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Les volcans

Epanchement de lave dans le cratère du Nyiragingo en 2010.

Caractéristiques des laves (II)

Nous allons décrire les différents types de laves, leur comportement et leurs formes. Nous verrons ensuite leurs origines et leur composition qui nous permettront de mieux comprendre la stucture et l'aspect des roches qu'on retrouve partout sur la planète.

Définition

La lave (en sachant qu'il en existe de différents types) consiste en roche fondue émise par un volcan durant une éruption, qu'elle soit à l'état liquide (visqueuse) ou solide (roche ignée ou magmatique). La lave provient du manteau terrestre et se forme grâce à l'énergie thermique libérée par les réactions radioactives et notamment la décroissance des éléments en produits plus stables.

Au sortir d'un volcan, la lave présente une température d'environ 700 à 1200°C (parfois 1650°C) et est très visqueuse, c'est-à-dire qu'elle offre une forte résistance à la déformation, en particulier à la pression et aux contraintes (ses propriétés peuvent être comparées à celles d'un sirop épais ou du miel qui est plus visqueux que l'eau). Cette viscosité dépend de la composition, de la température et de l'acidité de la lave. Ainsi la viscosité diminue (la lave devient plus liquide) lorsque la température augmente ou lorsque le milieu devient alcalin (moins acide). Elle augmente également fortement lorsque la lave (ou le magma) contient plus de 40 % en volume de cristaux.

En raison de sa viscosité 100000 fois plus élevée que celle de l'eau (100 Pa.s pour la lave contre 10 Pa.s pour le miel et ~10-3 Pa.s pour l'eau à 20°C), la lave met également longtemps pour se refroidir.

Le choc thermique au contact de l'air empêche la lave de former un réseau cristallin comme la plupart des roches et sa structure devient amorphe comme celle du verre, d'où le nom de verre volcanique donné à l'obscidienne, cette roche noire brillante très commune par exemple en Amérique centrale et du sud.

Les différents types de laves

Les laves de l'écorce terrestre contiennent principalement de la silice (SiO2) dont la proportion varie en fonction du type de volcan, du gisement et de paramètres physiques sur lesquels nous reviendrons. Il y a d'une part les laves pauvres en silice (45-51 %) émises par les volcans effusifs et les laves riches en silice (>65 %) produites par les volcans explosifs. On parle de lave ou de magma intermédiaire lorsque la teneur en silice varie entre 52-65 %. A ce niveau d'analyse, on peut indistinctement parler de lave ou de roche.

- Les laves de silice sont des roches ignées que l'on classe en quatre types en fonction de leur composition chimique : 

- la lave felsique (feldspath-silice) comme la rhyolite et la dacite se forme à partir de lave très visqueuse dans des coulées ou des domes portées entre 650-750°C. Elle est associée à des dépôts pyroclastiques qu'on peut retrouver jusqu'à plusieurs dizaines de kilomètres du volcan si la lave est très chaude (>950°C). Cette lave contient une grande proportion de silicium, d'aluminium, de potassium, de sodium et de calcium formant des macromolécules (liquide polymérisé). Après son refroidissement, elle forme une roche riche en felspath (plagioclases calciques) et en quartz contenant également de la muscovite et de l'orthose.

A gauche, spectaculaire éruption strombolienne de lave fluide du stratovolcan Bárdarbunga en Islande en septembre 2014. Il fait partie d'un système volcanique couvrant environ 190x25 km et se situe exactement au sommet d'un point chaud. Il est actif depuis plus de 6000 ans et produit principalement des basaltes et de la rhyolite. A droite, émission de lave carbonatite à 500°C en 2003 par le volcan Oldoinyo Lengai situé en Tanzanie. Documents Orvar Atli Thorgeirsson/Barcroft Media et Cartsen Peter/National Geographic.

- la lave intermédiaire ou andésique contient moins de silicium et d'aluminium et plus de magnésium et de fer. Typique des volcans andins, elle se forme entre 750-950°C. Au-delà, les macromolécules se brisent et la lave devient plus fluide et à tendance à former des cristaux géants (1-100 mm de diamètre) appelés phénocristaux.

- la lave mafique (magnésium-ferique) présente une grande teneur en fer et magnésium (minéraux ferromagnésiens) et contient peu d'aluminium et de silice. Elle est généralement produite à des températures supérieures à 950°C. En raison des hautes températures, la lave est relativement peu visqueuse et faiblement polymérisée. De ce fait, elle forme des phénocristaux. Cette lave très coulante est produite par les volcans boucliers et se refroidit lentement en parcourant de grandes distances, formant d'immenses coulées et des champs basaltiques sombres s'étendant sur plusieurs kilomètres. Parmi les plus connus citons les traps du Deccan en Inde, les traps de Sibérie, la Coulée de Moïse (Moses Coulee) dans l'état de Washington aux Etats-Unis et le Cap d'Ours à l'ouest du Québec au Canada.

Les principales roches mafiques sont les basaltes et le gabbro. Ils contiennent des minéraux d'olivine, de pyroxènes, d'amphibole, de biotite et parfois quelques pourcents de magnétite. Ces basaltes constituent également le principal constituant de la croûte océanique et des croûtes des planètes telluriques (Mercure, Vénus et Mars).

A voir : 42 photos de l'Etna prises entre 2002-2014, Lovethepics

A gauche, l'éruption de l'Etna le 11 novembre 2006. Ce stratovolcan présente une caldéra et un cône pyroclastique et émet principalement des dérivés de basaltes et de la trachy-andésite, cette dernière étant typique des zones de subduction. A droite, l'éruption du Stromboli en juin 2014. Documents Wim Malfait et Salvatore Allegra/AP.

- la lave ultramafique comme la komatiite et les autres roches hautement magnésiennes contiennent 18 à 35 % d'oxyde de magnésium (MgO), soit trois fois plus que les basaltes. Cette lave s'est formée à plus de 1600°C dans la manteau. A de si haute température, la lave est aussi fluide que l'eau et les minéraux ne se sont pas polymérisés. Les roches de ce type contiennent suffisamment de minérai de nickel (sulfite de nickel) pour qu'on l'exploite à des fins industrielles.

La komatiite présente une structure unique appelée spinifex constituée de lamelles ou baguettes de cristaux d'olivine et/ou de pyroxène comme on le voit ci-dessous à droite.

La plupart des laves de ce type ont moins de 2.5 milliards d'années (fin du Précambien ou Protérozoïque). Il s'agit de komatiite métamorphique. Le gisement le plus jeune se situe sur l'île Gorgona en Colombie et est âgé d'environ 541 millions d'années.

Il faut ajouter des laves de compositions inhabituelles comme la carbonatite et la natrocarbonatite (Oldoinyo Lengai), les laves d'oxyde de fer (Kiruna, El Laco), les laves soufrées (Lastarria) formées à très basses températures (jusqu'à seulement 113° C) et les laves néphélinites (foïdites) à base d'olivine qui proviennent des régions les plus profondes du manteau et qu'on trouve principalement dans le rift est-africain (Nyiragongo) et des formations anciennes de même nature.

Comportement et forme des laves

En s'épanchant sur le flanc des volcans, les laves présentent différents aspects; certains sont lisses, d'autres rugueuses ou forment des plis cordés. Les chercheurs n'ont pas encore compris ce qui détermine un aspect plutôt qu'un autre si ce n'est qu'il semble lié au type d'activité éruptive et donc à la composition des laves.

- Laves très visqueuses :

Cette lave basaltique riche en silice atteint une température de 1200°C sur la bouche du cratère et s'écoule lentement (20 km/h). Elle piège énormément de gaz formant des vésicules (bulles). Elle peut présenter un aspect rugueux à l'image des laves aa ('a'a) d'Hawaii, de La Palma ou du Piton de la Fournaise sur l'île de la Réunion qui forment des reliefs irréguliers et chaotiques pratiquement infranchissables. Ces types de lave sont corrélés avec les éruptions explosives ou phréatiques. Comme on le voit ci-dessous à la Réunion, c'est ce type de lave qui forme des murs de plusieurs mètres de haut qui détruisent tout sur leur passage. Ce type de lave se déplaçant très lentement, elle est moins dangereuse que les laves fluides mais étant donné sa masse, elle peut fumer pendant plusieurs années après l'éruption.

A gauche, flot de lave 'a'a (très visqueuse) durant l'éruption du Piton de la Fournaise sur l'île de la Réunion le 2 avril 2007 coupant la route RN2. Le volcan qui fut actif pendant 27 jours émis également du dioxyde de soufre et les pluies furent acides, incommodant les habitants. Par endroit, la lave très chaude et très épaisse a fumé pendant 2 ans. A droite, une coulée de laves pahoehoe (peu visqueuse) durant l'éruption du Kilauea à Hawaii en août 1994. Documents anonyme et Paul Kimberly/Smithsonian Institution.

- Laves peu visqueuses :

Très fluides, elle peuvent jaillir du volcan sous forme de rivière de lave (Hawaii) ou de fontaine de lave (Islande). Elle peut également s'accumuler et former un lac de lave (Hawaii, etc.). Cette lave est composée généralement d'au moins 55 % de silice et se compose de grains fins (< 1 mm de diamètre) de nature basaltique, andésitique, téphritique, etc. En raison de sa faible viscosité, cette lave libère des gaz en permanence et forme de plus grands blocs que la lava aa. 

Les coulées fluides qui se refroidissent au contact de l'air et contenant peu de gaz forment une surface plutôt lisse appelée lave pahoehoe (Hawaii, La Palma, etc.) formée de grands lobes tandis que les laves refroidies par l'eau forment des coussins ou pillow qu'on retrouve surtout sur les versants submergés des formations volcaniques et à l'air libre notamment à Boatman Harbour en Nouvelle Zélande comme on le voit ci-dessous à gauche.

La lave pahoehoe récente présente une couleur argentée et un aspect brillant en raison de la recristallisation du verre volcanique pendant une phase d'hydratation ou d'oxydation.

L'activité des volcans est généralement calme avec peu d'émissions pyroclastiques. Ils ont également tendance à former des boucliers étendus plutôt que des cônes, ce qui explique l'étendue des champs volcaniques hawaïens dans lesquels des visiteurs se sont déjà perdus pendant trois jours.

A gauche, accumulation de coussins de lave (pillow) à Boatman Harbour en Nouvelle Zélande entre lesquels des sédiments (roches calcaires) provenant d'un ancien fond marin se sont incrustés. A droite, des laves pahoehoe se solidifiant en formant des laves cordées à La Palma aux îles Canaries. Documents M.Casty et Shutterstock.

Comme on le voit ci-dessus à droite, les laves pahoehoe peuvent également former des laves cordées en se refroissant, formant des plis et des bourrelets successifs.

Enfin, citons les laves prismées présentées ci-dessous qui forment des colonnes hexagonales perpendiculairement à la face de refroidissement. Elles peuvent former des structures en éventail comme la rosette de lave "Margarita de Piedras" visible à Ténérife dans les îles Canaries qui est le sommet d'un tunnel volcanique. Parfois elles forment des structures monumentales comme les orgues basaltiques d'Usson dans le Puys de Dôme ou ceux de Coubon en Haute-Loire en France, la "Grotte de Fingal" (Fingal's cave) située sur l'île de Staffa dans les Hébrides intérieures au nord-ouest de l'Ecosse, la Gorge de Garni en Arménie ou les extraordinaires cascades de Litlanesfoss et de Skaftafell (ci-dessous au centre) en Islande.

La plus célèbre formation de basalte est la fameuse "Chaussée des Géants" (Giant's Causeway) située à Bushmills sur la côte nord de l'Irlande du Nord présentée ci-dessous à droite. Cette formation découverte en 1693 s'étend sur 4.8 km (cf. cette carte interactive) et est formée d'environ 40000 colonnes basaltiques verticales juxtaposées dont la disposition varie entre l'allée de pavés, le monticule et la falaise. Ces colonnes basaltiques sont surgies il y a 50 à 60 millions d'années (Paléocène). Le site est classé depuis 1986 au patrimoine mondial par l'UNESCO.

A gauche, la rosette de lave "Margarita de Piedras" située à La Orotova, au centre de l'île de Ténérife, aux Canaries. Elle mesure environ 5 m de hauteur. Au centre, les cascades de basalte du Parc National de Skaftafell en Islande. A droite, un aperçu de la "Chaussée des Géants" qui s'étend sur 4.8 km en Irlande du Nord photographiée par Felipe Pitta.

Ne pas confondre ces laves fluides avec d'autres laves solidifiées d'aspect similaire mais formées par l'énergie d'un éclair tombé soit sur des roches, de la lave ou du sable en formant des gouttes de fulgurite claires ou sombres (cf. la collection Tricottet) ni avec la trinitite qui se forme à l'endroit des explosions nucléaires.

On peut aussi facilement évaluer la température de la lave en observant sa couleur : jaune (>1000°C), orange (800-900°C), rouge carmin (600-700°C), rouge foncé (400-500°C), etc. Pour qu'elle brille à la lumière du jour elle doit avoir au moins 475°C.

Les éjectas : bombes, lappilis, cendres, ponces, tuf et cheveux de Pélé

Outre les coulées de lave et les gaz sur lesquels nous reviendrons, un volcan éjecte également de la lave dans l'air sous forme d'éjectas plus ou moins compacts ou pulvérisés. Les géologues les regroupent sous le terme générique de téphras (du grec "tefra" signifant "cendres") ou pyroclastes (du grec "pyroclastos" signifiant "fragment de feu") définis comme étant des fragments de roche en fusion (lave) éjectés dans l'air pendant une éruption volcanique.

La forme la plus connue d'éjecta est la bombe volcanique ou téphra dont le diamètre dépasse 6.4 mm (2.5"). Il s'agit de très grosses scories dont la taille et le poids sont très variables et parfois très impressionnants. Ainsi aux deux extrémités de l'échelle, une bombe de 0.05 m3 (60x40x20 cm de côté et de densité 0.5) en pierre ponce pèse environ 25 kg et peut être portée à bout de bras comme on le voit ci-dessous à droite, alors qu'une bombe de basalte de 4 m3 (2 m de diamètre) peut peser jusqu'à 8 tonnes. Ejectée à la vitesse de 150 m/s d'un volcan culminant à 700 m d'altitude, elle va suivre une trajectoire balistique et atteindre 998 m d'altitude avant de s'écraser 27 secondes plus tard à 2.4 km de distance et restera compacte, chaude et molle pendant plusieurs heures.

Notons que les coulées pyroclastiques (voir page suivante) produisent également des roches qui peuvent avoir l'aspect de bombe comme c'est le cas aux pieds du Mont St.Helens.

Les bombes volcaniques présentent différentes formes (cylindrique, sphérique, fusiforme, etc.), textures (lisse, trouée, striée, en scorie, en bouse de vache, pâte à pain, etc.) et des couleurs variées qui dépendent de leur composition chimique (du clair au gris foncé/noir en passant par les nuances de brun et de jaune-vert pâle). Elles présentent une structure microlithique et se compose de plagioclases (50 %), de pyroxènes (25-40 %), d'olivine (10-25 %) et de 2-3 % de magnétite. Il est déjà arrivé qu'un géologue confondre de petites bombes en obsidianite (lave vitrifiée à la surface rugueuse) avec des tektites (météorites vitreuses). Cf. la collection Tricottet.

La pierre de lave est exploitée commercialement pour fabriquer des dalles décoratives (salle de bain, cuisine, etc.), des accessoires (mobilier, batterie de cuisine, etc.) et comme combustible pour certains barbecues à gaz.

Trois formes d'éjectas volcaniques (téphras). A gauche, une bombe volcanique de basalte vacuolaire formée par refroidissemenr rapide d'éjecta de lave au contact de l'air. Au centre, des lapillis de Haute-Loire, dans le Massif Central (F). A droite, le vulcanologue Ray Anderson soulevant une bombe volcanique en pierre ponce d'environ 60 cm de longueur pesant ~25 kg découverte en Californie aux Etats-Unis (à Long Valley, entre Lee Vàning et Mammoth Mountain, près du lac Mono, sur le versant est de la Sierra Nevada). Elle fut éjectée d'un volcan phréato-magmatique il y a environ 1 million d'années. Les indiens Mono Païutes y exploite égalemernt l'obsidienne. Documents Géologues-Propecteurs, Raynald Ethien et Ray Anderson.

Quand la taille des éjecta de lave est inférieure à celle de la bombe et similaire à celle des scories ou des graviers (2 à 64 mm de diamètre), on parle de lapilli (du latin "lapillus" signifiant "petite caillou"). 

On utilise les bombes volcaniques et des agglomérats de lapilli notamment dans la région de La Geria à Lanzarote dans les îles Canaries pour construire des murets de protection en arc de cercle (Zocos) pour abriter les plantes du vent. Ils servent aussi d'élément drainant pour les plantes.

A une échelle encore plus petite (< 2 mm), la lave devient la cendre volcanique qui a la texture de la farine ou du talc. Elle forme la principale composante des "nuées ardentes" (les nuages brûlants) des coulées pyroclastiques sur lesquelles nous reviendrons.

Quant à la pierre ponce (pumice en anglais), c'est la seule pierre qui flotte sur l'eau. Comme la bombe volcanique, elle s'est formée par la projection dans l'air de lave portée entre 500-600°C. Le dégazage a laissé des cavités microscopiques qui expliquent sa porosité et sa faible densité qui peut descendre jusque 0.5. La ponce qui est de couleur grise plus ou moins claire contient de la rhyolite, de la dacite et de l'andésite. On en trouve sur tous les volcans et a recouvert la ville de Pompei. On l'exploite également pour fabriquer de la poudre à récurer (par ex. le Cif) et pour polir les lames de couteaux.

Le tuf est une roche rhyolitique mais plus légère que la rhyolite (densité 2.51) car elle est mélangée à de l'eau. Elle est donc tendre, compacte, plus légère et plus molle que la cendre. Sa densité varie entre 1.0-1.8. Sa couleur est orangée-rouge ou jaunâtre. Il peut être composé de breccia (fragments) et présenter une densité atteignant 2.54. Lorsque le tuf forme des strates alternées avec des cendres, on parle de cinérite. Le tuf a notamment formé les paysages typique de la Cappadoce en Turquie et a été utilisé en Italie pour construire des édifices publics entre l'époque Etrusque et la Renaissance. Les célèbres Moaï de l'île de Pâques ont également été sculptés dans du tuf basaltique, plus exactement de la tholéiite (tuf saturé en silice et contenant de l'olivine).

Enfin, citons les "cheveux de Pélé" qui sont de fines aiguilles de verre de lave étirées par le vent. Elles peuvent former des pelottes. On en trouve sur de nombreux volcans.

Ces différentes laves et roches ne sont pas exclusives et sur la plupart des volcans de type strombolien éjectant des laves on peut par exemple trouver côte-à-côte des coulées de lave aa et pahoehoe ainsi que des laves cordées, des bombes et des lapillis.

Voyons à présent l'aspect minéralogique des roches ignées.

Classifications des roches ignées

Sans entrer dans les détails qui font appel à des notions de pétrologie et de géologie qui débordent du cadre de cet article, l'analyse visuelle mais surtout microscopique et chimique des laves refroidies et de manière générale des roches magmatiques continentales et océaniques permet de les classer en différents groupes. Comme toute taxonomie, ce classement est complexe mais il n'est pas difficile car pour un expert ce n'est qu'une question d'observation. On peut classer les roches en fonction de trois critères :

- Le gisement (du lieu originel de formation)

- Le mode de formation

- La composition chimique.

Leur combinaison est possible, raison pour laquelle un auteur peut classer une roche dans l'un ou l'autre groupe combiné sans le préciser et donc sans qu'il soit toujours facile de les différencier pour un amateur.

Si on classe les roches en fonction de leur gisement, il existe deux groupes :

- Les roches magmatiques

- Les roches volcaniques.

Classification simplifiée des roches magmatiques avec une représentation de leur structure en lumière polarisée. Documents Oxford Geology Group et A.Deniel adaptés par l'auteur.

Les roches magmatiques sont un terme générique désignant les roches plutoniques formées en profondeur et les roches volcaniques formées près de la surface y compris les minéraux. Cela englobe également les roches ou minéraux acides et basiques et donc pratiquement toutes les "pierres". Ces roches sont dites ignées ou endogènes par opposition aux roches exogènes formées par sédimentation ou métamophisme (transformation).

Les roches magmatiques plutoniques sont principalement représentées par les granites (95 %) et dans une moindre proportion par le gabbro, la diorite et autre syénite tandis que les roches volcaniques sont représentées par les basaltes (90 %), la rhyolite, la trachyte ou andésite et autre rhyodacite. Visuellement les deux types de roches peuvent se ressembler car toutes deux peuvent être claires ou sombres et présenter des inclusions mais une analyse pétrographique de leur structure et composition chimique lèvera le doute.

Si on classe les roches en fonction de leur composition minéralogique, le tableau devient beaucoup plus complexe car il décrit l'ensemble des minéraux et des roches. Par simplicité, les géologues ont tout de même définis des minéraux communs dits cardinaux et des minéraux accessoires tels que les oxydes et deux types de roches (plutoniques et volcaniques) également différenciées selon leur acidité. Mais même réduits de la sorte, le tableau contient encore 17 types de roches magmatiques (quartz, feldspaths alcalins, micas, olivines, granites, diorites, gabbro, basaltes, etc.). Nous allons donc nous limiter à l'essentiel, le lecteur souhaitant approfondir le sujet étant invité à consulter les liens repris en fin de 3e page.

La classification de Streckeisen.

D'un point de vue minéralogique, en 1974 le géologue et pétrographe suisse Albert Streckeisen (1901-1998) proposa la classification des roches plutoniques illustrée par le "diagramme QAPF" ou "Double Triangle de Streckeisen" qui différencie toutes les roches magmatiques à l'exception des roches ultrabasiques (par ex. la péridotite) selon qu'elles contiennent du quartz (Q, acide, sur ou sous-saturés en silice) ou des felddapths (F, alcalins ou calco-sodiques) auxquels s'ajoute la distinction du gisement plutonique (A pour feldspaths Alcalins parfois dénommé O pour Orthoclases) ou volcanique (P pour Plagioclases). Aux quatre extrémités de ce classement en losange on trouve la quartzolite ou silexite (Q), la foidolite (F), la syénite (O) et l'anorthosite ou le gabbro (P).

Quant aux roches volcaniques également appelées effusives, les critères minéralogiques permettent également de les diviser en deux groupes : les basaltes et la trachyte.

- Les basaltes. Il s'agit de roches basiques de couleur sombre qu'on retrouve par exemple sur les volcans de points chauds tels ceux d'Hawaii, d'Islande, des Acores ou de la Réunion connus pour leurs plages de "sable" noir. A l'oeil nu, la roche contient des cristaux vert-jaune d'olivine, des cristaux noirs de pyroxènes noyés dans une matrice grise ou noire de microlites (des cristaux prismatiques) et de verre. Sous une lumière polarisée, on découvre de grands fragments cristallins d'olivine d'aspect craquelé et de couleurs vives, de petits fragments de pyroxènes souvent striés en oblique et également de couleurs vives, des microlites de feldspaths blancs ou gris noyés dans une matrice noire de verre. Cette matière provient du magma issu du manteau et s'est formée à relatives hautes températures comprises entre 1100-1200°C lors d'éruptions effusives, ce qui explique la formation de petits cristaux de taille homogène.

- La trachyte (andésite). Il s'agit de roches plutôt acide de couleur claire typique des roches andines très communes au-dessus des zones de subduction. A l'oeil nu, la roche contient des fragments noirs de pyroxène, du feldspath clair noyés dans une matrice gris clair de verre. Sous une lumière polarisée, on observe des phénocristaux (des cristaux géants) colorés de pyroxène, des phénocristaux de feldspath blanc ou gris noyés dans une matrice noire de verre. Cette matière provient d'un mélange de matériaux issus du manteau et de la croûte continentale. Le magma y est plus acide et sa température de 900 à 1000°C et donc plus visqueux que les basaltes. De ce fait, la trachyte stagne généralement dans les cheminées volcaniques, formant des bouchons de lave à l'origine des phénocristaux. Ce magma est généralement éjecté violemment du volcan lors de phénomènes explosifs, les chocs mécaniques et thermiques expliquant la formation de microlites.

A voir : Classification des roches, CSTC

Rocks under the Microscope, U.Oxford/OESIS

Photomicrographies de lames minces (~30 microns d'épaisseur) de roches d'origines très différentes photographiées en lumière polarisée. Les échantillons mesurent entre 0.2 et 5 mm de longueur. A gauche, de l'augite (roche mafique), un basalte alcalin constitué d'olivine et de pyroxènes noyés dans une matrice sombre de verre. A sa droite, de la komatiite (roche ultramafique) révélant la texture de spinifex. A droite du centre, du jaspe océanique. Les agrégats sphériques de quelques millimètres de diamètre sont le résultat de l'altération et d'un saturation en silice (silicification) de coulées de tuf ou de rhyolite (roche felsique). A droite, de la péridotite (roche métamophgique granitoïde située près de la zone Q du diagramme AQPF) riche en cristaux d'olivine (jusqu'à 90%) et de pyroxènes. Documents Henry Bertrand/ENS-Lyon et Bernado Cesare/U.Padoue.

On retrouve des structures équivalentes dans les roches métamorphiques y compris dans les météorites à la différence que les roches ou les cristaux portent des noms différents (par exemple porphyroblastes au lieu de macro ou phénocristaux, histoire que les experts d'une discipline restent bien isolés dans leur petit club fermé !). On reviendra en détail sur la composition primordiale du système solaire et de celle des météorites.

En raison de leur structure interne particulière, l'étude des laves permet de connaître la fluidité du magma, sa pression, sa vitesse d'ascension dans la cheminée volcanique, le temps qu'il a séjourné dans la chambre magmatique et indirectement l'orientation du champ magnétique local grâce à l'orientation des grains de magnétite qui a été figée après le refroidissement.

Nous n'aborderons pas ici les roches sédimentaires et métamorphiques dont la nature et la formation dépendent d'autres mécanismes que purement magmatiques.

Venons-en à présent aux phénomènes les plus dangereux associés aux volcans, les lahars, les coulées pyroclastiques et les émissions de dioxyde de carbone et de dioxyde de soufre.

Dernier chapitre

Les émissions volcaniques

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