et de méthane. Contrairement à la rumeur longtemps diffusée, le fait que certains fragments pénétrèrent profondément dans l’atmosphère, à un niveau où l’on retrouve de l’eau en suspension, ne provoqua pas nécessairement la remontée de ce matériel dans les plumes que l’on observa ensuite. La composition des plumes fut analysée en détails et ne révéla pas de nouvelles molécules, bien que celles-ci ont de fortes chances d’apparaître. Les éléments découverts dans le spectre de Jupiter étaient constitués de métaux cométaires (Li, Na, Mg, Fe,...), de composés sulfureux (H2S, OCS, CS, CS2...) et de chaînes carbonées (CN, CO, CH4, C2H6., CH3OH). Les relevés millimétriques ont permit de découvrir de grandes quantité de monoxyde de carbone (CO), de sulfide carbonyle (OCS) et de monosulfide de carbone (CS) dans des proportions allant de 30 à 10000 ktonnes ainsi que de l’oxygène et des composés sulfurés. Gordon Bjoraker du centre Goddard de la NASA et ses collègues de l’Observatoire Embarqué Kuiper pensent que les composés soufrés avaient une origine jovienne; il proviendrait de la couche d’hydrosulfide d’ammonium (NH4SH) située au niveau 1.7 bar, mais les autres composants, vu la chaleur qui fut dégagée, proviendraient des fragments cométaires. Un modèle récent de K.Zahnle du centre Ames de la NASA et M.MacLow de l’université de Chicago suggère que pour un fragment cométaire d’un kilomètre de diamètre ayant la composition du système solaire, la “chimie de choc” a probablement synthétisé 1000 ktonnes d’OCS, quelques tonnes de CS, la photolyse synthétisant le CS2. L’injection de nombreux petits fragments dans la stratosphère forma également de l’acide cyanhydrique (HCN), de l’ammoniac (NH3) et de l’eau.
La collision d’une comète avec une planète est un événement extrêmement rare dans le système solaire, qui depuis 3 milliards d’années est une région calme de la Voie Lactée si nous la comparons aux régions de Beta Pictoris ou du Sagittaire. Mais nous ne devons pas oublier que la Terre connu l’extinction des dinosaures, probablement liée à l’impact d’un météroïde et bien sûr à une autre échelle, l'événement de la Tunguska en Sibérie en 1908. Dans les jours qui suivirent la spectaculaire collision de Shoemaker-Levy 9, les banques de données de la NASA furent littéralement assaillies par les informaticiens, principalement au travers des réseaux Internet et CompuServe. Du 16 au 20 juillet 1994, la NASA enregistra plus de 6000 connexions quotidiennes, obligeant le responsable du réseau à couper momentanément l’accès du serveur au public devenu avide d’information. Le 27 juillet, amateurs et professionnels avaient téléchargés plus de 2 millions d’images. Ceci confirme l’intérêt du public pour l’astronomie et les nouvelles technologies.
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