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Le terrorisme ou l'apologie du crime

Document Fear and Loading.

Le trafic d'armes (V)

Le terrorisme est indissociable du trafic d'armes et pourtant on a l'impression qu'on en parle peu, comme si le sujet était tabou, mineur ou tellement vaste qu'il se dilue dans le trafic international.

En réalité, les trois sentiments sont mêlés et cachent une réalité bien réelle. Le trafic d'arme fait peur aux citoyens qui, ne le cotoyant pas préfèrent ne pas en parler. Quand les médias en parlent, c'est principalement à l'occasion des rafles de la police, laissant penser que le trafic est isolé et épisodique.

Mais lorsque les journalistes d'investigations abordent le sujet à l'occasion de reportages, ils deviennent très disserts, avec moult détails obtenus auprès d'experts de la sphère publique, conseillers des services de renseignements, policiers, avocats et politiciens, jusqu'à aller discuter avec le petit trafiquant caché dans les montagnes de Bosnie ou la police albanaise.

Ce que dit la loi

Aux Etats-Unis, le droit de détenir et porter une arme à feu est garanti par le Deuxième amendement de la Constitution. Par conséquent, toutes les armes sont en vente libre à quelques exceptions près dans certains états.

En Europe, posséder un pistolet de petit calibre, une carabine ou un fusil militaire transformé en arme de sport ou de chasse ou même un silencieux à titre privé n'est pas interdit à condition de détenir une autorisation valide. Mais même pour les armes en vente libre qui ne requièrent pas d'autorisation, comme l'explique le ministère de la Justice belge, son propriétaire doit respecter certaines règles et conditions au risque d'encourir une peine d'amende et éventuellement une condamnation.

En revanche, selon la Directive européenne 91/477/CEE de 1991, il est interdit de détenir des armes de "catégorie A" ou catégorie I de la loi, c'est-à-dire des armes de gros calibre, des armes automatiques, des engins et lanceurs militaires à effet explosif et des munitions à balles perforantes, explosives, incendiaires ou à projectile expansifs ainsi que des armes lacrymales et autres irritants, un nunchaku ou une matraque.

Les armes de catégorie A comprennent les pistolets semi-automatiques et automatiques d'au moins 7.65 mm, les fusils d'assauts de type Kalashnikov (fusils mitrailleurs), les lance-roquettes, les munitions de guerre (grenade, etc), y compris les lunettes de tir à visée nocturne et tout arme militaire. Ce matériel est réservé aux militaires et aux forces de l'ordre.

Voici un éventail des armes modernes existant sur le marché et une encyclopédie sur le sujet.

La détention d'une telle arme entraîne une condamnation et une peine de prison d'au moins 2 ans et quelques milliers d'euros d'amendes. Un trafiquant risque au moins 5 ans de prison et 75000 € d'amende, voire 10 ans de prison et 500000 € d'amende dans le cas de trafic organisé.

Or ce sont des armes et des munitions que la police retrouve de temps au temps lors de ses perquisitions, cachées derrière un frigo, les cartons d'une cave ou dans un sac de sport dans le coffre d'une voiture.

Les armes les plus prisées sont les pistolets automatiques de 7.65, 9 et 11.43 mm, le révolver de 38 mm, les carabines et les armes de guerre type Kalashnikov.

Origines des armes de guerre du marché gris

Comment expliquer qu'il soit aussi facile de se procurer des armes du guerre ? Légalement, en Europe de l'Ouest, il est interdit à une entreprise ou un commerçant d'importer ou d'exporter une arme sans l'autorisation du gouvernement (certains sites de ventes en ligne interdisent également la vente d'armes blanches, même antiques). Le trafic est donc clandestin.

Cette situation a été rendue possible depuis que le Bloc de l'Est n'existe plus et que les frontières ont été abolies au sein de l'Europe. Que ce soit par la mer ou par la route (c'est très difficile par avion), venant du Moyen-Orient ou d'Europe de l'Est, les portes aux frontières de l'Europe étant grandes ouvertes, le trafic d'armes s'est généralisé.

En Europe, ces armes proviennent des anciennes zones de conflits dans les Balkans (guerre du Kosovo dans l'ex-Yougoslavie en 1999) comme la Serbie, la Bosnie-Herzégovine (ex-Yougoslavie) ou l'Albanie où la plupart des habitants étaient armés. Les pistolets étant plus petits, ils furent volés directement dans les usines. Rien qu'en Albanie, 2 millions d'armes automatiques ont disparu dans la nature et participent au trafic clandestin.

Le problème est identique en Russie et ses pays alliés qui ont "égaré" 20 millions de pistolets 9 mm Makarov PM et Grach MP-443.

A gauche, le 16 avril 2012, lors d'une perquisition à Bruxelles, la police a saisi 30 fusils mitrailleurs d’assaut Kalashnikov AK-47, 10 grenades, 4 pistolets, 2 roquettes et des centaines de munitions. A droite, 60 Kalashnikov saisies chez 9 suspects de trafic d'armes en Haute-Normandie le 18 mars 2014. 350 militaires furent mobilisés pour cette opération et 60 personnes ont été interpellées. Documents Info Normandie et Nord-Eclair.

Selon l'ONU, 500 millions d'armes légères sont en circulation dans le monde dont 100 millions en Afrique. Elles tuent une personne toute les minutes.

Selon les autorités judiciaires françaises, en 2015 quelque 10 millions d'armes circuleraient en France dont un tiers seraient clandestines. Des dizaines de millions d'armes sont ainsi disponibles à travers toute l'Europe.

La Lybie fut également une véritable caverne d'Alibaba à la fin du règne despotique de Mouammar Kadhafi. Fin 2011, après la guerre civile, les insurgés ouvrirent l'arsenal de l'armée à toute la population. C'était un stock inimaginable accumulé en près de 42 ans de règne comprenant des fusils d'assaut, des bombes, des roquettes, des chars, des missile auto-guidés et même des avions de chasse quoique parfois inutilisables (voici un premier article et un second sur cet arsenal). Ces armes et ces munitions sont tombées entre les mains des insurgés et des trafiquants.

Aujourd'hui tout cet arsenal est dans la nature. Une partie a été récupérée par les organisations terroristes telle qu'Al-Qaïda, l'autre alimente le marché clandestin civil.

En Bosnie par exemple, la population n'a jamais été désarmée malgré les programmes du gouvernement. Les habitants ont donc conservé leurs armes depuis la guerre, certains les ont même cachées et ont oublié à quel endroit. On estime qu'aujourd'hui en Bosnie 20% de la population est armée, ce qui représente un trafic potentiel de plusieurs centaines de milliers d'armes.

Organisation du trafic d'armes

Pour importer une arme, il n'y a rien de plus facile. Il faut savoir quels sont les pays fournisseurs et les routes de contrebandes ou quels sont leurs points de chute en Europe de l'Ouest, les villes et les quartiers chauds (y compris les lieux de passages comme les ports et les parkings) généralement fréquentés par les réseaux mafieux, les trafiquants et des clandestins.

Soit le client contacte le "milieu" soit il organise un voyage vers les Balkans. Il peut même s'y rendre en avion ou en train et revenir par la route.

En général le contact peut directement fournir l'arme, pistolet, mitraillette ou fusil d'assaut. Dans le premier cas, il peut s'agir d'un armurier d'un pays de l'Est disposant d'un réseau clandestin en Europe de l'Ouest. Dans ce cas, le client paye d'avance, si possible cash ou sur un compte honorable servant à blanchir l'argent. Le trafiquant lui envoie ensuite son article via ses contacts qui effectuent des navettes régulières vers l'Europe de l'Ouest.

Dans l'autre cas, le propriétaire d'une arme s'en débarrasse sur le marché "gris" local et sans ses munitions. Si une arme neuve vaut 1500 à 2000 €, elle se vend aux trafiquants entre 300 ou 400 € (contre 50 € seulement il y a 10 ans). Le trafiquant la revendra en Europe de l'Ouest 1500 ou 2000 €. Les armes "made in Europe" (Belgique, France, Autriche, etc) peuvent se revendre entre 3000 et 5000 €.

Une grenade se vend 50 € sur le marché "gris" et cinq fois plus en Europe de l'Ouest.

Les petits pistolets de calibre 7.65 (Walther PPK, Beretta 70 et autre HK4) qu'affectionnent les mafieux et certains petits truands se vendent neufs environ 1000 €. D'occasion ou de contrebande, ils se revendent entre 100 et 300 €. 

En Europe de l'Est, il existe même des ateliers clandestins (plus petits qu'un studio) où d'habiles mécaniciens remettent à neuf des armes partiellement neutralisées, pistolets, fusils de chasse et armes de guerre.

Trafic d'armes des Balkans vers l'Europe de l'Ouest. Plusieurs routes sont possibles : par la terre via l'Albanie, la Bosnie, la Serbie ou la Hongrie ou par la mer via l'Albanie, l'Italie et même via l'île de Lampedusa et la Sicile, pour finalement rejoindre la France ou la Belgique. Document Gendarmerie Nationale/Info Normandie.

Certains armuriers clandestins d'Europe de l'Est peuvent ainsi vendre une dizaine d'armes chaque mois et gagnent aisément 15000 €/mois.

Ces armes passent ensuite les frontières par la route, généralement cachées dans des camions ou sous la banquette arrière d'une voiture immatriculée en Europe de l'Ouest, sous un sac et en petite quantité.

Les trafiquants d'armes savent qu'ils risquent la prison s'ils sont pris lors d'un contrôle. Ils savent que les plaques d'immatriculation des pays de l'Est sont surveillées et que les bus sont peu contrôlés.

Pour éviter tout risque, ils prennent donc un ticket de bus de l'Albanie ou de la Serbie vers la France par exemple et placent les armes dans de gros sacs placés dans la soute à bagage. Ils passent ainsi les frontières incognito, les douaniers ne vérifiant même pas la soute !

Les contrôles sont en principe plus drastiques aux frontières de l'espace Schengen mais des habitués faisant la navette chaque année ont déclaré qu'en 20 ans, ils n'ont été contrôlés qu'une seule fois. Si vous avez une carte d'identité européenne, vous êtes jugé a priori sans reproche. De plus, les brigades volantes n'interviennent jamais dans ces zones.

Finalement on retrouve ces armes dans des bagages à main et sont ensuite revendues dans les réseaux clandestins de nos capitales et d'ailleurs. Même principe pour les munitions.

Il y a d'autres routes très fréquentées passant notamment par l'Italie. L'une passe par l'Albanie ou le Monténégro, traverse les 80 à 200 km de Méditerranée à bord de hors-bords (Go-Fast de 1000 ch. et vedettes rapides à 400000 €) et arrive en Italie puis rejoint la France. Une autre voie passe par l'Albanie, l'île de Lampedusa près de Malte, remonte par la Sicile, pour finalement rejoindre la France. C'est la même route pour l'héroïne et les clandestins.

En 2011, des journalistes français ont démontré qu'il suffisait de quelques jours et d'un peu de chance pour ramener en autocar une Kalashnikov de Bosnie.

En 2014, des journalistes belges en collaboration avec un avocat ont démontré qu'il suffisait d'une heure à une personne bien informée pour obtenir une arme de guerre.

C'est ainsi que pour des raisons géopolitiques qui tiennent aussi à sa localisation centrale, la Belgique est devenue une plaque tournante du trafic d'armes en Europe occidentale.

Les armuriers et les collectionneurs de nos pays participent involontairement à ce trafic puisque toutes les armes jusqu'à la catégorie B sont en vente libre ou à la condition de détenir une licence. Certains collectionneurs ne neutralisent pas leurs armes. Dans d'autres cas, il arrive que des fusils d'assaut soit-disant neutralisés contiennent un système d'armement en coup par coup et en rafale fonctionnel et même un chargeur non modifié.

Ces collectionneurs deviennent une cible facile pour les voleurs. Une petite annonce, une visite dans un club, un contact, le tour est joué.

Même des pistolets ou des Kalashnikov soi-disant neutralisées et vendues à des collectionneurs se retrouvent chez des trafiquants équipées d'un nouveau système de tir et prêts à l'emploi.

Remise en état des armes neutralisées

Qui réalise la modification des armes neutralisées ? Avant toute chose, il faut savoir que le détenteur d'une arme modifiée risque 10 ans de prison. Pourtant, face à l'augmentation des vols à main armée, de plus en plus de commercants et d'indépendants honnêtes ont décidé de se défendre et d'acheter une arme, quitte au besoin à la faire modifier et la porter en permanence en toute illégalité. En cas de délit, si l'enquête révèle que le propriétaire de l'arme n'était pas en légitime défense, il ne risque pas 10 ans mais 20 ans de prison.

Il faut donc une bonne raison, être très motivé et n'avoir plus rien à perdre pour vouloir remettre en état une arme neutralisée. A part les terroristes ou des personnes ayant déjà été victimes d'attaques à main armée, personne d'autre en principe ne répond à ce profil.

Une arme est un objet complexe tout en étant très facile à monter et à démonter, c'est même parmi les principaux critères exigés par les militaires et les forces de l'ordre. En revanche, modifier une pièce mobile, en fabriquer de nouvelles ou remettre en état une arme neutralisée exige les compétences d'un professionnel, qui plus est, connaissant les modèles les plus récents sur le plan technique. Car s'il se trompe, l'arme peut exploser au premier tir.

Ce travail n'est donc pas réalisé par les terroristes eux-mêmes qui pour la plupart savent juste manipuler les armes, et encore. Pas plus que par un chasseur ou tout autre détenteur d'arme bricoleur désirant se faire un peu d'argent de poche. Ils n'ont pas les compétences ni le matériel d'un mécanicien en armement.

A gauche, une AK-47 neutralisée fabriquée en 1962 en Pologne (un exemplaire très rare) proposée sur Internet à 290 €. Dans cet état, elle est inoffensive et juste intéressante pour un collectionneur. A droite, les principales pièces d'une AK-47 avant leur démontage et leur nettoyage.

La remise en état est donc forcément réalisée par un fabricant d'arme, souvent en affaire avec un armurier prêt à lui rendre service ou un armurier retraité voire, comme le disions ci-dessus, par une petite entreprise clandestine.

Une arme neutralisée moderne coûte entre 200 et 300 €. On peut donc facilement en acheter. Delcampe par exemple propose sur son site Internet, entre les livres d'occasion, les vieux papiers et autres collections, toutes sortes d'armes et de munitions neutralisées allant de la grenade de la seconde guerre mondiale au M16 en passant par le fusil d'assaut AKM (version tôle emboutie de l'AK-47).

Une arme neutralisée de collection est facile à reconnaître et doit en principe être vendue avec un certificat. Le canal du percuteur de la culasse ainsi que le canon sont bouchés à la soudure, les goupilles sont manquantes, de même que le percuteur et l'extracteur et les lèvres du chargeur sont coupées. Si les modifications ont été faites dans les règles de l'art, une remise en état est impossible.

Mais si le travail a été fait sommairement et que la plupart des pièces de tir sont toujours fonctionnelles, dans ce cas un canon, un magasin, un percuteur et même une culasse, cela se remplace et on trouve des plans de fabrication d'armes, de toutes les armes, sur Internet.

A défaut, à partir de quelques mots-clés, on peut aisément trouver des posters éclatés d'armes plus ou moins détaillés sur les sites de vente en ligne et des plans et autres blueprints sur les forums, le plus souvent sur des sites situés aux Etats-Unis, en Allemagne, en Europe de l'Est et en Russie. En fait, il suffit de demander ou de chercher. Ca ne prend pas plus de quelques minutes.

En Belgique, contrairement à la France, toutes les pièces détachées des armes, y compris de guerre, sont en vente libre. La loi a toutefois récemment été renforcée, mais beaucoup d'armuriers proposent toujours des culasses et autres pièces essentielles à n'importe quel client et souvent sans même prendre la peine d'exiger leur carte d'identité ou leur licence de port d'arme.

Evidemment, ces modifications interdites par loi sont réalisées sans inscription de l'arme au registre, elle n'est donc pas connue de la police et les transactions se font en noir, 300 € et l'arme est à nouveau opérationnelle, parfois équipée d'un canon scié ou pire.

Dans le cas particulier des armes achetées sur Internet, les clients peuvent être Mr.Tout-le-monde séduit par l'idée de détenir dans sa collection une arme de poing ou de guerre célèbre. Mais l'amateur ignore parfois que ce trafic est organisé et n'alimente pas seulement les collections privées d'honnêtes citoyens.

Le rôle du Darknet

Une manière d'organiser ce trafic d'arme en tout anonymat est d'utiliser le Darknet, c'est-à-dire un réseau parallèle au réseau Internet classique et qualifié d'obscur (dark net) qui tire profit de toute la puissance d'Internet, y compris de ses protocoles et de ses services mais en prenant la plus grande attention pour servir ses "clients" internautes anonymement via des logiciels conçus sur mesure. Le sujet dépassant le cadre du terrorisme, nous y reviendrons spécifiquement dans l'article consacré au Darknet.

Disons simplement qu'une personne malveillante qui souhaite acheter une arme de guerre ou n'importe quoi d'autre dont la détention, l'usage ou la consommation est interdit doit préalablement s'inscrire sur Bitcoin et ensuite acheter des bitcoins avec des devises, euros ou dollars par exemple.

Ensuite, à la manière des apps d'un smartphone ou des sites de e-commerces classiques, via le Darknet et le moteur de recherche TORCH ou Grams, tout quidam peut accéder à des centaines de services onions et acheter librement tout ce qu'il désire comme il le ferait sur un site de vente en ligne ou via un forum. Ce n'est pas plus difficile.

Ainsi, pendant que vous surfez sur ebay ou un réseau social depuis votre ordinateur portable, votre voisin surfe peut-être sur Darknet !

Pour la livraison du colis, pas de souci. Le client s'arrange pour trouver un contact en Europe afin d'éviter les contrôles douaniers aux frontières et le paye en bitcoins. Comme PayPal ou ebay, le client est averti que son compte a été débité vers un compte identifié par un pseudonyme ou une adresse e-mail. La livraison s'effectue quelques semaines plus tard dans un point relais tout à fait banal, le colis est lui-même banalisé et rien ne le différencie d'un autre emballage en carton.

En Occident, le numéro de série des armes vendues illégalement est effacé afin qu'on ne puisse pas déterminer leur origine. Elle a donc peut-être déjà tué.

En général ce sont les particuliers qui achètent des armes par Internet ou le Darknet, les terroristes profitant de leur réseau pour passer par la route de bien plus grandes quantités d'armes et très rapidement s'il le faut.

Bien sûr, le Darknet est l'une des principales cibles de la police. C'est ainsi que fin 2014 les services de polices américains en collaboration avec Europol ont fermé plus de 400 sites onions servant à vendre de la drogue et des armes en profitant du Darknet. L'équivalent de plus d'un million de dollars en bitcoins, argent liquide, or et drogue furent saisis.

Ces quelques "coups" de la police ont été médiatisés pour la bonne cause et font partie des risques que prennent les auteurs de ces sites clandestins et leurs clients.

Mais il ne faut pas non plus que les autorisés diabolisent le Darknet et fassent croire à la population que ce réseau parallèle est un nid de trafiquants et d'abuseurs sexuels. Si ces activités sont criminelles et doivent être éliminées, derrière n'anonymisation, la motivation des inventeurs et développeurs du Darknet n'est pas de violer les lois mais simplement de préserver la vie privée de ses utilisateurs comme chacun ferme sa porte à clé ou tire ses tentures pour préserver sa vie privée.

Les avocats du diable se sont déjà demandés comment la police avait pu identifier ces anonymes sans être elle-même impliquée dans ce trafic. On peut déjà leur répondre que si les experts en informatique et notamment les auditeurs IT parviennent à déjouer les programmes de sécurité des ordinateurs des banques, on peut imaginer que la cyberpolice connaît très bien son métier et dispose également de moyens de pénétration très sophistiqués.

Ainsi, si Tor protège l'adresse IP du client surfant sur le Darknet, un expert va peut-être pouvoir l'identifier via la configuration de son routeur, les exploits de navigation (grâce à des scripts en JavaScripts, etc) ou des erreurs utilisateurs. Même un VPN est vulnérable comme l'a expliqué le webzine Zataz en 2015.

Le genre d'articles qu'on pouvait acheter sur deux sites .onions jusqu'en 2013.

La première chose à faire est donc de corriger ces failles ou ces vulnérabilités, ce qu'un amateur ou même certains administrateurs systèmes ignorent ou ne prennent pas la peine de faire. Et le piège se referme.

Ainsi qu'on le constate, en Europe les terroristes profitent des lacunes des lois et du manque de contrôles pour obtenir et se déplacer avec des armes prohibées ; le territoire est vaste, les contrôles réduits voire inexistants et donc les frontières sont perméables et constituent même une véritable passoire comme on vient de l'expliquer. Quand aux armureries et les clubs, soutenus par le lobby des armes jusqu'au Sénat, le laxisme ambiant entretien également le marché parallèle.

Que font les autorités pour empêcher ce trafic ? Les forces de l'ordre agissent dans l'ombre et font du très bon travail si on en croit leur autorité de tutelle. En France, la police saisit plus de 4000 armes illicites chaque année. Ce nombre augmente, du fait notamment de la facilité avec laquelle on peut s'en procurer via Internet, pardon, Darknet.

Mais tant que le législateur ne durcira pas les lois et notamment celles concernant la vente des armes et l'inscription dans les clubs (certains armuriers et clubs de tir n'exigent même pas la carte d'identité et à peine la licence de port d'arme), le trafic d'armes va croître et embellir et avec lui les cambriolages et autres crimes. Ce n'est même pas une menace, c'est la conséquence de l'attitude irresponsable de certains de nos ministres et des lobbies.

Sachant cela, le trafic d'armes est tout aussi complexe à éradiquer que le problème du terrorisme et les spécialistes rattachés au ministère de la Justice peuvent le confirmer tous les jours (avocats, procureurs, policiers, etc).

Comment améliorer cette lutte ? Il faut avant tout revoir les protocoles et les renforcer, mieux collaborer sur le plan international et mieux contrôler ce qui circule sur notre territoire.

A lire : Accélérer la sécurisation des frontières, Commission européenne, 2014

En fait, au-delà de la gestion propre à chaque pays, le problème requiert une profonde révision de la manière dont l'Europe surveille ses frontières et ses commerces sensibles et la manière dont les forces de maintien de l'ordre réalisent leurs missions. Comme partout, il faudrait encore plus de moyens mais d'un autre côté on ne peut pas non plus transformer l'Europe en dictature en plaçant un agent de la répression auprès de chaque citoyen-suspect ou de chaque armurerie-suspect.

L'Europe a toutefois décidé de mieux s'armer pour lutter contre la filière albanaise. L'augmentation du nombre de saisies passant du simple au double d'une année à l'autre confirme que son plan est efficace.

Memex

Afin de mieux lutter contre ces criminels, l'ingénieur Chris White du Bureau I2O du DARPA a mis au point un programme capable de dévoiler ce web caché, Memex, héritier du fameux concept inventé par Vannerar Bush en 1945.

L'un des écrans de visualisation des Big Data récupérées par le programme Memex du DARPA. Cet outil de data mining permet d'effectuer des requêtes sur des milliards de données afin d'établir des correspondances entre elles. Document DARPA/I2O.

Comme il l'a expliqué au cours d'une interview à CBS en février 2015, Memex est un système sophistiqué d'indexation thématique du web et du Darknet fonctionnant de manière inverse à celui des moteurs de recherche classiques.

En effet, contrairement à Google par exemple qui classe les pages web en fonction de leur popularité et utilise des mots-clés pour trouver les pages pertinentes, Memex navigue sur le web et le Darknet en quête d'une multitude d'autres informations en rapport avec la requête.

Memex va par exemple rechercher des données non répertoriées sur le réseau Tor et les plateformes peer-to-peer. Il peut également établir des liens entre les pages web partageant les mêmes publicités dans le but de trouver de nouvelles correspondances.

Le DARPA estime que plus de 60 millions de pages web a contenu criminel ont été publiées entre 2013 et 2014. Ces informations représentent des "Big Data" que Memex est capable d'analyser grâce à des outils de data mining afin d'y trouver des corrélations, d'identifier des organisations et des personnes. Ces données peuvent ensuite être présentées sous forme graphique afin de s'adapter aux besoins des utilisateurs.

Actuellement Memex est géré par le Ministère américain de la Défense et a coûté entre 10 et 20 millions de dollars, une somme très modique quand on sait que les géants du web peuvent investir des milliards de dollars dans une seule application.

Selon Chris White, Memex est d'abord destiné aux enquêteurs de police pour les aider à lutter contre le trafic d'armes, de drogue, les réseaux de prostitution, le terrorisme, etc. Mais il pourrait également aider les scientifiques dans la lutte contre l'épidémie d'Ebola par exemple, y compris servir les intérêts des particuliers.

Prochain chapitre

Comment lutter contre le terrorisme ?

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