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La Bible face à la critique historique

Mosaïque illustrant la pêche miraculeuse de la Basilique Saint-Apollinaire-Le-Neuf à Ravenne (I).

Les miracles et les apparitions de Jésus (I)

Les miracles et les apparitions qu'on attribue à Jésus ont-ils réellement eu lieu et comment le prouver ? Etant donné que tous les témoins ont assisté aux mêmes miracles, pourquoi les Évangélistes ne les reprennent-ils pas tous ? Pourquoi seuls ceux ayant la foi sont guéris et pourquoi les opposants à Jésus n'y croient-ils pas ? N'auraient-ils pas eu lieu comme on le raconte ? S'agit-il de "miracles" au sens figuré, de paraboles ? Doit-on les considérer comme des symboles, des mises en scène comme il en existe d'autres dans les Évangiles (par exemple la prédiction de l'annonce de la Passion par Jésus dans Marc 10:33-34) imaginées dans le but d'insister sur la puissance de la foi afin de convertir les infidèles, plutôt que d'évènements réels ? La question des miracles et des apparitions mérite qu'on examine ces faits en détails, tant que faire se peut.

Les miracles

Selon la Bible, pour prouver à ses adeptes qu'il détenait un pouvoir divin et les convaincre qu'il tiendrait ses promesses, Jésus leur apporta des "preuves" en réalisant des miracles dans toute la Galilée et parfois en Phénicie (Tyr). Voici la liste de ces miracles documentés dans les Évangiles et leurs doublons éventuels (source "Q" de la Double Tradition et Triple Tradition) :

- La transformation l'eau en vin aux noces de Cana (Jean 2:1-12)

- La pêche miraculeuse (Luc 5:1-11; Jean 21:1-11)

- La tempête apaisée (Matthieu 8:23-27; Marc 4:35-41; Luc 8:22-25)

- La marche sur les eaux (Matthieu 14:22-33; Marc 6:47-52 et fait exceptionnel, que tenta d'imiter Pierre avec moins de succès)

- La multiplication des pains (Matthieu 14:13-21; Marc 6:31-44; Luc 9:10-17; Jean 6:1-13)

- La seconde multiplication des pains cette fois en territoire païen (Matthieu 15:32-29; Marc 8:1-10)

- La guérison d'un lépreux (Matthieu 8:2-4; Marc 1:40-42, Luc 5:12-16)

- La guérison de la belle-mère de Pierre (Matthieu 8:14-15; Marc 1:29-31, Luc 4:38-39)

- La guérison de la belle-mère fièvreuse de Siméon (Matthieu 8:14-15; Marc 1:29-31; Luc 4:38-39)

- La guérison de l'enfant paralysé d'un centurion (Matthieu 8:5-10; Luc 7:1-10; Jean 4:46-53 ?)

- La guérison d'un paralytique (Matthieu 9:1-8; Marc 2:3-12; Luc 5:17-26)

- La guérison de plusieurs aveugles (Matthieu 9:27-31; 12:22, 20:29-34; Marc 8:22-26; 10:40-42, Jean 9:1-7, Luc 18:41)

- La guérison d'un homme à la main sèche (Matthieu 12:9-14; Marc 3:1-6, Luc 6:6-11)

- La guérison d'un démoniaque muet (Matthieu 9:32-34; Luc 11:14-15)

- La guérison d' un démoniaque (Luc 4:33-37; Marc 1:23-28)

- La guérison d'une petite fille possédée à Tyr (Matthieu 15:21-28; Marc 7:24-30)

- La guérison d'un sourd-bègue (Matthieu 15:32-39; Marc 7:31-37)

- La guérison d'un épileptique (Matthieu 17:14-21; Marc 9:14-29)

- La guérison d'un hydropique (Luc 14)

- La guérison d'une hémorroisse (Matthieu 9:18-22; Luc 8:40-48)

- Le figuier qui se déssèche instantanément (Marc 11:12-14; Matthieu 21:20-22)

- La découverte miraculeuse d'un didrachme dans la gueule d'un poisson (Matthieu 17:24-27)

- La résurrection du fils de la veuve de Naïn (Luc 6:11-17)

- La résurrection de la fille du chef Jaire (Matthieu 9:23-26; Marc 5:21-43; Luc 8:49-56)

- La résurrection de Lazare mort depuis quatre jours (Jean 11:1-57)

- La résurrection de plusieurs saints décédés lorsque Jésus poussa son dernier soupir (Matthieu 27:52-53)

parmi de nombreux autres miracles (Matthieu 4:23-24; Matthieu 8:16; Matthieu 15:29-31; Marc 1:32-39; Luc 4:40-41), y compris accomplis durant son enfance selon certains textes apocryphes, auxquels il faut ajouter les apparitions (voir page suivante).

Rappelons aussi qu'après la mort de Jésus, comme le relatent les "Actes des Apôtres", pendant qu'ils évangélisaient certains apôtres ont également réalisé des guérisons miraculeuses et même ressuscités des morts comme Pierre (Actes 9:32-42) et Paul (Actes 14:8-10; 20:7-12) et sont "miraculeusement" sortis de prison à plusieurs reprises grâce à Dieu et ses anges.

Les spécialistes ont dénombré au moins 37 miracles dans les Évangiles dont 20 sont décrits par Matthieu, 21 par Marc, 21 par Luc et seulement 8 par Jean qui d'ailleurs les appellent des "signes". Les miracles réalisés par Jésus touchent toute les formes de sa "puissance divine" : la qualité comme la quantité des choses, la divination ou prémonition, les guérisons, les forces de la nature, les facultés sensorielles y compris le don d'ubiquité et bien sûr la mort.

Enfin, les miracles ne sont pas le privilège de Jésus puisque les auteurs de l'Ancien Testament évoquent également quelques soi-disant miracles (cf. l'Exode, le livre des Rois, sans oublier les prodiges de la Création dans la Genèse). Nous verrons que même en Europe, divers souverains prétendaient détenir ce pouvoir.

Pas de christianisme ni de Messie sans miracles

Comme nous l'expliquerons à propos de la nature de Jésus et du sens de ses actions, bien que Jésus n'ait jamais prétendu être le Messie ou le Fils de Dieu, il n'a jamais reprit non plus ceux qui le qualifiaient ainsi, notamment Pierre lorsqu'il essaya de marcher sur l'eau pour rejoindre sa barque et manqua de se noyer (Matthieu 14:33). Jésus profite de l'admiration et de l'ambiguïté qu'il suscite pour convaincre ses disciples et le public. Mais selon la Bible, face à une foule sceptique voire opposée à son enseignement, quand Jésus ne doit pas fuir, il recourt aux miracles pour crédibiliser son pouvoir et son ascendance divine afin de convertir les incrédules et rassembler les foules autour de son mouvement messianique.

En fait, on peut pratiquement certifier auprès de beaucoup de spécialistes dont Mark Roberts (1943-2014) de l'Université d'Harvard, auteur du livre "Can We Trust the Gospels ?" (Crossway Books, 2007) que sans les miracles, Jésus serait resté dans les limbes de l'Histoire et les Évangiles seraient beaucoup plus fiables. Bien sûr, sans miracles et démonstrations de la puissance divine, l'enseignement de Jésus n'aurait probablement pas attiré les foules ni soulevé l'animosité du haut-clergé, il n'y aurait probablement pas eu de crucifixion, de résurrection, de Nouveau Testament et le prétendu prophète aurait rejoint la longue liste des autres Messies prétendants à ce titre considérés comme des extrémistes ou des illuminés un peu fous et le christianisme n'aurait jamais émergé.

Plusieurs spécialistes du Nouveau Testament considèrent que les miracles sont des légendes théologiques, ce qu'on appelle des théologoumènes. Cette idée fut émise pour la première fois par l'historien et théologien allemand protestant David Strauss (1808-1874) dans son livre "La vie de Jésus" paru en 1835 dans lequel il déclara que Jésus n'était pas de nature divine et que les miracles relevaient du mythe théologique. Sa théorie fit scandale à l'époque au point qu'il fut révoqué de son poste et ne trouva du travail par la suite que dans sa ville natale comme professeur de lycée et homme de lettres.

Ceci dit, soyons une nouvelle fois curieux et faisons la démarche d'analyser objectivement la question des miracles afin de déterminer dans quelles conditions nous pourrions éventuellement les valider en tout ou partie ou si nous devons effectivement les verser à la rubrique des légendes et des rumeurs.

Le possible et la réalité

Rappelons que parmi les Évangélistes, seul Matthieu fut un témoin oculaire des faits et gestes de Jésus. Rien ne prouve que les miracles décrits par Marc, Luc et Jean (la communauté johannique) ont été compilés auprès de témoins oculaires (qui étaient probablement tous décédés à leur époque) ou qu'ils n'ont pas eux-mêmes colportés des rumeurs. De plus, qui pouvait prouver à l'époque que les "miracles" en étaient réellement si ce n'est le crédit que la foule accorda au patient ou à sa famille puis que l'Église accorda a priori aux Évangélistes ? Ce sont des indices bien maigres que même un détective ne pourrait pas retenir et certainement pas faire valoir pour authentifier ces faits !

Mosaïque illustrant la guérison des deux aveugles de Jéricho de l'église du Saint-Sauveur de Chora à Istanbul (cf. ce site).

En effet, la haute crédibilité d'une personne signifie simplement que son témoignage est fiable, authentique et vraisemblable mais nullement que les faits rapportés se rattachent réellement à ce qu'ils ont interprétés. Prenons un exemple. Un témoin peut être sûr d'avoir vu "deux boules lumineuses" se déplaçant dans le ciel alors qu'en réalité il s'agit des feux d'atterrissage d'un avion de ligne. Le traduire par "deux boules lumineuses" n'est pas faux si le témoin n'a pas pu voir l'avion, mais en réalité il s'agit d'un objet clairement identifié qui n'a pas grand chose à voir avec des boules lumineuses. Même constat envers les "prodiges" réalisés par les magiciens ou les pseudo-guérisseurs qui sont avant tout d'habiles manipulateurs.

Il existe donc une différence entre la croyance dans les faits et la réalité objective qui est analysée et mesurée, c'est-à-dire entre le possible et la réalité, à l'image des ombres dans la caverne de Platon. Ce que l'on pense être vrai n'est qu'une potentialité qui n'est pas révélée, elle reste indéterminée et à la limite imprévisible si on ne peut pas l'identifier.

Le miracle s'oppose aux faits tangibles comme l'illusion s'oppose à la réalité. A ce titre, les miracles répondent parfaitement à cette définition : c'est un phénomène inexpliqué qui trompe les sens. Jusqu'à preuve du contaire, aucun instrument n'a pu mesurer ou identifier un miracle, déjà pour la simple raison qu'ils sont a priori imprévisibles et incontrôlables. En fait, si apparemment les miracles représentent un sujet d'étude potentiel, en pratique ils sortent du cadre de la Science puisque nous manquons de théorie et d'outils pour les étudier et les reproduire. Par conséquent, les miracles restent dans le domaine des mythes et autres chimères. En revanche, les prestidigitateurs reconnaissent qu'il existe des variables cachées sans lesquelles leurs tours de passe-passe ne fonctionneraient pas.

Bien entendu un croyant dogmatique rétorquera que puisque les miracles sont décrits dans la Bible, ils sont donc véridiques... Malheureusement, d'un point de vue scientifique c'est juste le contraire : prétendre qu'ils sont authentiques est une conclusion prématurée car elle est posée a priori sans aucune preuve venant l'appuyer. Etant donné qu'on ne peut pas étudier scientifiquement ces évènements, c'est donc une question qui relève de la foi. On peut même dire que puisque les miracles sont mentionnés dans la Bible alors on peut supposer qu'ils sont faux puisque la Bible est une oeuvre théologique qui ne cherche pas à décrire des faits authentiques ! Mais cette affirmation n'est pas plus démontrable que la précédente si ce n'est que de mémoire d'homme, personne n'a jamais fait de miracle. Bien sûr cela ne prouve pas qu'ils n'existent pas. On reviendra sur les guérisons "miraculeuses".

Penchons-nous sur le coeur du problème et analysons ces fameux miracles.

Des miracles révélateurs

Premier constat, il est curieux que Matthieu, a priori le seul témoin oculaire, ne cite pas les mêmes miracles que les trois autres Évangélistes et en aient oublié environ un quart sur l'ensemble de ceux documentés alors qu'il est capable de disserter longuement sur des détails de moindre importance. A l'inverse, Jean cite des miracles qu'aucun autre apôtre ne mentionne, par exemple le miracle de l'eau changée en vin aux noces de Cana (Jean 2:1-11). Même si en l'occurrence, il semble s'agir d'un évènement tès familial et local, ce genre d'évènement public est une aubaine qu'un auteur doit absolument mentionner s'il veut convaincre ses lecteurs et asseoir sa crédibilité. En effet, l'auteur a la possibilité de nommer les personnes présentes dont on peut retrouver la trace dans les registres d'état-civil ou si leur date de naissance n'est pas mentionnée au moins les noms de leurs parents ou de leurs cousins décédés. Il peut aussi décrire le contexte (l'origine et le type de nourriture, les habits, les objets d'époque, etc) pour faciliter le travail des historiens qui cherchaient à authentifier les faits. Or, Jean ne décrit pas la cérémonie si ce n'est qu'il y avait "six vases de pierre, destinés aux purifications des Juifs" (Jean 2:6) mais les trois autres Évangélistes ne mentionnent pas l'évènement alors que selon Jean "Jésus fut aussi invité aux noces avec ses disciples" (Jean 2:2). Sachant que la communauté johannique écrivit tardivement son Évangile, on en déduit que ce soi-disant miracle n'a probablement jamais eu lieu; il s'agirait d'une pure invention, un théologoumène de plus servant la cause de Jean.

Autre exemple, alors que Matthieu (versets 4:18-20) et Luc (versets 5:1-11) évoquent l'appel des quatre premiers disciplines "sur le bord de la mer de Galilée", il est curieux que seul Luc évoque la pêche miraculeuse qui eut lieu à cette occasion (Luc 5:1-11). Si Matthieu fut un témoin oculaire et n'a pas notifié un évènement aussi extraordinaire, pourquoi Luc qui n'a pas connu Jésus l'a-t-il consigné ? Est-il possible que Matthieu l'ait ignoré ou oublié alors qu'il consigna la plupart des autres miracles ? Matthieu qui, faut-il rappeler puisa son récit à la source "Q" et que Marc appelle Lévi, était apparemment originaire de Capharnaüm et était percepteur de l'impôt (publicain). Il devait certainement connaître l'importance économique de la mer de Galilée et sa proximité de nombreux lieux saints où Jésus prêcha (le mont des Béatitudes et du fameux Sermon sur la montagne, le village de Tabgha où Jésus aurait multiplié les pains et les poissons, le village de Magdala où vécut probablement Marie-Madeleine, le village de Chorazeïn où Jésus invectiva les villageois pour avoir refusé son message, etc). En comptant sur le bouche-à-oreille voire même la rumeur, il est donc peu probable que Matthieu n'ait pas entendu parlé de ce miracle s'il s'était produit.

Mosaïque illustrant la résurrection de Lazare de la Basilique Saint-Apollinaire-Le-Neuf à Ravenne.

Bien sûr, on pourra dire comme Jean que "Jésus a fait encore beaucoup d'autres choses; si on les écrivait en détail, je ne pense pas que le monde même pût contenir les livres qu'on écrirait." (Jean 21:25). Malheureusement, il faut être naïf pour accepter ce genre d'excuse que rien ne vient supporter ou démontrer.

En excluant les 25 guérisons miraculeuses sur lesquelles nous reviendrons et les doublons, il ne reste que 6 miracles dont 2 pourraient même être des légendes selon certains experts conservateurs (le figuier qui se déssèche instantanément et la découverte miraculeuse du didrachme dans la bouche d'un poisson), auquel s'ajoute l'eau changée en vin qui n'est consignée que par Jean. Les trois miracles restants relatent des résurrections (le fils de la veuve de Naïn, la fille de Jaïre et celle de Lazare).

Mais le scepticisme s'élève d'un cran quand on considère ces résurrections. Non seulement il y en eut trois touchant des évènement extraordinaires mais Matthieu, le seul témoin-oculaire, évoque uniquement la résurrection de la fille du chef Jaire.

Les croyants diront qu'un exemple suffit pour illustrer les pouvoirs de la foi. Mais ce n'est pas exact car cela ne prouve rien (qui peut prétendre que ces miracles furent autentiques ?) et les Évangélistes ont consigné plusieurs miracles assez semblables. De plus, selon la Bible, Jésus a ressuscité trois personnes et guérit plusieurs aveugles parmi beaucoup d'autres malades ayant souvent les mêmes symptômes. Si on peut imaginer que les aveugles représentent symboliquement l'aveuglement des infidèles et que les ressuscités représentent la foi en Jésus (en la résurrection), dans ce cas on peut aussi imaginer que les miracles sont des paraboles déguisées.

Quand bien même nous admettions a priori que ces trois résurrections relatent des faits réels, concernant le cas de la fille du chef Jaïre, si on relit le texte, il n'y a jamais eu de miracle. En effet, Marc fait dire à Jésus : "L'enfant n'est pas morte, mais elle dort" (Marc 5:39). Ce n'est donc pas une résurrection et à la limite même pas une guérison mais un mauvais diagnostic qu'on communiqua à Jésus. Finalement, seuls les croyants ont cru au miracle sans même prendre la peine de bien lire le texte. Il n'en fallait pas plus pour propager une rumeur !

Bizarrement Jean ou plutôt la communauté johannique aux idées bien plus spirituelles et aux propos plus symboliques que les autres disciples est la seule qui se soit souvenue de la résurrection de Lazare (et rappelons-le, dix à quarante ans après les premiers récits de Matthieu). Mais selon certains spécialistes, comme dans le cas du fils de la veuve de Naïn, il ne s'agirait pas d'une résurrection mais d'une guérison. Info ou intox, dirait-on aujourd'hui ? Ce miracle "tardif" en terme de rédaction ressemble fort à un récit inventé a posteriori venant appuyer l'acte de foi de l'auteur.

Quant aux deux miracles "oubliés" (la pêche miraculeuse par Matthieu et Marc et la résurrection de Lazare par les trois Évangelistes synoptiques), ce sont des indices très révélateurs d'une construction ad hoc pour élaborer le projet du Messie. Si certains apôtres semblent évoquer des miracles qui n'ont jamais eu lieu pour d'autres, dans ce cas on peut aussi se demander si les miracles décrits par les autres apôtres ont réellement eu lieu ? Pourquoi refuser aux uns le crédit qu'on accorderait aux autres ? Une nouvelle fois, soit tout le monde dit la vérité soit personne. On peut aussi imaginer que les apôtres ayant consigné les mêmes miracles ont copié sur le texte le plus ancien ou que les Évangélistes synoptiques ont tous puisé leur inspiration à la même source "Q". Mais cela ne résoud pas la question de leur crédibilité qui vient d'être entachée d'un sérieux doute à propos d'un sujet hautement sensible qui participe à faire de Jésus un personnage extraordinaire, surnaturel. Faut-il en conclure que Jésus serait un homme certes charismatique mais sans faculté extraordinaire ? Examinons d'autres faits avant de conclure.

Comme le rappelle Matthieu, lorsque Jésus revint à Nazareth, nul n'est prophète en son pays et Jésus n'a pas échappé à cette règle : "Et il ne fit pas beaucoup de miracles dans ce lieu, à cause de leur incrédulité" (Matthieu 13:58). Cela laisse supposer que les miracles individuels se produisaient uniquement si les sujets ou leurs proches avaient une sensibilité particulière, la foi diront certains, qu'ils étaient "réceptifs" comme on dit aujourd'hui, et non pas indépendamment des circonstances. Ce parti-pris du pouvoir soi-disant divin de Jésus laisse planer un doute sur son humanité et sa bonté universelle. L'Église pourra toujours rétorquer que le Christ ne s'est jamais prétendu guérisseur des corps mais plutôt des âmes et qu'il s'agissait simplement de montrer occasionnellement la puissance de son Père. Dans un autre domaine, on peut aussi faire remarquer que l'hypnose ne fonctionne que sur les sujets dont l'esprit est suffisamment ouvert à ce genre de pratique. En principe, les personnes rationnelles ayant un esprit critique très développé ou difficiles à convaincre, les "incrédules", ne peuvent pas se faire hypnotiser. Il semble qu'on retrouve ici un principe d'auto-suggestion similaire à celui qui habiterait les miraculés, ce qui ne valide pas pour autant les miracles.

Quant aux deux autres résurrections, Matthieu comme Luc en évoquent une dont personne d'autre ne parle. C'est étrange. Car la résurrection d'entre les morts est bien le genre d'évènement sensationnel dont tout le monde à l'époque aurait dû entendre parler à travers monts et vallées et qui, s'il se passait aujourd'hui, ferait la une des médias ! Or à l'exception de quelques traces très discutables dans certains Évangiles, personne en dehors de ces quelques apôtres et parfois un seul d'entre eux évoque ces résurrections qui auraient dû être des "scoops" et d'autant plus connus qu'elles ont touché des personnes sans lien direct avec la communauté de Jésus et notamment Jaire, le chef de la synagogue du pays des Gadaréniens (probablement le district qui entourait Gadara, aujourd’hui Oumm Qeïs, une ville située à environ 10 km au sud-est de la mer de Galilée).

Même en admettant que ces résurrections se sont déroulées dans des villages de campagne isolés et communiquant peu entre eux si ce n'est en matière économique, la résurrection de Lazare (Jean 11:1-57) eut lieu à Béthanie à 15 stades de Jérusalem (~2.7 km) et donc, compte-tenu de la densité de la population et du caractère de l'évènement, le bouche-à-oreille aurait dû faire son oeuvre. Or, la Bible ne précise pas si quelqu'un fut témoin de la mort de Lazare, juste qu'il était posé dans son sépulcre depuis quatre jours, ce qui sous-entend qu'il était mort. Mais la mort de Lazare n'est pas attestée. Conclusion, Lazare était peut être malade comme le précise la Bible mais en tout cas toujours vivant à l'arrivée de Jésus.

De plus, revenir d'entre les morts n'est pas banal; c'est bien un sujet hautement sensible qui aurait dû attirer l'attention des autorités juives, toujours très à cheval sur le respect de la Loi et les éventuels blasphèmes et autres sacrilèges. En outre, si le gouverneur de Judée taxait les Juifs, on peut supposer que la résurrection de deux ou trois morts durant le ministère très court de Jésus aurait dû parvenir aux oreilles du ministère et du clergé juif. Rien de tout cela n'est consigné comme si ces évènements extraordinaires n'avaient jamais eu lieu.

Plus d'un auteur dont le philosophe Holbach du siècle des Lumières, Thomas Woolston et Ernest Renan parmi d'autres ont également mis en doute la réalité de ce miracle, le considérant même comme une supercherie.

Bref, il faut être sacrement crédule et peu critique pour croire en ces résurrections sans autre preuve que la parole des Évangélistes. D'ailleurs eux-mêmes n'y ont pas attaché plus d'importance qu'à d'autres actes ou paroles de Jésus, ce qui est tout de même suspect et peu réaliste. La résurrection serait-elle un évènement banal pour les Évangélistes ? Ce n'est pas concevable et donc quelque chose ne "colle pas" et n'est pas logique dans ces descriptions. Certains répondront que les apôtres ont prouvé leur crédibilité et leur acte de foi par leur martyr. Mais désolé, cela ne prouve rien d'autre que la force de leur croyance intime et non la réalité des faits qu'ils ont décrits, d'autant moins que leur point de vue était partial.

Tout ceci montre que ces résurrections sont peu crédibles. Il s'agirait tout au mieux d'une guérison déguisée (le fils de Naïn), d'un mauvais diagnostic (la fille de Jaïre) et d'un canular (Lazare). Comme l'écrivit Renan dans son livre "La vie de Jésus" publié en 1863 (cf. la version numérisée), "Jésus subissait les miracles que l'opinion exigeait de lui bien plus qu'il ne les faisait [...] le miracle est d'ordinaire l'œuvre du public bien plus que de celui à qui on l'attribue" (Renan, 1863, pp.360 et 268). Nous verrons que ce fut effectivement le cas avec les soi-disant miracles attribués plusieurs siècles ou millénaires plus tard à certains souverains chrétiens qualifiés de thaumaturges même contre leur volonté (voir plus bas). Cela en dit long sur le soi-disant "pouvoir" de guérison attribué à Jésus, au grand dam des croyants et des agnostiques.

Sachant toute la prudence que prennent aujourd'hui les hommes de science pour authentifier un miracle (seule l'Église se l'accorde parfois pour renforcer sa doctrine), dans le contexte théologique caractéristique des Évangiles, il est plus vraisemblable qu'il s'agit de constructions artificielles et donc une fois de plus de théologoumènes. Si personne ne peut prouver cette hypothèse, les quatre Évangélistes non plus ne peuvent pas prouver la réalité des résurrections (ni des guérisons) et n'ont rien fait pour tenter de nous convaincre (de les prouver). Par conséquent, même sans tenir compte du principe du rasoir d'Occam où l'explication la plus simple est la meilleure, pourquoi devrions-nous y croire ? Seul le croyant y est favorable mais c'est une interprétation dogmatique que ne cautionne pas la Science et qui rejoint les mythes et autres superstitions.

Médecins et guérisseurs du temps de Jésus

Sur les 37 miracles cités dans le Nouveau Testament, 25 soit 68 % se rapportent à des guérisons dont certaines pourraient en partie décrire des évènements réels. C'est par exemple le cas de la guérison de "l'homme ayant des démons" au pays des Guéraséniens, l'aveugle de Bethsaïde, les lépreux, l'hémorroïsse, l'épileptique, etc.

A partir du XXe siècle, les savants ont tenté de rationnaliser les guérisons miraculeuses exécutées par Jésus, les interprétant comme autant de "cures thérapeutiques" que la médecine traditionnelle permettait parfois de soigner et de guérir. Il est en effet très probable que Jésus ait rencontré des malades et des exclus sociaux sujets à des maladies liées au manque d'hygiène, virales, neurologiques et autres schizophrènes. Mais il n'est précisé nulle part que Jésus prépara des médicaments ou appliqua des lotions. On évoque juste l'emploi occasionnel de la salive mais le plus souvent c'est sur l'ordre verbal de Jésus que le patient fut instantanément guéri.

Sur le plan scientifique, rien n'atteste que les miracles réalisés par Jésus se sont réellement produits ni même qu'il s'agit de miracles car il n'y a jamais eu de diagnostic préalable au sens où nous l'entendons. Dans l'hypothèse où les Évangélistes ont rapporté des témoignages, ils ont donc dû se fier à l'opinion du public et tout le monde sait combien un témoignage est fragile, d'autant plus à l'époque où les informations se transmettaient par voie orale sans parler des 30 à 50 ans qui se sont écoulés entre les éventuels faits et la rédaction des Évangiles.

Jésus ressuscitant la fille de Jaïre par Ilia Répine (1871).

N'oublions pas qu'à cette époque et pendant plus de mille ans encore, non seulement l'éducation n'était pas obligatoire (hormis l'enseignement prodigué dans les synagogues) mais la médecine était rudimentaire. La médecine c'était la Torah et notamment le Lévitique qui disait qu'une personne était malade suite à la colère de Dieu; on était malade parce qu'on faisait obstacle à la volonté divine. Et si les juifs ne respectaient pas les règles d'hygiène et les interdits prescrits par le Lévitique, la peine était lourde : "Si ces châtiments ne vous corrigent point et si vous me résistez [...] j'enverrai la peste au milieu de vous, et vous serez livrés aux mains de l'ennemi" (Lévitique 26:23-25). Les laïques qui ont rédigé le Deutéronome mais respectaient évidemment la Loi partageaient ce point de vue qu'ils ont pris soin d'écrire dans la Loi : "Si tu n'obéis point à la voix de l'Eternel, ton Dieu; l'Eternel attachera à toi la peste, jusqu'à ce qu'elle te consume. L'Eternel te frappera de l'ulcère d'Égypte, d'hémorroïdes, de gale et de teigne dont tu ne pourras guérir" (Deutéronome 28:21-27). Il fallait donc respecter les lois divines et l'ordre moral pour éviter de tomber malade. Même les chrétiens ont repris cette idée et y ont cru quand ils disent "les voies du Seigneur sont impénétrables".

Selon la tradition, seul Dieu avait le pouvoir d'engendrer le bien et le mal et de guérir : "Le tout-Puissant fait la plaie et il la bande; il blesse et sa main guérit" (Job 5-18). Autrement dit avant la maladie, Dieu créa d'abord le remède, et il n'est pas de maladie ou de mal que Dieu ne puisse guérir.

Ceci dit, les médecins et chirurgiens juifs redoutaient malgré tout certaines pathologies comme les empoisonnements par le venin des serpents y compris des maladies qui n'étaient pas encore connues de la médecine occidentale. Ils procédaient également à des expérimentations contradictoires (parfois inspirées sur des pratiques vétérinaires), ils savaient traiter les plaies et les suturer et pratiquaient l'analgésie (ils connaissaient des remèdes pour soulager la douleur dans un but thérapeutique), ils savaient réduire les luxations, les fractures, réaliser des amputations et des soins dentaires.

Notons que les érudits juifs avaient certaines connaissances en anatomie mais pas à l'époque de Jésus. Ainsi le "Sefer Hayétsira" ou livre de la Création, un petit opuscule rédigé dans les premiers siècles de notre ère (la plus ancienne copie date du X-XIe siècle) mais traditionnellement attribué à Abraham, décrit le nombre d'os, de muscles et de viscères existant dans le corps humain, et plus ou moins le rôle de chacun d'eux. Il considère que l'organe essentiel à la vie est le coeur et l'aorte véhicule du sang, l'air expiré étant impropre à la vie.

Il faut également rappeler que de tout temps il exista des thaumaturges, des prêtres et autres guérisseurs dont certains avaient une connaissance des plantes médicinales et de la pharmacopée et pouvaient effectivement guérir certains malaises et maladies bénignes. A ce sujet, les auteurs du livre des Rois relatent une guérison : "Isaie dit: Prenez une masse de figues. On la prit, et on l'appliqua sur l'ulcère. Et Ezéchias guérit." (2 Rois 20:7). Un second récit évoque la résurrection d'un enfant mort suite à des céphalées (migraines) : "Elisée pria l'Eternel. Il monta, se coucha sur l'enfant; il mit sa bouche sur sa bouche, ses yeux sur ses yeux, ses mains sur ses mains, et il s'étendit sur lui. Et la chair de l'enfant se réchauffa" (2 Rois 4:33-34). On en déduit a priori que ce prêtre était thaumaturge et capable de ressusciter les morts. Mais on sait aujourd'hui que 95 % des migraines sont bénignes et ne tuent pas le patient. Seule une toute petite fraction des symptômes déclenchés par une (rare) hémorragie méningée peut entraîner une céphalée brutale et intense qui est mortelle si un neurochirurgien n'intervient pas d'urgence. Mais il est impossible d'établir un diagnostic sur ce seul récit biblique qui, faute de preuve, doit être considéré comme anecdotique.

Une chose est statistiquement certaine même si on ne peut pas l'attester historiquement. Dans l'hypothèse où ces miracles relatent des faits réels, ce qu'on ne pourra jamais démontrer, il y a probablement des malades présentant des symptômes bénins qui auraient servi la cause de Jésus. De plus, dans les campagnes (Jésus et ses disciples ont prêché quasi exclusivement en dehors des villes) il était certainement plus facile de tromper les plus naïfs en leur racontant des fables comme aujourd'hui on peut toujours propager des rumeurs y compris le 1er avril, auxquelles beaucoup vont croire sans même chercher à les critiquer.

Les miracles dans l'Histoire

Ceci dit, soyons clair et complet car nous devons également remettre les choses à leur place. Jésus n'est pas le premier Messie, souverain, sage ou chaman à faire des miracles et notamment à guérir. Il en existe dans de nombreux pays et dans toutes les religions, philosophies et mythes, y compris dans le bouddhisme et le chamanisme depuis la nuit des temps. En Grèce, on appelait ce type de praticien un thaumaturge, c'est-à-dire "celui qui fait des tours d'adresse" en grec, devenu "faiseur de miracle" dès l'avènement de la chrétienté. De plus, à l'époque du Jésus ce n'était pas le premier "guérisseur" faisant des prodiges.

Ainsi, comme nous l'avons expliqué à propos des sources d'inspirations des auteurs des écrits apostoliques (cf. les canons), il existe deux récits profanes rédigés quelques dizaines d'années après la mort de Jésus évoquant des miracles. Dans les "Histoires" (Livre IV, 81), Tacite (58-120) explique que le prince Vespasien (9-79) guérit trois personnes. Dans les "Vies des Douze Césars" (ch. VIII.VII:5-6), Suétone (70-122) évoque également deux de ces trois miracles attribués à Vespasien. Rappelons que selon ces auteurs, le prince d'abord moqueur puis sceptique de son pouvoir de thaumaturge aurait guérit un aveugle et un boiteux, l'un en imprégnant ses yeux de salive, l'autre en le touchant simplement du pied alors que lui-même ne garantissait "aucun succès d'une telle cure [...] et réussit". Bien que décrit de manière différente, on retrouve le même récit chez Matthieu, Marc et Jean à propos des miracles mais cette fois attribués à Jésus. Troublante coïncidence.

Mosaïque illustrant le miracle du paralytique de la Basilique Saint-Apollinaire-Le-Neuf à Ravenne.

Plus proche de la tradition rabbinique, le Talmud relate l'histoire du sage Honi HaMe'aguel dit le "Traceur de cercles" qui vivait quelques décennies avant Jésus : "Une fois, (lorsque Dieu n'envoya pas la pluie sur Israël en hiver [dans la région où se situe Israël, la saison des précipitations est en hiver) et que la Pâque, qui tombe au printemps) l'on dit à Honi HaMe'aguel : prie que les pluies tombent. Il leur dit: sortez et rentrez les fours de Pessa'h pour qu'ils ne s'abîment pas. Il pria et il ne plut pas. Que fit-il ? Il traça un cercle et se tint au milieu, et dit : Maître du monde! Tes enfants se sont tournés vers moi car je suis comme un habitué de ta maison. Je jure sur Ton Grand Nom que je ne bougerai pas d'ici jusqu'à ce que Tu aies pitié de Tes enfants. Il commença à pleuviner." (Ta'anit, 23a). Les rabbins en ont déduit qu'Honi entretenait une relation privilégiée avec Dieu. L'existence d'Honi, également appelé Onias le Juste, est attestée par Flavius Josèphe qui évoque son intervention et son décès dans ses "Antiquités judaïques" (Livre XIV, II.1).

Un autre exemple est Hanina ben Dossa, un homme pieux et vertueux qui vécut à l'époque de Jésus et qui fut également originaire de Galilée. Les Pharisiens firent appel à ses dons de guérisseurs à plusieurs occasions. Selon la tradition, il pouvait guérir des malades sans même se déplacer à leur chevet et uniquement par la prière et une exceptionnelle concentration. Il pouvait également faire tomber la pluie et guérir les personnes mordues par des serpents. Quand les messagers du fils de Rabban Gamliel de Yavné l'appelèrent pour guérir l'enfant et lui demandèrent "Est-du prophète", Hanina répondit qu'il n'était ni prophète ni fils de prophète mais que lorsque ses prières coulaient facilement elles étaient acceptées, sinon elles étaient rejetées. Certains adorèrent Hanina comme le Messie.

Dans ce contexte prodigieux, l'existence d'un Messie doublé d'un guérisseur appelé Jésus n'a donc pas étonné plus que de coutume la plupart des Juifs familiés de la Torah et des enseignements du Talmud. Ce n'est donc pas cette qualité là qui a convaincu les premiers disciplines de la nature divine de Jésus. Et d'ailleurs, même après sa résurrection certains n'en étaient toujours pas convaincus (encore moins aujourd'hui).

Maintenant, il y a une marge entre les miracles réalisées par Jésus de son vivant et la transfiguration sur laquelle nous reviendrons et ceux qu'il réalisa après sa mort sur la croix, si cette expression garde un sens rationnellement parlant. Mais dans tous les cas, ces faits sont évidemment extraordinaires et présentés de la sorte ils sont capables de convertir l'homme sceptique le plus puissant croyant en la bonté de Dieu qui s'est attendri sur la souffrance des hommes. Mais d'un autre côté, on peut se demander pourquoi Dieu laisse-t-il ses enfants souffrir de nos jours partout où les peuples sont en guerre ou victimes de catastrophes naturelles s'il est si bon et ne veut que son bonheur ? Ce retrait du monde est difficile à comprendre, encore moins d'y voir le destin et la main d'un Dieu miséricordieux. Ni l'Église ni aucune autre religion ne peut expliquer ce paradoxe.

Les saints et rois guérisseurs

Rappelons que plus récemment, l'Histoire a prétendu que des saints ou des martyrs de l'Église catholique nés entre le XIe et le XIXe siècle (par exemple Antoine de Padoue, Grégoire le Thaumaturge et Sainte Philomène) ont réalisé des "guérisons miraculeuses". 

De même, pratiquement tous les rois de France furent des thaumaturges dès l'instant qu'ils furent baptisés et sacrés roi à Reims ou ailleurs. Cette tradition est apparue lors du baptême de Clovis et de ces guerriers Francs le 25 décembre 498. Selon la légende colportée par l'archevêque Hincmar, une colombe (représentant le Saint-Esprit) aurait apporté une fiole d'huile sacrée, la Sainte Ampoule, pour baptiser Clovis. Depuis, ce baume fut mélangé à du saint chrême (huile parfumée) pour oindre les rois lors de leur sacrement. Cette fiole fut brisée lors de la Révolution mais ses reliques auraient été conservées.

Suite à cet évènement, à partir du sacre de Louis le Pieux en 816, leur couronnement a toujours été associé à une liturgie sacrée et on attribua aux rois un pouvoir de guérison, comme jadis aux empereurs romains. Ainsi, en 1081 le roi Franc Louis VI le Gros réalisa des "guérisons miraculeuses" par simple contact, guérissant en particulier les écrouelles (une maladie d'origine tuberculeuse affectant les ganglions lymphatiques du cou). Même le roi Louis XVI qui n'y croyait pas trop aurait guéri des malades en les touchant simplement du pied après son sacre en 1722 grâce à la fameuse expression "Le roi te touche, Dieu te guérisse". Le roi Charles X couronné en 1825 et qui ne croyait pas non plus aux miracles aurait lui aussi guéri "officiellement" cinq malades. On rapporte également des "guérisons miraculeuses" du chef des rois de Bourgogne, d'Angleterre, d'Espagne et même de Hongrie. Des pratiques similaires auraient également signalées en Asie du Sud-Est et chez les peuples du Pacifique. Dans ces circonstances, il ne s'agit plus de miracles mais de folklore !

Le miracle du Feu sacré

Enfin, parmi les autres miracles, nous pouvons également citer le "Feu sacré" ou "Saint Luminaire" (Sanata Lumina) qui depuis le IVe siècle descend dans l’église du Saint-Sépulcre à Jérusalem. Pour la petite histoire, le Samedi saint, c'est-à-dire la vieille de la Pâque orthodoxe, les autorités israéliennes vérifient que le tombeau du Christ du Saint-Sépulcre est vide et qu'il ne contient donc rien qui puisse allumer un feu. Il est ensuite scellé. Dans la matinée, la foule se regroupe dans l'église du Saint-Sépulcre. À midi, le patriarche orthodoxe entre dans le tombeau, se met en prière et la foule scande "Kyrie eleison" (Seigneur, aie pitié). Par miracle, le tombeau se couvre alors de flammes (cf. la séquence à 7:00 ci-dessous) que le patriarche récupère à l'aide de cierges qu'il transmet à la foule. L'apparition de ce "Feu sacré" serait le plus ancien "miracle" attesté par l'Église.

A voir : Saint Feu du 11 avril 2015 (en grec)

A gauche, l'extraordinaire tableau du "The Miracle of the Sacred Fire, Church of the Holy Sepulchre" (Miracle du Saint feu à l'église du Saint-Sépulcre) à Jérusalem réalisé par le peintre britannique William Holman Hunt vers 1892-1899. Il s'agit d'une peinture à l'huile mélangée à de la résine sur toile mesurant 0.92x1.25 m. Elle est exposée au Musée d'Art d'Harvard. Au centre, la cérémonie réelle du "Saint feu" ou "Saint Luminaire" dans l'église du Saint-Sépulcre de Jérusalem le 11 avril 2015. Document Vladtime.

Bien que dénoncé comme frauduleux depuis des siècles, la cérémonie est célébrée chaque année et retransmise sur les chaînes TV des pays orthodoxes notamment en Europe centrale, en Grèce et en Russie. Les chrétiens d’Orient sont convaincus que ce miracle est une "une preuve incontestable" témoignant de l'autenticité de leur foi.

Notons qu'après avoir effectué des analyses scientifiques sur le lieu même lors de la cérémonie de 2015, le physicien russe André Volkov a considéré qu'il s'agissait d'un "véritable miracle" qui ne peut se "produire qu’à la suite d’une décharge électrique". Mais on peut douter de ses conclusions sachant qu'il est orthodoxe et que l'Académie des Sciences de Russie n'a jamais été très critique à propos des "preuves" présentées.

Les miracles qu'ils soient relatés dans la Bible ou les livres d'histoire n'ont jamais convaincu les scientifiques (à part Volkov) même si on doit modestement reconnaître qu'on ne maîtrise pas les pouvoirs de l'esprit ni les lois de la nature. Selon l'Église, il existe des cas cliniques contemporains où des malades incurables ont vu soudainement leur état s'améliorer et même guérir sans que la science ne puisse l'expliquer, notamment les miraculés de Lourdes. On dénombre également quelques personnes présentant les stigmates du Christ (et qui furent canonisées) ou ayant eu des visions dont Maria Valtorta (1897-1961). Aujourd'hui, ces cas demeurent inexpliqués et rares sont les scientifiques qui évoquent le "miracle" au sens religieux.

A part le "Feu sacré" mais dénoncé depuis longtemps comme une supercherie, étant donné qu'aucun "miracle" ne s'est produit ces dernières décennies (et certainement pas en Occident), on est tenté de se demander si les miracles recensés ces derniers siècles ne seraient pas des diagnostics erronés ou même des mystifications validées par des autorités un peu trop complaisantes pour renforcer l'Église en ces temps de crise de la Foi.

De plus, on peut s'étonner que les prétendues "guérisons miraculeuses" des temps modernes se produisent principalement dans des pays sud-asiatiques ou très croyants comme en Amérique centrale ou du sud voire même en Italie. Ne parlons même pas des guérisseurs, marabouts et autres magnétiseurs charlatans qui hantent nos villes, encore moins des rumeurs[2].

Toutefois, même des cas avérés de rémissions "miraculeuses" de maladies par les médecins ne prouveraient pas la réalité des miracles attribués à Jésus. Ces faits sont d'autant moins avérés que l'on sait d'un point de vue historique qu'à cette époque le miracle était une figure de style plus qu'un récit authentique, comme aujourd'hui on utilise par exemple le second degré ou les métaphores.

Donc pour être clair sur le sujet, en théorie la science ne peut pas nier l'existence possible des miracles mais le fait qu'il s'agirait du résultat d'une intervention divine est une interprétation personnelle influencée par l'éducation et la culture du patient ou du témoin oculaire. D'un point de vue dogmatique, si on croit aux miracles des guérisseurs philippins, des rois de France, des ecclésiastes ou de Lourdes, alors il n'y a aucune raison de ne pas croire aux miracles de Jésus. Dans le cas contraire et sauf avis médical contradictoire, ces miracles sont des mythes et tout au mieux (mais cela reste à démontrer) des réactions psychosomatiques comme on peut parfois en observer après un choc psychologique (durant les guerres notamment ou après l'annonce d'une nouvelle traumatisante). Certains appellent ces rémissions inexpliquées et ses transformations physiques inattendues, un "miracle" ou un "prodige". Question de culture.

Fait également remarquable à mettre en relation avec la figure de style des miracles, Jésus est l'un des rares personnages de l'époque à utiliser des paraboles pour dispenser son enseignement. Cette idée ne lui a pas été enseignée à l'école ni par les rabbins qui utilisaient rarement cette figure de style (on la retrouve exceptionnellement dans quelques passages de l'Ancien Testament). On peut se demander si les Évangélistes n'ont pas été inspirés par cette figure de style pour... inventer les miracles.

Deuxième partie

Les apparitions

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[2] En 2016, le site satirique World News Daily Report publia un article prétendant qu'un nouveau manuscrit relaterait le récit d'un témoin ayant assisté à l'un des miracles de Jésus. Il va sans dire que cet article est non fondé et propage une rumeur comme le précise bien la page "Disclaimer" du site concerné.


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