Hommage aux Voyager et autres sondes spatiales

L'Aventure continue (II)

Le 1 août 2002, Voyager 1 quitta la région interplanétaire où soufflait un vent solaire subsonique. Il se trouvait à une distance d'environ 85 UA (héliolatitude d'environ 34° N). Il venait de franchir l'onde de choc terminale de la magnétosphère. 

Début janvier 2003 il pénétra à nouveau dans un flux de vent solaire supersonique à une distance d'environ 87 UA du Soleil. La composition ionique de ce milieu changea et fut remplacée par un flot intense de particules neutres interstellaires (de plusieurs dizaines de MeV) générant un important flux de rayons cosmiques. Voyager 1 venait de sortir du système solaire.

Entourant la sonde Pioneer 10 toute neuve, un dessin de Pioneer 11 aujourd'hui et... dans un lointain futur. Documents NASA et Adolph Schaller.

Vers 2020 lorsque Voyager 2 sera à environ 130 UA du Soleil, la sonde spatiale enverra ses dernières observations sur le milieu interplanétaire. Il se peut alors que l'on découvre l'étoile Némésis qui semble perturber les trajectoires des planètes géantes. 

Voyager 2 comme Pioneer 11 avant elle rencontrera ensuite la fameuse onde de choc de l’héliopause. Ce passage sera marqué par d’importants signaux radioélectriques permettant aux physiciens de recueillir de très intéressantes informations sur cette région lointaine inexplorée. Au-delà de 150 UA du Soleil, les sondes pénétreront réellement dans le grand vide silencieux de l’espace interstellaire.

Les émissions radio héliosphériques

capturées entre 1982 et 2003

Variation de la fréquence d'émission

du plasma en fonction de la distance

A gauche les émissions radio héliosphériques enregistrées par la sonde spatiale Voyager 1 à 2-3 kHz produites lors de l'interaction de l'onde de choc interplanétaire avec l'héliopause, cette dernière représentant la limite entre le vent solaire et le plasma interstellaire. On reconnaît les deux sursauts produits lors du maximum d'intensité des cycles solaires de 11 ans. Cliquer sur l'image pour l'agrandir et cliquer ici pour écouter le son (.wav de 353 KB). A droite variation de la fréquence d'émission du plasma interplanétaire en fonction de la distance (UA).

Le bruit de la magnétosphère de Jupiter

 Ci-dessus deux enregistrements audio réalisés par le détecteur de plasma des sondes Voyager 1 et 2. A gauche Voyager 1 traversant le front de choc de Jupiter (.wav de 1.2 MB). A droite Voyager 2 traversant la magnétosphère externe de Jupiter (.wav de 900 KB). Vous trouverez des explications détaillées sur le site américain de l'Université d'Iowa ainsi que d'autres fichiers audio sur cette page.

Beaucoup plus tard, dans 20000 ans à 1 année-lumière de la Terre, les sondes Pioneer et Voyager atteindront le Nuage de Oort, berceau des noyaux cométaires, qu'elles traverseront espérons-le sans encombre. Pioneer 10 croisera ensuite l'étoile de Barnard à 3.8 années-lumière. Ce n’est que dans 2 millions d’années, en parcourant 2.5 UA par an, que Pioneer 10 passera dans la banlieue de l'étoile géante rouge Aldébaran dans la constellation du Taureau et deux millions d'années plus tard elle passera au large d'Altaïr, une belle étoile blanche située à environ 16 années-lumière dans la constellation de l’Aigle. 

Avec un peu de chance, dans 40000 ans Voyager 1 atteindra l'étoile AC+79.3888 située à environ 17 années-lumière dans la constellation de la Girafe tandis que Voyager 2 croisera l'étoile naine Ross 248 d'Andromède (HH And) de magnitude 11 située à 10.3 années-lumière de la Terre.

Une leçon de modestie

Ces distances, bien qu'astronomiques, sont dérisoires comparées aux dimensions de notre Galaxie dont le diamètre se chiffre à environ 200000 années-lumière. 10 années-lumière, 16 années-lumière... nous ne sommes encore nul part dans cet océan cosmique, pas même en vue des premières exoplanètes. Il n'y a pas un îlot de vie à perte de vue ou de senseur. Cela nous force à reconsidérer avec humilité notre position dans l'univers et reconnaître l'insignifiance de notre existence dans ce concert démesuré des choses qui nous entourent. 

Herb Lassen

Herb Lassen, ingénieur de la société TRW est le concepteur de Pioneer 10. Il peut poser fièrement devant son chef d'oeuvre. Cliquer sur l'image pour écouter son commentaire (fichier MP3 de 600 KB). Documents TRW/Northrop Grumman.

Seule consolation, ces sondes spatiales témoigneront durant des millions et peut-être des milliards d'années de notre existence quelque part là-bas dans l'univers et de notre science capable de communiquer à travers le gouffre de l'espace et du temps. Poussières d’étoiles, épuisées, déviées de leur trajectoire, si elles n'entrent pas en collision avec un astéroïde égaré et ne sont pas happées par l'attraction d'une étoile, ces sondes continueront à s'enfoncer dans la Voie Lactée à 27 km/s, subissant une lente dégradation par le rayonnement cosmique et les poussières.

La plupart des sondes spatiales envoyées vers les planètes géantes existeront probablement encore lorsque nos descendants feront le premier pas vers les étoiles. Mais elles seront hors d'atteinte, inaudibles et invisibles. 

Uniques objets construits de la main des hommes destinés au long-court galactique, pendant des éons nos vaisseaux voyageront comme les premiers aventuriers, sur de frêles embarcations perdues dans une mer infinie. Dérivants, égarées dans les cirrus interstellaires, notre seule récompense sera d'avoir lancé dans ce vaste océan cosmique les seules oeuvres d’art du génie humain dignes d'un voyage sans fin en quête de connaissances.

A l'image des courageux pionniers des temps jadis, j'aime imaginer nos sondes spatiales comme des aventuriers aux cheveux longs fait de métal, la peau dorée burinée par le Soleil, le chapeau formé par la parabole porté bas sur le front pour éviter la lumière et les poussières, gardant dans leur mémoire de silicium le souvenir des hommes qui leur insuflèrent la vie durant quelques instants. Dans leurs yeux bleus électroniques se reflètent le Soleil, cette étoile-phare qui un jour leur servit de repère afin qu'elles ne s'égarent pas dans l'océan cosmique.

J'aimerais vous crier "Emmenez-moi vers les soleils lointains et les rivages galactiques" mais nous savons que c'est impossible. Envolez-vous ! Adieu chers aventuriers et merci. Sans regret et sans espoir de retour, vous avez réalisé un travail extaordinaire dans un esprit désintéressé, au service d'une civilisation de l'Universel. Voyagez maintenant, l’esprit libre de tout devoir, votre mission est accomplie. Dans nos coeurs, votre souvenir demeurera, impérissable. Fin de transmission.

Pour plus d'information

L'anomalie de Pioneer (sur ce site)

Les communications spatiales avec Mars (sur ce site)

Messages aux extraterrestres (sur ce site)

Planetary Society (Pioneer Anomaly)

Silver Anniversary Pioneer 10

NASA Voyager Probe

Voyager Project Information

Voyager's greetings to the universe

The spacecraft that will not die, Mark Wolverton

Flyby: The Interplanetary Odyssey of Voyager 2, Joel Davis, Atheneum, 1987

The Depths of Space: The Story of the Pioneer Planetary Probes, Mark Wolverton, Joseph Henry Press, 2004

Nature

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