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La physique quantique &
Comprendrons-nous jamais la physique quantique ? Pour inaugurer ses conférences sur la physique données à Cambridge en 1871, James Clerck Maxwell avait annoncé que dans quelques années "les hommes de sciences passeraient leur temps à ajouter quelques décimales aux grandes constantes de la physique". C'est vrai qu'aujourd'hui, une partie de leur travail consiste à préciser ces constantes fondamentales. Trente ans plus tard toutefois, Max Planck jetait dans la mare sa formule du spectre du corps noir, la première onde de choc de la révolution quantique. Plus d'un siècle plus tard, les échos de cette révolution se propagent toujours dans les couloirs et font encore plus de bruit depuis que l'on connaît les succès de la physique quantique. A part chanter la gloire de la Physique, qu'avons-nous appris en 100 ans de quantique et quelles sont les conséquences de toutes ces découvertes ? Sommes-nous toujours effondrés devant la fonction d'onde qui décohère ou nous dirigeons-nous vers une physique unifiée et une décomposition tripartite sujet-objet-environnement ?[1] Le verdict de l'expérience : l'Univers est étrange Mais
en 1871 les scientifiques avaient une bonne raison de croire que nous étions loin
de la réalité : la "catastrophe ultraviolette" ne
respectait pas la quantité d'énergie prédite par le calcul. En
regardant simplement brûler un fourneau, on devait devenir aveugle par
l'émission de lumière UV et de courte longueur d'onde. Or depuis que l'homme
fait cuire ses aliments, il se porte bien mieux !
En
1900, Planck détermina le profil correct du spectre du corps noir,
éliminant du coup la catastrophe ultraviolette. Einstein
ira un pas plus loin en assumant que l'énergie ne pouvait être
transportée que par quanta. L'idée étant révolutionnaire, on pensait alors avoir fait le tour de la
question. Puis
en 1911, les physiciens durent faire face à un nouvel embarras. Ernest
Rutherford émit l'hypothèse que les atomes consistaient en électrons
orbitant autour d'un noyau chargé positivement, une sorte de système solaire
en miniature. Mais la théorie électromagnétique prédisait que dans ces
conditions, les électrons disperseraient toute leur énergie et
finiraient par tomber en spirale sur le noyau en l'espace d'un
millionième de millionième de seconde. Pourtant l'atome d'hydrogène a
la réputation d'être éminemment stable. Pour résoudre ce problème, Niels Bohr postula que la
quantité de moment angulaire dans un atome était quantifiée, les
électrons étant confinés sur un certain nombre discrets d'orbitales,
chacune présentant un niveau déterminé d'énergie. Il expliqua
également la position des raies dans le spectre de l'hydrogène et celui
de l'hélium. Pouvant le calculer pour deux atomes, on se dit qu'il pouvait le faire pour
tous les autres. Et de fait, les succès de Niels
Bohr dépasseront les murs du laboratoire de Cavendish et rendront le
professeur Danois aussi célèbre qu'Einstein.
Qu’est-ce
que la réalité pour un philosophe ? Microcosme
+ Macrocosme : Procédure
: Description
: Evolution
: Corrélations
: Equation
de Schrödinger + Equation de Newton Etat
quantique linéaire + Réduction d’état non linéaire Indéterminée
(probabiliste) + Déterminée Non
locales + Locales Réponse
: nous devons élaborer une nouvelle physique qui
tiendrait compte des observations expérimentales et des
théories conventionnelles. Malgré
ses premiers succès, la physique quantique restait
toujours mal comprise. Les
physiciens ne savaient pas vraiment ce qu'ils devaient faire de ses étranges
lois où l'énergie était transportée par quanta. Qu'est ce que tout cela
signifiait réellement ?
En
1923, Louis de Broglie proposa une réponse dans sa thèse de doctorat :
les électrons et les autres particules agissent comme des ondes
stationnaires. Comme les ondes, ils vibrent comme les cordes d'une
guitare, sur certaines fréquences discrètes (quantifiés). L'idée
était tellement saugrenue que le comité d'examen dû se retirer pour
débattre de l'acceptation ou non de la thèse. Einstein donna un avis
favorable et la thèse fut acceptée. Puis
vint Edwin Schrödinger et sa fameuse équation
en 1926, l'une des clés de voûte de la physique et dont
l'interprétation demeure souvent mal comprise. Schrödinger parlait de "paquet
d'ondes"... Une nouvelle fois, qu'est-ce que cela signifiait concrètement pour un électron ou un atome isolé ?
Max Born répondit à toutes ces interrogations en termes probabilistes,
s'écartant du monde concret qui nous entoure. Heisenberg alla dans le
même sens précisant que la "fonction d'onde représentait le
possible et non pas le réel"... !? Cette remarque est très
importante. Cette
fois s'en était trop ! La théorie déjà passablement hermétique
prédisait sans nul doute des résultats corrects, mais son interprétation en
termes de possibles et de dimensions excédentaires... en excéda plus
d'un, la jugeant plus proche d'une... métaphysique. Et elle deviendra plus étrange encore quand Schrödinger
trouva en 1935 un chat dans un
état indéterminé dans son laboratoire et lorsqu'Everett s'avança
en 1957 dans des
univers parallèles... Ces expériences de pensées n'allaient pas
simplifier son interprétation. Comme
dans la caverne de Platon, l'homme ne voit jamais que
les ombres de la réalité : la graduation d’un réhostat,
des bulles d’air dans une chambre à bulles, des
signaux numérisés ou des chiffres sur un écran. Pour
la première fois dans l'histoire de la science, notre
perception du monde ne passe plus directement par nos
sens. Une
anecdote résume tout le problème. A Los Alamos, après la seconde guerre
mondiale, un jeune physicien demanda une explication à John von
Neumann concernant un problème mathématique difficile. “Elémentaire,
dit von Neumann. On peut résoudre ce problème en employant la méthode
des caractéristiques”. A quoi le jeune physicien répondit : “Je
crains de ne pas comprendre la méthode des caractéristiques”.
“Jeune homme, dit von Neumann, en mathématique, on ne comprend
pas les choses, on s’y habitue, c’est tout”. Toute la
philosophie de la physique quantique tient dans cette remarque
impertinente. Il
est indéniable que le verdict expérimental nous dit que le monde de la
physique quantique est étrange : un photon peut-être à deux
endroits en même temps et peut même interférer avec lui-même. Et
l'objet quantique ne doit pas nécessairement être très petit.
L'expérience de la double fente de Young, considérée par Richard
Feynman comme la mère de tous les effets quantiques a été répétée
avec succès avec des atomes, des molécules et plus récemment avec un
Carbone-60, le "Buckey Ball". Anton Zeilinger du groupe GHZ
a même imaginé la réaliser avec un virus. Si ce dernier est doté d'un
atome de sagesse, l'interprétation en terme d'univers multiples semble
inévitable. Oui, la réalité du monde quantique est étrange, qu'on
l'accepte ou qu'on ne l'accepte pas. Devant la difficulté de visualiser les phénomènes
quantiques, d’avoir une image intuitive des phénomènes et de
leur réalité, beaucoup de chercheurs, mathématiciens, physiciens ou
philosophes, se sont demandés quel était finalement le
statut de la réalité en physique quantique ? Un ouvrage complet ne suffirait pas pour répondre à
cette question car pour beaucoup d’auteurs elle soulève également tout
le débat concernant la catégorisation de notre pensée, la connaissance
objective, la méthode scientifique, le déterminisme,
l'unité de la Nature, etc, autant de sujets du ressort de la philosophie,
de la métaphysique voire de la théologique. On s’écarte donc de la
physique quantique. Mais nous pouvons poser quelques éléments de
solutions tout en plaçant des gardes-fous afin de rester fidèle à notre
démarche. Quantités d'autres viendront s'ajouter,
en particulier dans le dossier consacré à la
philosophie des sciences.
Les degrés de liberté de l'Univers
Nous avons vu dans l'article consacré à l'interprétation
de la physique quantique, que dans un sondage informel réalisé à
Cambridge en 1999, la théorie des univers multiples d'Everett raliait à sa
cause 31% des physiciens concernés par l'informatique quantique, mais la majorité d'entre eux, 52%, ne
partagaient aucune des interprétations actuelles (Copenhague, Bohm, Everett, etc),
ils restaient indécis en attendant que l'on invente une théorie plus complète. Le débat est donc ouvert : comment
représenter le monde ? Depuis
l'invention de l'équation de Schrödinger, les physiciens ont tendance à
représenter le monde par un ensemble constitué de plusieurs
sous-systèmes en interactions. Richard
Feynman avait déjà insisté sur le fait que la mécanique quantique
statistique divisait l'Univers, où plus exactement ses "degrés de
liberté", en deux sous-systèmes : l'objet d'expérience et le
reste du monde, ce qu'on appelle communément l'environnement. Pour
comprendre certains processus comme la mesure, nous devons inclure un
troisième sous-système : le sujet, l'état mental de l'observateur. Une
méthode souvent utilisée consiste à diviser l'équation de
Schrödinger gouvernant l'évolution temporelle de l'Univers pris
dans son ensemble en deux groupes : ceux décrivant la dynamique
interne de chaque sous-système et ceux décrivant leurs
interactions. Problème,
cette manière de penser réduit à néant les tentatives d’explications
de Schrödinger. En divisant le monde en sous-systèmes, cela tend à
prouver que celui qui réfléchit ainsi n’a pas encore compris la théorie
de Schrödinger. Voyons malgré tout ce que cela implique. Analysons
le schéma présenté ci-dessus. Un observateur décompose
conventionnellement le monde en trois sous-systèmes : les degrés de
liberté correspondant à sa perception subjective (le sujet), les degrés
de libertésdu phénomène étudié (l'objet) et le reste du monde
(l'environnement). Ces différents termes ayant
qualitativement des effets très différents comme l'indiquent les différentes
interactions entre ces sous-ensembles, on les étudie généralement séparément. Le
terme donnant sa dynamique à l'objet étant normalement le plus important
des trois, pour comprendre ce que l'objet fera, tous les autres termes
sont souvent ignorés. Par
exemple, dans le cas d'une pièce de monnaie, la dynamique de l'objet est
telle que la pièce tombera du côté pile et face en superposition. Quand
l'observateur regardera le résultat de son pari, cette interaction
sujet-objet créera une superposition de son état mental joyeux et déçu.
Toutefois, le sujet n'a pas conscience de son état de schizophrénie étant
donné que les interactions entre le sujet et l'environnement (dans ce cas
les molécules d'air et les photons rebondissant sur la pièce) vont, en
pratique, quasi instantanément provoquer la décohérence, rendant cette
imbrication d'états inobservable. Notons
que si les processus de mesure et de décohérence semblent différents,
il existe une symétrie entre les interactions objet-sujet et
objet-environnement, impliquant dans les deux cas un manque d'information
sur l'objet (l'entropie) : grossièrement dit, l'entropie d'un objet
diminue pendant que vous le regardez et augmente dans l'autre cas. La décohérence
est essentiellement une mesure dont vous ne connaissez pas le résultat. Pour
l'observateur, il est donc virtuellement impossible d'éliminer cette décohérence
en pratique du fait de la taille de la pièce de monnaie. Mais même s'il
y parvenait (répétant l'expérience dans une chambre noire privée
d'air), cela ne ferait aucune différence : au moins un neurone de son
nerf optique entrerait dans une superposition d'excitation et de
non-excitation pendant qu'il regarderait la pièce de monnaie et cette
imbrication déclencherait la décohérence en l'espace de10-20
secondes environ selon les derniers calculs. Mais
il reste un problème, car les processus de pensée (la dynamique interne
du "système" du sujet) pourraient créer des superpositions d'états
mentaux que nous serions incapables de percevoir. En effet, Roger Penrose
et ses collègues ont suggéré que de tels effets pourraient transformer
notre cerveau en une sorte d'ordinateur quantique. Toutefois, le fait que
les neurones décohèrent beaucoup plus rapidement qu'ils ne traitent
l'information (ils requièrent environ un millième de seconde pour réagir)
signifie que si un complexe de neurones s'active dans notre cerveau, cela
n'aurait rien de conscient, ce qui explique que lors la décohérence qui
se produit dans notre cerveau, ce phénomène nous empêche de percevoir
ces étranges superpositions d'états. Comme
le précisent Tegmark et Wheeler, nous percevons seulement les aspects du
monde qui s'opposent le plus à la décohérence. Selon Zurek, la décohérence
sélectionne ce qu'il appelle un "pointeur fondamental", des
quantités qui nous sont familières en physique classique, tel le neurone
dans le cas d'une excitation par l'un des organes des sens de notre
observateur. Selon
Zeh, cela justifie le postulat de l'effondrement de la fonction d'onde tel
que les manuels la décrivent : on calcule des probabilités comme si la
fonction d'onde s'effondrait dès qu'on observait l'objet. A strictement
parler, l'observateur entre en permanence dans des superpositions de différents
états mentaux, mais la décohérence nous empêche de le remarquer.
Subjectivement, tous nos "moi" imbriqués percevraient cela
comme un simple phénomène aléatoire, ce qui perturba tant Einstein. Pour
un homme éduqué dans un cadre rationnel, je peux comprendre la réticence
d'Einstein devant une théorie qui affiche autant de paradoxes et de
concepts si hermétiques que la physique quantique. A côté d'elle, les
conséquences de la relativité générale sont très claires et ne sont
finalement paradoxales que dans l'esprit de la personne qui ne comprend
pas cette conception de la réalité. Dans le cas de la théorie quantique
des champ, le problème n'est pas dans la solution mathématique qui n'est
qu'une application de formules, mais, ainsi que nous l'avons déjà dit,
dans l'interprétation des résultats où la physique statistique revêt
une importance majeure. C’est ici que l’interprétation de Zurek ou
Zeh ravive cet éternel contresens sur la mécanique quantique... En
effet, dans les propos de ces auteurs il manque toujours une considération
tout à fait essentielle, c’est la démonstration parfaitement établie
que les systèmes à énergie constante E ~En (quantique) se confondent asymptotiquement dans
leurs comportements à énergie constante E avec leur modèle homologue de
la mécanique classique quand n tend vers l’infini. Il n’y a plus de
différence alors entre la mécanique classique sauf dans le cas de systèmes
statistiques particuliers, tels ceux ayant une infinité de degrés de
liberté. Mais
étant donné que dans l’interprétation probabiliste, la réalité
n'est plus immédiatement liée à la mesure comme dans la "bonne
vieille" physique classique, pour certains auteurs portés sur l'ésotérisme,
un facteur subjectif, peut-être même anthropocentrique, se greffe sur le
résultat objectif. La réalité en soi se voile et certains en appellent
à une explication philosophique voire métaphysique pour expliquer la réalité
des phénomènes. Bien
que nous ne pouvons pas partager leurs idées dans le cadre de la théorie
quantique actuelle, voyons en quelques mots de quelles manières ces
explications "exotiques" pourraient nous aider à comprendre la
phénoménologie quantique et ses effets paradoxaux. Attention, le terrain
est miné ! &
La suite de cette passionnante aventure est décrite
dans mon livre : Poursuivez
votre lecture dans le livre Un
siècle de Physique 1
- La Physique Quantique 340
pages, planches couleurs, préface de
Jacques Leclerc Cliquer
sur l'image pour plus de détails. Retour
à la Physique Quantique [1]
Cet article est un résumé du chapitre consacré au même sujet publié dans mon livre sur la
physique quantique. |
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