Sign in to follow this  
chrismlt

Géologie sur 67P Churyumov-Gerasimenko

Recommended Posts

Bonjour tous,

Philae ne cesse de nous étonner.
Il semble que les roches que l'on aperçoit à ses pieds soient très sédimentaires. Tentative d'interprétation géologique et hypothèses.

Si vous avez un avis sur la question, je suis preneur !

L'image :

A : une roche très finement sédimentarisée, qui présente des inclusions de graviers assez fins. Le dessus du bloc a une surface très fine (voire lisse) dans sa partie à l'ombre : aucune trace, aucune irrégularité.

B : une zone de conglomérat très hétérogène, avec des fragments de toutes tailles, dont certains sont assez érodés (en particulier le fragment triangulaire juste au-dessus de la lettre B. En arrière plan de cette zone (en haut à gauche de l'image), à la limite de l'ombre, il y a une autre zone de conglomérat, une roche plus homogène et plus fine.

C : ce bloc a été fracturé récemment ; la cassure est fraîche (du moins à l'échelle de la géologie de 67P ; si c'était sur Terre je dirais que cela s'est produire dans l'année écoulée ...). Le choc a certainement été violent car le gravier D a été fendu en deux parties au ras de la cassure. Ce genre de graviers est généralement plus dur que la roche dans laquelle il est inclus... mais ici ? Il est également possible que ce soit une inclusion cristalline mais je ne pense pas ; un cristal n'aurait pas été arasé de la sorte, sûrement. Dans le prolongement de la flèche C, une autre "inclusion" (tache blanche)qui peut aussi avoir été fendue en deux.
Et juste en dessous, une ombre fine en arc de cercle qui semble délimiter un plus gros fragment peut-être en forme de boule, type "galet".
Toute la roche C ressemble à un grès ou à un calcaire assez grossier dans sa texture (mais cela n'en est pas évidemment).

E : peut-être la partie supérieure du bloc fracturé C. La forme semble correspondre. Il y a une fracture visible sur le bloc C, en haut, entre les ombres droite et gauche qui ressemble à la forme de la face latérale du bloc E en haut (là où est la flèche). Sur Terre, en montagne, il est fréquent que l'on retrouve ce genre de roches fendues après une chute (une grosse chute), demeurée quasi en connexion, peut-être parce que tombée dans une couche de neige relativement fine qui a retenu les deux blocs ensemble. Mais ici ... la force qui a fait éclater cette roche n'aurait probablement pas permis que les fragments restent en connexion.

F : deux traits parallèles. Hasard ? Roche cristalline ou fragment de Philae ? Effet de compression de l'image (artefact informatique) ?

Flèches oranges O1 à O7 :
- En O1, O2 et O3, on retrouve la sédimentation que l'on aperçoit très bien sur le bloc A, même si c'est un peu moins lisible ici, sur ces fragments plus petits. Ce qui est intéressant, c'est que l'on a l'impression de lire une seule et même couche sur toute la zone imagée, dans la mesure où la stratification est dans un plan commun, même si le relief est tourmenté avec des blocs qui semblent largement avoir été mobilisés/fracturés.
- En O5, on voit que le bloc fendu C/E est lui-même stratifié ; de là à penser que, cassé lui aussi, le bloc A, avec ses graviers visibles par la tranche, pourrait montrer le même type de structure, il n'y a qu'un pas, que la très faible gravité à la surface de la comète ne nous empêche pas de franchir ...
- En O6 et O7, deux petits blocs qui montrent par le dessus une structure feuilletée que l'on ne retrouve pas ailleurs sur l'image. Ces deux blocs semblent avoir été soumis à une forte érosion. Dans nos montagnes cela *pourrait* correspondre à des marnes assez fines ou des calcaires plus ou moins gréseux aux strates décollées par les cycles de gels/regels avec des infiltrations d'eau par ruissellement (mais il ne s'agit ici ni de marnes ni de calcaires, évidemment). Parfois même, ce genre de marnes, sur Terre finissent par se dessécher et se racornir en été.
Très curieusement, ces deux blocs peuvent assez bien être comparés, en aspect aux roches clivées que l'on peut voir à la surface de Mars. Voir, notamment, les images montrées pages 31, sur le fil "Actualités de Curiosity - 2013" sur ce même forum :
http://www.astrosurf.com/ubb/Forum1/HTML/003662-31.html

Globalement la zone parait donc très inhomogène, avec des roches sédimentaires très fines et des conglomérats variés qui n'ont visiblement pas la même origine. Les graviers semblent érodés, et on trouve aussi de gros blocs fracturés (au centre de l'image par exemple), comme fendus par des phénomènes de gel/regel.
Est-ce que l'on est en présence de sédimentation de neige, comme on peut observer au printemps chez nous sur le bord des routes, avec des couches de neiges durcies au grès des tempêtes de neige puis expositions au Soleil, qui présentent des inclusions de graviers jetés là par le passage des voitures (bloc A) ?

Sur 67P des jets de matière à l'approche du Soleil avec des chocs et des projection de graviers quand de gros fragments éjectés retombent ?

Quel peut être le ciment qui lie les conglomérats ? de l'eau ? Il semble peu probable étant donné la température annoncée (-150° ?) que des réactions chimiques aient lieu ... à moins qu'à proximité du Soleil la température de surface soit radicalement plus élevée.

Les fragments érodés sont-ils des blocs de glace que le Soleil a pu faire fondre ?

Le fait que le noyau de la comète soit bilobé pourrait-il expliquer certaines observations ? Choc violent lors de l'impact = chaleur, éjectats divers, fracturation de blocs ?

Beaucoup d'hypothèses. Dommage que l'image ne soit pas en couleur ; on aurait pu se faire une meilleure idée des compositions chimique, dans l'attente des analyses.

[Ce message a été modifié par chrismlt (Édité le 02-12-2014).]

Share this post


Link to post
Share on other sites
Publicité
En vous inscrivant sur Astrosurf,
ce type d'annonce ne sera plus affiché.
Photographier la Lune
Guide complet pour la photographier de la Lune.
Information et commande sur www.photographierlalune.com
Bonsoir et bienvenue, intéressant ton post, dommage que l'on ne voit pas l'image ...

Share this post


Link to post
Share on other sites
A mon avis, même si des formations peuvent nous paraître ressembler à des choses vues sur Terre, les conditions physiques étant tellement différentes, il n'est pas facile d'interpréter tout ça:
- gravité 1/100000e de la terre, donc les temps caractéristiques des formations (coulées, sédimentations,...) dominées par la gravité peuvent être beaucoup plus long que d'autres;
- température très variable: probablement inférieure à -230°C pendant 4.56 milliards d'années, et variant encore entre -230°C et +150°C au cours d'une orbite, donc le stress thermique est sans doute important
- nature du matériau à identifier: glace d'eau en grande quantité, roche à l'état de poussières fines ou blocs plus importants? densité moyenne de 0.4

Et est-ce qu'on voit est du matériau tel qu'aggloméré dans la nébuleuse primitive (genre chondrite carbonée très hydratée macrocopique...?) ou a subit des évolutions (cycles thermiques, collisions météoritiques)?


Je n'ai pas beaucoup d'éléments de réponse, mais la prudence esr de mise.

Nicolas

Share this post


Link to post
Share on other sites
Oui, Nicolas...

C'est le même problème que les "coulées d'eau" sur Mars qui pourraient être finalement dues à des coulées sèches de CO2...

Serge

Share this post


Link to post
Share on other sites
vous avez d'intéressantes remarques

voici mes tites idées

dans le conglomérat on remarque que certains plan de fractures ne sont homogènes que sur de petites zones. Sinon entre chaque zones leur orientation est différente. idem pour la taille des inclusions.
J'ai l'impression de voir un amalgame sur plusieurs échelles (pas étonnant) .

les structures montrée en A me font plus penser a un mécanisme type métamorphisation qu'a une sédimentation (compare avec la structure du gneiss). J'imagine ici les traces d'un impact (accroissement de la pression ,de la température,alignement des inclusions selon les plus de fractures) avec plusieurs bémols: la durée beaucoup plus courte, la nature de la roche , les température ,... Tu peux aussi penser à des phénomènes de fusions/congélations rapide qui rassemblent les inclusions solides un peu comme dans le permafrost.

les structures montrées en B me font plus penser à une cristallisation désordonnées de l'eau à la surface d'un lac par exemple (là la gravité a peu d'influence). Plus en profondeur, tu as une zone de transition passant par par A, pour aller vers D,E à une cristallisation ordonnée. (figure 12 dans http://www.ccg-gcc.gc.ca/f0010734)

bon dimanche

Share this post


Link to post
Share on other sites
Je vais suivre avec intérêt.
Hypothèses naïves
a) : pas d'hypothèse, il faudrait une analyse des fragments pour tenter d'interpréter le comportement de ceux-ci. (le plus sage)
b), on a affaire à des cristaux, et à des sédiments, et loin d'être les objets les plus primitifs, les comètes auraient été expulsées de planètes en formation (je n'y crois pas trop...)
c) Comme tous les objets, lors de leurs long trajet et après s'être solfiées, les comètes font de mauvaises rencontres : astéroïdes, comètes, fragments et débris en tous genres, et donc la surface est largement contaminée, porte les traces d'impacts, qui se mêlent au matériau principal, et la véritable analyse de la comète exigerait d'aller plus loin en profondeur. Ceci expliquerait aussi en partie la forme délirante de la comète : lors de sa consolidation, elle aurait été prise dans le champ gravitationnel d'un autre objet. Ce serait celle qui aurait ma préférence en l'état.

[Ce message a été modifié par Eratosthene (Édité le 30-11-2014).]

Share this post


Link to post
Share on other sites
Bonjour tous,

Merci pour vos réponses.

J'ai amendé mon texte original et chargé une nouvelle image avec de nouvelles observations, en particulier de la couche stratifiée déjà repérée sur le bloc « A » et que l'on retrouve ailleurs sur l'image, et identifié un nouveau type de structure en deux endroits seulement sur la zone (voir les flèches oranges et leur description ajoutée dans le texte du premier mail).

Concernant la métamorphisation évoquée par Lauratt, pourquoi pas … Mais la plupart des roches métamorphiques sont des roches sédimentaires enfouies et recuites, qui gardent une bonne part de leur structure d'origine – cela dépend de la pression et de la température, ainsi que de la durée pendant laquelle elles y ont été soumises, avec parfois des « recuissons » très sommaires, d'où des aspects/structures type conglomérat. Seulement, dans un noyau cométaire, je ne vois pas beaucoup de pression ni de chaleur interne … Reste donc l'hypothèse du choc.

Un gneiss ? … l'aspect peut à l'occasion y faire penser, un paragneiss peut-être, avec quelques inclusions, mais ici les strates me semblent trop marquées et granuleuses, sans le moucheté classique du gneiss. De toute façon, on parle juste « aspect » parce qu'on est forcément loin de ce type de roche dans le contexte d'un noyau cométaire gorgé d'eau.

Ce qui est évoqué dans le lien que tu as donné Lauratt est intéressant, mais il me semble encore qu'on est ici loin de la glace pure ; il y a au moins de la poussière mêlée et peut-être des petits blocs type chondrites comme indiqué par Nicolas, avec d'autres « réactions » de cet amalgame. Sans doute un mélange de nombre de mécanismes …

Dans les zones de fracture, il y a un exemple curieux, sur deux blocs qu'on localisera à la base des flèches A et O3 ; on voit très bien qu'il y a prolongation des failles d'un bloc à l'autre, avec une autre faille orthogonale et chevauchement … Il faut de belles forces de cisaillement pour provoquer ça.

La question du conglomérat me laisse encore sur ma faim ; toujours le liant … je me demande comment il peut y avoir un ciment, cela sans gravité pour imprégner un ensemble de cailloutis. Par capillarité, de l'eau ? Cuisson encore ?

Eratosthene, la question de l'expulsion d'un fragment de planète en formation est intéressante ; il me semble cependant que dans le nuage de Oort les vitesses relatives sont si faibles que l'accrétion ne peut amener à de gros corps, mais c'est à voir. On a évoqué ces dernières années la possibilité de planètes géantes très très loin du Soleil … Pas de référence là dessus en particulier, mais je crois que S&T en a causé l'an passé dans l'un de ses numéros.

Pour finir, cette image qui m'apparaît comme incroyable. On a l'impression de voir une énorme falaise de calcaire avec des « toits », des surplombs (ceux qui font de la grimpe apprécieront) et des failles, du clivage … Un empilement d'assiettes.

Share this post


Link to post
Share on other sites

Create an account or sign in to comment

You need to be a member in order to leave a comment

Create an account

Sign up for a new account in our community. It's easy!

Register a new account

Sign in

Already have an account? Sign in here.

Sign In Now
Sign in to follow this