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La mission du H.M.S. Beagle consiste à relever la topographie de la Patagonie, du Chili, du Pérou et de quelques îles du Pacifique dont les célèbres Galápagos. Ce voyage durera cinq ans, dont deux années passées en Patagonie et Terre de Feu. Le Beagle explorera également Tahiti, la Nouvelle-Zélande, l’Australie, l’île Maurice, le Cap et le Brésil avant de revenir en Angleterre.
C’est au cours de ce voyage d’exploration exceptionnel que Darwin se
laissa entièrement prendre par sa nouvelle passion : le plaisir d’observer.
C’est à cette occasion qu’il découvrit plusieurs faits troublants : -
Il existe des espèces parentes, animales et végétales dans des régions
isolées des continents; -
Il y a des ressemblances entre les espèces isolées et celles vivants sur
les continents les plus proches; -
Les animaux vivants sur les îles Galápagos et ceux vivants sur
les îles proches n’ont pas le même mode de vie et se nourrissent
différemment; -
Il existe des ressemblances entre les fossiles et certaines espèces
vivants actuellement. Darwin se
demanda quelle théorie pouvait
expliquer la faculté d’adaptation des espèces. Ses observations lui
avaient apporté les preuves que les espèces n’avaient pas été
créées en même temps mais descendaient d’un ancêtre commun. La
diversité qu’il rencontrait “pouvait évidemment
s’expliquer par l’hypothèse d’une modification progressive des espèces
[...]. Mais il se demanda “comment
la sélection pouvait-elle s’appliquer à des organismes vivant dans un
pur état de nature ? Cela resta longtemps pour moi un mystère”[7]. C’est
alors que l’idée germa : “En octobre 1838 [...j’ai lu] pour me distraire l’ouvrage de Malthus[8]
sur la population; comme j’étais bien placé pour apprécier la lutte
omniprésente pour l’existence, du fait de mes nombreuses observations
sur les habitudes des animaux et des plantes, l’idée me vint
tout-à-coup que dans ces circonstances, les variations favorables
auraient tendances à être préservées, et les défavorables à être
détruites. Il en résulterait la formation de nouvelles espèces. J’avais
enfin trouvé une théorie sur laquelle travailler”.
Son travail consista à remplacer les "types" de l'espèce par une "population" d'êtres vivants. Ce changement de concept lui permettra d'expliquer la diversité des individus dans les populations. Arrêtons-nous quelques instants car il existe à ce propos deux points de vue différents. Les ponctuationnistes considèrent que tous les individus sont des espèces qui ont leur propre histoire, apparaissant puis disparaissant, alors que les gradualistes considèrent les espèces avec beaucoup moins d'intérêt, presque par commodité. Comme Malthus et Darwin, il faut voir les populations comme un ensemble d'individus évoluant dans l'espace et dans le temps. On parlera de survie de l'espèce lorsqu'on envisagera la survie globale de tous les individus d'une population. A la limite, s’il y a surpopulation il y a danger pour la survie de l’espèce. Quant à savoir si l'évolution se fait au niveau de l'espèce, la réponse est non. Il semble que la sélection se fasse au niveau individuel.
Darwin
croyait aux lois de Mendel mais plus encore à l'adaptation à
l'environnement. "C'est la sélection
intentionnelle et occasionnelle dit-il, qui est le principal agent dans la
création des espèces domestiques". Plus généralement,
c'est la sélection naturelle qui explique le polymorphisme au sein et
entre les espèces. Cette faculté naturelle a permis d'éliminer
certaines lignées et en renforça d'autres. Cette sélection est la
conséquence d'une lutte pour l'existence, ce que Darwin appela "la
persistance du plus apte" en 1859. Il ne se trompait pas. Mais
qu'en est-il de l'évolution, comment apparaissent et disparaissent les
espèces ? Darwin considère que pour survivre chaque espèce doit lutter
pour son existence. Le monde vivant est à l’image de coins enfoncés
dans le sol; si tous les espaces sont occupés mais que vous désirez
malgré tout en insérer un de plus, vous devez en déloger un autre. Pour
Darwin les espèces se multiplient ainsi et le cas échéant ellent
créent de nouvelles variétés ou de véritables espèces. Chaque
variété et chaque nouvelle espèce occupe une niche écologique
spécifique qu'elle essayera de consolider. Et une nouvelle lutte pour
l'existence apparaît dans laquelle les plus aptes survivent. C'est la
sélection naturelle qui trie et féconde l'oeuvre de la nature.
Aujourd’hui
encore, dans des clubs fermés des hauts-lieux d’érudition, cette
conception est tabou. Chez les Créationnistes par exemple, seuls les
orateurs discourant sur la singularité de notre espèce, sa préséance
sur toute autre forme de vie, sa prédestination ont voix de citer. Leurs
ouvrages couvrent nos bibliothèques de propos subjectifs, prétentieux et
anthropocentriques préservant leur intime conviction d’être une
espèce exceptionnelle, élue de Dieu. Malheureusement pour ces gens
sectaires, l’homme n’est pas l’espèce dominante de la Terre,
peut-être même pas l’espèce la plus évoluée sur le plan global de
son adaptation et malgré le bras protecteur de son Dieu, il peut encore
être rayé du monde sans que cela n’émeuve les autres formes de vie...
Elles ont vécu sans lui et vivront encore bien après lui. Prochain chapitre Les
notions de hasard et de mutation
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