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Cet homme avait été placé à ce poste à responsabilité en dépit du bon sens, sur décision du Parti. Il fut condamné à 10 ans de travaux forcés mais fut libéré au bout de 4 ans pour dépression. Il mourut de vieillesse. Le contremaître en chef Anatol Dyatlov reçut une dose 3.9 Sv. Il survécut à l'accident et fut condamné à 10 ans de prison mais ne passera que 4 années en réclusion. Au cours de ses interviews il déclara que cet accident ne serait jamais arrivé si les autorités russes lui avait donné les moyens d'entretenir correctement la centrale. Sans maintenance et sans avoir l'appui des autorités, il devait avouer plus tard, sans doute désabusé : "le réacteur est voué au désastre [...] il était condamné à exploser..." Tous les experts sont d'accord sur ce point. Dyatlov mourut d'une crise cardiaque en 1995. Mais tant le directeur que le contremaître ou les techniciens de la centrale ont oublié de préciser qu'ils ont commis plus de dix erreurs techniques touchant les règles élémentaires de sécurité. Quelles que soient les excuses et notamment la pression de la hiérarchie ou l'urgence de la situation, ces règles sont justement instaurées pour garder en permanence le contrôle de la situation. Une qualité des matériaux et un contrôle inadaptés Après l'accident, on apprit que la chappe ou couvercle de protection biologique (UBS) qui recouvrait la partie supérieure du réacteur avait été baclé pour terminer les travaux dans les temps. Afin que les commenditaires touchent leur prime de rendement, l'entrepreneur avait notamment remplaçé avec zèle le matériel ignifugé prévu à l'origine par du matériau ordinaire. C'est le même soi-disant "manque de temps" qui conduisit à réaliser le test fatal 3 ans après la mise en production de la centrale. Après l'incendie, on découvrit également que toutes les lignes de télécommunications placées notamment dans le tunnel situé sous le réacteur s'étaient tout simplement volatilisées sous la chaleur émise par le magma et la fusion du réacteur (2500°C). Dans certains locaux proche du réacteur la chaleur augmenta instantanément de 50°C malgré la protection offerte par des murs en béton épais de 1 mètre ! A lire : L'accident de Tchernobyl réinterprété par la Pravda Quand on prête à la science le mauvais rôle
Impacts politiques Cet accident qui demeure le plus grave dans l'histoire du nucléaire civil (Niveau 7 sur l'échelle INES), porta un coup fatal au régime soviétique et à la politique d'ouverture et de transparence (Perestroïka et Gladnosk) timidement négociée par le Président Gorbatchev. A son tour, l'Union soviétique explosa en mille républiques en 1991. Tchernobyl révéla au monde la fragilité du pouvoir des hommes et les contradictions internes du système communiste qui est seul responsable de cet accident. En effet, les autorités avaient été averties à maintes reprises des risques qu'il y avait à ne pas assurer la maintenance du réacteur et à placer des hommes incompétents à sa direction. Mais en politique, que ce soit en Russie ou en Occident, nous savons tous que la plupart des hommes qui nous dirigent croient toujours que leur situation personnelle ou le prestige passe devant l'intérêt des populations et que leur orgeuil est supérieur à l'avis des experts. Mais une fois de plus ce sont les hommes pistonnés placés ci et là pour cirer leurs pompes au lieu de travailler qui, bien involontairement et du fait de leur incompétence, dévoilent les carences du système. Le jour où les politiciens comprendront que cette attitude appartient à une autre époque, leur cote remontera dans les sondages de même que la qualité des services publics. Tchernobyl a entraîné la première prise de conscience mondiale du risque nucléaire et, seul point positif de cet accident, il incita les Grandes Puissances à organiser la première conférence mondiale sur la réduction des armées nucléaires. Sous l'onde de choc nucléaire qui ébranla le monde, en 1991, à l'initiative du Président Ronald Reagan, le Congrès américain adopta le programme de réduction de la menace nucléaire par la coopération, le programme "Cooperative Threat Reduction" (CTR) également connu sous le nom de Loi Nunn-Lugar. Ce programme fut financé à concurrence de 1.8 milliars de dollars, dont plus de la moitié sera attribué à la Russie. Ce programme a permis immédiatement de se préoccuper de l'armement nucléaire détenu par les Etats-Unis et l'ex-Union soviétique.
Remise en service des réacteurs RBMK... Malgré cet accident, la centrale de Tchernobyl continua de fonctionner, au grand étonnement des Russes. Les autorités attendront 1991 pour arrêter le réacteur N°.2 et l'an 2000, soit plus de 14 ans, avant d'arrêter le réacteur N°.3 ! A la demande des autorités européennes la centrale a finalement été abandonnée. Mais d'autres centrales de ce type fonctionnent toujours dans l'ancien empire soviétique, notamment en Lituanie .Pire, depuis 2003, l'Europe en accord avec l'AIEA et Euratom est même sur le point d'accepter la construction de nouvelles centrales nucléaires en Russie dont certaines basées sur la même conception que celle de Tchernobyl ! Connaissant les risques et les problèmes de conception du réacteur RBMK, Greenpeace et la majorité des scientifiques considèrent que c'est un non-sens et même dangereux de remettre ce type de réacteur en production. Je pense que nous sommes tous d'accord avec eux et qu'on peut tous supporter leur action pour nous opposer à la remise en service des réacteurs RBMK.Sergeï Yankovsky, l'un des enquêteurs de Tchernobyl, avoua récemment que la CEI n'a toujours pas compris la leçon : des usines continuent à polluer la population russe disait-il, le cosmodrome de Baïkonour en fait autant, des sous-marins équipés de bombes nucléaires non armées explosent, des missiles touchent nos villes, des avions s'écrasent sur les habitations... La raison de ces accidents est toujours la même : le non respect des consignes de sécurité avec en corollaire un mépris total de la santé des populations. En Europe occidentale, Tchernobyl a conduit tous les états équipés de centrales nucléaires à relever sérieusement le degré de sécurité de leurs installations et de revoir dans le détail l'organisation de la sécurité nucléaire, notamment les plans d'urgences locaux. Nous verrons dans un autre article que sur le terrain, si certaines dispositions ont été prises, certaines avis internationaux ne sont toujours pas pris en considération (sécurité aérienne) et on constate toujours qu'il y a des dysfonctionnements et des incidents dans les centrales. Plutôt que d'entendre les autorités nous dire "on peut toujours faire mieux", pour une fois j'aimerais les entendre dire aux sénateurs ou aux ingénieurs : "faites-le !".
Après son limogeage en 1996, Gorbatchev fonda la "Croix Verte" pour aider tous les habitants Russes souffrant des séquelles de la radioactivité. Aujourd'hui Gorbatchev est un anti-nucléaire convaincu qui ne souhaite même pas à son pire ennemi ce qui est arrivé aux habitants de Tchernobyl. Le point de vue de l'AIEA A propos de l'accident de Tchernobyl, Kofi Annan, secrétaire général de l'ONU, écrivait en avril 2000 : "Il y a deux raisons complémentaires pour lesquelles cette tragédie ne doit pas être oubliée. La première, si nous oublions Tchernobyl nous augmentons le risque qu'il se produise plus de désastres technologiques et environnementaux à l'avenir. La seconde, plus de 7 millions d'êtres humains n'ont pas le luxe d'oublier. Ils souffrent encore, tous les jours, des conséquences de ce qui s'est produit il y a 14 ans. En effet, l'héritage de Tchernobyl sera avec nous, et avec nos descendants, pour les générations à venir". Svetlana Alexiyevich, écrivain Bélarus écrivait également : "Nous ne possédons pas encore l'imagination, les analogies, les mots ou les expériences pour qualifier la catastrophe de Tchernobyl". Dans l'avant-propos du rapport TORCH sur lequel nous reviendrons, Rebecca Harms, Parlementaire européenne du mouvement des Verts et l'Alliance Libre Européenne (Greens/EFA) qui avait commendité cette étude nous rappelle qu'en août 1986, quatre mois après l'accident de Tchernobyl, Morris Rosen, responsable de la Division de la Sécurité Nucléaire auprès de l'Agence Internationale de l'Energie Atomique (AIEA) faisait cette déclaration : "Même s'il y avait un accident de type Tchernobyl chaque année, je continuerais encore à considérer l'énergie nucléaire comme un intéressant type de production d'énergie".(Le Monde, 28 août 1986). Rebecca Harms commente ces propos on ne peut plus criminels et injurieux pour toutes les victimes : "Après la gigantesque explosion [équivalente à 75t de TNT] et 10 jours de violents incendies qui libérèrent deux cent fois plus de radionucléides dans l'atmosphère que les explosions atomiques d'Hiroshima et de Nagasaki, l'officier en chef de la sécurité nucléaire auprès de l'AIEA considérait qu'une répétition annuelle d'une telle catastrophe comme une hypothèse acceptable. Cet homme était le personnage le plus puissant de l'AIEA en matière de sécurité nucléaire entre 1981 et 1996, époque à laquelle il se retira en tant qu'Assistant Directeur Général pour la Sécurité Nucléaire. Stupéfiant". Harms de poursuivre : "La déclaration post-Tchernobyl de Rosen porte une lumière particulière sur l'ordre de mission de l'AIEA qui stipule que cette agence : "développe les normes de sécurité nucléaire et, sur base de ces règles, organise la réalisation et la préservation des hauts niveaux de sécurité dans le secteur nucléaire ainsi que la protection de la santé humaine et de l'environnement contre les rayonnements ionisants". Effrayant". Effectivement, si Tchernobyl fait partie de la norme que se fixe l'AIEA et ses membres pour la sureté nucléaire, l'exploitation de ce type d'énergie à de quoi nous donner des frissons et mieux vaut arrêter tout de suite ! "En septembre 2005" poursuit Harms, "lorsque l'AIEA publia deux rapports sur les effets environnementaux (coordonnés par l'AIEA) et les impacts sanitaires (coordonnés par l'OMS) de l'accident de Tchernobyl, de nombreux personnes et des ONG eurent des doutes sur les intentions de l'agence et le contenu de ces rapports. L'AIEA n'est pas neutre. Son principal rôle, tel qu'il est précisé sur son site web, est de "promouvoir des technologies nucléaires sans danger, sûre et pacifiques". Que l'AIEA travaille en coopération avec l'OMS n'est pas une coïncidence. Un accord signé en 1959 entre les deux organisations stipule : "Chaque fois qu'une organisation propose d'entreprendre un programme ou une activité sur un sujet envers lequel l'autre organisation a ou pourrait avoir un intérêt substantiel, la première partie devra consulter l'autre afin d'ajuster la question par un accord mutuel". Le terme est bien choisi : "ajuster la question". En d'autres termes, l'AIEA et l'OMS s'entendent pour ne pas entraver ni critiquer leurs politiques mutuelles, notamment en ce qui concerne le nucléaire. Cette attitude très peu scientifique et amorale visant avant tout à préserver les relations entre ces deux organisations est difficilement compatible avec la protection de la santé et de l'environnement et les droits élémentaires de chacun à vivre tels qu'ils sont inscrits dans la Convention des Droits de l'Homme. Cela revient à dire, "si nos usines de l'AIEA libèrent un nuage radioactif et tue des civils, vous à l'OMS, ne vous en mêlez pas et ignorez le problème, nous savons que cela fait partie des risques et peut se reproduire tous les ans" ! La colère de Rebecca Harms est renforcée par la remarque du médecin suisse Michel Fernex : "les conséquences sont évidentes : "Cet accord explique pourquoi le plan d'action de l'OMS pour Tchernobyl, l'IPHECA (International Programme on the Health Effects of the Chernobyl Accident), lancé seulement 5 ans après la catastrophe a été conçu par l'AIEA. Il explique pour quelles raisons les comptes-rendus de la conférence de Tchernobyl de l'OMS (Genève 1995) ne furent jamais publiés, et pourquoi le rapport interagence de l'ONU sur Tchernobyl publié le 6 février 2002 indique encore, malgré les preuves, que Tchernobyl causa 32 morts, 200 irradiés et 2000 cancers de la thyroïde (uniquement chez des enfants et des adolescents), ceux qui figurent dans les rapports de l'AIEA et de l'UNSCEAR (United Nations Scientific Committee on the Effects of Atomic Radiation) et pas ceux publiés par l'OMS et l'OCHA (United Nations Office for the Coordination of Humanitarian Affairs). Le 5 septembre 2005 un communiqué de presse de l'AIEA intitulé "Tcherbobyl : La véritable échelle de l'accident" déclarait : "Un total de quatre mille personnes pourraient avoir péri suite à l'exposition aux radiations au cours de l'accident survenu à la centrale nucléaire de Tchernobyl il y a environ 20 ans, conclut une équipe internationale de 100 scientifiques". La déclaration de l'AIEA fut largement démentie par les média internationaux et créa un tollé général parmi les experts indépendants et les organisations environnementales qui considérèrent la dépêche comme une scandaleuse minimisation de la véritable ampleur de la catastrophe. Toutefois précise Harms, "une solide critique scientifique manquait. C'est la raison pour laquelle j'ai décidé de commander une analyse indépendante des rapports de l'IAEA/OMS afin de clarifier les bases scientifiques de leurs commentaires. Les résultats de cette étude ont constitué "The Other Report On Chernobyl ", plus connu sous le nom de rapport TORCH", une analyse très documentée de 91 pages accessible à tout public. Ce rapport nous apprend notamment que l'accident de Tchernobyl fit des centaines de milliers de victimes, des dizaines de milliers d'handicapés et contamina des millions de personnes y compris en Europe de l'Ouest. Une fois de plus ce rapport confirme qu'une agence gouvernementale - et cette fois une agence internationale - nous a menti et nous cache la vérité sur les accidents nucléaires, et que 20 ans après les événements l'AIEA persiste dans son hypocrisie pour protéger le secteur nucléaire ! Mais ce n'est pas tout. Les Etats membres de l'AIEA suivant scrupuleusement sa politique et certains experts scientifiques auprès des ministères étant des représentants officiels de l'OMS, faut-il en conclure que leur point de vue est tout aussi partisan ? A vous d'établir ou nous le lien entre les parties et leurs intérêts, mais à être juge et partie, on peut difficilement rester impartial, n'est-ce pas. Les victimes En Ukraine et en Bélarus Les experts de l'ONU estiment officiellement que l'accident de Tchernobyl fit entre 4 et 22000 morts, selon qu'ils sont pour ou contre le nucléaire sans doute. Ainsi que nous venons de l'expliquer, l'AIEA prétend que 4000 liquidateurs ont succombés aux radiations. L'OMS supporte (évidemment) cette étude mais dénombre à peine 9000 victimes de cancers liés à Tchernobyl.
Selon l'institut Bélarus indépendant BELRAD, dans les territoires contaminés, 90% des enfants ont un taux de césium supérieur à 20 Bq/kg et 80% dépassent 50 Bq/kg. Or il faut savoir qu'au-delà de 50 Bq/kg, on observe les premières maladies chez les enfants. Les Bélarus n'échappent à cette dure loi : les enfants ont un rythme cardiaque anormal, des cataractes, une fatigue chronique ou des infections souvent associées à des cancers et/ou des malformations. Selon les pédiatres et notamment le responsable de l'hôpital de Kiev, le Dr Igor Komisarenko qui dut ouvrir en 1995 une section spéciale pour traiter les enfants victimes de Tchernobyl, il n'est pas rare de trouver chez les enfants des valeurs situées entre 200 et 400 Bq/kg, soit 10 fois la concentration tolérable (un homme de 70 kg est radioactif et émet naturellement 10000 Bq) ! A Narovlya, un enfant présentait même une concentration de Césium-137 de 7000 Bq/kg ! Suite à cet accident, plus de 11000 personnes furent traitées pour des cancers de la thyroïde, dont 1800 à Tchernobyl et leur nombre ne cesse d'augmenter. A lire : The Chernobyl catastrophe consequences in the Republic of Belarus E.F. Konoplya et I.V. Rolevich, 1996
L’explosion entraîna la mort directe de quelque 12500 personnes en l’espace de 10 ans tandis qu’environ 4 millions de personnes, civiles et militaires furent impliquées dans la catastrophe à des degrés divers (sans parler des 7 millions d'habitants d'Ukraine et de Bélarus) dont 70000 furent frappés d'invalidité ! Côté européen, les victimes de cancer estiment que l'accident de Tchernobyl et leur maladie n'est pas une coïncidence comme le concluent les scientifiques sur des bases épidémiologiques que tous les experts jugent très difficiles à réaliser. Sur base des statistiques nationales bélarus qui prédisent jusqu'à 270000 cancers et 93000 morts provoqués par Tchernobyl, les experts de Greenpeace ont donc demandé à l'OMS de reviser sa copie car ils estiment que les conséquences de l'explosion de Tchernobyl pourraient provoquer dans les prochaines années entre 200 et 250000 cancers et tuer près de 100000 personnes. En 2006, Greenpeace considérait les données de l'ONU sur Tchernobyl "comme une grossière simplification de l'ampleur réelle de la souffrance humaine". En Europe de l'Ouest
Aujourd'hui en Europe, à 1600 ou 2000 km de Tchernobyl, les médecins constatent que les cancers et les perturbations du métabolisme ne se sont déclarées qu'au bout de 10 voire 20 ans après l'accident nucléaire. De ce fait, le lien de cause à effet est difficile à établir. Il n'empêche que les malades européens présumés victimes du fallout ont commencé à se manifester depuis la fin des années 1990 et leur nombre pourrait doubler dans les années à venir.Selon une étude (résumé en française) portant sur les conséquences du fallout de Tchernobyl sur les cancers en Europe publiée en 2006 par le Centre International de Recherche sur le Cancer (IARC), aujourd'hui on ne peut pas encore mesurer les conséquences sanitaires de l'accident. Mais en se fondant sur des modèles de prédiction de risques élaborés à partir d’études faites sur d’autres populations exposées aux rayonnements, des tendances ont été observées. Selon la Dr Elisabeth Cardis, Chef du Groupe Rayonnements à l'IARC, "D’ici à 2065 (c’est-à-dire au cours des quatre-vingts années suivant l’accident), les prédictions tirées de ces modèles indiquent qu’environ 16000 cas de cancer de la thyroïde et 25000 cas d’autres cancers pourraient être dus aux rayonnements liés à l’accident, et qu’environ 16000 décès pourraient survenir à la suite de ces cancers". Enfin, aujourd'hui en France par exemple, selon l'IRSN la radioactivité de l'air est inférieure à l'émission moyenne naturelle (10 mSv en 2006 contre 2.4 mSv) et sera encore 10 fois plus faible vers 2010. Le risque est devenu négligeable pour la population. Précisons toutefois que si la radioactivité de l'air est tout à fait normale, elle demeure élevée dans certains aliments, notamment dans les champignons sauvages et le gibier vivant dans l'Est de la France et en Corse (ainsi que dans les Ardennes belges). On y reviendra. Etat du sarcophage Le sarcophage de la centrale de Tchernobyl constitué de plaques d'acier et de béton fut installé assez rapidement sur les fondations de l'ancienne structure du réacteur N°.4 mais dont la stabilité était inconnue. Comme tout prototype construit à la hâte, le sarcophage ne résiste pas à l'action de la radioactivité, il se désagrège, il fuit, de la poussière radioactive s'échappe par les ouvertures et de l'eau s'infiltre dans les ruines, créant une dangereuse "soupe" radioactive. Comme si cela ne suffisait pas, par endroit le sol est instable et le sarcophage risque à tout moment de s'effondrer. Un peu plus bas, sous le bouclier biologique inférieur (LBS) se trouve la masse d'uranium fondu qui reste menaçant pour les générations futures.
Selon les experts qui participent actuellement à l'élaboration du second sarcophage, il resterait au fond des ruines de la centrale 96% du stock du combustible nucléaire d'avant l'accident, soit 192 tonnes d'uranium d'une radioactivité de 7 x 1017 Bq et environ 1 tonne de plutonium radioactif. Quand on sait que 1 microgramme d'uranium peut intoxiquer 100 millions de personnes, avec une demi-vie de 245000 ans, il a des régions de Russie où la vie ne reviendra jamais. Après l'explosion et l'incendie, l'essentiel du combustible qui s'était transformé en un "magma" radioactif s'est solidifié, formant une matière constituée d'un mélange d'uranium fondu, de béton, de 30 tonnes de poussière radioactive et de 2000 tonnes de combustible. L'Ukraine n'a pas les moyens financiers pour construire un nouveau sarcophage. C'est donc à la communauté internationale qu'incombe cet ouvrage, des consortiums tels que la Banque Européenne pour la Reconstruction et le Développement (BERD), Risk & Decision Science Group (RDS) ou l'IRSN. D'ici 2010 un nouvelle enceinte de confinement hémisphérique aux allures d'abri antiatomique mesurant 257 m sur 150 m et culminant à 110 m de haut recouvrira totalement le premier ouvrage. Il faudra ensuite retirer les 200 kg d'uranium et de matière radioactive résiduelle. En 2006, la BERD avait déjà reçu 800 millions d'euros de la part de 29 gouvernements pour mener à bien cette entreprise, des donateurs majoritairement européens et des américains. Cet abri sera mobile et constitué de 20000 tonnes d'acier. Il devrait protéger le site de l'eau et de la poussière durant 100 ans ou aussi longtemps qu'il faudra pour que le Gouvernement ukrainien construire un édifice permanent pour stocker les 200 tonnes d'uranium et de plutonium restant dans les ruines. Il abritera trois bâtiments annexes qui permettront de transformer les matières contaminées (fragmentation, décontamination et un hall pour les turbines) comme indiqué ci-dessous à droite.
En théorie l'abri aurait déjà pu être construit mais vu les coûts de cette entreprise, la politique s'en est mêlée et l'Ukraine joue des coudes avec les autres partenaires pour tirer profit de cette manne éventuelle d'argent qui s'offre à elle si elle parvient à gérer le projet en interne et avec des sociétés étrangères. Aujourd'hui, la région de Tchernobyl est contrôlée par les autorités mais est libre d'accès. La centrale se visite jusqu'à 500 m du complexe où le taux de radiation impose encore une protection. Toute la région de Tchernobyl restera contaminée durant plus de 48000 ans. Plus de 12000 véhicules contaminés y compris des navires et des dizaines d'hélicoptères, sans parler des bâtiments et des déchets de toute sorte ont été abandonnés un peu partout et se dégradent lentement. Avec Tchernobyl, nous donnons un bien triste exemple de notre incapacité à nous gérer aux générations futures ! Espérons qu'ils en tirent au moins la leçon, mais j'en doute face aux impératifs économiques et aux pressions politiques.La France... Suite à l'accident de Tchernobyl, l'Europe a subit de plein fouet les effets du nuage radiotoxique. Pour de scandaleuses raisons politiques et économiques que nous expliquerons, le Gouvernement français n'a pas voulut informer sa population des risques qu'elle encourait dans les jours qui suivirent l'événement. Aujourd'hui des centaines de victimes demandent des comptes et poursuivent l'Etat français en justice. Voyons les éléments clés de ce dossier aussi lourd qu'une chappe de plomb. Qu'il serve de leçon à tous les acteurs du secteur nucléaire et aiguise le sens critique et l'éthique des plus jeunes lecteurs qui, demain, dirigerons le pays ou ses industries. Prochain chapitre |
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