|
|
L'astronautique Navettes et stations permamentes (III) Après la chute de Skylab en 1979, la NASA ne disposait plus de laboratoire orbital et de lanceurs économiques. Entre-temps la NASA avait déjà dessiné les plans d'un nouveau lanceur, la fameuse navette spatiale qui effectuera ses premiers vols d'essai entre février et octobre 1977 au centre Dryden de la NASA.
La navette spatiale effectua son premier vol habité le 12 avril 1981 (voici une vue plus générale). C'était le vol inaugural de Columbia emportant à son bord le Commandant John W. Young et le pilote Robert L. Crippen. Vingt ans plus tard la navette spatiale américaine accomplissait son 100eme vol spatial. A lire : Les moyens de propulsion de la navette spatiale
Mais cet anniversaire laissait un goût amer; la navette coûtait cher, elle n'était pas totalement fiable et avait provoqué la mort de deux équipages, ceux de Challenger et de Columbia. Ce type de lanceur contenait malgré quelques bonnes idées que la NASA retiendra pour son futur programme Constellation. A la même époque, afin d'acquérir son indépendance spatiale vis-à-vis des Etats-Unis, en 1978 l'ESA débuta son programme de vols habités. L'ESA lança avec succès sa première fusée Ariane 1 le 24 décembre 1979 Fin 1983, l'Europe disposait du Spacelab et l'Union Soviétique restait dans la course avec ses stations permanentes Saliout jusqu'en 1985, remplacées ensuite par Mir. La station Mir servit de laboratoire scientifique entre 1986 et 1999 et sera occupée en permanence à partir du 8 septembre 1989. Si les Américains se sont spécialisés dans les vols habités, c'est le cosmonaute russe Valeri Poliakoles qui détient le record de séjour en orbite avec 438 jours passés dans la station Mir en1995. Mais en 1997, rien ne va plus et signe la fin de Mir. Le 25 juin 1997, le vaisseau de ravitaillement Progress heurte le module Spectre qui fournit une grande partie de l'énergie de la station grâce à ses panneaux solaires. La paroi du module est perforée, obligeant les cosmonautes à refermer le sas et privant ainsi la station d'électricité. Le 14 juillet 1997, le cosmonaute Tsibliev connaît des problèmes d'arythmie cardiaque. Deux jours plus tard, l'alimentation électrique de la station est débranchée par inadvertance, plongeant Mir dans le noir et lui faisant perdre le sens de l'orientation. Le 5 août 1997, les deux générateurs d'oxygène tombent en panne. Plus tard, ce sera l'ordinateur de bord. Et la série noire continue... En 1998, le Président russe Boris Eltsine décida d'augmenter de 19% le budget du secteur spatial afin de financer la participation de la Russie à la future station Alpha et pour maintenir Mir en bon état. Les Russes signèrent d'autres accords, notamment dans le cadre de programmes nucléaires, profitant de la coopération spatiale russo-américaine, ce qui leur permet d'obtenir des crédits. Mais Mir était à bout de souffle. Prévue pour durer cinq ans, Mir fit preuve d'une remarquable résistance en servant trois fois plus longtemps que prévu. La station Mir finira par retomber sur Terre le 23 mars 2001. La coopération américano-russe permet également à la NASA de justifier l'énorme budget qu'elle voulait consacrer à son projet de station orbitale 100 milliards de dollars de l'époque que l'agence américaine avait largement sous-évalué. La station Alpha qui sera ensuite appellée Freedom devait être opérationnelle en 1996. Mais le démantèlement du programme spatial soviétique a contraint tous les participants à plancher sur un nouveau projet : ISS La Station Spatiale Internationale ISS est constituée d’éléments modulables américains, russes, japonais, canadiens, européens et brésiliens. Ses dimensions hors tout sont approximativement de 90 x 70 m. Sa construction commença fin 1998 et nécessitera 45 lancements américains et russes pour un budget global d'ingénierie de 100 à 150 milliards de dollars (au moins 40% de plus que le programme Apollo). A voir : Les colonies spatiales en images (dont ISS)
La station ISS fut habitée dès octobre 2000 tandis que sa construction devrait être terminée en 2010, en retard sur le planning initial en raison de l'accident de Columbia survenu en 2003 (celui de Columbia en 1986 est antérieur de 12 ans au projet de station spatiale) qui cloua les trois dernières navettes au sol, le temps nécessaire pour mener l'enquête sur l'accident et proposer de nouvelles mesures drastiques de sécurité. Les modifications apportées aux navettes coûtèrent plus d'un milliard de dollars ! Après deux ans et demi d'attente, la navette Discovery décolla finalement le 26 juillet 2005 et rejoignit la station ISS. Mais de nouvelles tuiles étant tombées du réservoir externe au cours du décollage, la NASA reconnut que les conditions de sécurité n'étaient pas optimales et décida une nouvelle fois de suspendre tous les vols des prochaines navettes jusqu'à ce que ce problème technique soit résolu. Ces échecs consécutifs ont constitué une vraie tuile qui porta un coup au prestige de la NASA. Pire encore, ce nouveau délai reporta d'autant l'assemblage et la mise en service du laboratoire européen Columbus et du japonais Kibo, car sans navette on ne pouvait plus accéder à la station orbitale sauf par le biais d'une mission russe. Rappelons que l'Europe a investi 10 ans de recherche et 1.3 milliards d'euros dans le module Columbus et que chaque année de retard coûta 1 milliard de dollars à la NASA ! Heureusement, la navette repris du service en juillet 2006 et le laboratoire Columbus put finalement être arrimé à ISS en février 2008. Ce laboratoire capable d'accueillir trois scientifiques servira au moins durant 10 ans. En attendant, même si le taux de réussite du programme américain atteint 96%, les navettes américaines sont sur la sellette. S'il venait à se produire un nouvel accident, les navettes seraient définitivement clouées au sol. Elles représentent les appareils les plus complexes jamais assemblés avec plus de 2.5 millions de pièces et 2020 boutons de contrôles et écrans d'affiche dans le Fligh Desk, elles sont très chères et elles ne sont pas totalement fiables. Elles ne sont pas rentables non plus. Elles ont englouti 30 milliards de dollars actualisés - cent fois plus que les Soyouz - pour faire office d'avion-cargo, assurant la maintenance des satellites et la liaison avec la station Mir aujourd'hui disparue, autant de "vols d'entraînements" avant d'effectuer la navette entre la Terre et la station ISS. Mais il est probable que le jour où ISS sera terminée, les navettes de la première génération seront à bout de souffle et seront remplacées par des véhicules de transport plus économiques, plus petits et mieux sécurisés (ATV, LRV et autre CEV Orion). A lire : Astronaut biographies (NASA/JSC) - Spacefacts Ceci dit, depuis les années 2000 des voix s'élèvent parmi les astronautes et des responsables de la NASA sur l'utilité de la station ISS, le fait qu'elle ne serait plus une priorité et ne serait finalement pas une bonne solution. Bien qu'on en parle sur les radios américaines, ce n'est pas encore un sujet de discussion dans les hautes sphères de l'administration américaine; l'assemblage d'ISS se poursuit - à condition d'avoir un moyen de transport. Etant donné que le programme des navettes spatiales américaines viendra à échéance en 2010, la NASA laissera aux Russes (Vaisseau Progress), aux Européens (ATV) et aux Japonais (HTV) le plaisir de s'occuper de l'entretien de la station ISS. Après cette date, les astronautes américains comme des autres nations rejoindront ISS en passant par le cosmodrome de Baïkonour et le module Soyouz TMA. Prochain chapitre
|
||||||||||||||||||||||||||