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Plus d'un siècle plus tard, les échos de cette révolution se propagent toujours dans les couloirs et font encore plus de bruit depuis que l'on connaît les succès de la physique quantique. A part chanter la gloire de la Physique, qu'avons-nous appris en 100 ans de quantique et quelles sont les conséquences de toutes ces découvertes ? Sommes-nous toujours effondrés devant la fonction d'onde qui décohère ou nous dirigeons-nous vers une physique unifiée et une décomposition tripartite sujet-objet-environnement ?[1] Le verdict de l'expérience : l'Univers est étrange Mais
en 1871 les scientifiques avaient une bonne raison de croire que nous étions loin
de la réalité : la "catastrophe ultraviolette" ne
respectait pas la quantité d'énergie prédite par le calcul. En
regardant simplement brûler un fourneau, on devait devenir aveugle par
l'émission de lumière UV et de courte longueur d'onde. Or depuis que l'homme
fait cuire ses aliments, il se porte bien mieux !
En
1900, Planck détermina le profil correct du spectre du corps noir,
éliminant du coup la catastrophe ultraviolette. Einstein
ira un pas plus loin en assumant que l'énergie ne pouvait être
transportée que par quanta. L'idée étant révolutionnaire, on pensait alors avoir fait le tour de la
question. Puis
en 1911, les physiciens durent faire face à un nouvel embarras. Ernest
Rutherford émit l'hypothèse que les atomes consistaient en électrons
orbitant autour d'un noyau chargé positivement, une sorte de système solaire
en miniature. Mais la théorie électromagnétique prédisait que dans ces
conditions, les électrons disperseraient toute leur énergie et
finiraient par tomber en spirale sur le noyau en l'espace d'un
millionième de millionième de seconde. Pourtant l'atome d'hydrogène a
la réputation d'être éminemment stable. Pour résoudre ce problème, Niels Bohr postula que la
quantité de moment angulaire dans un atome était quantifiée, les
électrons étant confinés sur un certain nombre discrets d'orbitales,
chacune présentant un niveau déterminé d'énergie. Il expliqua
également la position des raies dans le spectre de l'hydrogène et celui
de l'hélium. Pouvant le calculer pour deux atomes, on se dit qu'il pouvait le faire pour
tous les autres. Et de fait, les succès de Niels
Bohr dépasseront les murs du laboratoire de Cavendish et rendront le
professeur Danois aussi célèbre qu'Einstein.
Qu’est-ce
que la réalité pour un philosophe ? Microcosme
+ Macrocosme : Procédure
: Description
: Evolution
: Corrélations
: Equation
de Schrödinger + Equation de Newton Etat
quantique linéaire + Réduction d’état non linéaire Indéterminée
(probabiliste) + Déterminée Non
locales + Locales Réponse
: nous devons élaborer une nouvelle physique qui
tiendrait compte des observations expérimentales et des
théories conventionnelles. Malgré
ses premiers succès, la physique quantique restait
toujours mal comprise. Les
physiciens ne savaient pas vraiment ce qu'ils devaient faire de ses étranges
lois où l'énergie était transportée par quanta. Qu'est ce que tout cela
signifiait réellement ?
En
1923, Louis de Broglie proposa une réponse dans sa thèse de doctorat :
les électrons et les autres particules agissent comme des ondes
stationnaires. Comme les ondes, ils vibrent comme les cordes d'une
guitare, sur certaines fréquences discrètes (quantifiés). L'idée
était tellement saugrenue que le comité d'examen dû se retirer pour
débattre de l'acceptation ou non de la thèse. Einstein donna un avis
favorable et la thèse fut acceptée. Puis
vint Edwin Schrödinger et sa fameuse équation
en 1926, l'une des clés de voûte de la physique et dont
l'interprétation demeure souvent mal comprise. Schrödinger parlait de "paquet
d'ondes"... Une nouvelle fois, qu'est-ce que cela signifiait concrètement pour un électron ou un atome isolé ?
Max Born répondit à toutes ces interrogations en termes probabilistes,
s'écartant du monde concret qui nous entoure. Heisenberg alla dans le
même sens précisant que la "fonction d'onde représentait le
possible et non pas le réel"... !? Cette remarque est très
importante. Cette
fois s'en était trop ! La théorie déjà passablement hermétique
prédisait sans nul doute des résultats corrects, mais son interprétation en
termes de possibles et de dimensions excédentaires... en excéda plus
d'un, la jugeant plus proche d'une... métaphysique. Et elle deviendra plus étrange encore quand Schrödinger
trouva en 1935 un chat dans un
état indéterminé dans son laboratoire et lorsqu'Everett s'avança
en 1957 dans des
univers parallèles... Ces expériences de pensées n'allaient pas
simplifier son interprétation. Comme
dans la caverne de Platon, l'homme ne voit jamais que
les ombres de la réalité : la graduation d’un réhostat,
des bulles d’air dans une chambre à bulles, des
signaux numérisés ou des chiffres sur un écran. Pour
la première fois dans l'histoire de la science, notre
perception du monde ne passe plus directement par nos
sens. Une
anecdote résume tout le problème. A Los Alamos, après la seconde guerre
mondiale, un jeune physicien demanda une explication à John von
Neumann concernant un problème mathématique difficile. “Elémentaire,
dit von Neumann. On peut résoudre ce problème en employant la méthode
des caractéristiques”. A quoi le jeune physicien répondit : “Je
crains de ne pas comprendre la méthode des caractéristiques”.
“Jeune homme, dit von Neumann, en mathématique, on ne comprend
pas les choses, on s’y habitue, c’est tout”. Toute la
philosophie de la physique quantique tient dans cette remarque
impertinente. Il
est indéniable que le verdict expérimental nous dit que le monde de la
physique quantique est étrange : un photon peut-être à deux
endroits en même temps et peut même interférer avec lui-même. Et
l'objet quantique ne doit pas nécessairement être très petit.
L'expérience de la double fente de Young, considérée par Richard
Feynman comme la mère de tous les effets quantiques a été répétée
avec succès avec des atomes, des molécules et plus récemment avec un
Carbone-60, le "Buckey Ball". Anton Zeilinger du groupe GHZ
a même imaginé la réaliser avec un virus. Si ce dernier est doté d'un
atome de sagesse, l'interprétation en terme d'univers multiples semble
inévitable. Oui, la réalité du monde quantique est étrange, qu'on
l'accepte ou qu'on ne l'accepte pas. Devant la difficulté de visualiser les phénomènes
quantiques, d’avoir une image intuitive des phénomènes et de
leur réalité, beaucoup de chercheurs, mathématiciens, physiciens ou
philosophes, se sont demandés quel était finalement le
statut de la réalité en physique quantique ? Un ouvrage complet ne suffirait pas pour répondre à
cette question car pour beaucoup d’auteurs elle soulève également tout
le débat concernant la catégorisation de notre pensée, la connaissance
objective, la méthode scientifique, le déterminisme,
l'unité de la Nature, etc, autant de sujets du ressort de la philosophie,
de la métaphysique voire de la théologique. On s’écarte donc de la
physique quantique. Mais nous pouvons poser quelques éléments de
solutions tout en plaçant des gardes-fous afin de rester fidèle à notre
démarche. Quantités d'autres viendront s'ajouter,
en particulier dans le dossier consacré à la
philosophie des sciences.
Les degrés de liberté de l'Univers
Nous avons vu dans l'article consacré à l'interprétation
de la physique quantique, que dans un sondage informel réalisé à
Cambridge en 1999, la théorie des univers multiples d'Everett raliait à sa
cause 31% des physiciens concernés par l'informatique quantique, mais la majorité d'entre eux, 52%, ne
partagaient aucune des interprétations actuelles (Copenhague, Bohm, Everett, etc),
ils restaient indécis en attendant que l'on invente une théorie plus complète. Le débat est donc ouvert : comment
représenter le monde ? Depuis
l'invention de l'équation de Schrödinger, les physiciens ont tendance à
représenter le monde par un ensemble constitué de plusieurs
sous-systèmes en interactions. Richard
Feynman avait déjà insisté sur le fait que la mécanique quantique
statistique divisait l'Univers, où plus exactement ses "degrés de
liberté", en deux sous-systèmes : l'objet d'expérience et le
reste du monde, ce qu'on appelle communément l'environnement. Pour
comprendre certains processus comme la mesure, nous devons inclure un
troisième sous-système : le sujet, l'état mental de l'observateur. Une
méthode souvent utilisée consiste à diviser l'équation de
Schrödinger gouvernant l'évolution temporelle de l'Univers pris
dans son ensemble en deux groupes : ceux décrivant la dynamique
interne de chaque sous-système et ceux décrivant leurs
interactions. Problème,
cette manière de penser réduit à néant les tentatives d’explications
de Schrödinger. En divisant le monde en sous-systèmes, cela tend à
prouver que celui qui réfléchit ainsi n’a pas encore compris la théorie
de Schrödinger. Voyons malgré tout ce que cela implique. &
La suite de cette passionnante aventure est décrite
dans mon livre : Poursuivez
votre lecture dans le livre Un
siècle de Physique 1
- La Physique Quantique 340
pages, planches couleurs, préface de
Jacques Leclerc Cliquer
sur l'image pour plus de détails. [1]
Cet article est un résumé du chapitre consacré au même sujet publié dans mon livre sur la
physique quantique. |
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