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Histoires d'impacts

L'observatoire du Kitt Peak (KPNO) vu depuis le télescope de 0.9m du Spacewatch, côté sud. Photo de Mike Read, JPL.

Le projet Spacewatch (V)

En 1981, la recherche des NEO et autres NEA, alors appelés EGA, était déjà au programme du télescope de l'Université d'Arizona. Toutefois ainsi que je l'explique dans la page consacrée aux astéroïdes, Tom Gehrels et son équipe n'en découvraient que quelques dizaines à quelques centaines par an faute de moyens techniques adaptés.

Depuis 1990, la NASA a mis en place le projet de veille cosmique de Chapman et Morrison baptisé "Spaceguard Survey", généralisé depuis sous le nom de projet Spacewatch.

Installé au Kitt Peak, il est constitué d'un réseau de 5 télescopes d'une ouverture oscillant entre 0.9 et 2.40 m dont la tâche principale est de détecter tous les astéroïdes dont le rayon est supérieur à 1 km (ils permettent toutefois de détecter des objets inférieurs à 10 m).

En parallèle, en 2007, les astronomes de l'IfA d'Hawaii ont inauguré la Gigacam (1.4 gigapixels) sur le premier des quatre télescopes PS1 (Pan-STARRS-1) de 1.8 m de diamètre installé au sommet du mont Haleakala sur l'île de Maui, à Hawaii.

Grâce à ces instruments exploitant des technologies de pointe, les astronomes se sont donnés jusque 2010 pour recenser 90% des plus grands NEO dont tous ceux potentiellement dangereux et pouvant précipiter une catastrophe globale.

Le coût du Spacewatch

Le coût de cette surveillance de l’espace est de l'ordre de 10 à 15 millions de dollars US par an pendant 30 ans, dix fois inférieure aux premières estimations qui incorporaient des missiles lourds. Par comparaison, le Gouvernement américain est prêt à investir 100 millions de dollars par an pour se protéger des tsunamis.

Mais comme souvent, certains sénateurs républicains sont réticents à consacrer autant d'argent dans cette activité, même s'ils ne veulent pas minimiser leur importance. Pour John McCain représentant de l'Arizona par exemple, ces 15 millions de dollars ne feront qu'augmenter le déficit budgétaire. Il ne faut donc pas s'attendre à recevoir beaucoup d'aide de certains élus. 

Dans les faits, le projet Spacewatch travaille actuellement avec un budget annuel de 4 millions de dollars US alloué par la NASA et la Fondation Brinson. De ce fait, il sollicite également l'aide des particuliers à travers la Fondation de l'Université d'Arizona (comme les astronomes le font également dans le cadre du programme SETI@Home).

Malheureusement, le Spacewatch est en compétition avec les autres projet de la NASA et notamment avec les budgets alloués au programme Constellation, à l'exploration spatiale, aux télescopes orbitaux et à la R&D. Rappelons que le budget global de la NASA est d'environ 16.8 milliards de dollars US en 2007. Il sera de 22.5 milliards de dollars en 2020.

La Terre sous surveillance

L'essaim d'alpha Monoceros de 1995 et celui des Léonides de 1997 vus depuis l'espace. Le bombardement pendant les périodes à essaim est continu pendant plusieurs heures. A ce jour ces "pluies d'étoiles filantes" n'ont jamais été dangereuses car elles sont constitués de particules de taille inférieure à celle d'un grain de sable malgré leur apparence parfois éblouissante mais trompeuse quand elles traversent le ciel. Documents NASA-ARC et Seti Institute.

Le projet Spacewatch ne cherche pas le pourcentage restant de petits astéroïdes dont le diamètre oscille entre 1 m et 1 km. La plupart de ces NEO ne sont pas détectés et peuvent provoquer une catastrophe à l'échelle continentale. C'est la raison pour laquelle le Dr Tom Gehrels utilise un nouveau télescope de 1.80 m en foyer primaire muni d'une caméra CCD avec lequel il a déjà découvert quelques objets faisant entre 8 et 10 m de diamètre.

Un groupe d'astronomes[3] des universités de Cornell, d'Arizona et de l'observatoire de la Côte d'Azur ont estimé en l'an 2000 qu'il existait environ 900 ±100 astéroïdes de 1 km de diamètre potentiellement dangereux pour la Terre. Ce nombre est déjà moitié moins élevé que la précédente estimation. Aucun de ces corps ne devrait toutefois entrer en collision avec la Terre dans le siècle qui vient. Mais on ignore où se trouve 60% d'entre eux car la plupart sont trop éloignés de la Terre pour être facilement détectés.

Scénarii de défense

Nous pouvons actuellement prédire l’arrivée des astéroïdes des décennies à l’avance, et celles des comètes de la famille Swift-Tuttle à quelques mois d’avance seulement. Malgré cela n’ayons pas peur de le dire : si une collision était prévue dans les années à venir, il n’existe aujourd’hui aucun moyen pour éviter l’accident.

Pour plancher sur cette nouvelle menace, les scientifiques ont imaginés utiliser les plus puissantes armes de défense nucléaire  contre les astéroïdes. Mais si cela marche dans les films de science-fiction, il y a un pépin dans ce scénario : la taille de ces corps. Une arme "normale" de 20 MT serait incapable d'en pulvériser même un seul ! Cette méthode est donc inefficace. Le remède serait même pire que le mal et provoquerait une gigantesque pluie de météorites; une véritable bombe à fragmentation tomberait sur Terre... avec des tsunamis et des incendies se propageant sur la moitié du globe terrestre.

Il fallait donc trouver autre chose, une méthode capable non pas de fragmenter le corps menaçant mais de le pulvériser totalement.

Etant donné qu'il n'y a pas de limite au volume d'une arme nucléaire, les ingénieurs ont donc imaginé la bombe type : ce serait la bombe atomique la plus puissante jamais construite, 1 GT (la Tsar Bomba soviétique faisait 50 MT), placée à bord de la fusée la plus grande (Proton ou Saturn V) qui serait propulsée dans l'espace à 11 km/s (40000 km/h). Mais rapidement il apparu qu'une bombe de cette puissance serait en fait aussi menacante que l'astéroïde en cas d'accident sur le pad de tir ou si elle était détournée de son usage. Cette solution folle a donc été écartée.

Si on ne peut pas arrêter un astéroide, ne peut-on pas l'éviter ? Al W.Harris et Tom Arrens ont alors eu l'idée de le dévier de sa trajectoire. Si on faire exploser un missile de 20 MT à proximité  de l'astéroïde et en amplificant l'explosion, le souffle ainsi créé pourrait le faire dévier de sa trajectoire. L'angle serait-il suffisant ? Les chercheurs pensent que c'est possible. L'écart minimum de sécurité est égal au rayon de la Terre, soit 6000 km. Il faut également tenir compte de l'accélération de l'astéroïde et du délai nécessaire à la mise en place de ce scénario. Al Harris arrive à la conclusion qu'on pourrait sauver le monde en accélérant l'astéroïde à raison de 2 cm/sec à chaque seconde et en s'y prenant 10 ans avant l'impact prévu sur Terre.

 Scénarii d'un engagement contre un astéroïde

Un rayon laser pourrait chauffer une partie de l'objet jusqu'à ce que les pressions internes le fragmentent.

Une voile solaire convergeant la lumière solaire pourrait lentement repousser l'objet, le forçant à changer de trajectoire.

Des charges explosives multiples pourrait dévier l'objet de sa trajectoire ou le détruire s'il est de petite taille. Documents Simon/S-D-G.

Mais cette solution présente des limites. Les scientifiques estiment qu'une bombe de 1 MT suffirait pour dévier un astéroïde de 200 m de diamètre de sa trajectoire s'il se situe à environ 1 UA de la Terre. Mais si l'objet fait 10 km de diamètre, ce sont  des centaines de mégatonnes voire des gigatonnes qui seront nécessaires. La fusée qui emporterait ces bombes serait en fait plus dangereuse que l'astéroïde lui-même ! Pour ce dernier on pense toutefois être en mesure de le détecter des années à l'avance.

Se greffe sur ce problème le fait qu'il faut construire des fusées si elles ne sont pas disponibles et tenir compte de la durée du vol interplanétaire. En l'espace d'une semaine on peut armer une fusée et l'envoyer vers une cible proche mais dans le cas d'un astéroïde de plusieurs kilomètres de diamètre, le vol peut durer des mois ou des années sans compter les aleas d'un vol dans l'espace. Quant à 1950DA nous avons à présent le temps de le voir venir et de le dévier. Enfin, le croyait-on...

Car ce calcul est fondé sur des corps solides principalement constitués de fer (sidérites). Mais que se passerait-il si l'astéroïde était friable ? Dan Durda, pilote de chasse et chercheur au département d'études spatiales du SRI à Boulder et qui a donné son nom à un astéroïde, s'est attaché à cette question en bombardant en laboratoire des fragments de météorites pour évaluer leurs réactions à l'impact. Il ressort de son étude qu'une météorite dur et dense se désintègre à l'impact, comme prévu. Mais sur des échantillons poreux et friables comme celui qui explosa le 18 janvier 2000 à Atlin au-dessus du lac Tagesh en Colombie Britannique, l'effet est fort différent. Un impact à 5 km/s sur un corps poreux ne produit aucun effet; le matériau absorbe presque complètement la puissance de l'impact. En d'autres termes, là où une météorite dense est déviée de sa trajectoire de quelques cm/sec, une poreuse agit comme une éponge !

Cette constatation signife qu'un astéroïde poreux mesurant 1 km resterait extrêmement dangereux, absorbant tout l'impact du missile et ne dévierait pas de sa trajectoire. Il faut donc savoir si les astéroïdes de ce type sont exceptionnels ou s'il y en a beaucoup d'autres.

Ainsi que nous l'avons vu dans le chapitre consacré à la Ceinture des astéroïdes et autres KBO, l'idée que les astéroïdes soient des rochers dures est en train de changer. Plus un astéroïde est solide plus il tourne rapidement sur lui-même. Si sa rotation est lente il est probablement poreux car s'il tournerait plus vite il se désintégrerait. 

Vitesse de rotation en fonction de la période ou du diamètre des principaux astéroïdes NEO. Document A.W.Harris.

Extrapolé à partir des mesures de luminosité faites sur les astéroïdes, les chiffres révélèrent quelques suprises. La bonne nouvelle est que 1950DA par exemple a une vitesse de rotation très rapide; il est constitué de matière dure et il est donc possible de le dévier. Mais mauvaise nouvelle, ainsi que le révèlent les diagrammes présentés ci-dessus, il existe des centaines d'astéroïdes lents, donc poreux, qu'il est impossible de bousculer. La science devra donc trouver un autre moyen de les détourner de leur trajectoire. Une idée consistait à repérer l'astéroïde longtemps à l'avance pour trouver une stratégie efficace. Mais le résultat n'est pas garanti et on ne peut pas se contenter de cette fatalité.

Entre-temps, en 2001 la sonde NEAR atterrit sur l'astéroïde Eros. Cet événement fut salué à la hauteur de la prouesse technologique. Imaginez que cela correspond à trouver et à déposer un grain de poussière sur un cheveux placé 100 m de distance ! Réussir à s'approcher de si près d'une cible offrait une indication précieuse sur la précision que l'on pouvait obtenir lors d'un rendez-vous avec un corps se déplaçant à plusieurs km/s. Cette prouesse technologique alla inspirer une nouvelle idée...

Dernier chapitre

Le collecteur solaire de Jay Melosh

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[3] Science, June 23, 2000. Une étude similaire fut également publiée en début d'année dans Nature.


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