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La contamination extraterrestre Des
nitriles sur Jupiter Dans notre quête de traces de vie, Jupiter est d'un grand intérêt pour les chercheurs parce qu'il est resté dans une phase initiale, en formation. Son atmosphère réductrice contient des traces de méthane, d'HCN, d'hydrocarbures et d'aérosols organiques. Si de l'énergie est disponible, il est prouvé que la matière organique peut se former. Lors de simulations de la matière rouge-brun, un polymère nitrile, de formule générale R-CºN, ou cyanide (-CN) fut synthétisé. Il suggère fortement la coloration de la Grande tache rouge jovienne ou des petits vortex de Saturne et d'Uranus. Car comme sur Terre, où les
poissons existent bien dans un milieu liquide, il n'est pas besoin de
quelque chose de solide pour porter la vie. La vie peut donc parfaitement
évoluer dans l'atmosphère de Jupiter, mais aussi de Saturne ou d'Uranus.
Il peut s’agir de bactéries telles qu'on en trouve dans notre atmosphère
jusqu'à 16 km d'altitude. Mais les profondeurs de Jupiter cachent de
violents courants verticaux qui menacent leur survie. Pour les
biochimistes, ces bactéries évolueraient vers les 80 km de profondeur
dans l'atmosphère jovienne. Il est aussi possible que ces organismes
baignent dans un milieu où la température soit celle d'une confortable
pièce de séjour, ce qui tendrait à renforcer l'hypothèse selon
laquelle certaines formes de vie rudimentaires existeraient dans l'atmosphère
supérieure du géant jovien. L'hypothèse se trouve confirmée lorsqu'on
apprend que sous l'épaisse ceinture colorée, la température est proche
de 0°C, niveau de liquéfaction de l'eau et qu'elle croît en se
rapprochant du noyau de la planète, tout comme la pression.
Titan,
nuages et pluies organiques Plus
gros que la Lune, Titan cache sa surface sous une épaisse atmosphère
opaque de couleur orange. Lorsque Voyager 2 le survola en 1981, les
informations qu’il recueillit ont permis de conclure que son atmosphère
était 10 fois plus massive que celle de la Terre et contenait
principalement de l'azote, jusqu’à 10% de méthane (CH4),
de l'argon, un peu d’ammoniac mais pratiquement pas d'hydrogène
moléculaire et aucune trace d'oxygène. Mis
à part le manque d'eau, c'est l'atmosphère idéale d'une chimie prébiotique.
Et
de fait, le détail le plus significatif fut la découverte
d'hydrocarbures, d'acide cyanhydrique, plusieurs nitriles - HCN, HC3N
et C2N2
- premiers pas dans l'élaboration de la longue chaîne
des bases nitrées A, G, C, T qui synthétisent les éléments vivants. Nous savons que le méthane est instable dans un milieu oxygéné, il s'oxyde pour former du gaz carbonique. Dans ces conditions, privé d'oxygène, Titan peut paradoxalement abriter la vie. Le phénomène apparaît obligatoire une fois les conditions chimiques et physiques réunies. Mais si l'on trouve des sucres et des acides aminés, ce n'est pas encore la vie. Physiquement Titan reste trop froid, il n'y a pas d'effet de serre, il fait -179°C en surface.
Des relevés radars[9] effectués depuis 1990 ont révélé l’existence de vastes régions présentant un pouvoir réfléchissant très élevé, ne confirmant pas le présumé océan qui semblait exister. Mais grâce aux images infrarouges recueillies par le Télescope Spatial Hubble en 1995, Stanley Dermott et Carl Sagan[10] ont découvert des variations dans l’albédo de surface ou de la topographie dont l’origine la plus probable serait liée à des phénomènes de marées, vraisemblablement provoqués par les mouvements de lacs de méthane ou d’éthane liquides bordant un continent grand comme l’Australie. En 2004 des images infrarouges et polarisées réalisées par la sonde Cassini ont confirmé l'existence de plusieurs types de reliefs. Dans le ciel,
entre 150 et 200 km d'altitude Voyager repéra des nuages et de la pluie de
méthane ainsi que des couches de brume glacées entre 200 et 300 km
d'altitude. Ces
brumes et ces aérosols permettent aux rayons solaires de synthétiser de l’HCN dans un milieu gazeux. Ces composés organiques sont entraînés
dans la circulation atmosphérique. Quelques uns s’accumulent dans les
lacs mais la plupart finissent sur le sol gelé où ils sont irradiés par
le rayonnement ultraviolet solaire. Malgré
le manque d’étendues liquides, cet écosystème est similaire à la
phase prébiotique que connu la Terre il y a plus de 3 milliards d’années.
Des expériences prébiotiques conduites par Carl Sagan[11]
ont permis de simuler l’abondance des éléments observés dans
l’atmosphère de Titan. Ces expériences simulant la pression et la
composition à différents niveau de son atmosphère démontrent que le
rayonnement ultraviolet et le bombardement électronique associé aux
aurores - simulés par des décharges électriques - suffisent à créer
une matière organique orange sombre riche en composés aromatiques
polycycliques et autres hydrocarbures. Cette matière est composée de
“tholines”, c’est-à-dire d’un mélange de gaz N2/CH4
contenant 0.1% de CH4
produits par des électrons magnétosphériques et peut-être des
hydrocarbures dérivés du C2
attaqués par le rayonnement ultraviolet. Cette substance présente le même
spectre optique que celui observé dans les brumes de Titan. Combiné avec
de l’eau ces molécules forment des acides aminés, des nucléotides et
d’autres molécules essentielles à la vie terrestre. Si la vie est
apparue sur Terre en l’espace de 100 millions d’années, 1000 ans
seraient peut être suffisant sur Titan, à partir du moment ou un impact
météoritique formerait de grands lacs d’eau mêlés de glace.
On
peut aussi imaginer que la chimie du carbone peut émerger sans eau.
Celle-ci peut-être remplacée par le méthane ou l'ammoniac, l'azote
remplaçant l'oxygène. Dans ce cas, les macromolécules pourraient se
déshydrater en libérant de l'ammoniac plutôt que de l'eau. Seules les
liaisons amines des acides aminés seraient plus aléatoires. De ces
associations "pseudo-peptidiques" pourraient surgir des
protéines, des pseudos ADN et ARN qui pourraient se développer dans le
méthane ou l'ammoniac. Titan serait ainsi le berceau d'une autre forme de
vie, plus instable certainement, mais tout aussi envisageable. Si de
telles créatures existaient, elles s’écriraient non pas “J’ai
soif, de l’eau”, mais “de l’ammoniac, de l’ammoniac” ! L'atmosphère de Titan est un laboratoire exceptionnel pour les biochimistes qui se sont empressés d'y envoyer la sonde Cassini-Huygens qui atteignit Saturne en 2004. La sonde Huygens fut larguée à 1000 km d'altitude au-dessus de Titan début 2005 et récoltera des données physiques et biochimiques durant les 2h30 heures que durera la descente dans l'atmosphère. Nous reviendrons en détail sur cette mission exceptionnelle, où pour la première fois nous avons découvert le visage de la chimie prébiotique extraterrestre. Toutefois, à l’heure actuelle, il est encore trop tôt pour conclure qu’il existe une chimie prébiotique active sur Titan. Triton,
une surface fraîche de polymères Prochains chapitres Les comètes, boules de "CHON" sales et
Galileo
à la recherche de vie sur Terre
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