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Le terrorisme ou l'apologie du crime

Document T.Lombry inspiré par J.M.Flagg.

Comment les combattants sont-ils recrutés ? (IV)

Le fait que Daech compte des combattants occidentaux dans ses rangs a surpris et même choqué les gouvernements des pays concernés car jusqu'ici on pensait que les terroristes étaient enrolés dans la région. En réalité ils proviennent des quatre coins du monde (Moyen-Orient, Afrique, Europe, Etats-Unis, Tchétchéchnie et même du Japon) grâce à un recrutement organisé sur Internet et dans les principales villes !

Profils des candidats terroristes

Nous pouvons identifier plusieurs profils psycho-sociologiques types susceptibles de dériver vers le terrorisme. Il s'agit de profils généraux qu'il ne faut surtout pas associer prématurément à certaines minorités ou confessions. Nous pouvons identifier trois profils :

- Le jeune désoeuvré en quête d'identité

- L'extrémiste religieux

- Le révolutionnaire.

Le premier profil rassemble les jeunes en quête d'identité et dont la confession religieuse importe peu. Dans un monde en crise où chacun doit gagner son pain parfois âprement, faire éventuellement face à des difficultés multiples et où l'esprit de famille n'a parfois plus aucune signification, la situation de crise socioéconomique, la pression sociale et la compétition vers l'excellence sont telles que certaines personnes plus fragiles que d'autres ou mal encadrées abandonnent le combat et tout espoir de réussir leur vie.

Malheureusement, les plus jeunes ont parfois décroché du système scolaire (en Europe, certains dès 14 ans se retrouvent à la rue alors que la loi impose une scolarisation jusqu'à 16 ans), refusent l'autorité et terminent leur jeunesse sans qualification ni travail et traînent là où ils peuvent en quête d'espoir. D'autres bien que diplômés, sont sans emploi, désoeuvrés et perdent également tout espoir en l'avenir.

Ces jeunes sans repères sont en marge de leur propre communauté et beaucoup n'ont aucune connaissance de l'Islam (certains suspects français ont été trouvés en possession du livre "L'Islam pour les nuls"...). Ces jeunes recherchent des personnes dans la même situation qu'eux ou capables de les comprendre et par un phénomène d'émulation et de bande, ils se radicalisent.

Le second profil, parfois complémentaire du premier, comprend les individus extrémistes ayant des opinions politiques ou religieuses radicales. Leur importance et leur influence évoluent avec la maturité de la personne mais peut dans certains cas déterminer son style de vie et le conduire jusqu'au radicalisme politique ou le fondamentalisme religieux plus ou moins réactionnaire. Parmi ces tendances extrémistes, les plus connues sont malheureusement les islamistes radicaux et les fanatiques.

L'extrémiste religieux ou se revendiquant soi-disant d'être croyant respecte avec la plus grande détermination la tradition de ses pairs et dans le cas des musulmans islamistes, défend sa foi conformément à la charia (de nos jours c'est dans la culture musulmane que l'intégrisme est le plus virulent). Les plus fervents éprouvent la plus grande haine envers tous ceux qui pensent différemment d'eux et sont prêts à commettre des crimes pour venger toute violation - même par un étranger - de leur doctrine ou de leur idéologie.

A coté des terroristes volontaires et motivés, toutes les organisations terroristes trouvent également leur chair à canon parmi les prisons des territoires qu'elles occupent et les civils ennemis que les troupes embrigadent de force, littéralement des forçats, qu'elles envoient en premières lignes. Soit ils refusent et sont abattus ou torturés soit ils ont une chance de survivre un peu plus longtemps.

Les contextes socio-économique et sociologique ainsi que les influencs politiques et/ou religieuses peuvent avoir des conséquences concrètes très tôt dans la vie des jeunes, dès la fin de l'adolescence et peuvent donc fortement les influencer et même les endocriner jusqu'au point de non retour si ce processus est continu.

Bien sûr, seuls quelques uns seulement vont dériver vers le terrorisme. Ne faisons surtout pas l'amalgame de penser que toutes les personnes sans emploi, en difficulté, portant la barbe ou parlant arabe sont des terroristes potentiels ! Rappelons que parmi les terroristes appréhendés, il y a des ressortissants occidentaux d'origine américaine ou européenne qui avaient un emploi avant de devenir des criminels.

Enfin, il y a un troisième profil important : le révolutionnaire. Différents des réactionnaires ou des extrémistes qui respectent leur tradition et défendent leur foi ou leur loi, le révolutionnaire est sans foi ni loi, c'est un truand et un criminel par définition, ne comprenant que l'odeur de l'argent. C'est aussi le plus dangereux car c'est un individualiste, un électron libre qui s'associe avec n'importe quel mouvance ou qui agit en fonction de son seul intérêt et donc en dehors de tout cadre et indépendamment de l'actualité. C'est un marginal isolé et donc très difficile à identifier.

En général, les révolutionnaires et dans une moindre mesure les intégristes ont déjà commis des crimes ou ont déjà été incarcérés. Ils sont également plus âgés que les jeunes en situation d'échec.

Ces candidats terroristes potentiels sont généralement jeunes car ils sont plus facilement manipulables que les adultes, souvent plus naïfs du fait qu'ils n'ont pas beaucoup d'expérience de la vie, ils vivent en célibataire et sans enfant et n'ont donc pas les contraintes d'une charge de famille, ils sont également plus disponibles que les personnes en couple, beaucoup sont étudiants ou sans emploi fixe et cherchent par tous les moyens à gagner de l'argent et leurs scrupules comme leur éthique tiennent difficilement face à l'endocrinement en raison de leur manque de maturité et d'expérience. 

Ils représentent donc le groupe de candidats idéal, le plus facile à approcher pour une cellule ou une organisation terroriste qui cherche des volontaires pour exécuter sa sale besogne.

Ces divers groupes d'individus rejettent généralement toute forme d'autorité, s'excluent des relations sociales (ostracisme), deviennent agressifs et les plus jeunes sont en quête d'identité, les autres cherchent simplement de quoi survivre. Au moindre signe d'intérêt, des groupes terroristes peuvent très facilement les approcher par Internet, sur les campus, dans certains lieux associatifs ou de culte en leur proposant un monde meilleur, un contrat ou un idéal qui séduira facilement les plus idéalistes, naïfs, désabusés, asociaux ou révoltés.

Recrutement des terroristes

Les principaux lieux de sensibilisation et de recrutement des futurs terroristes et soi-disant martyrs sont les associations de jeunesse, les universités, les écoles islamistes, les prisons et enfin les mosquées (bien qu'en Europe les islamistes radicaux en soient vite exclus).

Tout commence généralement par un contact amical avec un intermédiaire local de l'organisation terroriste. Il peut s'agir de n'importe qui, un laïque ou un religieux, y compris un commerçant ayant pignon sur rue dans une capitale européenne, américaine, africaine ou asiatique.

Selon des documents du Pentagone publiés en 2011 dans WikiLeaks, certaines mosquées françaises serviraient de centres de recrutement pour Al-Qaïda. Bien sûr le recteur de la Grande Mosquée concernée a démenti ces accusations qu'il qualifia de "ridicule". Il n'empêche qu'il est de notoriété publique que certaines mosquées cachent des micros et sont surveillées de près par les services de renseignements. Aussi, sachant qu'ils peuvent être surveillés, les recruteurs islamistes sont basés dans des lieux clandestins, loin des regards et des oreilles indiscrètes.

En Angleterre, une enquête conduite en 2010 par Hanna Stuart pour le Centre for Social Cohesion et publiée dans l'Observer indique que 25 % des étudiants ayant participé à des complots terroristes en Angleterre (126 personnes) ont étudié à l'université et 4 d'entre eux sont membres de sociétés étudiantes islamiques.

Ce phénomène n'est pas étonnant car la majorité des recrues djihadites étrangères présentes en Syrie ont également transité par l'Angleterre. C'est le pays qui compte la plus grande population musulmane expatriée du fait de ses anciennes colonies et de l'universalité de la langue anglaise et c'est aussi le plus grand supporter européen de la politique américaine contre laquelle lutte la plupart des terroristes.

Des réseaux de recrutement ont été découverts et démantelés à Londres, Paris et Bruxelles, certaines recrues venant du Maroc ou de Tunisie à la demande d'un recruteur local.

A voir : Tu découvriras l'enfer sur terre

Le clip choc du gouvernement français contre la propagande djihadiste, 2015

Lorsque la confiance est établie, la jeune recrue est invitée à suivre un programme de formation : entraînement physique, maniement d'armes, techniques de prise d'otage, de combat, d'assassinats, etc. En parallèle, la recrue subit un endoctrinement parfaitement rodé et mis au point par les cadres "intellectuels" connaissant très bien l'idéologie de l'organisation, la psychologie humaine et le pouvoir des médias.

Le fait que le candidat soit fiable est important à ce stade car s'il échappe à l'emprise de l'organisation ou refuse l'endocrinement, il représentera une menace pour l'organisation. Il est donc faux de croire qu'un jeune lambda peut être endocriné et devenir un terroriste simplement parce que l'organisation l'a capturé et formé. Un tel endoctrinement n'est possible que si le candidat a été capturé dans sa prime jeunesse et élevé par un terroriste (comme ce fut le cas au Chili pendant le régime de Pinochet).

Après cette formation ou plutôt cet endoctrinement, la recrue présente toutes les caractéristiques du terroriste radicalisé. Il est devenu un parfait petit soldat qui partage les idées et la vie de sa cellule terroriste au risque de passer de vie à trépas s'il essaye d'échapper à son sort.

Par un phénomène d'identification de masse, l'individu en rupture avec la société va être séduit par cette idéologie, des promesses de formation, d'argent facilement gagné, de pouvoir et d'esprit de corps qu'on lui présente. Loin du regard critique et désapprobateur d'un adulte proche, certains vont adhérer à ces idées sans même les remettre en question, ou quand il sera trop tard, lorsqu'ils seront embrigadés et les mains pleines de sang.

Les contacts entre la recrue et l'organisation terroriste basée à l'étranger se font par GSM et par Internet. Le recruteur local informe son contact en Syrie ou en Irak par exemple de l'arrivée de nouvelles recrues et lui communique leur numéros de téléphone.

Une fois sur place, l'endoctrinement de la recrue commence par une formation islamique. Parfois des étrangers auto-radicalisés suivent spontanément cette formation en allant quelques semaines dans une école ou une université islamique en Mauritanie ou en Syrie par exemple puis rentrent chez eux comme n'importe quel touriste ou étudiant rentrant de vacance (quoiqu'aujourd'hui toute personne au départ ou de retour de ces pays soit suspecte).

L'endocrinement. Document Albin Michel.

Si le candidat est déjà embrigadé, sa hiérarchie l'isole ensuite du monde extérieur pour mieux le contrôler. Elle peut garder les coordonnées de ses proches pour des actions d'intimidation ou d'extorsion.

Si le futur combattant n'est pas encore converti à l'Islam, il recevra encore une formation coranique au terme de laquelle il sera converti et recevra un nouveau nom arabe.

Il recevra ensuite un entraînement paramilitaire en Lybie, en Afghanistan ou en Syrie par exemple complété par des sermons idéologiques récurrents. Ces séances de lavage de cerveau sont renforcées par la présentation des exploits et autres crimes du jour afin que la recrue finisse par considérer que ces actions barbares et sanguinaires sont normales et font partie du quotidien, bref de la guerre sainte du djihadiste !

Enfin, lorsqu'il sera suffisamment drillé et endocriné, celui qui est à présent un djihadiste est mis au contact du feu et du sang afin de briser ses derniers tabous et d'effacer ses repères traditionnels. Il doit par exemple assister ou participer à des tortures, des crucifixions, des assassinats, des charniers et avoir les mains dans le sang. On l'humilie également comme on peut le faire avec des prisonniers, il peut être invité ou contraint de violer des personnes kidnappées ou sodomiser des prisonniers, autant d'actes cruels et déshumanisants visant à briser sa personnalité et souder sa cohésion avec le groupe.

Sur base du principe que tout ce qui est enregistré est authentique, ses supérieurs peuvent aussi l'obliger à agir à visage découvert et être filmé dans des actes cruels ou sexuels afin de lui enlever tout désir de rébellion, de fuite et utiliser ces films à des fins de pression. Bref, l'organisation a tout prévu, même l'inimaginable.

Cet entraînement par la terreur va traumatiser le jeune combattant et le transformer en un monstre froid, un bourreau sanguinaire et sans morale. Il trouvera tout aussi normal de jouer avec la tête décapitée d'un prisonnier que de danser sur un air révolutionnaire. Il ne ressent plus d'émotions autre que la foi aveugle en son idéologie, sa cruauté étant devenue sans limite.

Cet endocrinement peut durer plusieurs mois pour un Occidental et sera d'autant plus court que le candidat est jeune car plus docile qu'un adulte expérimenté. Dans ces conditions on ne s'étonnera pas de voir de jeunes enfants Palestiniens ou Irakiens parfois amputés d'une jambe jouer avec des armes en plastique ou en bois pour simuler des exécutions ou s'amuser en regardant un prisonnier écorché ou pendu par imitation des adultes, ne faisant déjà plus de distinction entre le bien et le mal, le plaisir et la souffrance.

A partir de ce moment là, le combattant est psychologiquement pratiquement devenu une autre personne, c'est une question de temps. Logé, nourri et blanchi, payé, et même habillé et armé, il est déjà convaincu d'appartenir à une organisation qui inspire la peur et le respect, dans laquelle il occupe parfois une place privilégiée de responsable. Il a le sentiment d'être tout-puissant, au-dessus des lois puisqu'il n'est jamais condamné pour ses crimes.

 Il sera bientôt capable d'endurer la souffrance tout autant que de violer les femmes qu'il kidnappe, déshonorer des personnes âgées ou s'en prendre à des enfants handicapés mentaux, de tuer ses ennemis de sang froid à bout portant ou de les égorger vifs, qu'il s'agisse de soldats, de civils, de femmes ou d'enfants. Il supportera sans émotion l'application de la charia sur la place publique comme les coups de fouets donnés aux condamnés, les amputations à vif de la main des voleurs ou l'assassinat par tir de rivolver ou de fusil-mitrailleur, égorgement ou décapitation.

Ce n'est pas pour autant que ce combattant bénéficie d'un statut social particulier, encore moins s'il est d'origine occidentale. C'est peut être le sentiment que lui donneront un temps ses supérieurs musulmans, mais fondamentalement s'il fait partie de la troupe, même converti à l'Islam il reste "impur" et juste bon à exécuter la sale besogne. On ne lui dira évidemment jamais, que du contraire, évoquant en permanence sa chance de voir s'ouvrir à lui les "sept portes de l'Eden" s'il exécute bien les ordres. Cette "chair à canon" venue d'Occident et qui comprend également des adolescents de 13 ans et des époux martyrs de tout le Moyen-Orient est évidemment une manne providentielle pour les terroristes.

Comment peut-on devenir aussi barbare et inhumain ?

A l'image des SS, les djihadistes ont emprunté leurs méthodes aux Tchétchènes (c'est durant la 2e guerre de Tchétchénie en 1999-2000 que ces terroristes ont torturé et filmé leurs exactions), utilisant la propagande et la violence pour convaincre leurs combattants que l'autre n'est plus un homme; il n'est alors plus difficile d'égorger ou martyriser celui qu'on a déshumanisé et assimilé à un animal !

Comme Charlie Hebdo en France, des humoristes kurdes d'Irak se moquent de Daech sur une chaîne de TV irakienne. Une de leur vidéo est disponible sur YouTube. Une série similaire existe au Liban, une manière de tourner en dérision les menaces de mort de Daech. Document The Daily Beast.

Au cours du recrutement, les terroristes font appel à des personnes spécialement formées pour identifier les maillons forts et les maillons faibles. Les premiers pourront servir de mentor ou développer par exemple l'organisation sur les plans stratégiques ou techniques tandis que les seconds seront exploités à leur insu.

Un jeune ayant perdu tout repère, paumé, manquant de confiance, isolé, rejeté par ses amis et parfois prêt à se suicider est le maillon faible idéal.

Pris totalement en charge par l'organisation, après quelques années d'entraînement, de servitude et d'endocrinement, après avoir goûté à la violence barbare et versé le sang, comme une drogue dure, celui ou celle qui y a goûté ne pourra plus s'en passer et sera même dans les cas extrêmes obligé d'accomplir des actes allant jusqu'à s'opposer à son libre arbitre. Cela fut le cas des Kamikazes en 1944 et c'est toujours le cas au Moyen-Orient avec les attentats-suicides où la personne sur laquelle on a fixé une ceinture explosive n'a même pas appuyé sur le bouton qui fut commandé à distance par son supérieur !

Cette manière de recruter et de semer la terreur ne date pas d'hier. Durant les grandes guerres militaires ou civiles les oppresseurs ont toujours semé la terreur dans le camp adverse en utilisant la propagande et des actions barbares exemplaires contre leurs ennemis.

Au siècle dernier nous en avons eu de tristes exemples avec les horreurs des Purges Staliniennes dans les années 1930, des SS durant la Deuxième guerre mondiale ou des Tchétchènes dans les années 1990. Tous étaient constitués en groupes armés soi-disant salvateurs et protecteurs de la morale mais ils agissaient tous tels des barbares pour effrayer et exterminer les populations ennemies et toute forme d'opposition.

Si on jette aujourd'hui avec raison l'opprobre sur les terroristes, n'oublions jamais qu'en Occident, les Catholiques et les membres de sectes comme le Ku Klux Klan n'ont pas fait dans la dentelle non plus pour martyriser et convertir les âmes dans le péché. Leus actions furent même supportées publiquement ou à demi-mot par l'autorité civile en place. Autre temps autre moeurs sans doute, mais la nature humaine a démontré sa cruauté plus que n'importe quel animal et à toute les époques !

Le Front des Révolutionnaires de Raqqa et l'aide aux déserteurs

Comment peut-on aider les personnes prisonnières des terroristes et les déserteurs ? Faire échapper les victimes prisonnières de Daech ou d'autres organisations terroristes n'est malheureusement pas la priorité des gouvernements ni même des brigades militaires en place dans ces pays, que ce soit au Moyen-Orient, en Afrique ou ailleurs dans le monde. De manière générale, le problème est que sans infiltrer ces organisations, il est pratiquement impossible de localiser les prisonniers ou seulement certains d'entre eux. Conduire une action d'envergure n'est même pas envisageable car les prisonniers des terroristes sont rarement rassemblés au même endroit. De plus, sans un plan tactique basé sur des renseignements fiables et des moyens d'actions conséquents, soit les soldats arriveront trop tard car le camp ennemi aura été levé suite aux alertes données par les sentinelles soit ils ne pourront pas éviter le bain de sang. Mais par dessus tout, les terroristes n'ont aucun scrupule à assassiner des civils qu'ils jugent infidèles, inutiles et encombrants. Face à autant d'incertitudes et un risque évident d'enlisement, pratiquement aucun gouvernement n'accepte de se lancer dans ce genre de combat.

Combattants du FSA comprenant des membres du Front des Révolutionnaires de Raqqa luttant contre Daech en octobre 2015 sur la ligne de front à Ayn-al-Issa, à 50 km de Rakka, en Syrie. Document Wladimir van Wilgenburg.

Si on ne pas vraiment lutter de l'intérieur de ces organisations terroristes, peut-on faire évader ceux qui ont échappé aux terroristes ? Actuellement, une seule organisation a le courage de venir en aide aux déserteurs de Daech, c'est la "Brigade Thuwar Raqqa" ou "Front des Révolutionnaires de Raqqa" dirigée par Abu Isa qui dispose également d'une chaîne sur YouTube.

La Brigade Thuwar Raqqa est un groupe nationaliste dont le but est d'instaurer un Etat démocratique et laïque en Syrie. L'organisation siège à Raqqa qui est également le second QG de Daech après Mossoul et participe à des combats aux côtés des forces Kurdes (YPG). En 2013, la Brigade tenta de conclure une alliance avec les rebelles du Front Al-Nostra (Jabbat al-Nustra), la branche d'Al-Qaïda en Syrie qui est en guerre contre le régime syrien afin d'obtenir leur protection contre les terroristes de Daech. Mais cette fusion n'a pas abouti.

Selon Abou Muazz, porte-parole de la Brigade Thuwar Raqqa, son effectif est d'environ 800 hommes d'origine arabe et kurde. Interrogé sur leur armement, un membre de cette brigade a confirmé dans le webzine Now qu'ils ne veulent pas que les étrangers participent aux combats car disent-ils "nous nous battons pour notre pays et notre honneur".

A côté de son combat contre les terroristes de Daech, la Brigade Thuwar Raqqa lutte pour exfilter les déserteurs de Daech. Malheureusement elle est confrontée à la méfiance des autorités des pays dont sont originaires les déserteurs et n'a pas le support des ambassades. En effet, aucun gouvernement ne souhaite collaborer avec cette organisation sous prétexte qu'il vaut mieux que ces déserteurs repentis restent en Irak ou en Syrie afin qu'ils ne viennent pas semer la terreur en Occident ou ailleurs !

La Brigade Thuwar Raqqa agit donc seule avec le peu de moyens dont elle dispose. Elle faisait partie de l'Armée Syrienne Libre (FSA) opposée au régime de Bachar el-Assad jusqu'en 2015 où elle intégra les Forces Démocratiques Syriennes (SDF ou QSD acronyme de Quwwāt Sūriyā al-Dīmuqrāṭīya), une armée forte d'environ 50 factions représentant entre 15000 et 50000 combattants. Le SDF est également membre de la coalition et représente une sérieuse opposition et une défaite de plus pour Daech.

Ainsi qu'on le constate, comme partout au Moyen-Orient, l'équiquier politique est très complexe d'autant que la Russie s'est invitée dans les combats en soutenant le régime de Bachar el-Assad à grands renforts de bombardements aériens, deux puissances totalitaires qui sont en train de commettre un véritable génocide en Syrie.

En marge de cette guerre, peut-on soigner les déserteurs qui ont fuit les combats ? Concernant les djihadistes déserteurs, selon les experts ceux qui n'ont pas subit de lavage de cerveau ont des chances de retrouver une vie normale. Dans les autres cas et plus la victime est jeune, on peut uniquement traiter les symptômes mais on ne peut pas la guérir car le traumatisme est trop profond. Quand ils parviennent à s'échapper ou sont libérés, ces individus sont en général perdus pour la société, incapables de retrouver leur équilibre et une vie normale, même après six mois ou un an de prise en charge dans un institut spécialisé. En effet, quand le personnel médical estime que le patient est guéri, on constate souvent que dès l'instant où il dispose ne fut-ce que d'un GSM, il ne peut s'empêcher de recontacter un djihadiste et le cercle vicieux recommence... Ceux qui ont été exposés aux horreurs les plus barbares ont été déshumanisés et dans ces conditions il est très difficile de les soigner et ils ont peu de chance de quitter les prisons ou les hôpitaux psychiatriques. Encore faut-il que leur internement soit définitif et qu'ils ne soient pas libérés soi-disant géris ou "pour bonne conduite" et qu'on apprenne quelques jours plus tard qu'ils ont récidivé ! Ce genre de criminel ne mérite que l'internement à vie. On peut même regretter en Europe qu'étant donné le laxisme de la Justice et du manque de ressources du pouvoir exécutif que la peine de mort ne soit plus autorisée. Cela calmerait la barbarie des plus violents et épargnerait la vie de bien des innocents.

Prochain chapitre

Le trafic d'armes et le Darknet

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