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Si
le chercheur est en mesure de décrire la nature - c'est le but de la
science - le mystique cherche à la comprendre. Le problème de
l'existence d'un Créateur remonte aux traditions mystiques, aux croyances
populaires qui virent l'épanouissement des religions.
Leurs propos sont éclairants car ils
concourent à l'idée que la marche de l'Univers est marquée d'un sens
profond. Voyons ce qu'en pensaient les plus célèbres d'entre eux. Werner
Heisenberg[4]
reconnaissait que "la physique atomique moderne a bousculé les
sciences de la nature hors du sentier matérialiste sur lequel elles se
tenaient au XIXeme siècle". Selon
Max Planck[5],
"la preuve la plus immédiate sans doute de la compatibilité de
la science et de la religion est le fait historique que les plus grands
chercheurs scientifiques de tous les temps, des hommes comme Kepler,
Newton, Leibniz aient été pénétrés d'une profonde religiosité".
Harnold
Shapley[8]
estimait qu'à côté de l'espace, du temps, de la matière et de
l'énergie, il devait exister un cinquième élément : "Il est
vraiment difficile disait-il, de douter de son existence… Nous pourrions
l'appeler Direction, Forme, Force, Volonté Toute-puissante ou encore
"Conscience". Mais en tous cas ce doit être un concept qui
s'accorde à l'échelle de l'univers". James
Jeans[9]
considérait l'Univers "comme une grande Pensée plutôt que comme
une grosse machine. L'esprit ne se manifeste plus dans le royaume de la
matière comme un intrus de hasard. Nous commençons à sentir que nous
devons le saluer comme le Créateur et le Seigneur du royaume de la matière". En
observant la beauté de la nature, Camille Flammarion[10]
percevait également la présence de Dieu : "[…] Si vous
connaissez les lois et le mécanisme de cette nature, pouvez-vous ne pas
saluer la Suprême Raison qui parle à haute voix à travers le voile de
la matière ? Ombres du soir qui ondulent sur les pentes des montagnes,
parfums de forêts, petites corolles inclinées des fleurs, rumeurs sans
fin de l'océan, silence profond des nuits étoilées, tout parle de Dieu
de manière plus belle et plus convaincante que tous les livres des hommes". Bacon,
Linné, Butlerov ou Wallace s'insurgèrent contre le matérialisme et
considéraient que le Créateur se manifestait dans sa création. Ainsi
F.Bacon écrivait : "Un peu de science éloigne de Dieu, beaucoup
de science rapproche de lui".
Bien
sûr des dérapages existent. Aux Etats-Unis par exemple, la société libérale
considère la parole Divine comme une valeur refuge à la mode, sur
laquelle est greffé un coefficient économique de rentabilité. A côté
de ces égarements, de nombreuses communautés chrétiennes attirent des
milliers d'adeptes, principalement aux Etats-Unis et en Europe, où l'on
retrouve le mouvement "Jesus Revolution" et la "Communauté
de la Réconciliation". Le
dialogue théologique entre croyants et non croyants engage même les
communistes qui dans les années 1970 en Amérique latine parlaient du
"combat social des chrétiens" face à la dictature chilienne.
La religion devient en quelque sorte "l'opium du peuple". Pour
Max Born, "la doctrine chrétienne est le seul principe qui puisse
assurer un fondement solide à la société, comme le Mahatma Ghandi réussi
à l'incarner dans la vie". Comme le disait l'apôtre Paul il y a
deux mille ans : "On nous teindra pour morts et voici que nous
sommes vivants". Le
père jésuite Robert Smet[11], professeur de théologie
au Collège de Malonne et spécialiste de Galilée nous rappelle que "l'Eglise
est restée tout à la fois une hiérarchie qui sermonne ses enfants
turbulents, un contre-pouvoir lorsqu'il pèse de tout son poids spirituel
dans une lutte sociale et le "peuple de Dieu" à la lumière de
Pâques". En
fait, la pensée religieuse est déterminée par la façon dont chacun(e)
règle sa conduite en fonction de ses idéaux. L'Histoire nous montre bien
comment la religion a révolutionné la culture du monde, en changeant
l'art et l'évolution de la science. A
consulter : Le site officiel du
Dalai-Lama Une autre manière de voir le monde et la société La
cause première
Le
père Smet nous précise qu'en occident "la conception des
religions n'est toutefois pas aussi négative. N'oublions pas du reste que
la distinction Divine - conscience, qui est biblique, rend la science
possible pour l'homme et le croyant. La science est religieusement neutre
mais la foi chrétienne ne s'y oppose pas". Par
ailleurs, reprenant la foi sous l'angle de la cause première, cet
argument ne m'a jamais convaincu ni satisfait. Cette conception métaphysique
est dissipée par l'argumentation de signes plus proches de notre temps de
modernité". La
majorité des gens témoignent en effet en faveur d'une religion "à
visage humain", moins autoritaire et dogmatique mais plus
intuitive et compréhensive dont les manifestations spirituelles et l'éthique
guident leur personnalité. En fait on retrouve l'idée émise par Bergson[13]
qui considérait que l'origine de la foi remontait à l'intuition des
premiers prophètes, enrichis par une expérience religieuse dont ils
avaient le sentiment qu'elle reflétait un Principe supérieur,
authentique et intelligible, capable d'affecter la vision de notre nature.
C'est la conscience de ce "moi" et ses conséquences
intellectuelles indicibles qui se cristallisèrent sous forme de concepts
et de symboles.
Je
ne me lasse pas de contempler le mystère de l'éternité de la vie. Et
j'ai l'intuition de la construction extraordinaire de l'être. Même si
l'effort pour le comprendre reste disproportionné, je vois la Raison se
manifester dans la vie". Le
mystère attaché à la vie et au sens de l'Univers suscite une
dialectique philosophique, soulevant une réflexion critique sur les
croyances et les idées que véhiculent les civilisations. Car peut-on réellement
comprendre "les causes premières et les fins dernières" de
l'univers sur les seules bases scientifiques ? Nos facultés nous
permettent-elles de juger de telles propositions ? Affirmer
ou nier une proposition devient croyance aux yeux d'un psychologue et la
notion en devient d'autant plus équivoque. La dialectique, la cohérence
logique et notre sauvegarde, mais ce terme sous-entend qu'il existe une
solution. Or, sur ce sujet la dialectique ne permettra probablement pas de
rejeter une thèse plutôt que l'autre, car par sa nature, l'homme est
existence, spirituel, rejoignant l'expression de Descartes : "Cogito
ergo sum", je pense donc je suis. Comme l'a dit Edgard
Morin, il faudrait plutôt utiliser le terme "dialogique",
lequel n'implique aucune solution. Cette
difficulté de penser nous conduit à reposer le problème du jugement et
à faire un détour par la philosophie. Kant disait "Penser, c'est
juger". Nous pensons à travers des structures intellectuelles,
ce qu'il appelle des "catégories", des concepts posés a
priori. Ces catégories nous permettent d'organiser nos intuitions. Ainsi
pour Kant un phénomène peut être expliqué dès lors qu'il reflète
l'unité du "Je pense". Mais il considère[15] que la Nature, indépendamment
de notre réceptivité, de nos sensations, nous restera à jamais
inconnue. La réalité n'existe donc qu'à travers nos sens. Mais il
entend aussi démontrer que passant par nos sens la connaissance aboutit
au raisonnement, la raison pure. Kant
s'oppose ainsi à Platon et à toutes les pseudosciences en commençant
par la métaphysique. Il différencie la description basée sur l'expérience,
qu'il appelle la "physiographie" de la science qui prétend
retracer l'histoire de la nature, la "physiogonie" que nous
avons déjà évoqué. Une idée qui ne correspond pas à une réalité
empirique dit-il[16],
ne peut avoir de solution véritable. Si on ne peut justifier un phénomène
et qu'on déborde du stricte champ de l'expérience, cette donnée fera
fonctionner la machine conceptuelle à vide. Cette ambitieuse intuition dépasse
la raison humaine. Kant conclu que, malgré notre sagesse, l'homme
appartient au monde, il n'est pas Dieu. Avant
lui, Spinoza s'était également livré à une critique ontologique de
l'idée de Dieu. Il voyait dans la matière l'expression de la substance
divine : "Tout ce qui est est en Dieu et rien ne peut sans Dieu être
ni être conçu"[17].
Pour Spinoza le Monde est Dieu. Il considère
que Dieu appartient à l'Univers, qu'Il fait partie de la Nature. Mais
comment peut-on le croire ? Rationnellement parlant, depuis que l'Univers
est né à l'instant du Big Bang ce qui était uni a été séparé, le
monde a été envahi de prédateurs et de proies ayant les uns comme les
autres la mort pour horizon. Ces caractéristiques n'ont rien de commun
avec la perfection dont parle le Créateur. Je suis respectueux de la
philosophie de chacun, mais comme le disait Woody Allen, "je ne
sais pas si Dieu existe mais, s'il existe, j'espère qu'il a une bonne
excuse". Pour celui qui est rationnel ni le monde, ni l'homme ne
sont Dieu. La Vérité dont parle Kant est semblable à une île
inaccessible. Cette réalité est au-delà de notre entendement, telle
"un livre scellé". Aux
propos de Spinoza, Kant rétorque que "cette preuve n'est qu'une
supposition […] car l'existence n'est pas un attribut qui caractérise
un sujet […], elle ne fait que le poser dans l'être". Dieu
demeure un Idéal, "La réalité objective de ce concept ne peut
pas être prouvée […], mais elle ne peut pas non plus être réfutée"[18].
Il est vrai que ces visions divines sont quelque peu mystiques et sont
très éloignées du rationalisme occidental. Elles rencontrent toutefois
l'approbation des sages orientaux. Mais
il faut souligner que tout phénomène nerveux ne s'accompagne pas de
conscience. Les plantes carnivores ou le mimosa pudique par exemple
disposent d'un système nerveux élémentaire et les tournesols tournent
toujours leurs fleurs vers le Soleil; faut-il pour autant leur attribuer
une âme comme le croyait le physiologiste Fechner au XIXeme siècle
?…
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