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Aussitôt les systèmes de surveillance et de détection de la radioactivité encerclant la centrale de Cattenom située près de la frontière luxembourgeoise donnèrent l'alerte. Les alarmes nucléaires se déclenchèrent également à la centrale de Crias, à Fessenheim près de Mulhouse ainsi qu'au CEA à Paris. Le 2 mai 1986 en Corse, les pompiers d'Ajaccio virent un étrange nuage, une sorte de brouillard envahir la ville, si étrange que beaucoup d'habitants eurent le réflexe de fermer leurs fenêtres et leurs volets pour éviter toute intoxication éventuelle. La presse locale s'en fit même l'écho à la une des journaux. Bien entendu les alarmes nucléaires installées chez les pompiers se déclenchèrent immédiatement. Toutefois le maire d'Ajaccio parla de la même langue de bois que les autorités de Paris et considéra qu'il n'y avait aucun risque. En effet, lorsque le Gouvernement français fut informé, il estima qu'il ne fallait prendre aucune mesure de sécurité, comme il n'en pris aucune vis-à-vis de la population autochtone travaillant à Mururoa ou à Reggane, avouant cyniquement dans le cas de l'Algérie - c'est écrit dans le texte d'un rapport d'Etat-Major - qu'il comptait sur la dispersion du nuage pour ne pas contaminer la population ! Tout le contraire d'une attitude préventive !... Et dire que notre santé est entre les mains de ces gens là ! Or dans les mois qui suivirent, les vétérinaires corses peuvent témoigner qu'ils ont observé un nombre inhabituel de graves malformations dans le bétail (veau à deux têtes, malformations congénitales, etc). Heureusement, rien de cela ne fut observé dans la population humaine. Pourtant à l'époque de l'accident, tous les pays concernés ont détecté le nuage radioactif. On releva une radioactivité 500 fois supérieure à la normale dans le nord-est de la Pologne et des doses dix fois supérieures à la normale en Suède et en Finlande. Un peu partout en Europe on pris immédiatement des mesures conservatoires; les gouvernements de Suède, d'Allemagne, de Belgique (du moins en Flandre), du Luxembourg, d'Italie et de Grèce demandèrent aux agriculteurs de retirer le bétail des pâturages, les végétaux et le lait furent contrôlés et les bacs à sable furent vidés ou décontaminés. En revanche, en Finlande qui fut le premier pays occidental touché, le Ministre des Affaires intérieures déclara qu'il n'y avait aucune raison de donner des informations, que cela ne servait à rien d'inquiéter la population. Mais il y avait une bonne raison : la Finlande utilisait deux réacteurs de type RBMK ! En France comme en Wallonie l'événement fut passé sous silence. Ainsi, le 7 mai 1986, les services officiels annonçèrent une radioactivité au sol de 740 Bq/m2 en Alsace, alors qu'à quelques pas de là, de l'autre côté de la frontière, les autorités allemandes déclaraient 10000 à 50000 Bq/m 2 ! Puisque cet accident nous touche de près, voyons cette polémique en détail car bien des événements furent passés sous silence.Fallout-il y croire ? C'est un fait grave qu'il faut dénoncer haut et fort, le Gouvernement français a sciemment ignoré le fallout et menti à la population. Les instruments de mesure indiquaient que le nuage radioactif évoluait au-dessus de la France et des pays limitrophes (Allemagne, Suisse, Luxembourg, Belgique, Pays-Bas) durant près d'une semaine entre le 29 avril et le 5 mai 1986.
On ne peut pas être plus méprisant envers la population. En agissant ainsi, ce Gouvernement d'irresponsables rejoint le clan peu recommandable des dictateurs. Qu'on ne vienne pas nous dire ensuite que la France respecte les droits de l'homme et veille à la sécurité de sa population. Elle ne l'a jamais fait depuis 1960, que du contraire ! Voulez-vous des preuves ? En voici. Le mensonge d'Etat Fin avril 1986, la Télévision française répercuta la nouvelle. La présentatrice Brigitte Simonetta annonça au bulletin météorologique de la chaîne de télévision M6 que la France était protégée du nuage par l'anticyclone des Açores qui s'était déplacé. Pour appuyer ses prévisions elle fit ajouter un signal « STOP » sur la carte de France au niveau des Alpes !! En réalité elle interpréta les prévisions et s'avança à ajouter ce commentaire qui fit plus tard grand bruit dans la presse. Aujourd'hui elle reconnaît avoir fait une erreur par incompétence mais sur le moment elle pensait bien faire. En fait, la télévision ne recevait pas ses informations de Météo France mais directement par le biais des services contrôlés par le Pr Pierre Pellerin, directeur du Service Central de Protection contre les Rayonnements Ionisants (SCPRI) sous tutelle du Ministère de la Santé. Le 1er mai 1986, sous la pression des journalistes français qui avaient déjà mené leur enquête dans les pays limitrophes et s'étonnaient du manque de réaction dans leur pays, le Pr Pierre Pellerin fut invité par TF1 pour discuter des effets du nuage radioactif de Tchernobyl. Le présentateur Jean-Claude Bourret avait également invité la physicienne Monique Sené du CNRS pour éventuellement contredire les propos mensongés tenus par Pierre Pellerin. Cette chercheuse connaissait en effet très bien le problème et comme tous les scientifiques et journalistes concernés par le sujet, elle voulait que Pierre Pellerin avoue publiquement que le nuage était bien passé au-dessus de la France et avait donc probablement contaminé la population. Tel était l'enjeu du débat. Après plusieurs minutes de discussions techniques sur les unités de mesure pour essayer de noyer le sujet, pressé par Jean-Claude Bourret, Pierre Pellerin finit par avouer que le nuage avait traversé la France. Les experts avaient effectivement observé une élévation générale du niveau de radioactivité sur le territoire français. L'information sera immédiatement reprise par la presse, notamment par le journal "Libération" du vendredi 2 mai 1986 qui titre "Tchernobyl : Le choc du nuage". Les journalistes et la population comprirent alors qu'ils avaient été bernés par le Gouvernement. La réponse de la presse sera aussi violente que le Gouvernement fut silencieux sur le sujet. Devant la gravité du problème et observant ce qui se passait dans les pays limitrophes (en Allemagne et en Belgique notamment) la phrase "le nuage s'est arrêté à la frontière" suscita une polémique. Le journal "Libération" titra "Le mensonge radioactif" en manchette de son édition du 12 mai 1986 et déclara : "Les pouvoirs publics ont menti en France [...] Le professeur Pellerin a fait l'aveu". Ultérieurement, le Pr Pellerin porta plainte en diffamation contre plusieurs médias et gagna malheureusement tous ses procès jusqu'en cassation. A se demander qui ou que protège la justice en France... Visiblement pas toujours ce que la population attend d'elle ! Suite au propos tenus par le Pr Pellerin, le Gouvernement français accusa très mal la nouvelle qui était censée rester secrète pour "ne pas nuire à l'économie du pays" comme on l'apprit plus tard, aux agriculteurs et aux industriels du nucléaire notamment. Heureusement, depuis 2003 - mieux vaut tard que jamais - on se pose enfin officiellement la question des responsabilités du SCPRI et de l'influence politique dans ces verdicts. En effet, il faut savoir que le laboratoire du SCPRI et donc le Pr Pellerin était l'une des références attitrée de l'Organisation Mondiale de la Santé (OMS). A l'époque des faits, mettre ses conclusions en doute revenait à critiquer ses compétences et à mettre en évidence les carences du Gouvernement Chirac. Aucun scientifique ne voulut l'affronter et endosser une telle responsabilité. Ce sont donc les journalistes uen fois de plus qui s'en chargèrent. Ce sentiment fut confirmé dans un article du "Figaro" le 10 juin 2003 titrant "Nucléaire : la transparence muselée" dans lequel les journalistes Fabrice Nodé-Langlois et Yves Miserey font état de pressions et censures exercées sur les scientifiques et du manque de transparence des laboratoires de contrôle. Une nouvelle fois la "raison d'Etat" tira la couverture à elle pour éviter toute sanction publique. En réalité Pierre Pellerin est responsable de cette situation à part égale avec le Gouvernement, même si quelque part il joua le rôle de bouc-émissaire.
C'est en raison de ce manque de transparence à la fois de l'Etat et du SCPRI qu'une poignée de scientifiques intègres prirent la décision de créer une commission indépendante, le CRIIRAD, dans les semaines qui suivirent afin de réaliser des mesures impartiales et objectives de la radioactivité régnant en France. Leurs résultats furent sans appel et confirmaient la toxicité des légumes et du lait durant la première semaine du mois de mai 1986. Tout d'abord très critiquée par les autorités et même insultée dans des articles et des courriers internes par certains membres du SCPRI, y compris par les fermiers qui voyaient dans cette commission parallèle un danger pour leur survie économique, le CRIIRAD a tenu bon et il faut reconnaître aujourd'hui qu'elle est l'une des rares commissions françaises reconnue sur le plan international pour son impartialité en matière de nucléaire. Cela dit, les sociétés civiles sont aussi impliquées dans cette démarche par leur manque de transparente. Voyez par exemple le tableau suivant concernant les effets d'une contamination radioactive :
Comment voulez-vous discuter dans un tel contexte, quand les autorités jugent de manière si partiale le degré de contamination des habitants... Selon le ministre François Guillaume "il est difficile de mesurer la radioactivité"... Vu son incompétence en la matière, certainement. Si au moins il nous disait la vérité... S'il nous disait au moins que les mesures ont été biaisées, censurées, qu'il s'y est mal pris ou a sous-estimé le risque. Le public ne veut que la vérité et uniquement la vérité. Ce serait déjà faire preuve d'intelligence, d'humilité et de respect envers la population. Mais il ignore sans doute la définition du terme déontologie. Prochain chapitre |
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