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Le terrorisme ou l'apologie du crime

Comment lutter contre le terrorisme ? (VI)

Ainsi que le disait le général chinois Sun Tzu à propos de l'art de la guerre : "Connais ton ennemi et connais-toi toi-même; eussiez-vous cent guerres à soutenir, cent fois vous serez victorieux". Plus de deux millénaires plus tard, nous pouvons encore appliquer les règles de ce grand stratège à l'art de la guerre contre le terrorisme.

Le plus grand danger c'est l'inconnu, ce qu'on ne connaît pas. Le terrorisme n'est pas un concept sur lequel des experts discertent en chambre ou devant les caméras, loin des théâtres d'opérations et ne se limite pas à des dessins humoristiques plus ou moins acerbes dans des journaux d'actualité.

Les reportages enregistrés sur le terrain et les témoignages des victimes nous mettent face à nos responsabilités : le monde est en guerre pour préserver la Liberté et on ne peut pas se voiler la face en imaginant que le problème du terrorisme n'existe pas ou ne nous concerne pas. D'ailleurs les attentats mortels commis récemment aux Etats-Unis, en Espagne, en France et en Belgique ont bien montré que tous les peuples démocratiques ont bien conscience de ce danger puisqu'ils se sont mobilisés spontanément pour défendre leur liberté et exiger de leur gouvernement respectif des actions préventives et coercitives à la hauteur des risques ou des incidents.

Un risque pour la démocratie et pour l'Europe

A côté du danger immédiat que représente un attentat terroriste et ses effets indirects dans la société, il y a un risque encore sous-estimé par beaucoup de dirigeants qui est celui du pouvoir potentiel des terroristes islamistes d'imposer leurs idées aux ressortissants des pays démocratiques.

Il y a 2000 ans et pratiquement jusqu'au siècle dernier, l'Europe était le centre du monde. Aujourd'hui encore, bien que le coeur des sciences et des technologies se soit déplacé vers les Etats-Unis, malgré les clichés péjoratifs attachés au "vieux continent" et à la politique européenne très discutable sur bien des plans, l'Europe reste une référence dans le monde, pas seulement en matière de culture mais également pour sa politique démocratique et sa moralité.

Nombre de victimes du terrorisme à travers le monde entre 1970 et 2015.

Sur le plan politique, il y a une grande différence entre les barbares et musulmans qui ont envahi l'Europe il y a deux mille ans et les barbares modernes représentés par une certaine frange de migrants sans foi ni loi et les auteurs des attentats d'aujourd'hui qui sèment la terreur.

Au cours de l'histoire, les envahisseurs qui ont conquis l'Europe ont accepté de se convertir à la religion de l'Empire d'Occident ou inversement les grands  conquérants occidentaux ont bâti des empires en laissant la liberté de culte à chaque peuple, certains comme le Grec (Macédonien) Alexandre le Grand ayant même fini par adopter la religion, les moeurs et les coutumes pratiquées à Babylone, en Perse, au grand désarroi des Grecs.

Aujourd'hui, les nouveaux barbares qui prêtent allégeance à Daech sont pour la plupart des musulmans radicalisés. A défaut de pouvoir bâtir un califat au Moyen-Orient, ils essayent d'envahir l'Europe et tous les pays démocratiques soit en personne soit à travers la propagande prêchée par des mollahs obscurantistes relayée par des chefs de bandes dans le but d'imposer à la population a priori docile et peu critique leurs moeurs barbares sous le faux prétexte que cela répondrait aux prescriptions du Coran.

Cette invasion par les idées est plus dangereuse et perverse qu'un ou même dix attentats car en période de crise comme on en connaît aujourd'hui en Occident, les personnes en porte-à-faux par rapport à la communauté dans laquelle ils vivent ont tendance à apprécier les idées révolutionnaires qui prônent par exemple la fin des privilèges des plus nantis, un monde plus social et solidaire, nationaliste, bref qui leur assure le respect, de meilleures conditions de vie dans un état unifié en l'occurrence sous la bannière islamiste. Ces idées radicalistes ont le pouvoir de convertir des peuples et de renverser le pouvoir en place pour le remplacer par des personnages représentant mieux leur régime totalitaire. Il ne faut pas remonter très loin dans l'Histoire pour en avoir de tragiques exemples.

C'est donc ce risque associé à la concrétisation de la propagande des idées révolutionnaires et subversives et aux actions criminelles que prônent les terroristes de Daech auquel il faut urgemment mettre fin et pour ainsi dire par tous les moyens, démocratiques entendons-nous bien.

Le problème du terrrorisme

Si les gouvernements ont conscience du risque d'instabilité et du danger que représente le terrorisme depuis que les Palestiniens se battent contre les Israéliens, ils n'ont compris la réelle dimension mondiale de ce danger que suite aux attentats du 11 septembre 2001 sur le World Trade Center et le Pentagone.

Cette prise de conscience s'est renforcée en Europe et en Amérique du Nord lorsqu'on apprit que des ressortissants occidentaux combattaient aux côtés de ces terroristes. Soudainement, la question du terrorisme est devenue un problème pour tous les gouvernements et un dossier ouvert tant sur le bureau de l'OTAN qu'à l'ONU que sur celui de tous les ministères européens jusqu'au Conseil de l'Europe.

Document T.Lombry

Mais cette prise de conscience n'était sans doute pas encore suffisante puisqu'il fallut tout de même un attentat en France en 2015 pour que l'Europe se décide à renforcer son arsenal juridique et entame des réformes afin de lutter plus efficacement sur les plans national et international contre le grand banditisme et le terrorisme.

"L'Union fait la force" dit-on en Belgique, les pays occidentaux et tous les acteurs opposés au terrorisme ont donc décidé de réagir ensemble et par tous les moyens face à ces menaces.

L'assurance anti-terroriste

Le risque terroriste ne concerne pas une communauté, une religion ou un pays en particulier mais nous concerne tous. Cela signifie qu'on ne peut pas lutter seul contre les terroristes ni limiter nos actions préventives et coercitives à notre région, notre communauté ou notre pays.

Chacun de nous a souscrit une assurance contre le vol, l'incendie voire même contre un aléa survenant durant ses vacances à l'étranger. De même, les gouvernements européens notamment doivent dorénavant s'assurer contre le risque terroriste comme chacun assure sa vie et celle de ses proches contre un éventuel accident de voiture.

En Belgique par exemple où il existe trois régions indépendantes (la Flande, Bruxelles et la Wallonie), il serait irresponsable d'imaginer que la lutte contre le terrorisme s'arrête aux frontières linguistiques ou soit gérée par chacun des ministres de l'intérieur et des affaires étrangères de chacune des régions du pays ! Cette action doit donc être gérée au niveau fédéral afin de couvrir l'ensemble du territoire national en laissant de côté les problèmes communautaires. Même problématique à l'échelle européenne. La Belgique, la France ou l'Angleterre ne peut pas agir seule au risque de rater sa cible. Bref, tous les Etats membres doivent agir en concertation et liens étroits avec tous les autres pays européens et en collaboration avec les pays limitrophes et notamment la Turquie par où transitent la plupart des terroristes ainsi qu'avec les grandes agences de renseignements (NSA, FBI, Mossad, etc).

Un militaire posté dans le métro de Bruxelles (B), le 25 novembre 2015. Une présence qui devient routinière et qui passe presque inaperçue pour les voyageurs mais probablement pas pour les touristes de passage. Document Ye Pingfan/NurPhoto/AFP.

Ce travail exige donc une politique anti-terroriste commune au niveau européen, une communication étroite et sécurisée entre tous les acteurs de terrain et le partage des données sensibles entre les services de renseignements et de police de tous les pays concernés. Si depuis 2015 la situation évolue dans le bon sens avec une collaboration étroite entre toutes les agences de renseignements et services de police (un mandat d'arrêt européen émis en Espagne par exemple est exécuté immédiatement et sans autre formalité dans un autre pays européen), à l'heure actuelle la mise en commun des bases de données reste encore un voeu pieux.

L'Europe est-elle prête à assumer ses responsabilités et à protéger sa population ? Vu la recrudescence des attentats et des dysfonctionnements administratifs observés dans plusieurs pays et notamment en Belgique, tout indique que l'Europe est en retard d'une guerre et protège plus son bien-être et ses libertés individuelles que la sécurité de sa population ! Or dans le contexte actuel, la lutte contre le terrorisme doit être la priorité absolue, tant pour les gouvernements que pour les entreprises. Malheureusement, on constate que l'Etat ne se donne pas les moyens pour réduire ce risque. La question est donc de savoir si l'Etat est suffisamment armé pour lutter d'égal à égal avec les terroristes ? Cela nous conduit à vérifier les plans stratégiques et tactiques dont nous disposons.

Plans stratégiques et tactiques

Dès lors qu'on a identifié les différentes types de risque terroriste, les objectifs des terroristes, leurs cibles, les impacts potentiels ou avérés, leurs moyens, leurs combattants, compris leurs motivations, leur stratégie, la manière dont ils sont recrutés et entraînés, leurs points faibles, bref tout ce qui permet de cartographier ces risques et de prédire les incidents, on ne les craint plus et au contraire on est suffisamment préparé pour définir des plans d'actions pour les éradiquer.

Comme tout risque faisait l'objet d'un traitement, le niveau de menace terroriste (différent du risque car il ne tient pas compte de la fréquence) est défini par une échelle codée directement corrélée à des plans d'actions précis. Depuis les attentats en France et en Belgique (2015 et 2016), le niveau d'alerte est de 2 dans ces deux pays mais peut localement et temporairement être relevé au niveau 3, principalement dans les capitales. Au niveau 4, il est recommandé à la population concernée de ne pas sortir pour ne pas entraver le travail des forces de l'ordre.

Mais il faut également rester réaliste et envisager des solutions réelles, applicables, fiables et pérennes, suffisamment souples et ouvertes pour les adapter à l'évolution de la situation.

Aujourd'hui, la menace terroriste est différente d'hier (d'il y a ne fut-ce que 20 ans), les moyens des terroristes ont évolué, ils sont devenus beaucoup plus lourds et diversifiés, ils communiquent beaucoup plus rapidement, leurs attaques sont très violentes et les terroristes n'hésitent pas à traverser la planète pour exécuter leur sale besogne et même à se sacrifier pour leur cause.

Contrairement au passé, aujourd'hui la menace terroriste est permanente et exponentielle. Elle ne représente pas un seul risque mais une multitude de risques visant tous les intérêts occidentaux à travers le monde, avec une haine particulière envers les forces de l'ordre, les pays interventionnistes et toute personne se moquant soi-disant des musulmans ou blasphémant.

En fonction de l'importance de la menace déterminée par les données recueillies par les agents sur le terrain et des indicateurs objectifs (mais ce n'est pas toujours possible), le risque ou niveau d'alerte varie selon la grille présentée à gauche.

Le niveau d'alerte est défini par les experts en terrorisme du ministère de l'Intérieur.

Aujourd'hui, en Europe, le niveau d'alerte varie entre le niveau 2 "menace plausible" et 3 "menace hautement probable" sur une échelle qui va de 0 "absence d'indication de menace" à 4 "menace certaine".

Les Anglo-saxons utilisent la même échelle à l'exception qu'il n'y a pas de niveau "0" au sens strict mais plutôt un niveau de menace ou d'attaque minimum qualifié de "peu probable". La description des différents niveaux d'alertes est également différente du modèle franco-belge et se rapproche du modèle militaire.

Au Royaume-Uni, le niveau de menace est défini par le Joint Terrorism Analysis Centre et le MI5 (Service de sécurité intérieure). En France, il est défini par la DGSI (Direction Générale de la Sécurité Intérieure) sous la coordination du Conseil National du Renseignement (CNR). En Belgique, il est évalué par l'OCAM (Organe de Coordination pour l'Analyse de la Menace).

Notons qu'on peut avoir simultanément plusieurs niveaux de menace ou de risque : par exemple un niveau 2 sur l'ensemble du territoire et un niveau 3 dans les lieux publics très fréquentés ou uniquement applicable aux militaires.

Niveaux d'alertes terroristes utilisés au Royaume-Uni

Low  : an attack is unlikely (une attaque est peu probable)

Moderate  : an attack is possible but not likely (une attaque est possible mais peu probable)

 Substantial  : an attack is a strong possibility (une attaque est fort probable)

 Severe  : an attack is highly likely (une attaque est hautement probable)

  Critical  : an attack is expected imminently (une attaque imminente est attendue).

Pour répondre aux différentes menaces terroristes, les gouvernements en concertation avec les institutions internationales civiles et militaires ont développé des plans d'actions par secteur d'activité : rassemblements, bâtiments, sécurité aérienne, sécurité maritime, transports, chaîne alimentaire, cybersécurité, réseaux (telecom, électrique, pétrole, gaz, etc.), interventions, étrangers (expatriés, ressortissants, entreprises et institutions nationales installées à l'étranger), etc. Chaque plan d'action est également associé à des ressources humaines et matérielles et dispose donc d'un budget de fonctionnement.

Il a fallut ensuite valider ces plans et déterminer dans quelles mesures on pouvait les appliquer. En effet, comme tout projet, le fait d'approuver le plan de traitement des risques terroristes et les plans d'actions pour chacun d'eux ne signifie pas dans ce cas-ci que l'Etat dispose des moyens pour lutter efficacement contre cette menace (une raison de plus pour ne pas ébruiter cette faiblesse).

Nous savons que la menace terroriste exige une réaction proportionnelle et si nécessaire évolutive de l'Etat mais nous savons malheureusement qu'aucun pays européen ne dispose des moyens de la NSA (et même les Etats-Unis ne peuvent agir seuls contre le terrorisme, les différents attentats dont ils furent les victimes en apportant autant de preuves). Il faut donc composer avec nos moyens et de manière d'autant plus efficace, tant que faire se peut.

Mettre un milliard de dollars sur la table, lancer les hostilités et tout l'armada militaire en Syrie ou en Irak par exemple puis fermer la porte une fois que les missions ont consommé toutes les ressources ne garantit pas que le risque est écarté. Pas plus que consacrer 1 milliard ou même 10 milliards d'euros va d'office permettre d'avancer, réduire ou éliminer ce risque. En effet, si le commissaire, le policier ou le douanier doit remplir dix documents et contacter autant de services pour obtenir l'autorisation de mettre une personne sur écoute, confisquer sa carte d'identité, pour appréhender un terroriste potentiel ou pour le bloquer à la frontière ou l'extrader, dans l'intervalle le suspect a tout le temps de disparaître et même de quitter temporairement le pays avant de revenir et commettre un crime ! Sans même parler des moyens mis à la disposition des forces de l'ordre souvent insuffisants ou partagés avec d'autres servcies, notamment les armes et les moyens de communication qui ont déjà placés ces équipes dans des situations d'incapacité d'assurer correctement leurs missions. Ce genre de situation s'étant produit plus d'une fois, les ministres de l'Intérieur doivent en tirer la leçon comme il paraît aujourd'hui inconcevable de libérer des islamistes emprisonnés après qu'ils aient purgés un tiers de leur peine de prison ou de simplement reconduire les condamnés dans leur pays d'origine !

Bonne nouvelle pour les policiers belges, depuis 2016 les agents de police sont armés et sachant que les terroristes sont souvent équipés d'armes lourdes, les anciennes armes de service comme les Uz (un pistolet-mitrailleur fabriqué en Israël) utilisées par les policiers lors des missions anti-terroristes ont été remplacées par des armes lourdes d'assaut dont la puissance des munitions est quatre fois supérieure à celles des armes classiques et sont capables de percer des toles en acier. C'est un budget de 12 millions d'euros.

Après Israël et d'autres pays, l'Europe doit s'habituer à vivre sous la menace terroriste et voir des policiens ou des militaires mitraillette au point dans tous les lieux publics. Si cela peut inquiéter certains touristes qui éviteront de fréquenter ces lieux, pour d'autres c'est rassurant et c'est le prix à payer pour déjouer les tentatives d'attentats. A gauche, une patrouille de police sur les côtes françaises durant l'été 2016. A droite, une patrouille de militaires accompagnée d'un policier sur la Grand-Place de Bruxelles au printemps 2016. Documents Europe1 et Dirk Waem/AFP/Getty Images.

D'un autre côté pas plus que les citoyens, l'Etat ne veut céder sous la menace terroriste ni transformer le pays en un état policier où les libertés seraient brimées ou les commerces sous surveillance ou fermés temporairement sous prétexte que nous sommes menacés. Pourtant, l'actualité nous démontre qu'il faut réduire ce risque coûte que coûte au risque qu'il y ait rapidement une place de libre au Ministère de l'Intérieur ou des Affaires Etrangères des pays les plus menacés.

L'existence même de cellules terroristes en Europe et plus encore en sommeil représente un risque de sécurité majeur qui justifie le maintient de la vigilance et de la surveillance du territoire à un niveau raisonnable de sécurité. Il faut également évaluer le résultat des opérations réalisées par les forces de l'ordre et si nécessaire revoir la stratégie et les moyens mis en oeuvre pour écarter les risques résiduels ou les nouvelles menaces. Suite à ces résultats, il faut proposer un nouveau plan de lutte pour les éradiquer et on réapplique cette méthode autant de fois que nécessaire jusqu'à ce que le risque ait disparu ou soit sous contrôle.

Si cette stratégie est valable en général, il faut l'appliquer concrètement au cas particulier du terrorisme. En pratique, chacun reconnaîtra que le problème est très complexe et s'y attaquer est un travail de longue haleine. Pour lutter efficacement contre les terroristes il faut agir sur tous les fronts simultanément, de manière coordonnée et permanente et ne surtout pas se limiter à une seule action qu'ils pourraient aisément contourner. On peut envisager plusieurs mesures : des actions sur les plans financier, économique, militaire, politique et même agir sur le plan éducatif. Enfin, il y a les actions préventives et les actions répressives.

Les sanctions

Le point sensible des organisations terroristes est l'argent et leurs avoirs au sens large. Tous les pays membres du GAFI et l'ONU sanctionnent les bailleurs de fonds du terrorisme. Cela concerne également tout individu ou entreprise commettant, menaçant ou supportant les organisations terroristes. Concrètement ces actions consistent dans le gel des avoirs, l'embargo sur les armes, l'interdiction de voyager, l'extradition, l'emprisonnement, etc.

Après les débuts timides de l'Europe qui signa un traité pour la répression du terrorisme en 1977, devant l'ampleur du danger et de la gravité des actes terroristes, les Etats ont durci leurs positions et pris des actions financières, économiques et politiques concertées sur le plan mondial afin de sanctionner tous les auteurs reliés de près ou de loin au terrorisme.

Les querelles entre institutions européennes

Dans le cadre des sanctions financières, il est arrivé plus d'une fois que la Cour Européenne de Justice (CEJ) s'est opposé aux décisions de l'Union européenne. Ainsi, en 2006 une décision du CEJ a scandalisé l'Union européenne et tous les acteurs luttant contre le terrorisme.

En effet, l'organisation des Moudjahidins du Peuple d'Iran (OMPI) qui était sur la "liste noire" et dont les avoirs étaient gelés depuis 2002 a porté plainte au CEJ pour la troisième fois en 2008 et obtenu gain de cause. Le CEJ annula également en 2013 une décision similaire à propos d'une banque de commerce iranienne. Dans les deux cas, le CEJ jugea que les sanctions européennes étaient inappropriées car la décision n'était pas suffisamment motivée et exigea que le nom soit retiré de la liste.

Ce genre de "querelles" entre institutions européennes crée de dangereux précédents judiciaires qui ne peuvent qu'affaiblir l'impact des décisions européennes et donner de l'espoir aux terroristes. Cela n'a pas empêché l'Union européenne de revoir sa copie et de reformuler son texte de manière à mieux blinder sa politique antiterroriste.

Tout d'abord, en 2001 la Commission européenne publia la Directive européenne 2001/97/CE qui dresse un cadre juridique pour lutter contre le blanchiment d'argent et le financement du terrorisme. La directive fut ensuite transposée dans le droit national de chaque Etat membre.

A cette occasion, les institutions financières renforcèrent également leurs procédures de contrôle AML (anti-money laundering). Concrètement, toute ouverture de compte ou transfert de fonds doit faire l'objet d'une attention particulière des employés et les éventuels actions suspectes ainsi que les incidents doivent être escaladés immédiatement non seulement aux responsables du Risque et de la Compliance mais également communiqués à l'organisme national de surveillance du secteur financier. Un manquement grave peut entraîner une lourde amende financière et même le retrait de la licence de l'entreprise financière.

Peu après, suite aux attentats du 11 septembre 2001, en collaboration avec les services de renseignement et le Parlement européen, le Conseil de l'Union européenne a dressé une "liste noire" des organisations terroristes qui reprend également des personnes et des entreprises. Bien que critiquée par les associations de défense des droits de l'homme, cette "liste noire" est entrée en vigueur et appliquée dans tous les Etats membres.

Cette liste fut suivie en 2004 par la "Convention des Nations Unies contre la criminalité transnationale organisée" qui fut approuvée par le Conseil de l'Europe et publiée de suite au Journal Officiel (réf. 2004/579/CE, cf. Eur-Lex).

Rappelons que le Conseil de l'Europe dispose également d'un Comité d'Experts sur le Terrorisme, CODEXTER, chargé de suivre la mise en œuvre des instruments juridiques antiterroristes du Conseil et de coordonner les activités du Conseil dans la lutte contre le terrorisme.

Aux Etats-Unis, le Trésor (Bureau de contrôle de la monnaie) a également dressé une liste consolidée de plusieurs centaines de personnes privées et morales qualifiées de terroristes faisant l'objet de sanctions.

Les Etats-Unis ont également dressé une liste de terroristes (potentiels ou actifs) interdits de vol, autrement dit indésirables sur son territoire, c'est la TSA No-Fly List. A ce jour, elle reprend plus de 95000 individus. Une liste similaire devrait bientôt exister en Europe.

De son côté, pour ne pas faire comme tout le monde, la France a dressé sa propre liste terroriste unique comprenant environ 400 terroristes. La plupart résident en dehors de l'Europe (Moyen-Orient et Afrique du Nord) mais quelques uns aujourd'hui expulsés ou en fuite avaient une adresse en Italie, en France, en Belgique, en Allemagne ou au Royaume-Uni. D'où on peut se poser la question de l'intérêt de tenir à jour (on l'espère) une liste nationale par nature incomplète à l'heure où les services de renseignements européens ont tout intérêt à communiquer et échanger leurs bases de données sur le terrorisme et où la France comme l'Europe surveillent difficilement leurs frontières...

Evolution de la zone d'influence de Daech (en gris foncé) et contrôle du territoire Syrio-irakien entre août 2014 et juillet 2017. Après 2 ans de guerre de la coalition internationale, en 2016 Daech avait perdu 45 % de ses territoires en Irak et 20 % de ses territoires en Syrie. En 2017, Daech perdit également ses voies d'accès et ses principales villes comme Mossoul et Raqqa. Daech a probablement encore des sympatisants dans les zones conquises mais on ignore leur nombre et leur influence et de toute façon ils n'ont plus les ressources qu'avec Daech en 2014. Leur action est toutefois passive. Documents Reuters, ISW et Thomas van Linge/VisaActu.

Si les sanctions ont des résultats tangibles, des hommes politiques et des chefs d'Etats véreux continuent à leur offrir leur soutien et leur protection en leur offrant des dons ou en leur ouvrant les portes de leur pays, rendant la lutte contre le terrorisme très difficile et de longue haleine.

La question des dons est très subtile car même un gouvernement démocratique peut être indirectement impliqué dans ce trafic. En effet, à travers les taxes sur les personnes et les sociétés, cet argent légalement acquis va remplir les caisses de l'Etat dont une partie sert à financer des associations caritatives par exemple ou des aides aux entreprises. Or ces dons peuvent être détournés et ces aides financières peuvent servir les intérêts des organisations terroristes et donc conduire finalement à l'assassinat de civils. Aussi, quelque part toute la société supporte financièrement les terroristes. Même si la caricature est sévère, c'est une réalité.

Le gel des avoirs et la lutte contre le blanchiment d'argent sont donc deux solutions très efficaces pour enrayer les activités terroristes, encore faut-il identifier tous les biens des terroristes et des organisations terroristes.

Mais il ne faut pas espérer que ces sanctions y mettront fin dans la mesure où les terroristes trouveront toujours des structures légales et des canaux déguisés pour transférer leurs fonds. En fait, le gel des avoirs est une solution peu efficace qu'il ne faut pas brandir haut et fort comme le font certains politiciens. Il faut donc compléter ces plans de lutte par d'autres actions ciblées et plus efficaces.

En complément du gel des avoirs et des procédures de contrôle AML, en cas de conflit ouvert les gouvernements avec l'aide de toute la force de leur pouvoir exécutif (armée, police, douane et diplomates) peuvent imposer un embargo économique sur tout ou une partie des biens et services destinés ou transitant par les pays supportant le terrorisme. Cela concerne l'interdiction de survol aérien, l'interdiction de la navigation, l'interdiction de livrer certains produits (principalement ceux dont l'usage peut servir directement ou indirectement à des fins militaires) jusqu'à l'interdiction de se déplacer hors des frontières voire même de livrer de manière temporaire de la nourriture et des médicaments à la population. Cette dernière sanction est interdite par les traités internationaux mais certaines organisations notamment en Israël l'appliquent sans vergogne contre des civils sous prétexte qu'ils aident les terroristes palestiniens.

Les actions militaires

Les conditions d'intervention et d'ingérence des forces armées d'un pays sur un sol étranger sont encadrées par le droit international des conflits armés (droits de la guerre) et le droit international humanitaire issus des conventions de Paix et de l'action de l'ONU (cf. le Droit international humanitaire du CICR).

Le Conseil de Sécurité de l'ONU. Financé sur base du PNB de ses Etats membres corrigé de divers facteurs économiques, les Etat-Unis participent à concurrence de 22 % de son budget, soit deux fois plus que le Japon et quatre fois plus que le Royaume-Uni, l'Allemagne ou la France. Son influence est sensible; l'ONU n'est pas neutre. Document ONU.

En résumé, l'intervention d'une armée étrangère dans un pays n'est légalement permise que si le gouvernement du pays concerné en fait la demande expresse soit directement au représentant du pays allié (Président ou Premier ministre) ou de la coalition soit au Conseil de Sécurité de l'ONU.

Toute intervention civile ou militaire dans un pays étranger doit être approuvée par le chef de ce gouvernement et dans le cas d'une action militaire, elle doit également avoir été votée et acceptée par le gouvernement du pays interventionniste ou de la coalition.

De plus le pays victime de l'agression doit définir et valider avec les forces armées des pays alliés ou les représentants de la coalition, les conditions d'engagements et de bombardement de son territoire. Seul le pays agressé peut accepter ou refuser une frappe sur son territoire.

Ainsi dans le cas de la guerre en Irak contre Daech, toute intervention des forces américaines ou de la coalition sur le sol irakien doit être préalablement approuvée par le Premier ministre irakien (al-Abadi en 2014), par le président américain (qui est également le chef du gouvernement américain puisqu'il n'y a pas de Premier ministre dans un régime présidentiel) et par les responsables de la celllule militaire représentant la coalition.

Les forces armées d'un Etat peuvent également intervenir sur un sol étranger sous le prétexte d'avoir des intérêts politiques ou économiques dans la région. Cela comprend notamment le développement économique et des infrastructures du pays. Mais même dans ce cas, le pays menacé doit solliciter et accepter l'intervention des forces armées alliées sur son territoire (par exemple durant la Guerre du Golfe en 1990-1991 durant laquelle le Koweit fut envahi par l'armée irakienne de Saddam Hussein).

Les intérêts politique et économique sont généralement les motifs invoqués par les grandes puissances pour justifier leur politique interventionniste. Ces missions de guerre sont toujours accompagnées d'une résolution du Conseil de Sécurité de l'ONU.

Dans les rares cas où cette procédure n'est pas respectée, l'Etat interventionniste s'expose à des crises diplomatiques et des sanctionner économiques, y compris de la part de l'Union européenne. Mais quand il s'agit des Etats-Unis ou de la Russie, c'est généralement la loi du plus fort qui prévaut et la diplomatie reste impuissante.

Mais avant que l'ONU n'intervienne, le pays interventionniste ou les membres de la coalition doivent accepter de mettre de l'argent sur la table pour financer cette guerre. L'argent étant, c'est le cas de le dire, le "nerf de la guerre", ceci explique pourquoi l'ONU laisse s'envenimer des conflits parfois même jusqu'au génocide car les seuls pays concernés n'ont pas toujours les moyens ou ne souhaitent pas financer une intervention armée.

Des images peu communes de la guerre contre le terrorisme. A gauche, un bombardier B-1B Lancer de l'USAF survolant l'Irak après une mission en Syrie contre Daech le 27 septembre 2014. Au centre, ne vous fiez pas aux apparences. Un tiers de l’armée kurde (ici des membres des Women's Defense Units ou YPJ) engagées contre les djihadistes au nord de la Syrie et en Irak est composée de femmes (contre 3 % dans l'armée israélienne) dont beaucoup sont encore adolescentes. Certaines d’entre elles ont déjà abattu plus de cents djhadistes dans les rangs de Daech ou d’Al-Qaïda. L'une d'entre elles a déclaré que si elle était capturée elle préférait se suicider plutôt que de leur laisser le plaisir de la décapiter. A droite, des soldats rebelles se battant contre Daech. Si par certains côtés ces photoghraphies sont très belles voire séduisantes, elles cachent une réalité barbare face à laquelle ces hommes et ces femmes courageux sont confrontés jour et nuit depuis des années. Documents USAFTrumblr et Zabielin.

Si on connaît bien le motus operandi des organisations terroristes, en revanche il est très difficile de les combattre car elles sont financièrement très puissantes, fortes, multiples, réactives, mobiles et disséminées à travers de vastes territoires parfois difficilement accessibles. 

On ne peut pas se battre contre des cibles fantômes, abattre des montagnes pour y déloger l'ennemi ni bombarder ou raser une ville de la carte sous prétexte que tous les civils sont des terroristes. Les lois de la guerre gardent encore un peu d'humanité !

De plus, au Moyen-Orient les terroristes sont des fanatiques pour lesquels le sens du sacrifice est synonyme de bénédiction, même si paradoxalement se faire exploser reste à leurs yeux le pire des déshonneurs. A l'inverse, peu d'opposants et probablement aucun Occidental ne veut donner sa vie pour un terroriste.

Même s'il est peut être utopique de s'opposer par la force à une idéologie, il faut recourir aux interventions militaires pour éradiquer le terrorisme. Mais cette guerre totale doit en même temps épargner la vie des forces de la coalition et garantir que les ressources seront suffisantes pour garder le contrôle sur le terrain le temps nécessaire, à défaut de quoi autant tirer à blanc. Ce projet ambitieux requiert donc une planification à long terme et des assurances sur sa pérennité.

A voir : A visual tour of the price Raqqa paid for its freedom from ISIL, Quartz Media, 2017

L'état des villes de Syrie et d'Irak après les combats de la coalition internationale alliée aux Kurdes contre Daech. Ci-dessus à gauche, le soldat kurde Musa âgé de 25 ans regardant les ruines de Kobané (Aïn al-Arab) en Syrie le 30 janvier 2015. Document Bulent Kilic/AP/Getty Images. A droite, les ruines de Mossoul en 2017. Ci-dessous, les ruines de Rakka en 2017. Documents Reuters. Dans ces conditions, on ne s'étonnera pas que les habitants aient fuit leur ville et viennent demander refuge en Occident. Comment pourraient-ils rentrer chez eux ?

Les sondages nous apprennent que 60 % du public pense qu'il n'est pas possible de venir à bout du terrorisme. Près de 30 % pensent le contraire. Selon le magazine "Military Times", si on pose la question aux soldats américains (sondage auprès de 2200 militaires), 70 % d'entre eux s'opposent à une guerre au sol pour combattre Daech. En revanche, selon un autre sondage du même magazine, la moitié des Américains sont favorables à des frappes aériennes.

Quand on pose la question à nos gouvernements, on constate que pratiquement personne (à part quelques stratèges militaires) n'apprécie l'idée de lancer une guerre conventionnelle de grand style contre un ennemi insaisissable sévissant essentiellement à l'étranger et surtout pas d'envoyer des troupes au sol qui risquent de ne jamais revenir.

Si on accepte l'idée que les militaires ne veulent pas sacrifier d'hommes en s'engageant dans une guerre d'usure au sol, comment vaincre les combattants de Daech ou d'Al-Qaïda ?

La première idée qui vient à l'esprit est d'organiser des frappes aériennes dans le cadre d'une coalition internationale dans l'espoir de réduire l'ennemi au silence sous l'assaut des bombes. Cette solution peut détruire des bâtiments et des camps d'entraînement, mais même des milliers de frappes aériennes ne détruiront pas l'ennemi si les cibles sont mal identifiées.

Une solution est d'avoir un maximum de contacts au sol capables de renseigner les forces alliées. C'est l'une des stratégies appliquées actuellement par l'armée américaine et quelques Etats européens qui a permis de faire reculer Daech et Al-Qaïda.

Cinq ans séparent ces deux photos. A gaucle, des résidents d'Alep en Syrie parcourant les ruines de leur ville le 27 octobre 2012. Document Narciso Contreras/AP. A droite, Alep photographiée le 28 octobre 2017. La ville se reconstruit et dispose à nouveau d'électricité. Les habitants peuvent enfin entrevoir la fin du tunnel. Document UNHCR Syria.

En parallèle, les Etats-Unis continuent de diriger la force de coalition internationale envoyée en Irak et envoya en 2014 plus de 1200 conseillers militaires pour aider les forces irakiennes et former leurs soldats.

Par la suite, si les leaders des différentes groupes terroristes sont abattus, les combattants seront littéralement décapités de leurs têtes pensantes et désorganisés. Les Etats-Majors de la coalition pourront alors envisager une intervention au sol avec le support des militaires locaux qu'ils auront formés.

A propos des drones

Notons que dans la lutte contre les organisations terroristes, pour la première fois dans l'histoire de la guerre moderne c'est grâce aux drones armés (appelés aérodynes légers pilotés par les Anglo-Saxons et aéronefs sans pilote par les Francophones) que les opérateurs américains de l'USAF ont tué la plupart des hauts dirigeants (les N°2) d'Al-Qaïda. Rappelons que c'est en 2001, suite aux attentats du 11 septembre, qu'un drone tua pour la première fois un djihadiste en Afghanistan. A ce jour, toutes ces missions qui peuvent parfois durer 36 heures d'affilées sont effectuées au nom des Etats-Unis (et parfois en secret par la CIA pour éviter tout problème diplomatique !).

En 2013, 55 pays avaient fabriqué ou acheté des drones à usage militaire. Les plus petits modèles de la taille d'une maquette tiennent dans un bagage à main et portent une charge explosive que l'opérateur peut manipuler à 10000 km de distance par liaison satellite. Certains modèles tel le X-47B de l'US Navy peut décoller et atterrir sur un porte-avion. Il est probable que le X-47B participera un jour aux missions de guerre à côté des avions de chasse voire seuls sous forme d'escadrilles pilotées à distance.

A voir : Military Drone Technology, 2014, Peter Yost

X-47B stealth drone targets new frontiers, BBC Future

Dans ce contexte, selon le DARPA, un scénario à la "Terminator" où des robots autonomes décident où et quand tuer un ennemi en toute autonomie est tout à fait concevable. En fait le DARPA n'attend que l'accord présidentiel car selon eux la technologie est au point. Si cela peut faciliter la lutte contre le terrorisme, certaines experts et ONG déclarent que jusqu'à 30% de civils sont également tués par ces drones, rendant leur usage très controversé, notamment dans le cadre du droit international. Bien que cette question sorte du cadre de cette revue, il faut savoir que dans plusieurs pays et notamment aux Etats-Unis des sénateurs ont proposé des lois pour limiter l'usage des drones dans des situations bien particulières et veiller à ce qu'ils ne puissent jamais devenir autonomes. On en reparlera.

L'action des gouvernements

Concernant le rôle des gouvernements sur le plan civil, chaque Etat peut d'abord agir sur le plan national en imposant des sanctions et en durcissant sa législation en matière financière (voir plus haut).

Si la vidéosurveillance doit respecter la loi et notamment la vie privée, son usage y compris celui des drones, permet aussi de déjouer des tentatives d'attentats et d'identifier des criminels. Sans que son usage ne devienne abusif et transforme nos villes en bastions de "Big Brother", de nos jours les caméras de surveillance sont un mal nécessaire si nous voulons décourager les criminels et préserver la quiétude de nos villes. Document Getty Images.

Il peut également agir en demandant aux forces de l'ordre et aux services de renseignements de surveiller ostensiblement mais également discrètement les lieux publics et sensibles grâce à la vidéosurveillance (caméras fixes et drones) qui depuis quelques années tire avantage du Cloud pour étendre sa couverture et sa souplesse d'utilisation grâce au concept de "Video Surveillance as a Service" ou VSaas.

Les gouvernements peuvent également agir envers les combattants et les recrues occidentales. Plusieurs gouvernements européens ont récemment mis en place des moyens pour les neutraliser. Ainsi, les services de renseignement français, belges, allemands et anglais connaissent très bien certains djihadistes et suivent des centaines de citoyens au profil suspect soi-disant partis faire du tourisme en Afrique du Nord ou au Moyen-Orient. Avec un peu de chance, ces filatures et ces écoutes permettront de démanteler des cellules et des réseaux terroristes.

Mais il faut d'abord répondre à une question avant d'entamer toute action : de quel budget disposent ces fonctionnaires de l'Etat ?

La question du budget alloué à ces actions est un élément clé du dispositif de lutte antiterrorisme. Or c'est le point faible de toute organisation qui doit trouver un juste compromis entre ses différentes priorités.

Ne prenons que l'exemple de la Belgique où sa situation géographique en fait un pays idéal pour les terroristes en transit. La surveillance d'une seule personne dans le cadre de la lutte antiterrorisme demande 20 personnes dont une majorité de représentants des forces de l'ordre. Or, la Belgique ne dispose que d'un effectif de 30000 fonctionnaires qui doivent également assumer la protection du territoire au niveau fédéral et local ainsi que des taches administratives pour quelque 11 millions d'habitants. Quand on sait que dans les bureaux d'enquêtes et autres commissariats, il n'y a même pas un ordinateur ni un GSM par fonctionnaire (et encore moins de systèmes reliés à Internet), que le réseau de communication sécurisé Astrid est saturé durant les crises forçant les agents à transmettre leurs informations via le réseau public Whatsapp et que la majorité des prisonniers en résidence surveillée ne portent pas de bracelet d'identification faute de budget, c'est un véritable défi qui se pose aux dirigeants du pays dont les méthodes de travail datent encore d'avant l'ère de l'informatique ! Et ne parlons pas des méthodes d'un autre âge utilisées dans les pays aux frontières de l'Europe. Un tel constat à de quoi nous faire frémir !

Concernant justement ces suspects ou terroristes avérés, en France, fin 2014 le ministère de l'Intérieur avait recensé 1132 ressortissants français impliqués dans des actions djihadistes dont 60 femmes. 138 d'entre eux sont revenus de Syrie. Il y a au moins 400 djihadistes au Royaume-Uni, 270 en Allemagne et 250 en Belgique. En 2016, on estimait qu'il existait environ 5000 terroristes potentiels ou avérés sur le sol européen et environ 950 personnes radicalisées en Belgique. Bien sûr, ces personnes sont mobiles et semblent assez facilement voyager dans l'Europe et même au-delà malgré leur signalement aux frontières. Heureusement, certains d'entre eux sont régulièrement capturés et incarcérés et les enquêtes se succèdent en collaboration avec Europol mais également les services secrets étrangers.

A voir : Tu découvriras l'enfer sur terre, 2015

La réponse en vidéo du gouvernement français aux djihadistes et leurs supporters

Document AON.

Sachant que des Européens partent se battre en Syrie et en Irak, la France et la Belgique ont durci leur arsenal juridique en votant des lois et des décrets permettant d'emprisonner toute personne suspectée d'entreprise terroriste individuelle, de bloquer les sites Internet incitant au terrorisme et même de confisquer les cartes d'identités et les passeports des ressortissants suspects revenant de Syrie notamment où faisant du prosélytisme proislamique.

Sur le plan judiciaire, les peines criminelles contre les terroristes et leurs alliés ont également été alourdies et même s'ils n'ont tué personne et uniquement apporté leur soutien lors d'un attentat, les responsables sont condamnés à une peine de 20 ans de réclusion voire davantage si la justice à d'autres preuves.

De plus, suite aux attentats commis en France, le 14 avril 2016 le Parlement européen adopta la mise en place du Registre des Passagers Européens ou PNR afin de mettre en commun ses bases données pour éviter qu'un terroriste connu par exemple en Belgique puisse voyager en toute liberté en France, en Italie ou en Grèce ! Seul bémol, ce projet ne sera opérationnel qu'en 2018. Il coûtera au moins 500 millions d'euros. Des voix s'élèvent déjà pour dire que le PNR ne servira pas la lutte antiterroriste mais servira surtout d'outil au pouvoir exécutif pour mieux contrôler la vie privée des Européens. Mais à ceux qui l'entendent ainsi, on peut leur répondre qu'il faut choisir : soit on élève le niveau de surveillance pour espérer vivre en paix, soit on augmente le risque d'attentat.

Enfin, le gouvernement en collaboration avec le pouvoir exécutif peut imposer un changement sur les plans éducatifs et civiques afin que les citoyens soient mieux informés et moins attirés par les propos radicaux et les clichés qu'ils peuvent entendre ou lire autour d'eux qu'ils prennent trop souvent pour "parole d'Evangile" et idéalisent. On reviendra sur le rôle de l'éducation et sur l'attitude des médias.

Mais ce qui reste dramatique c'est que certains jeunes occidentaux embrigadés par les organisations terroristes sont terrifiés et souhaitent s'enfuir mais l'organisation les empêche de quitter leur camp au risque d'être assassinés à tout moment s'ils n'obéissent pas aux ordres. Malheureusement, sans infiltration sur le terrain ni la diplomatie ni les services de renseignement occidentaux ne peuvent pratiquement les aider ni soulager l'anxiété de leurs proches.

Prochain chapitre

Les réformes européennes antiterrorisme

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