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Doublé dans les Poissons et la Baleine

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Salut,

 

Il paraît que la comète Wirtanen occupe les devants de l’actualité astronomique de l’automne. Pour ma part, l’événement de première grandeur fut juste, durant deux soirs d’affilée, la présence d’un ciel clair étoilé. Disparue, la couche grise devenue quotidienne depuis des semaines. En outre, miracle absolu, cela eut lieu en période de lune invisible, comme à la grande époque ! Il n’en fallait pas plus pour refouler ma démotivation courante liée à la météo catastrophique, et renouer quelque peu avec les ambiances de décembre 2016. A cette époque qui semble maintenant à des années-lumières, il faisait clair quasi un soir sur trois ou quatre chez moi, étant situé au-dessus d’une fréquente et magnifique mer de nuage qui engloutissait Lyon (désolé pour les citadins de la capitale des Gaules…)

 

Le 10 décembre donc, malgré un vent de nord assez fort, une température de 4° en début de soirée, bien fraîche par rapport à la soupe tiédasse habituelle, et malgré encore quelques nuages, je monte le 300. Les souhaits du moments résident en des constellations aquatiques, en écho aux conditions météo fort humides du moment. J’ai en tête quelques galaxies intéressantes dans les Poissons, et un menu un peu plus conséquent  encore dans la Baleine. J’ai déjà commencé à explorer cette constellation lors d’une sortie précédente, mais avec des voiles nuageux légers et embêtants, vues les faibles brillances de surface de nombre de ses galaxies.

 

Pour commencer, cap sur NGC 128 dans les Poissons, une petite galaxie de mag avoisinant les 12, déjà un peu challenge à la lunette de 100 mm. Là, c’est une belle galaxie bien allongée N/S, vue en vision directe, avec même une petite sœur pas loin (NGC 125), à peine moins brillante. Un joli duo !

 

Ce n’est pas le cas de NGC 100 (mv 13,5), fuseau très fin excessivement faible, à peine deviné par rares intermittences, dans un champ pauvre. Dommage, ces galaxies vues par la tranche sont en général esthétiques, je m’attendais à plus de luminosité. La même magnitude sur de petites elliptiques est en général assez facilement accessible.

 

Dans la Baleine maintenant NGC 864 (mv 10,8) présente un halo assez diffus tout contre une étoile assez brillante. Elle me fait penser un peu à la nébuleuse du Fœtus dans le Cygne. Là s’arrêtaient les détails à la FC-100, mais le diamètre permet cette fois de discerner vers 100 X une limite bien arrondie et assez nette sur un bord du halo, correspondant à une courbure de bras spiral d’après photo. Intéressant ! En outre je note une condensation linéaire dans l’axe de l’allongement léger du halo, avec une étoile à l’extrémité.

 

NGC 908 (mv 10,4) n’était qu’un halo allongé sans détail et uni à la lunette. Au 300, malgré la faible hauteur sur l’horizon, elle est bien visible en vision directe dans un joli champ riche en étoiles. On discerne une condensation sur l’axe et une texture vaguement granuleuse. Mais surtout, sans connaître son existence, je vois assez nettement une nodosité floue détachée juste à l’est. Le lendemain je vérifierai sur photo qu’il s’agit d’une condensation de bras spiral ! Le 300 commence à montrer des détails galactiques !

 

Une petite galaxie facile à repérer est NGC 681 (mv 12,0), relativement contrastée, légèrement ovalisée E/O. L’intérêt est qu’elle ressemble à M104 en miniature, avec une marque d’absorption sombre. Malgré mes efforts, je ne pourrai pas confirmer cette dernière, hormis peut-être un axe longitudinal un peu plus prononcé et « coupant », par contraste avec la partie moins lumineuse, comme sur M104.

 

Retour maintenant dans les Poissons, presque au zénith, à la frontière avec Andromède, pour le clou de la soirée, deux superbes amas galactiques dans un ciel bien noir balayé par le vent !

 

Le groupe de NGC 383 (mv 12,4) n’est pas très facile à repérer, mais une fois cette galaxie principale dans le champ, c’est le pompon ! En effet, cette elliptique facile en vision directe est accompagnée de multiples petites voisines ! Il est conseillé de se munir d’une bonne carte de champ pour les identifier.

A 170 X tout d’abord apparaissent deux duos de galaxies alignées de part et d’autre de NGC 383, à peine moins brillantes, encore faciles. Il s’agit de NGC 379 et 380, puis NGC 384 et 385 (de mv échelonnées entre 12,5 et 13,1).Toutes ces galaxies ont un peu le même aspect, elliptiques plus ou moins allongées, avec un centre plus ou moins marqué.

J’en identifie jusqu’à dix jusqu’à la mv 14,3 (et la mag photo 16,0), certaines très petites et faibles, semblables à des étoiles floues. Intéressant !

 

Je finis la soirée sur un autre groupe proche, celui de NGC 507 (mv 11,2). Idem, la carte de champ est nécessaire pour identifier les galaxies du champ. J’en compte neuf.

A 96 X, en plus de la principale, je vois facilement NGC 499 (mv 12,1) de l’autre côté de l’étoile double caractéristique du champ, et NGC 494 (mv 12,8). Par contre il vaut mieux assombrir le fond de ciel à 170 X pour mieux faire ressortir les autres galaxies plus faibles, comme NGC 495 (mv 12,9) ou NGC 504 (mv 13,0), NGC 508 (mv 13,1), etc …

La plus faible que je parviens à identifier avec la carte des Splendeurs du ciel profond est NGC 501 (mv 14,5), très fugace, avec un léger diamètre apparent. A 270 X elle est un peu moins difficile, vue par intermittence entre 25 et 50 % du temps. Et bien sûr les galaxies les plus brillantes deviennent toutes plus faciles, le champ est joli et intéressant !

Mais le mur de la mv 15 s’impose décidément comme un obstacle avec lequel il va falloir compter …

Et c’est sur ces trésors ravis au nuages que je m’en vais plonger dans les bras morphéens …

 

Le lendemain c’est plus stable niveau absence de nuages, mais un peu moins transparent, avec comme une légère luminosité de fond, peut-être dûe à l’humidité. Il n’y a plus de vent et la petite lune est sur le point de se coucher.

Comme les indicateurs météo sont au beau, et que j’ai un créneau tranquille, tout s’annonce pour le mieux comme étant l’une des 2 ou 3 sorties majeures de l’automne !

Je prévois d’être en poste à 19 h, devant rentrer vers 22h – 22h30. Dès le retour du boulot, ce n’est donc que contre-la-montre pour monter le Dob, le laisser en température le temps que je mange tout en consultant le PSA et mes listes, afin d’optimiser la préparation de la sortie !

 

J’opte pour commencer avec NGC 428 (mv 11,4), galaxie de la Baleine assez haut située, que je pense contrastée, afin de me mettre en condition. Hélas, ce n’est qu’une plage grisâtre, unie, faible, fidèle à la réputation de nombre de galaxies de la Baleine à faible brillance de surface …

 

J’échoue ensuite sur la très difficile NGC 45 (mv 10,4), que j’avais notée comme vue à la lunette. Tout de même, ici, au 300, l’honneur est un peu atteint ! …Même si je crois que la brillance de surface dépasse les 15 …

 

IC 1613 (mv 9,2 mais très étendue), c’est à peine mieux ! C’est une galaxie extrêmement peu contrastée, et connue comme telle. Curieusement à 56 X j’ai l’impression qu’une vague zone blanchâtre me saute au yeux de prime abord, puis ensuite avec attention je ne parviens plus à retrouver cette « évidence » relative. Il faut vraiment presque se suggérer pour deviner quelque chose ça et là … C’est peut-être le type d’objet par excellence destiné à de grosses jumelles sous ciel très pur de montagne, à l’image de certaines NP ou Sharpless très peu contrastées.

 

NGC 247 (mv 9,1, très étendue) est plus apparente tout en restant bien pâle. C’est un fuseau original assez large et très allongé partant au N d’une étoile de mag 10 environ. Elle est plus facile en bougeant un peu le tube, ainsi son contraste est un peu augmenté. Très difficilement il semble exister de vagues différences de luminosité, voire des soupçons de granularité.

 

Décidément, la Baleine regorge de galaxies peu contrastées, je dirais même qu’elle pourrait être définie ainsi ! Pas étonnant que l’on n’en voit jamais de CROA, mis à part M77 et NGC 246 …

 

Déçu par NGC 253 (mv 7,2 mais très étendue) un précédent soir par légère brume, je décide d’y revenir (bon OK on sort un peu de Cetus là !). C’est bien mieux ce soir dès 56 X, elle est assez bien définie et très allongée en même temps. C’est assez spectaculaire sans paraître toutefois beaucoup plus détaillé ou esthétique qu’à la FC-100 sous le ciel plus austral et plus pur des Hautes-Alpes.

Mais à 96 X le diamètre parle et on note déjà du détail : quelques étoiles à la surface, des irrégularités d’éclat, une structure non symétrique mettant en valeur les extensions spirales pas totalement alignées avec la condensation centrale, etc  …Une belle idée de futur dessin !

 

On parle pas mal de la nébuleuse planétaire NGC 246, mais savez-vous qu’il existe la petite galaxie NGC 255 (mv 11,9) à côté ? Eh bien j’avoue ma déception quand à son éclat vraiment modéré au vu  de la magnitude alléchante pour un 300. Déjà extrêmement faible à la FC-100 sous un ciel exceptionnel des Alpes, ce n’est ici encore qu’une nodosité mal définie, à peine visible par intermittences moyennes, pouvant passer facilement inaperçue, et ce de 56 à 170 X.

 

NGC 578 (mv 11,0) paraît assez facile à localiser près de ses 3 étoiles sur le PSA. Mais ne l’ayant pas vue précédemment lors d’une soirée un peu voilée, je ne m’attends pas à grand-chose. Cette fois je la repère en 2 à 3 secondes, mais elle reste une plage à peine plus claire que le fond du ciel, allongée E/O, mais sans limites marquées et mal définie. Encore une galaxie très faible de la Baleine !

 

NGC 1022 (mv 11,4) va ramener un peu d’intérêt. Ovale assez facile et contrasté dès la FC-100, elle ne pose pas de problème en vision directe au T 300 X 170. Elle montre cette forme bien régulière, mais aussi une condensation allongée selon l’axe E/O, un très faible noyau par intermittences et une étoile de mag 13 proche.

Ce bon contraste me pousse à chausser le Pentax XW 5 (270 X). A force de m’arracher les yeux, je devine des frontières plus irrégulières en terme de halos, et surtout de légères formes courbes aux extrémités E et O. Le lendemain sur photo je vérifierai qu’il s’agit bien de bras spiraux !

 

La supériorité du 300 va encore pouvoir s’exprimer sur le sujet suivant, NGC 274 – NGC 275 (mv 11,8 et 12,5). Ce couple de galaxies a été recensé par Alton Arp sous le n° 140, comme matériel éjecté de galaxie elliptique.

Simple zone floue par intermittences à la lunette, le duo se révèle bien plus intéressant au 12 pouces. A 56 X les 2 galaxies sont déjà séparées comme des nodosités semblables, en VI1. A 170 X elles sont vues en vision directe et bien séparées. NGC 274 est maintenant bien plus contrastée, ronde et petite que l’autre, elle plus étalée et diffuse. Je ne parviens pas à confirmer la structure chaotique et irrégulière de NGC 275, peut-être par vagues intermittences à 270 X (NGC 274 est alors plus marquée).

Je vois aussi une voisine, NGC 273 (mv 12,9), quasi aussi facile, légèrement allongée E/O.

 

Après cet objet intéressant, je tente la faible NGC 985 (mv 13,5). C’est une petite tâche nébuleuse faible collée à un astre ponctuel de mv estimée entre 13 et 14. En fait cet astre est le noyau qui paraît fort excentré par rapport au reste de la galaxie. Même à 270 X je ne perçois pas d’autre détail, peut-être une forme un peu en éventail du halo. L’intérêt réside aussi dans la distance fantastique de cet astre, plus de 500 millions d’années lumières ! Deux fois plus que des amas déjà éloignés comme Abell 262 !

 

Je me souviens d’un petit groupe de galaxies maintenant, celui de NGC 835 (mv 12,2), observé en novembre 2016 lors d’une session de 3 soirs exceptionnellement clairs dans les Alpes du sud, à la FC-100. Seule NGC 835 avait été vue par trop difficilement, et deux autres avaient été juste soupçonnées ou très faiblement perçues.

Le T 300 X 170 montre cette fois assez bien le quatuor de galaxies (et encore, il y en a d’autres pas loin non cherchées), orienté en arc autour d’une étoile de mag 9-10.

NGC 835 et NGC 833 (mv 12,8) sont vues en vision directe, cette dernière étant plus allongée.

NGC 838 (mv 13,0) est limite en vision directe, dans l’alignement des deux précédentes. Enfin, la plus allongée et aussi la plus faible, NGC 839 (mv 13,1) semble unie et peu contrastée.

 

Pour couronner cette belle soirée, je pars maintenant rendre visite de nouveau à Wirtanen pour constater l’étendue de son halo fort diffus, sans limite et qui illumine presque tout le champ. Près du noyau ponctuel et très brillant partent deux ou trois lignes très peu matérialisées, qui dessinent comme des angles, et délimitent des zones de luminosités un peu différentes. Cela correspond à des sortes de jets. La queue vers le NE est toujours aussi diaphane mais semble longue. Il vaut mieux faire bouger le tube pour le détecter.

Enfin, j’ai pris note du passage d’une autre comète, Swift-Gehrels dans le Triangle, de mag 11 environ. Je la détecte rapidement comme une petite nuée facile mais délicate, avec un noyau et un côté plus évasé, dans un joli champ riche. Avec attention je perçois 3 renforcements du côté évasé, un au milieu et deux autres sur chaque limite, mais c’est très diffus …

Bien que plus modeste, je trouve cette belle petite comète joliment posée dans un fond de ciel bien noir et étoilé peut-être plus esthétique que la grosse Wirtanen,

(voir le dessin ici)

 

Et c’est sur ces magnifiques visions que je termine cette séance qui restera comme l’une des grandes (et seules …) de cette fin d’automne si difficile pour notre activité.

Mais déjà s’imposent comme une suite logique les galaxies plus faciles de l’Eridan, en apéritif aux merveilles d’Orion ensuite, qui déjà se lève magnifique et rutilante à l’Est …

 

Bon ciel à vous !

 

 

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Hello,

Merci pour ton récit et tes idées de cibles!

Tu n'as malheureusement pas mis le dessin de Swift-Gehrels

Astronomicalement
José

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Merci de ce superbe CROA, richement détaillé.

 

La description précise des objets permet de bien se représenter leurs visions à l'oculaire.

La Mv > 13 souligne la qualité +/- correcte du ciel malgré la présence de quelques nuages. La couverture nuageuse lyonnaise a surement aidé.

Il me tarde de pouvoir enfin observer 46P/Wirtanen car mon ciel reste désespérément couvert à la frontière Belge.

Ta description donne envie.

 

Jean-Noël

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