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La Bible face à la critique historique

Le célèbre mont Tabor biblique (575 m). Documents Everett Historical/Shutterstock  

Les apparitions (II)

Comment la Bible relate-t-elle les apparitions du Christ ressuscité ? Aucun Évangile ne décrit réellement la résurrection du Christ. Mais l'Évangile selon Pierre (cf. les Écrits Apocryphes Chrétiens) découvert au XIXe siècle dans la tombe d'un moine à Akhmîm en Haute-Égypte et qui fut probablement rédigé par une ou plusieurs personnes au milieu du IIe siècle raconte que le Christ sortit du tombeau sous l'aspect d'un géant dont la tête touchait le ciel accompagné de deux anges également géants à ses côtés. Derrière lui une croix parlait et proclamait qu'il était le Christ. Cet Évangile à la fin plutôt fantastique plus proche de l'Odyssée que du récit historique fut publié en 1891.

Selon les Évangélistes, pendant les quarantes jours qui suivirent la résurrection, le Christ serait apparu à ses proches à Jérusalem comme en Galilée, généralement à des groupes de 1 à 11 personnes (d'abord à Marie-Madeleine le jour de la résurrection (Marc 16:9-11 et Jean 20:11-18), puis notamment aux deux disciples sur le chemin d'Emmaüs (Marc 16:12), aux 10 apôtres en l'absence de Thomas (Luc 24:36-43), à 11 apôtres le dimanche suivant (Jean 20:26) et encore devant 11 disciples sur une haute montagne (qu'on suppose située en Galilée et être le mont Tabor, cf. Matthieu 17:1-19, Marc 9:1-10) où le Christ leur demanda d'aller baptiser les nations "Au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit" (Matthieu 28:16-20). Vingt ans plus tard, Paul prétend également qu'il fut le dernier à avoir vu le Christ ressuscité (1 Corinthiens 15:3-8) mais il ne précise pas où ni quand il l'aurait vu et comment il fit son décompte.

Le mont Tabor est un des hauts-lieux des théophanies, c’est-à-dire là où Dieu se manifeste. Isolé de la vallée de Jezreel comme on le voit ci-dessous, malgré sa faible altitude de 575 m, c'est un point dominant de la région qu'on aperçoit à plus de 30 km à la ronde quand l'atmosphère est claire et qui suscite naturellement la curiosité des habitants. Il se trouve à 8 km à l'est de Nazareth, 18 km au nord-est Megiddo et 17 km au sud-ouest du lac de Galilée (cf. cette carte).

A voir : A perfect view of northern Israel from Mount Tabor

Mont Tabor, Google Maps

A gauche, une vue panoramique de la vallée de Jezreel en direction de l'est vue depuis le mont du Précipice situé au sud de Nazareth parmi les falaises du mont Kedumim. On aperçoit sur la gauche les villages d'Iksal, Daburiyya et le mont Tabor ainsi que la partie est du mont Moreh (515 m) à droite. A droite, l'église de la Transfiguration et le monastère grec orthodoxe Saint Elias construits au sommet du mont Tabor qui sont accessibles par une route sinueuse. Documents Joe Lewit (2013) et Ministère Israélien du Tourisme.

Selon la tradition rabbinique, le mont Tabor (Har Tavor en hébreu) compterait parmi les montagnes épargnées par le Déluge. Selon la tradition juive, c'est à cet endroit que Dieu descendit dans une nuée et vint se placer auprès de Moïse (Exode 34). C'est aussi à cet endroit qu'avant sa mort Moïse bénit les enfants d'Israël (Deutéronome 33:1-19). Rappelons que Moïse serait mort sur le mont Nébo près de la mer Morte. Dans le livre des Juges, Déborah monte "au mont Tabor" avec Barak, le chef de Nephtali pour vaincre les Cananéens (Juges 4). Selon la tradition chrétienne, c'est également à cet endroit que Jésus enseigna les Béatitudes (Matthieu 5). Enfin, c'est la "montagne" où eut lieu la transfiguration de Jésus (Marc 9). Comme on le voit ci-dessus, l'église franciscaine de la Transfiguration et le monastère grec orthodoxe de Saint Elias furent érigés à son sommet.

Selon les Évangiles, après sa résurrection, personne ne reconnut Jésus car il était transfiguré (son corps était lumineux) au point que Marie-Madeleine ne le reconnut pas jusqu’à ce qu’il se fasse reconnaître. Pour résumer les faits, le Christ serait apparu à certaines personnes, quand il voulut et où il voulut, y compris en ayant le don d'ubiquité et présentant les stigmates sur le corps. Il serait également apparu en chair et en os, permettant même au sceptique Thomas (Luc 24:39) et autres apôtres de toucher ses plaies et s'accorda même le plaisir de manger "un morceau de poisson grillé" avec ses disciples (Luc 24:42).

Notons que Jésus s'était déjà transfiguré durant son ministère devant Pierre, Jacques et Jean après les avoir emmenés tous trois à l'écart, sur une haute montagne (probablement le mont Tabor) : "il fut transfiguré devant eux et ses vêtements devinrent resplendissants, d'une telle blancheur qu'aucun foulon sur terre ne peut blanchir de la sorte" (Matthieu 17:1-8, Marc 9:2-3; Luc 9:28-36). Selon Marc, cela se passa entre les deux premières annonces de sa Passion et avant qu'il ne vienne à Jérusalem.

La transfiguration du Christ. A gauche et au centre, un tableau réalisé par Raphaël vers 1516-1520. Huile (tempera grasse) sur bois de 410x279 cm conservée dans la Pinacothèque de la Cité du Vatican. A droite, une icône byzantine réalisée en 1516 appartenant au monastère Spaso-Preobrazhensky de Yaroslavl en Russie. L'icône mesure 164x119 cm et est exposée au Musée d'Histoire et d'Architecture de Yaroslavl. Voici sa version moderne.

C'est aussi à l'occasion des apparitions que "la force de l'Esprit" de Dieu est descendue sur ses fidèles. D'abord à Marie (Matthieu 1:18) puis à Jean le Baptiste (Jean 1:32-34) et plus tard aux apôtres durant la Cène (Jean 14:15-17), la résurrection (Jean 20:21-22) et après la résurrection (Acte des Apôtres 2:2-4). Le même évènement survint lors de la Pentecôte (Actes 1:8).

Selon la Bible, après avoir donné ses dernières directives, au terme du 40e jour qui suivit sa résurrection, "Jésus fut enlevé au ciel et s'assit à la droite de Dieu" (Marc 16:19) jusqu'au jour du Jugement Dernier. Point de grandiose et brillante apothéose comme on pourrait s'y attendre du souverain d'un royaume sur le départ, le Christ laisse ses disciples dans l'expectative et les abandonne a priori face à leur destin sans jamais leur fournir la preuve qu'ils attendaient ni la force et la puissance qu'ils espéraient, si ce n'est qu'il leur prédit qu'ils bénéficieraient du don de guérison notamment. Fin de l'histoire, du moins de celle de la présence de Jésus, du Fils de Dieu parmi les hommes.

Analyse rationnelle d'évènements irrationnels

Cette histoire de résurrection et d'apparitions a-t-elle un sens ? Voyons d'abord la question rationnellement et scientifiquement. Le récit de Paul fut rédigé plus de 20 ans après la mort de Jésus tandis que le récit des Évangélistes fut rédigé 30 à 70 ans après le décès de Jésus. On peut se demander ce qui restait de concret dans leurs souvenirs. Certes, on peut se souvenir toute sa vie d'un évènement très marquant, y compris dans ses détails au point d'en ressentir virtuellement les odeurs. Ceci dit, nous n'avons même pas la certitude que les disciples (les femmes) furent témoins des apparitions et Paul n'était même pas en Palestine à l'époque des présumés évènements et il n'est pas sûr que Matthieu, Luc et Jean y étaient ! Sur quoi alors reposent ces "notifications" ?

Une page du Codex Sinaiticus  daté du IVe.s. de l'Évangile selon Marc (vv.16:1-8) se terminant par "Évangilion para Markon" suivi par les deux colonnes reprenant la finale longue (vv.16:9-20).

Les archéologues ont découvert que les manuscrits les plus anciens de l'Évangile selon Marc ne mentionnent pas les apparitions de Jésus décrit dans les Évangiles selon Matthieu, Luc et Jean. En effet, le texte original de Marc s'arrête à la fin du chapitre 16 verset 8, lorsque les trois femmes visitèrent le tombeau, "virent un jeune homme vêtu d'une robe blanche assis à droite" qui leur dit que "Jésus le Nazarénien [...] est ressuscité, il n'est pas ici", trouvèrent le sépulcre vide, "sortirent et s'enfuirent toutes tremblantes et hors d'elles-mêmes" (Marc 16:5-8). Les verset 16:9-20 décrivant l'apparition du Christ ressuscité n'y figurent pas ! Faut-il en déduire que comme les miracles, les apparitions n'étaient pas un élément essentiel du récit ? Si une apparition ne passe même plus dans la colonne "fait divers", ce n'est vraiment plus un fait extraordinaire !

En fait, les versions longues décrites par Matthieu, Luc et Jean n'existent pas dans les manuscrits du Sinaiticus, du Vaticanus, du Sinaiticus syriacus, pas même dans la centaine de copies en araméen ni dans les versions en latin ancien. Mieux encore, les rares versions qui les reprennent sont glosées par le copiste qui précise qu'elles ne sont pas présentes dans les manuscrits plus anciens !

Notons que les Bibles classiques ne font pas de commentaire sur cet ajout tardif à l'inverse des Bibles d'études. Ainsi la "Bible de Jérusalem avec guide de lecture" et annotée précise noir sur blanc en base de page de ce chapitre 16 que "cette finale, vv.9-20, est inspirée et canonique. On ne peut prouver son appartenance à la rédaction de Marc. Il se peut qu'elle soit venue très tôt remplacer une finale primitive disparue, faisant suite à la brusque interruption du v.8" (BdJ, Marc 16, annotation page 1582, Le Cerf/Desclée De Brouwer, 1979). La Bible Segond 21 "Archéo" le mentionne également : "L'appartenance de ces versets au texte original de Marc n'est pas sûre; ils sont absents d'importants manuscrits anciens" (La Bible Archéo, p1473, annotation 16.9-20, Archéo, 2015).

En réalité se sont des copistes zélés au IIe siècle qui ont inventé cette finale longue en compilant les différentes apparitions relatées par Matthieu, Luc et Jean. De plus le langage utilisé ne correspond pas au style grec utilisé par Marc. Même au IIIe siècle, Clément d'Alexandrie et Origène ne connaissaient pas encore cette finale longue de Marc qui n'était pas encore distribuée ! Puis soudainement, au IVe siècle, Eusèbe et saint Jérome en prennent connaissance mais précisent qu'elle est absente de presque tous les manuscrits grecs qu'ils possèdent.

La plus ancienne trace écrite de l'apparition du Christ après sa mort apparaît dans la Première Épître aux Corinthiens de Paul rédigée vers l'an 54. Il déclare qu'il a lui-même "vu" Jésus et qu'"il est ressuscité le troisième jour selon les Ecritures", est apparu à Pierre (Cephas), puis aux Douze ainsi qu'à plus de cinq cent disciples à la fois, puis à Jacques, puis à tous les apôtres, et précise "en tout dernier lieu, il m'est apparu à moi aussi" (1 Corinthiens 15:3-8).

La Bible de Jérusalem (éd.1979) ouverte sur une page de l'Évangile selon Marc décrivant l'apparition du Christ (vv.16:9-20), un ajout tardif par la Grand Église au IIe.s. Document T.Lombry.

Première remarque, comment Paul pourrait-il savoir que le Christ lui apparut "en dernier lieu" ? Le Christ lui a-t-il dit ? Il dit juste que le Christ lui a parlé. Et comment est-il certain que Jésus est ressuscité "le troisième jour" puisque même les Évangélistes ne sont pas d'accord sur le délai ? En réalité, Paul se réfère à d'autres textes et traditions car les Évangiles ne citent pas ces témoins. De plus, Paul ménage ses lecteurs car il apprit que les Grecs considéraient la résurrection comme une conception grossière, offensante pour l'âme immortelle (Actes 17:32, Sagesse 3:1-3). De même, il sait que pour les Juifs, il n'y a pas de relation directe entre le fait de dire qu'une personne "se rélève d'entre les morts" et l'existence d'un autre monde après la mort. En fait, à une époque où le souvenir concret de Jésus commençait à s'estomper, pour Paul la résurrection du Christ est avant tout symbolique, celle de son corps spirituel plus que de son corps charnel, la preuve étant la naissance du christianisme.

Dans son livre "The Historical Figure of Jesus" (1993), Ed Sanders, professeur émérite de religion de l'Université Duke, soutient que les témoins de la résurrection et des apparitions du Christ ont vécu une expérience authentique mais reconnait que "nous ignorons ce qu'était la réalité qui déclenchait ces expériences" (Sanders, 1993, p280). Autrement dit, Sanders avoue qu'il est incapable d'affirmer scientifiquement leur réalité. Il serait effectivement bien en peine de le prouver.

Cela ne veut pas dire que la résurrection et les apparitions n'ont pas eu lieu. La Science garde son esprit ouvert et admet qu'elle n'a pas la "science infuse". Nous savons qu'il y a des phénomènes inexpliqués et de grandes questions ouvertes dont certaines sont encore du ressort de la métaphysique. En même temps, la Science doit rester très prudente avant d'affirmer qu'un évènement est réel sans disposer de la moindre donnée concrète pouvant être analysée. Or à part les rares apparitions validées par Rome (mais que la communauté scientifique un peu plus critique a du mal à admettre), sachant que plus jamais personne n'a assisté ou fut l'objet de phénomènes similaires à ce qui serait arrivé à Jésus, on peut honnêtement douter de leur authenticité. De plus, sachant que les miracles ou les apparitions ne sont pas reproductibles et donc impossibles à étudier sous contrôle, la probabilité que cela ce soit produit est très faible voire nulle. Saint Thomas ? Sûrement, et c'est un gage de crédibilité et d'une raison saine car sinon on peut prétendre n'importe quoi sans preuve. Si le monde regorge de fous et d'excentriques prêts à nous faire croire n'importe quoi et dont les théories loufoques trouvent parfois des adeptes (cf. les histoires d'ufologie, ésotériques et mystiques), ce ne sont pas le style ni la méthode de travail qu'ont choisi les scientifiques.

Une finale inspirée et canonique

Sur le plan théologique, la réponse des croyants est bien sûr toute différente. Pour un Chrétien, quoique disent les critiques et leurs preuves concrètes, le texte est "parole d'Évangile"; c'est le fondement du dogme et il ne se discute pas. Même en admettant que l'Église a parfois modifié le texte, ce fut toujours dans le sens du dogme et pour renforcer la foi (évidemment).

Dans ce contexte, l'annonce de la résurrection du Christ reste une très bonne nouvelle pleine d'espoir car par sa résurrection le Christ démontre qu'il disait la vérité et qu'il existe bien une autre vie après la mort. De plus, les croyants pourront toujours faire valoir l'argument du Christ qui après sa résurrection disait à Thomas qui n'en croyait pas ses yeux : "Heureux ceux qui croient sans avoir vu" (Jean 20:29).

Pour l'Église la situation est claire. Comme nous l'avons expliqué, selon la tradition Jésus est né d’une femme immaculée. En tant que Fils de Dieu, il ne pouvait ni naître ni mourir comme les hommes et subir la condamnation des pécheurs "Tu retourneras à la poussière" (Genèse 3:19). Comme Marie, Jésus était sans péché et est donc passé directement de la terre au ciel en laissant ici bas son enveloppe charnelle. Etant d'ascendance divine, le Christ a vaincu la mort. Par cette action le Christ transcende et s'affranchit de sa condition humaine et appartient dorénavant tout entier à la sphère divine. En ressuscitant, le Christ a donc non seulement changé d'identité mais également de nature et de statut. Forçant l'adoration, on se prosterne à ses pieds et on l'honnore en l'appelant majestueusement "mon Seigneur et mon Dieu" comme le fit Thomas (Jean 20:28).

Toutefois, les hommes étant des pécheurs, le Christ offre aux hommes de foi la possibilité de le rejoindre pour la vie éternelle. Mais pour cela, il y a une condition et qui n'est pas gage de garantie. Le Christ exige que chaque homme remplisse une mission : qu'il respecte les règles qu'il enseigna et que les plus fervents convertissent les peuples en son nom. Ensuite, Dieu jugera chaque homme selon sa valeur. Pour les hommes sans foi, la méthode est plutôt intimidante. A leur intention, Paul a arrondi les angles.

Pour l'Église, la résurrection est au fondement du dogme. Bien que les paroles de Jésus représentent déjà en soi toute une philosophie centrée sur l'amour du prochain, la bonté et la compassion, sans résurrection, point de christianisme. De plus, pour l'Église catholique, la Trinité doit exister au même titre que le Christ sinon Dieu n'existe pas ou certainement plus sous sa forme humanisée capable de recevoir l'Esprit de Dieu.

Des faits discutables mais dogmatiques

Que pense l'incrédule, l'athée ou le païen des miracles, des apparitions et de la résurrection ? Faits avérés, illusions ou légendes, nous ne le saurons jamais. A priori, tous ces évènements surnaturels sont bien étranges et ont des relans de mysticisme avec une forte empreinte symbolique. Sans autre preuve que des récits sacrés, rationnellement il est difficile d'y croire. En fait de nos jours, quand on évoque un nouveau "miracle", même l'Église met des gants avant de se prononcer ! Alors pourquoi accepte-t-elle aveuglement ceux relatés dans un livre très ancien dont on connaît à peine la qualité des auteurs et dont il est démontré qu'il contient des ajouts tardifs et notamment précisément en ce qui concerne le dogme, comme les apparitions ? Selon la Bible, le Christ lui-même reconnaissait implicitement que les apôtres avaient besoin de preuves jusqu'à permettre à Thomas et aux autres apôtres de toucher ses plaies.

Vitrail de l'église de La Tirana au Chili illustrant la pêche miraculeuse.

Selon certains auteurs sceptiques, le décorum des miracles de Jésus, de la résurrection et des apparitions seraient peut-être des inventions des Pères de l'Église. En effet, bien que ces phénomènes aient été prodigieux en soi, ils n'occupent qu'un petit chapitre dans les Évangiles synoptiques et deux dans l'Évangile selon Jean. Mais on sait que la communauté johannique rédigea cet évangile plus tard, à la fin du Ier siècle et ses membres étaient convaincus de la divinité de Jésus. Cela s'est traduit par le fait que Jésus parle à la première personne et les auteurs ont enrichi le texte de "révélations" sur la nature divine de Jésus qui tranchent avec les commentaires plus incrédules des auteurs des évangiles synoptiques. Mais cela n'implique pas que les faits évoqués soient fictifs.

Il reste que le nombre de pages consacrées à la résurrection est particulièrement faible comparé aux autres récits des Évangiles (même après son ajout, la résurrection ne représente qu'un seul et dernier verset sur les seize que compte l'Évangile selon Marc, soit 1 page sur les 28 alors qu'il consacre plusieurs pages aux miracles "traditionnels"). Pour les croyants ce n'est pas un écueil car le Christ n'est pas resté longtemps parmi les apôtres avant son ascension et la plupart du temps de manière passagère. On peut aussi y voir l'effet de la surprise et du temps nécessaire pour réaliser ce qui s'était passé. Mais Paul, Marc et Matthieu n'ont pas écrit leur récit le lendemain ni même un an après la mort de Jésus mais respectivement plus de 20, 35 et peut-être 45 ans plus tard.

Quand on lit l'Évangile selon Marc, il fut le premier à présenter Jésus comme un homme divin (theios anèr) et à lui attribuer des miracles comme à cette époque on en attribuait toujours aux dieux, fils de dieux ou dieux-rois, qu'ils soient de chair (pharaons et empereurs romains) ou mythologiques (en Grèce, en Perse, en Mésopotamie). Cette coïncidence n'est pas fortuite. Mais même si Marc présente Jésus comme un être divin, dans son texte original il n'a jamais écrit que Jésus était ressuscité ! Pourquoi Marc l'aurait-il ignoré ? N'a-t-il jamais eu lieu ? En résumé tout le monde parle de la résurrection et des apparitions entre l'an 54 et environ 110 comme si tous se basaient sur la même source. Mais cette source ne doit pas obligatoirement être un personnage ou un texte, surtout plusieurs décennies après la mort du Christ. Il peut très bien s'agir de l'idée que l'on se faisait à l'époque de la résurrection, un symbole spirituel plus qu'une réalité.

Toutefois le sujet n'est pas clos car on évoque également les miracles et les apparitions dans l'Ancient Testament. Ce n'est donc pas des idées ou des actes propres à Jésus ou des inventions des Évangélistes ou des Pères de l'Église mais des concepts bien antérieurs de plusieurs siècles qui laissent planer un doute sur leur authenticité. Comme nous l'avons dit, chacun peut les interpréter à sa guise puisque personne ne pourra prouver le contraire.

En fait, malgré les apparences, l'idée de la résurrection n'est pas très originale si ce n'est que Jésus l'a payée de sa personne. En effet, le "Rouleau des Hymnes" découvert près de la mer Morte nous a prouvé qu'un autre Messie, Menahem, vécut juste avant Jésus, fut condamné à mort et serait ressuscité. Selon le bibliste Israël Knohl, Jésus se serait simplement inspiré de sa vie pour fonder son mouvement que les Chrétiens ont récupéré.

Même l'idée d'incarnation et de vie éternelle n'est pas propre au peuple juif ni à Jésus. Déjà à la même époque les Gaulois croyaient à la fin du monde, à la réincarnation et à la vie éternelle. Dans leur culte pourtant païen, il existait trois mondes formant une pyramide : les abysses, la terre et le ciel. Chez les Chrétiens, l'Enfer a remplacé les abysses mais le terme a la même signification : les abysses représentent l'absence de lumière et le royaume des démons.

Depuis 2500 ans et la naissance de Sinddhartha Gautama en Inde (fl. 560 avant notre ère), les Bouddhistes préfèrent croire au cycle perpétuel de renaissances jusqu'à atteindre l'illumination divine du Bouddha. Quant aux agnostiques et aux athées, la plupart estiment sans doute que nous retournerons à la poussière, rejoignant ainsi les paroles bibliques.

Les incrédules soulèvent le même scepticisme à propos du "mystère" de la Trinité (le rapport entre Dieu, le Fils et le Saint-Esprit) qui est également au coeur du crédo et de la Foi catholique. Rappelons que cet autre "détail" des Évangiles suscita une querelle entre les Églises pendant plus de six siècles ! L'existence ou non de la Trinité ne repose que sur les avis très subjectifs des évêques en faveur de l'un ou l'autre crédo. On comprend aisément que les Orthodoxes aient pu avoir un avis différent des Catholiques. Après tout, étant donné que les textes bibliques sont très évasifs sur le sujet, les positions des protagonistes ne reposent que sur leurs convictions, c'est-à-dire leur interprétation personnelle des Ecritures ! Cela n'a rien d'objectif ni de rationnel.

En résumé, à part les textes apostoliques, nous ne possédons aucune indice ou preuve historique attestant la réalité des miracles, de la transfiguration, de la résurrection et des apparitions. Encore moins d'une explication claire et rationnelle de la nature de Jésus, de Dieu et du Saint-Esprit. Ce sont des concepts purement dogmatiques fondés sur des textes sacrés antiques.

Ceci dit, pour un croyant, ces évènements aussi extraordinaires soient-ils ne sont pas plus ou moins considérés que n'importe quelle guérison miraculeuse pour la simple raison que c'est la Bonne Nouvelle qui apporte du sens aux actes du Christ, c'est-à-dire la foi. Ce n'est pas une question de bien ou mal agir envers une personne par exemple pour espérer le salut comme l'explique Jésus mais plutôt d'avoir l'esprit suffisamment détaché au point d'accepter de donner sa vie pour en sauver une multitude.

C'est justement ce manque de foi qui est au coeur de la Torah depuis 3000 ans et contre lequel Jésus s'est également fâché à plusieurs reprises contre ses disciples et son public de "peu de foi".

Quoiqu'il en soit, appartenant à ce public, à défaut de traces historiques de la résurrection et des apparitions, mis à part quelques rares témoignages indirects, peu précis et peu convaincants, complété par quelques faits étranges survenus au XIXe et XXe siècle (cf. cette liste des miracles et apparitions en anglais), il faut un esprit plutôt mystique et donc peu rationnel pour y croire. Mais c'est le propre des professions de foi. Comme on dit dans ces cas là, ça ne se discute pas. On peut juste essayer de convaincre les croyants endocrinés dans leur dogme depuis leur enfance qu'on les a trompé depuis 2000 ans en leur racontant des histoires, mais cela ne suffira sans doute pas pour qu'ils admettent que Dieu n'existe pas, un sujet qui cette fois est vraiment du ressort de la métaphysique et qui nous laisse tous sans réponse.

Mais la vie a continué et ces histoires de résurrection et de Dieu unique ont fini par prendre une ampleur inimaginable au point de bouleverser le monde juif et l'Occident ensuite.

Nous verrons dans le prochain chapitre comment tout cela commença à travers la querelle paulienne qui opposa Jacques à Paul ainsi que la question de la conversion des païens.

A lire : La querelle paulienne

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