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L'accident de Tchernobyl

Carte de la contamination des sols en césium-137 en 1986. Cliquer sur l'image pour les détails. Document ISPN.

Contamination française : état des lieux (VI)

Le 6 mai 1986, soit une semaine après le passage du nuage radioactif de Tchernobyl sur la France et le Bénélux, aucune ministre Français du tout récent gouvernement Chirac nommé le 20 mars de cette année, ni le ministre de la Santé (Michèle Barzach) ni celui de l'Agriculture (François Guillaume) ou de l'Intérieur (Charles Pasqua) ne s'inquiétèrent de cette situation, que du contraire. Chirac avait même laissé tombé le porte-feuille de Secrétaire chargé de la Prévention des risques naturels et technologiques majeurs géré par Haroun Tazieff. Bien mal lui en pris.

Ce jour là, le ministre de l'Agriculture devait proclamer haut et fort : "Le territoire Français en raison de son éloignement, a été totalement épargné par les retombées de radionucléides consécutives à l'accident de Tchernobyl"... Dieu sait si M.François Guillaume connaissait son sujet ! Même un météorologiste amateur sait que les poussières et les éléments radioactifs circulent dans l'atmosphère et se retrouveront quelques mois plus tard au Japon ou aux Etats-Unis, ce qui fut effectivement observé. Bien sûr la France est aveuglée par son "prestige" et son orgueilleuse estime d'elle-même pour comprendre cette notion élémentaire.

Encore aujourd'hui, François Guillaume ose prétendre que "personne ne comprend rien à la radioactivité, aux rems, aux becquerels... et que la radioactivité régnant alors en France était plus faible que celle d'une roche de granit"... Or chacun sait combien le granit émet de l'iode-131 ou du césium-137 radioactif (voir encadré plus bas) ! Du radon-222 et d'autres éléments d'accord, mais ils sont inoffensifs si on respecte un minimum de consignes. Dans le cas de Tchernobyl personne n'a eu de consignes ! L'incompétence du gouvernement Chirac a de quoi nous faire frémir !

Un ministre doit-il être à ce point irresponsable ou craindre pour sa carrière politique pour s'aventurer à prononcer de telles alléguations ?... Quant aux ministres de la Santé et de l'Intérieur (sécurité) ils ne se sentaient pas préoccupés ni concernés par cet événement majeur qui s'était produit à deux pas de leur porte... L'incompétence, la paresse, la timidité et le manque d'idées clairvoyantes caractérisent ces ronds-de-cuir qui n'ont pas leur place dans un gouvernement au service d'une nation. En voilà plusieurs qui ont fait passer leur ambition personnelle devant l'intérêt de la population ! De telles attitudes sont inqualifiables, scandaleuses et méritent une sanction exemplaire telle que leur mise à l'écart de toute responsabilité politique. Mais à la veille des élections, le public se rappelle-t-il seulement de leurs erreurs et de leur inaction ?...

Même les médecins ou les biologistes n'ont pas jugé bon de s'inquiéter des valeurs anormales qu'ils relevaient... Les rares médecins qui s'en rendirent compte ont vu leurs résultats censurés par le Pr Pellerin et n'ont pas insisté, jugeant sans doute mais à tort que les autorités en savaient plus qu'eux ! Seuls quelques fermiers bien isolés en Alsace et conscients des risques ont pris les devants en écoutant ce qui se passait en Allemagne; ils laissèrent leur cheptel à l'étable durant tout le mois de mai 1986.

Alors que Tchernobyl comptait ses victimes irradiées et que le monde entier assistait à l'agonie de la population russe, la France se croyait intouchable, à l'abri des vents dominants ! Alors qu'elle connaissait d'expérience le risque nucléaire pour avoir fait exploser des bombes atomiques en atmosphère durant deux ans et étudier les risques de tels essais, elle sous-estima le facteur météo et minimisa les résultats des mesures, refusant de voir la vérité en face !

La polémique s'accentua au fil des mois mais aucune action officielle ne fut entreprise durant près de deux ans. Profitons si l'on peut dire de ce temps-mort pour rappeler quelques notions sur la mesure de la radioactivité et la protection civile qui ont dû échapper au ministre de l'Agriculture et ses collègues français.

Revenons à présent à l'affaire en cours, les années passant et avec elles l'augmentation de la colère des Français.

A lire : Métrologie l'accident de Tchernobyl (PDF), P.Galle et al., 2002

Les véritables chiffres

A partir de 1988, sous la pression des opposants, des autorités civiles comme la Commission indépendante du CRIIRAD effectuèrent des prélèvements au sol et découvrirent que des villes comme Mélon (04), Ghisanaccia-gare (20), Clervaux-Les-Lacs (39) ou Strasbourg (37), avaient présenté en mai 1986 (les mesures relevées entre 1988 et 1992 furent reportées à 1986) des doses de césium-137 dépassant 30000 Bq/m2, plus de 200 fois supérieures à la normale ! En 1992, quelques villes présentaient encore un taux supérieur à 3000 Bq/m2.

Pour les autorités françaises le taux de césium-137 n'a jamais dépassé 5400 Bq/m2 ! Pire, les cartes de contamination radioactive ne correspondaient pas à celles établies en 1986 ! Enfin, en Corse on atteignit des doses de césium-137 de 32000 Bq/m2 ! Le lait présentait un taux de contamination de 4400 Bq/litre alors que sa vente est légalement interdite au-delà de 370 Bq/litre !

Pour ne pas effrayer la population, le gouvernement décida de ne pas interrompre la production de lait, prétendant qu'il n'y avait aucun risque pour les femmes enceintes et les enfants ! Or tout spécialiste du nucléaire aurait pu rappeler au Pr Pellerin que le risque de contamination était 10 fois plus élevé pour les enfants que pour les adultes et plus encore pour les femmes enceintes !

Mais malheureusement les faits sont là et parlent à la place des autorités qui manipulent mieux la langue de bois et le crime de lèse-majesté que les conseils avisés.

En 2002, le journaliste Jean-Michel Jacquemin publia dans son livre "Ce fameux nuage... Tchernobyl" les véritables chiffres et les cartes que le gouvernement aurait dû publier à l'époque. La critique est sévère mais à la hauteur du délit, ou plutôt du crime.

Aujourd'hui des dizaines de Français vivant dans l'Est de la France et en Corse ayant entre 4 et 10 ans à l'époque de l'accident de Tchernobyl et ayant consommé des produits du terroir (lait, légumes, gibier, champignons, etc) souffrent de cancer de la thyroïde, parfois de malformations. Un bon millier de Polynésiens sont également soignés en métropole pour des maladies directement liées à la radioactivité des années 1970 (leucémie, cancer de la gorge, malformations, etc).

Certains médecins ont parlé de fatalité... Evidemment le lien de cause à effet direct n'est pas établi, mais comme l'on dit un faisceau d'indices plaident en faveur des victimes. Il ne serait pas moral de les ignorer.

En 2002, les Verts ont demandé officiellement par décrêt que l'on dédommage les victimes, sans oublier les Polynésiennes. Le président Chirac n'a pas bougé. Devant l'inertie des autorités, timidement mais décidé à faire éclater la vérité, en 2003 l'une de ses victimes s'est constituée partie civile. En 2005, le verdict fut en faveur de la victime mais le conseiller du gouvernement fit appel de la décision; il ne reconnaît donc toujours pas la responsabilité de l'Etat français dans cette affaire ! Le procès se prolongea jusqu'en 2007 mais l'Etat eut gain de cause.

Même fin de non recevoir pour le procès du Dr Pierre Pellerin. La Chambre de l’Instruction de la cour d’appel de Paris du 7 septembre 2011 prononça un non lieu à son égard, à la fois concernant les infractions d'homicides et blessures involontaires et concernant l’infraction de tromperie aggravée.

Bref, il y a des victimes avérées mais personne n'est responsable, le gouvernement Français s'en lave les mains !

A lire : La contamination des produits agricoles (PDF de l'IRSN)

A propos des contaminés de l'Est de la France et de Corse

Sur base d'études épidémiologiques, l'Académie Nationale de Médecine française a publié en 1999 un rapport dans lequel elle stipule clairement qu'elle ne voit aucun lien entre les affections ou malformations observées aujourd'hui chez les victimes françaises ou européennes et l'accident de Tchernobyl : "Le bilan 1999 de l’United Nation Scientific Committee on the Effects of Atomic Radiation (l'UNSCEAR) concernant les conséquences de Tchernobyl conclut à l'absence d'une augmentation de la fréquence des malformations congénitales et des cancers (notamment des leucémies) sauf ceux de la thyroïde de l'enfant qui ont été observés dans les régions proches de Tchernobyl en Biélorussie, Ukraine et à moindre degré dans les provinces russes voisines".

Cet extrait exclut clairement toute contamination de la population française et européenne car les études démontrent qu'il y a autant de cancers de la thyroïde en Europe avant Tchernobyl. Mais que cela n'empêche pas les 500 victimes françaises de porter plainte contre l'Etat car, comme l'on dit, un faisceau d'indices valent bien des données statistiques. Plusieurs avocats ont d'ailleurs accepté de les aider dans leurs démarches et de les défendre.

Aujourd'hui, plus de 25 ans après les faits, tous les experts reconnaissent que la Corse notamment fut bien survolée par le nuage de Tchernobyl et que ses habitants furent vraisemblablement contaminés à différents degrés.

Mais le gouvernement ne pourra pas longtemps nier la vérité car d'autres procès sont en cours. Depuis 2004, les reportages télévisés se succèdent, notamment sur les explosions nucléaires du Pacifique. Les journalistes d'investigation font témoigner les fonctionnaires comme les civils qui furent victimes des retombées radioactives et aujourd'hui retraités qui, tous, dénoncent l'attitude criminelle du gouvernement, documents officiels à l'appui. Plus d'un ont aujourd'hui publié leurs commentaires et leurs chiffres sur Internet.

En 1986, la population française et du Bénélux fut exposée en moyenne à une dose de radioactivité d'environ 1 mSv par an. Ce sont les dépôts résiduels et les aliments contaminés (directement ou indirectement) qui contribuaient le plus à la dose annuelle.

20 ans plus tard, selon l'IRSN la radioactivité de l'air est inférieure à l'émission moyenne naturelle (10 mSv par an contre 2.4 mSv par an en 2006) et la dose efficace diminue régulièrement chaque année. C'est une très bonne nouvelle pour tout le monde. Le risque est devenu négligeable mais certains aliments, notamment les champignons sauvage et le gibier vivant dans les Ardennes, dans l'Est de la France et en Corse présentent toujours des doses supérieures à la normale, idem en Belgique (voir dernière page). Un bon conseil, n'en abusez pas.

Si les champignons crus du sud de la Belgique présentaient en 1986 une dose de Césium-137 de 10000 Bq/kg, il n'y a pas de raison que les champignons Corse aient été épargnés. Si le temps a fait disparaître la plupart des traces, la prudence reste votre alliée.

Il a fallut plus de 30 ans pour que le public connaisse enfin la vérité sur l'attitude de la France durant les tests de Polynésie, il a fallut près de 14 ans pour connaître les vrais chiffres concernant les retombées de Tchernobyl en France !

A gauche, contribution de la radioactivité en fonction des voies d'atteinte ou des aliments en France en 1986 comparée à 2006. A droite, évolution de la contamination des eaux côtières en césium-137 (c'est le radionucléide qui présente les concentration les plus élevées). Etant donné que ces aliments ou l'eau passe les frontières, on peut supposer qu'en moyenne on retrouve les mêmes valeurs en Belgique. Documents IRSN.

Aujourd'hui le public sait quelles ont été les carences du système et qui sont les responsables de la maladie qu'ils ont contracté ou qui tua leur conjoint(e). Et qu'on ne vienne pas leur dire qu'ils ont été infectés par des pesticides comme certains pronucléaires osent le prétendre ! 

La colère des victimes gronde. Environ 78000 Français de Métropole et de Polynésie sont concernés par une contamination à un degré ou un autre depuis les premiers essais nucléaires de 1960 ! Bravo la France, tu détiens une fois de plus un triste record. Mr.Chirac doit perdre le sommeil à force de pactiser avec le diable, à moins qu'il soit si inconscient qu'on le jugera irresponsable ! Mais dans les deux cas sa place n'est pas à la tête d'un Etat de droit.

La démocratie bafouée et les carences du système

Le président Chirac n'était pas en Algérie à l'époque des premiers essais nucléaires et n'était pas concerné par ce programme. Mais dès 1960 le gouvernement français n'ignorait pas les risques liés aux explosions nucléaires ainsi que nous l'avons expliqué.

Cette attitude scandaleuse qui se répétera à Mururoa mais également du chef des Etats-Unis, du Royaume Unis ou de la Russie à d'autres époques et qui conduisit des militaires et des civils à une mort prématurée met en lumière le fait que tout système à ses limites et permet des abus, comme par exemple le peu de scrupules qu'ont certaines autorités (politiques comme civiles) plus intéressées par le pouvoir et l'argent que par les appels à l'aide de leurs électeurs ou de leurs clients.

A défaut de contrôle interne efficace et régulier, nous devons donc contrôler les actions de nos représentants politiques et des autorités civiles, vérifier l'organisation, la sécurité, les chiffres, exiger ses propres dossiers médicaux et obtenir des explications car, ne l'oublions pas, la plupart de ces autorités nous sont redevables de leurs faits et gestes; votre droit de vote et vos taxes représentent aussi cette liberté de questionner les autorités.

Il n'est que légitime aujourd'hui que des actions en dédommagement soient menées par les principales victimes et que l'ONU et quelques gouvernements imposent des règlementations plus stricts et pénalisent sévèrement les auteurs coupables de délits.

Ainsi que nous l'avons expliqué, les instituts de recherches et de contrôles sont également impliqués dans ce laisser-aller car d'une part ils sont incapables d'estimer de commun accord le nombre de cas de cancer mortels suite à une contamination précise (leurs chiffres varient d'un facteur 3 selon l'institut !) et d'autre part ils sont majeurs et vaccinés et auraient pu indépendamment des autorités informer la population par voie de presse au lieu de se retrancher timidement derrière l'avis du gouvernement. Pour le nucléaire, en France, un fond de solidarité est actuellement à l'étude.

Dorénavant, quand un officiel du gouvernement vous dira à propos du nucléaire "vous n'avez rien à craindre, il n'y a aucun risque, nous contrôlons la situation", méfiez-vous, il vous ment. Telle est la conclusion sans appel qui ressort de cette enquête.

Dernier chapitre

Contamination de la Belgique en 1986

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