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Messages aux extraterrestres

Quand une image vaut mille mots

Avant même de savoir s'il existait une vie intelligente extraterrestre, les astronomes se sont permis d'envoyer leurs premiers messages codés. Ecrits dans la langue de notre temps, illustrés d'images commentées en anglais et parfois constitué de messages écrits par le public dans sa langue natale, ils peuvent sembler en contradiction avec les principes d'universalité du projet SETI. Le problème est qu'il faut choisir un support conceptuel. Parler javanais luxuriant, le langage binaire ou anglais, celui qui peut sonder l'espace peut traduire cette pierre de Rosette.

Voici les différents messages que les scientifiques ont élaboré et destinés à d'éventuels extraterrestres ou plus poétiquement rendant hommage à l'humanité qui a su s'affranchir de son isolement terrestre et est aujourd'hui au seuil de l'exploration de ce grand océan cosmique.

La plaque d'Apollo, 1969

Le premier message écrit de l'humanité a été embarqué à bord d'un vaisseau spatial. Il s'agit de la plaque commémorative en aluminium déposée sur la Lune par les équipages d'Apollo et notamment Apollo XI le 21 juillet 1969. Fixée derrière les échelons du module lunaire (LEM) elle contient une représentation de la Terre et un message de paix du Président Nixon.

Pioneer et le dessin de Carl Sagan, 1972

Une autre tentative consista à placer à bord de la sonde spatiale Pioneer X, lancée en avril 1972, une carte postale aux extraterrestres. Sur une jaquette métallique on a représenté un couple nu, sans marquer de type racial précis, symbolisant l'humanité, ainsi qu'une représentation de l'atome d'hydrogène, le système solaire avec la place de la Terre, la trajectoire de la sonde, ses dimensions par rapport à notre stature, ainsi que le rythme d'émission des 14 principaux pulsars qui permettront peut-être à nos contacts de situer avec précision son émetteur dans le temps et l'espace. Le dessin fut élaboré par Carl Sagan et Frank Drake et dessiné par Linda Sagan.

Messages de paix

Au-dessus à gauche le message abandonné sur la Lune par l'équipe d'Apollo XI. A droite le message des Sagan placé à bord de la sonde Pioneer X. En dessous la jaquette dorée et le disque multimédia placés à bord des sondes spatiales Voyager 1 et Voyager 2. Documents NASA.

En 1986, Pioneer X devint le premier vaisseau que l'homme ait construit à quitter le système solaire, affranchi de l'attraction du Soleil. Il fut suivi de près par Pioneer XI sur lequel était fixé la même plaque. Un super cargo sidéral les croisera peut-être dans quelques millions d'années... La sonde Viking Lander contient aussi, gravé sur une petite plaque le nom de son constructeur.

Le message d'Arecibo, 1974

La première émission radioélectrique visant ouvertement une civilisation extraterrestre fut effectuée le 16 novembre 1974 avec l'antenne fixe de 300 m de diamètre de l'observatoire radioastronomique d'Arecibo installée à Puerto Rico. Le message binaire mis au point par Frank Drake et son équipe fut envoyé vers l'amas globulaire Messier 13 en 169 secondes. Il fut émis avec une puissance de 450 kW à 12.6 cm de longueur d’onde (2380 MHz) dans une bande passante de 10 Hz similaire à celle utilisée par les modems analogiques. Le message est brièvement décrit dans l'ouvrage "Cosmos" de Carl Sagan et détaillé en anglais sur ce site.

M13 contient uniquement des étoiles âgées, autour desquelles peut-être nous trouverons aussi des civilisations avancées. Situé dans la constellation d'Hercule, il contient 1 million d'étoiles dont certaines ne sont séparées que de 0.5 a.l. l'une de l'autre. Notre chance y est donc plus élevée que notre message soit capté par l'un ou l'autre soleil. Mais cet amas se situe à environ 25000 a.l., ce qui signifie que si nous recevons une réponse, nous ne devons pas l'attendre avant 50000 ans : cinq fois le temps que pris l'évolution de l'homme depuis notre ancêtre de Cro-Magnon ! Ce jour là peut-être, les professionnels se rappelleront notre tentative primitive. Mais il se peut aussi que ces civilisations nous aient rendu visite. Dans 50000 ans les vaisseaux relativistes sillonneront peut-être le ciel et leurs ambassadeurs arriveront peut-être juste à temps pour répondre à notre message... Que ne s'est-il pas passé en 50000 ans, depuis l'homme de Cro-Magnon... Pour lui aussi nous serions des Martiens !

Le radiotélescope d'Arecibo qui permit de transmettre le "message d'Arecibo" et son premier objectif : l'amas globulaire M13. Documents NROA et R.Gralak.

Le vidéodisque des sondes spatiales Voyager, 1977

D'autres bouteilles ont été jetées dans l'océan cosmique, telles les tentatives effectuées avec les sondes Voyager 1 et 2 lancées à destination de Jupiter, Saturne et au-delà en 1977. Il s'agit en fait d'une véritable encyclopédie multilingue à l'usage des extraterrestres : 110 images et 1h30 d'enregistrements analogiques traduisant des sons et de la musique de notre temps, la jaquette dorée constituant elle-même un message codé.

En 2005, les deux sondes spatiales étaient toujours opérationnelles et le réseau DSN parvenait encore à capter leur faible signal. En 2015, les deux sondes spatiales étaient respectivement à plus de 130 et 107 UA, soit plus de deux fois la distance du Soleil à Pluton, et continuent de traverser l'espace à plus de 17 km/s soit 61200 km/h, parcourant environ 3.3 UA par an. On y reviendra dans l'article rendant hommage aux sondes spatiales.

A voir : La mission des Voyager 1 et 2 - En route vers l'infini

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La sonde spatiale Voyager portant fièrement son vidéodisque doré porteur des messages de l'humanité. Documents NASA/JPL.

Le projet "Cosmic Call" de Dutil et Dumas, 1999

En 1999, deux physiciens canadiens, Yvan Dutil et Stéphane Dumas ont élaboré un nouveau message qu'ils ont intégré dans le projet "Cosmic Call".

La première partie du message contenait des informations générales sur la Terre et sur l'humanité (message de Braastad), la deuxième partie comportait le message d'Arecibo de 1974, tandis que la troisième partie reprenait les noms de toutes les personnes ayant participé au projet, chacune pouvant envoyé des dessins, des photos et même des signatures biologiques (cheveux, etc).

Extrait du message "Cosmic Call" de Yvan Dutil et Stéphane Dumas dont voici la version PDF (372 KB). Cliquer sur l'image pour agrandir la première page. Documents Dutil/Dumas/Evpatoria.

L'intégralité du message fut transmis à trois reprises, le 24 mai, le 31 juin et le 1er juillet 1999 à partir de l'antenne de 70 m de diamètre de l'Evpatoria Deep Space Center situé en Ukraine avec une puissance de 148 puis de 152 kW. Il fut émis à destination de quatre étoiles similaires au Soleil : HD 186408, HD 178428, HD 190406 et HD 190360 situées dans des directions où la poussière interstellaire altèrera peu le message au cours de sa propagation. Un nouveau message fut envoyé le 14 février 2003 dans le cadre du projet "Team Encounter".

Cosmic Connexion, 2006

Le 30 septembre 2006, en collaboration avec Jean-Jacques Beineix, réalisateur et producteur de Cargo films, le Centre National d’Etudes Spatiales (CNES) diffusa simultanément sur les ondes de la chaîne TV ARTE et dans un radiotélescope installé à Aussaguel (Toulouse) une émission télévisée intitulée "Cosmic Connexion".

La présentatrice de l'émission "Cosmic Connexion" diffusée le 30 septembre 2006 sur ARTE. L'émission était destinée au système d'Errai. Doc Cargo Films.

D'une durée de 2h50, le message télévisé présenté à 20h40, une heure de grande écoute, fut envoyé en temps réel à destination de l'étoile Errai, γ Cephei. Il s'agit d'une étoile de magnitude 3.2 située à 45 années-lumière dans la constellation de Céphée, au sud-est de la Grande Ourse (A.D.: 23h 39m 20.8s; Décl.: +77° 37' 56.2''). C'est une étoile sous-géante orange de classe spectrale K2 V, d'une masse relative de 1.4 M et d'un rayon de 6.2 R âgée de 6.6 milliards d'années. Sa température effective est de 4800 K.

Gamma Céphée est entourée par une exoplanète, γ Cephei b dont l'existence fut annoncée dès octobre 2002 et confirmée en 2003 par les astronomes de l'Observatoire McDonald de l'Université du Texas. L'exoplanète présente une masse de 1.6 fois celle de Jupiter et gravite à 2.0 UA de l'étoile. Sa période est de 903 jours.

Errai a été choisie car suite au mouvement de précession des équinoxes (et le lent déplacement du Point vernal), la projection de l'axe du pôle Nord suit approximativement un cercle sur la voûte céleste, donnant le rôle d'étoile Polaire à différentes étoiles au cours d'un cycle de 25800 ans. Ainsi, il y a 2300 ans, c'était une étoile du Dragon qui servait d'étoile Polaire. Aujourd'hui c'est Polaris et dans 25 siècles, en l'an 4500, ce sera Errai. Aldéramin, α Cephei, sera notre étoile Polaire en l'an 7500 et Véga, α Lyrae vers l'an 12000.

Le message transmit au cours de l'émission "Cosmic Connexion" n'avait rien d'un formulaire mathématique ou d'un simple catalogue d'images destinés à d'éventuels extraterrestres. Exploitant toute la puissance du support audio-visuel (image, film, son, animations, dessin animés, etc), un couple de présentateurs nus présentés en clair-obscur et symbolisant le dessin élaboré par Carl Sagan et Frank Drake décrivait de manière simple et très illustrée ce qui nous caractérisait en tant qu'être humain et civilisation technologique, bref en quoi nous étions originaux.

Les auteurs sont partis de l'idée que même si les mathématiques sont un excellent support universel pour véhiculer une information entre intelligences technologiques, les images ou les films présentent un contenu informatif encore supérieur et d'autant plus s'ils touchent aux sentiments les plus profonds.

Bien sûr ce qui nous sensibilise pourrait ne pas émouvoir des extraterrestres. Mais à défaut de le savoir, les auteurs ont considéré a priori que quel que soit le type de société évoluée, les adultes ne restent jamais indifférents face à leurs émotions. Ainsi, ils ont tenu le pari qu'en voyant par exemple un bébé nouveau-né regarder le monde ou s'endormant sur la poitrine de sa mère, nos éventuels contacts extraterrestres devraient éprouver certains sentiments bienveillants à notre égard.

Illustrée sous formes de cartes postales et de nombreuses images statiques, l'émission visait à convaincre nos éventuels contacts que nous valions la peine d'être connus.

A gauche, Tysor R. Chan, directeur d'une société privée proposa en mai 1999 de réémettre le message d'Arecibo de 1974 en le complétant de 23 pages d'informations scientifiques. Ce fut le projet "Cosmic Call" de Dutil et Dumas. A droite, l'étoile Errai (γ Ceph) et son exoplanète Gamma Cephei B. Document T.Lombry.

Objectivement on peut dire que l'émission télévisée atteingnit son objectif dans tous les sens du terme. Non seulement le message atteindra Errai en 2051, mais certaines séquences furent émouvantes quand ils abordèrent la question de l'amour ou de la possibilité d'une rencontre extraterrestre.

Le message contenait également des dizaines de commentaires envoyés par les internautes francophones au CNES et les points de vue de quelques exobiologistes parmi lesquels André Brack en France et Jill Tarter de l'Institut SETI américain. J'avais également été contacté du fait de l'important dossier consacré à la bioastronomie publié sur ce site. Les articles consacrés à SETI notamment (polymorphisme, etc) ont inspiré certaines séquences de l'émission dont je possède encore le synopsis.

Un livre et un DVD (1h) ont également été proposés suite à l'émission. Notons pour l'anecdote que le titre original du livre était "COSMIC...à la recherche de mondes habités". Il est devenu "COSMIC : En attendant les extraterrestres", sans doute plus approprié et à l'impact "marketing" évident.

L'émission fut rediffusée le 28 octobre 2007 sur la chaîne ARTE, mais cette fois sans l'émission du message SETI dans l'espace.

Le DVD "Vision of Mars" de Phoenix, 2008

Le 25 mai 2008, la sonde Phoenix lander s'est posée avec succès près du pôle Sud de Mars et commença sa mission consistant à rechercher des traces d'eau et des éléments prébiotiques voire organiques dans le sol.

Perdu parmi les instruments de bord se trouve un mini-DVD très particulier qui attendra sans doute très longtemps avant d'être lu. Ce mini-DVD a été fabriqué en verre et est prévu pour survivre des centaines si pas des milliers d'années dans l'environnement martien, jusqu'au jour où sa véritable mission commencera : transmettre ses informations au visiteur qui le trouvera. En effet, ce disque imaginé par la Planetary Society contient un message adressé par l'Humanité aux générations futures qui viendront fouler le sol martien d'içi un siècle ou davantage.

Le mini-DVD "Vision of Mars" proposé par la Planetary Society et fixé sur la sonde Phoenix qui se posa sur Mars en 2008. Documents NASA/JPL/U.Arizona et The Planetary Society.

Ce mini-DVD que l'on voit ci-dessus contient les noms de 250000 personnes qui ont accepté de participer à ce projet. Il contient également Visions of Mars, des messages adressés aux futurs explorateurs de Mars, des récits et des illustrations de science-fictions inspirées par la planète Rouge. Il contient enfin les messages de personnalités visionnaires telles que Carl Sagan, Arthur Clarke, Louis Friedman - directeur exécutif de la Planetary Society ou encore de Peter Smith, responsable de la mission de la sonde Phoenix auprès de la NASA qui proposa le message "a greeting to the future".

Une simple réponse à un message élémentaire, 2016

En 2015, l'association "A Simple Reponse" proposa d'envoyer un message radio vers l'étoile polaire (α Polaris) au moyen de l'antenne parabolique de 35 m de diamètre du réseau Deep Space de l'ESA installée près de Ceberos en Espagne. Le 11 octobre 2016 une émission interstellaire comprenant 3775 messages personnels fut envoyée en 14 minutes vers l'étoile Polaire située à 433.8 années-lumière.

Le projet fut proposé à l'iniative de scientifiques du UK Astronomy Technology Centre de l'Observatoire Royal d'Edimbourg, de l'ESA et de l'Université d'Edimbourgh en collaboration avec des chercheurs de l'Université John Hopkins et de l'ESO.

"A Simple Response" est un projet purement poétique. L'étoile polaire fut choisie pour la symbolique qu'elle représente en étant au centre des mouvements apparents de la voûte céleste pour nous autres Terriens. De plus nous savons qu'il s'agit d'un système multiple comprenant au moins 3 étoiles (il en existe deux supplémentaires mais leur lien physique n'est pas confirmé) : α Polaris qui est une céphéide supergéante jaune de classe spectrale F7 de 4.5 M et 46 R (7000 K) autour de laquelle gravite deux étoiles blanches (α UMi B, F3 de 1.39 M située à 2400 UA et α UMi Ab, F6,  1.26 M à 18.8 UA) mais apparemment le système est dépourvu d'exoplanètes (à moins que les éventuels extraterrestres aient construit une station orbitale voire une sphère de Dyson que nous n'ayons pas détectée).

A gauche, l'étoile polaire photographiée en 2011 par Fred Espenak avec un astrographe Takahashi Epsilon Hyperbolique de 180 mm f/3.1 fixé sur une monture Astro-Physics 1200GTO et équipé d'un APN Canon EOS 550D muni d'un filtre bloquant Baader UV/IR. Temps d'intégration total de 6 minutes à f/2.8, 800 ISO. Le champ couvre environ 2°x2.5° soit autant que 24 pleine Lune. A droite, l'antenne DSA-2 de 35 m de diamètre de l'ESOC installée près de Ceberos en Espagne qui émit le 11 octobre 2016 le message "A Simple Reponse" en 14 minutes vers l'étoile Polaire située à ~433 années-lumière.

Les promoteurs du projet ont demandé aux participants de répondre à une simple question. Le sujet était le suivant : "Aujourd'hui, nous nous trouvons dans une époque théorisée comme étant ‘La Décennie cruciale’, un point décisif de l'histoire de nos civilisations au cours duquel les décisions écologiques prises peuvent intrinsèquement confronter les générations futures à de nombreuses épreuves. Les décisions globales conclues au cours de la Conférence des Nations Unies sur les changements climatiques de 2015 à Paris, ainsi que celles prises dans nos foyers pèseront collectivement et de manière égale dans le façonnement de cette flèche du temps pour tous les habitants de la Terre, indépendamment de leur espèce, de leur situation géographique ou de leur adaptabilité. Alors, comment pensez-vous que nous allons, en tant qu'espèce, façonner cet avenir ?

Une Réponse Simple invite des personnes venant de n’importe où sur la planète à réfléchir et à partager librement leur propre point de vue sur la question posée : Comment les interactions environnementales que nous avons à présent vont-elles façonner l'avenir ?".

3775 réponses ont été compilées sous la forme d'un message en format texte plat adressé aux éventuels extratrerrestres résidants dans les faubourgs de l'étoile Polaire, une capsule temporelle écrite par des Terriens vivant au début du XXIe siècle. S'il y a une réponse, nos descendants la recevront vers l'an 2884...

Selon le psychologue Douglas Vakoch, président de l'organisation METI International consacrée à la détection d'une intelligence extraterrestre, le défi de ce projet consistait à déterminer ce que nous et notre interlocuteur avons en commun. Puisqu'il ne s'agit pas de la langue, comme pour les autres messages envoyés par les ondes, cela suppose que ces éventuels extraterrestres peuvent communiquer au moyen des ondes radios. Mais s'il s'agit d'une civilisation très avancée sur la nôtre, il est probable qu'ils utilisent des moyens plus sophistiqués comme les ondes gravitationnelles de très hautes fréquences (HFGW) bien plus efficaces. On y reviendra dans l'article consacré à l'avenir des télécommunications.

Certains diront que fonder notre recherche uniquement sur base des formes de vie et des moyens existants sur Terre réduisent fortement l'éventail des possibles et nos chances d'établir un contact. Mais étant donné que nous ignorons tout de la culture de notre éventuel interlocuteur, il faut bien commencer quelque part. De plus, ce projet réaffirme notre filiation cosmique, un concept auquel seront peut-être sensibles nos interlocuteurs du cosmos.

Sonar appelle GJ 273b, 2017

Le 16 novembre 2017, date anniversaire de l'envoi du fameux message SETI d'Arecibo vers M13 (il y a 43 ans), le METI (Messaging Extraterrestrial Intelligence) et ses partenaires dont l'Institut d'Etudes Spatiales de Catalogne et le festival Sónar (musique et technologies) de Barcelone qui fut à l'initiative du projet, ont annoncé avoir émis un message en direction de l'étoile de Luyten, alias GJ 273 b, une étoile naine rouge située à 12.36 années-lumière dans la constellation du Petit Chien (Canis Minor) qui abrite deux exoplanète dont une trois fois plus massive que la Terre située dans la zone habitable.

Illustration de l'exoplanète GJ 273b. Document Danielle Futselaar/METI.

Douglas Vakoch, directeur du METI a expliqué que trois messages binaires forme le "Sónar Calling GJ 273b" comme fut appelé ce projet. Ils furent émis sur deux fréquences, 929.0 MHz et 930.2 MHz les 16, 17 et 18 octobre 2017 grâce à l'antenne de 32 m de diamètre de l'Eiscat (European Incoherent Scatter Scientific Association) installée au Svalbard, près de Tromsø, en Norvège, qui pour l'occasion fut transformée en instrument de musique. En effet, le signal contient des mélodies de base transmises sous forme d'impulsions sur deux fréquences radio tout en conservant le même type d'intervalles que nous aurions entre des notes musicales.

Les scientifiques ont également construit un système de correction d'erreur afin de s'assurer que le message fut envoyé de manière fiable malgré les pertes inévitables ou l'insertion d'un bit par ci par là lorsque les signaux traverseront l'espace interstellaire.

Il fallut 8 heures pour émettre les trois messages. Le message fut conçu de telle manière que nos éventuels contacts sur GJ 273b aient l'occasion de confirmer la véracité du signal en transmettant le même message en plusieurs jours. Si nous faisons le calcul, 2017.9+12.4, les messages devraient arriver à destination en 2030. Et s'il y a une réponse, nous le saurons au plus tôt fin 2042.

Deux autres transmissions vers le même astre sont prévues en avril 2018. Il est possible qu'à cette occasion METI puisse disposer de 5 ou 6 fréquences supplémentaires sur l'émetteur de l'Eiscat, ce qui permettra d'émettre les signaux d'une manière analogue à celles des notes de musique. C'est une technique similaire qui fut utilisée dans le film "Rencontre du 3e type" de Steven Speilberg (1977) lorsque les scientifiques communiquèrent avec les extraterrestres au moyen d'un panneau coloré dont les couleurs étaient associées à des notes de musique. Ainsi, sans même se comprendre, il est possible d'établir une base de langage commune et de transmettre des informations.

La forme des messages envoyés vers GJ 273b s'est inspirée du fameux langage "LINCOS" inventé par le mathématicien allemand Hans Freudenthal en 1960. Plutôt que d'assumer que les éventuels extraterrestres ont la capacité de voir, comme le message d'Arecibo l'assuma en envoyant une image, le didactitiel de METI fut conçu pour des êtres intelligents qui n'ont peut être pas la faculté de voir mais sont capables d'appréhender le monde à travers d'autres sens.

Les messages comprennent des salutations, des didacticiels mathématiques et 33 compositions musicales signées entre autres par Autechre, Jean-Miche Jarre, Matmos, Kode9 et Laurent Garnier.

Comme ce fut le cas de LINCOS, la forme du message est liée au contenu du message. Le didacticiel mathématique et scientifique inclut des fonctionnalités innovantes comme une "horloge cosmique" qui permet aux éventuels extraterrestres de confirmer que leur compréhension du temps décrit dans le message scientifique correspond au temps qu'ils mettent pour capter le message. De même, les scientifiques ont décrit la notion de fréquence radio en envoyant des informations sur plusieurs fréquences différentes, puis ont décrit ces signaux en termes mathématiques. Une description des messages a été publiée sur le blog de la revue "Scientific American".

Néanmoins, comme le physicien Stephen Hawking se pose des questions sur les intentions d'éventuels extraterrestres, l'astrobiologiste Dan Werthimer de l'Institut SETI a mis en garde les scientifiques sur les risques d'une telle émission vers de potentielles civilisations extraterrestres. Dans un article publié dans la revue "New Scientist" il déclara : "C'est comme crier dans une forêt avant de savoir s'il y a des tigres, des lions, des ours ou d'autres animaux dangereux [...] 98 % des astronomes et des chercheurs de l'Institut SETI pensent que le METI est potentiellement dangereux et pas une bonne idée". Mais prétendre que 98 % des astronomes et SETistes sont contre ce type d'émission est faux comme l'explique l'analyse publiée sur le site NASA Watch.

A voir : Sónar Calling GJ273b, 2017

Interview de Douglas Vakoch

Keo, la capsule temporelle : lancement retardé

Enfin, dans la catégorie des "capsules temporelles", autrement dit des messages écrits par nos semblables à destination des générations futures, en 2001 des ingénieurs américains ont élaboré un petit satellite Keo contenant les messages de milliers d'internautes. La sphère mesure 80 cm de diamètre. Au total, Keo mesure environ 10 m avec les ailes déployées et pèse environ 100 kg. Son lancement a été retardé de plusieurs années. Aux dernières nouvelles, Keo devait être lancé en 2015 puis il fut reporté fin 2017 et aujourd'hui les responsables ne proposent même plus de date et n'informent même plus le public via leur site Internet.

Pour qu'il se réalise, le projet ne compte que sur un ticket gratuit pour l'espace comme charge secondaire à bord d'une fusée Ariane par exemple mais à condition que l'orbite soit compatible avec celle prévue pour satelliser Keo, c'est-à-dire sur une orbite circulaire d'une inclinaison inférieure à 57° et à 1800 km d'altitude (cf. les données techniques). Au prix du kilo embarqué (en 2015, il fallait compter entre environ 4300$/kg en Russie et 10500$/kg pour la NASA et trois fois plus cher pour un touriste), cela représente un investissement d'au moins 430000$ qu'on imagine mal offerts par une agence spatiale dont le but est avant tout la rentabilité et certainement pas la philanthropie. Mais on peut rêver, ce qui explique ce retard.

Le satellite Keo qui devrait être lancé un jour et retomber dans 50000 ans avec les messages des internautes.

Si un jour il s'envole, Keo devrait retomber sur Terre dans 50000 ans. Tant que le décollage n'est pas planifié, chacun peut encore ajouter un message de 6000 mots (~4 pages) qui sera anonymisé avant d'être placé à bord du satellite. C'est dommage de les avoir anonymisés car rétrospectivement pour un historien il s'avère toujours intéressant de connaître l'identité des personnes.

En guise de conclusion

Si vous n'avez pas eu la chance d'envoyer un message dans l'espace, ne désespérez pas car d'autres opportunités se présenteront dans les années à venir. Suivez l'actualité sur le web ou les magazines d'astronomie vendus en kiosque, sachant qu'Internet demeure malgré tout la source d'information la plus rapide et notamment l'actualité publiée sur les réseaux sociaux.

Ces messages émis en quelques minutes vont se propager dans la Voie Lactée en quelques milliers d'années voire même hors de la Galaxie s'ils ne sont pas arrêtés ou absorbés sur leur parcours. Bien que dérisoires, ils sont très importants sur le plan symbolique et philosophique.

Mais sachant le gouffre à la fois spatial et temporel qui nous sépare d'éventuelles civilisations extraterrestres, on peut se demander s'il faut vraiment chercher à communiquer si aucun référentiel n'existe entre nos civilisation ? 80 % des gens estiment qu'il faut rechercher le contact. En effet, comme la plupart des créatures, nous cherchons d'instinct le contact et à vivre en communauté. Savoir que nous ne sommes pas seuls peut donc s'avérer essentiel pour notre survie.

En marge du débat théorique de savoir si les extraterrestres seraient ou non bienveillants à notre égard, nos éventuels interlocuteurs ne recevront le signal qu'en 2051 pour le projet "Cosmic Connexion", en 2450 pour le projet "A Simple Reponse" voire dans 50000 ans pour celui d'Arecibo. Mais les civilisations les plus proches sauront déjà depuis quelques temps que nous existons puisque nos émetteurs radios (puis TV) transmettent des émissions depuis près d'un siècle et notamment "La Guerre des Mondes" en 1938 où l'image que nous donnons des extraterrestres n'est pas très flatteuse. Comme présentation et signe de bonne volonté, ce n'est pas notre meilleur exemple ! Bref, si vous voulons rester à l'abri et isolé dans notre coin de la Galaxie, il est trop tard. Et tant pis pour Stephen Hawking qui craint les extraterrestres mais supporte la recherche SETI comme il l'a encore rappelé par sa présence lors de la conférence de l'organisation "Breakthrough Initiatives" qui s'est tenue à Londres le 20 juillet 2015.

Mais il faut rappeler que les chances qu'il existe deux civilisations simultanément à un instant précis du temps cosmique sont faibles. Si nous représentons l'histoire de la Terre (4.6x109 années) par 1 année, nous sommes le 31 décembre. La vie existe depuis le 27 mars. Durant cette année, l'époque à laquelle nous avons envoyé nos premières émissions dans l'espace se situe à la dernière seconde ! La recherche d'une civilisation techniquement avancée introduit un facteur relativement faible dans les équations.

Du reste, aucune étude de probabilité n'existe et nos calculs se basent uniquement sur des estimations. L'avantage de cette méthode est de permettre aux scientifiques de déterminer eux-mêmes s'ils ont une chance de réussir un programme d'une telle envergure.

Il est peut-être ridicule de parler du programme SETI en termes de "petits hommes verts" (ou gris). Car SETI essaye de répondre à une question fondamentale, " il nous force à nous examiner comme une espèce intelligente" comme aime le dire Woodruff Sullivan de l'Université de Washington, "SETI nous apprendra autant sur nous-mêmes que sur Eux." Il converge ainsi vers l'idée exprimée par Carl Sagan considérant cette quête comme avant tout symbolique.

Concluons sereinement avec Papagianis[1] : "Si nous trouvons d’autres civilisations avancées dans notre Galaxie, il pourrait s’agir de la plus grande découverte de tous les temps. Mais même si après avoir concentré tous nos efforts nous devrions conclure que nous sommes quelques unes si par la seule civilisation avancée dans la Galaxie, ce serait également une importante découverte, parce que le fait de connaître la rareté de notre civilisation parmi les centaines de milliards d’étoiles qui composent la Voie Lactée, pourrait espérons-le nous faire réaliser combien il est cosmologiquement important de la préserver."

Pour plus d'informations

METI International

SETI Institute

Arecibo message

Voyager's greetings to the universe

Voyager golden record 3xLP box set

A Simple Reponse

Keo

COSMIC : En attendant les extraterrestres (Cosmic Connexion), J.Demerliac, ARTE/Albin Michel, 2006.

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[1] M.D. Papagianis, "Recent progress and future plans on the search for extraterrestrial intelligence", Nature, 318, 6042, p139, 1985. Lire assi M.D. Papagianis,"The Search for Extraterrestrial Life: Recent Developments" (IAU Symposium 112), D.Reidel Publ. Co, 1985


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