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La Bible face à la critique historique

La fraternité étendue au sens où l'entend Jésus : "Voici ma mère et mes frères. Quiconque fait la volonté de Dieu, celui-là m'est un frère et une soeur et une mère" (Marc 3:31-35, Matthieu 12:46-50). Document Watchtower.

Les frères et soeurs de Jésus

Outre Jésus, Marie aurait encore eu par la suite six enfants, dont quatre fils et deux filles, nés soit de Joseph soit de son frère Clophas (qui signifie "remplacer" ou "changer") dont seul Jean évoque l'existence (Jean 19:25). Ce père adoptif est également appelé Alphée en grec et aurait assumé la fonction paternelle après la mort de son frère Joseph. En effet, la tradition du lévirat (propre au mariage avec un frère du défunt) voulait que le frère célibataire épouse sa cousine veuve (Marie) et adopte ses enfants, et si elle n'en avait pas il devait obligatoirement lui faire un enfant.

On pense que Jésus était le frère aîné de la famille et étant donné que Joseph disparut ensuite des Évangiles et n'est pas présent au bas de la croix, on suppose qu'il est décédé entre-temps, étant probablement assez âgé.

Le Nouveau Testament évoque quatre hommes comme étant les "frères" de Jésus : le plus connu est Jacques dit le Juste qui fut le chef de l'Église de Jérusalem dans les années 50, Joses (Joseph), Simon et Jude : "Celui-là n'est-il pas le charpentier, le fils de Marie, le frère de Jacques, de Joses [Joseph], de Jude et de Simon ? Et ses soeurs ne sont-elles pas ici chez nous ?" (Marc 6:3, Matthieu 13:55). Quant à ses éventuelles soeurs, les textes canoniques ne donnent pas leur nom.

Jacques le Juste

Pour Jésus, Jacques occupait une place à part et le surnommait le "bien-aimé. Il était également très apprécié des apôtres pour sa droiture et sa sagesse. Paul qui fut historiquement le premier à évoquer Jésus et ses frères (vers l'an 50), fait allusion à plusieurs reprises à ce frère particulier : "Jacques, le frère du Seigneur" (Galates 1:19) ou "Annoncez à Jacques et aux frères" (Actes 12:17), sachant que Jacques dirigea la communauté des apôtres après la mort du Christ et à sa demande. En effet, l'Évangile selon Thomas découvert à Nag Hammadi et datant de 140-250 déclare dans son 12e logion ou parole : " 'Nous savons que tu nous quitteras. Qui sera notre guide alors ?' Jésus leur dit : 'Où que vous alliez, vous irez vers Jacques le Juste, pour qui le ciel et la terre ont été créés'". C'est la plus ancienne source que nous possédons confirmant que Jésus donna la direction de la communauté des apôtres à son frère Jacques. Rien d'anormal après tout que Jésus transfert le rôle de chef de famille à son frère cadet.

Icône représentant l'apôtre Jacques, Iakovos, par l'Église orthodoxe. Comme son frère Jésus, il mourut en martyr.

Jacques fut surnommé le Juste par l'écrivain Hégésippe en 115 et par le Père de l'Église Clément d'Alexandrie en 150. A cette époque, alors que toute référence à Jésus s'estompait au profit du symbole qu'il représentait, le qualificatif "Juste" et la référence au "ciel et la terre" sont une réminiscence de la tradition juive qui prétend que le monde n'existe et ne continuera d'exister que grâce à la vertu exceptionnelle de quelques êtres essentiels à l'équilibre du monde. Le lien de sang prévalant sur l'amitié, c'est probablement la raison pour laquelle Jésus choisit son frère de sang plutôt que Pierre ou quelqu'un d'autre pour poursuivre son oeuvre. De plus, selon les textes, son frère était plus calme et s'emportait moins vite que certains autres apôtres. Toutefois, nous verrons à propos de la querelle paulienne que la vision de Jacques et celle de Paul ont rapidemenrt divergé, au point que la Grande Église adopta la vision paulienne et écarta la plupart des textes de Jacques, jugés non oecuméniques et pro-juifs. On y reviendra.

Si les apôtres confirment que Jésus avait des frères, Marc et Matthieu rapportent que pour Jésus la fraternité avait un sens plus large : "Il y avait une foule assise autour de lui et on lui dit : 'Voilà que ta mère et tes frères et tes soeurs sont là dehors qui te cherchent.' Il leur répond : 'Qui est ma mère ? et mes frères ?' Et, promenant son regard sur ceux qui étaient assis en rond autour de lui, il dit : 'Voici ma mère et mes frères. Quiconque fai la volonté de Dieu, celui-là m'est un frère et une soeur et une mère" (Marc 3:31-35, Matthieu 12:46-50).

Toute la difficulté est de corroborer ces affirmations avec des faits (par exemple des traces génétiques communes dans d'éventuels ossements de Marie, Joseph et leurs enfants) et avec le texte biblique qui prétend que Jésus fut engendré par la volonté divine. Car le problème est bien qu'il s'agit d'un récit sacré qui ne s'appuye que sur des prophéties de l'Ancien Testament (la tradition juive) et des miracles décrits dans le Nouveau Testament.

Il faut insister que le fait que parmi les quatre évangélistes, seuls Matthieu et Luc décrivent les circonstances de la venue au monde de Jésus alors que Marc et Jean (la communauté johannique) commencent leur évangile lorsque Jésus est déjà adulte. On peut en déduire que soit la naissance et l'enfance de Jésus n'avaient rien de particulier pour Marc et Jean soit que le sujet de leur évangile portait sur la parole du Christ et non sur la biographie de l'homme.

Mais il est curieux pour ne pas dire interpellant que les auteurs du texte le plus ancien et du plus récent n'évoquent pas la "conception virginale" du Christ alors que les deux autres évangélistes considèrent cet évènement comme extraordinaire. Sachant que seule l'Église catholique insiste sur le terme "Saint-Esprit", une conclusion que nous avons déjà évoquée à propos du dogme se démarque parmi les autres : il n'y a jamais eu de "conception virginale", une notion plus proche du mythe que de la réalité.

Le vitrail de la parabole du "Fils prodigue" des Évangiles (Luc 15) présenté dans le choeur de la cathédrale de Chartres. Cette parabole rappelle que le pêcheur ne doit jamais désespérer de recevoir un jour le pardon du Père, de Dieu. C'est la même raison qui fait dire à Jésus que tous les hommes et femmes ayant la foi sont ses frères et soeurs.

On retrouve ici la même idée que dans l'Ancien Testament évoqué précédemment et la plupart des récits mythologiques ou sacrés dans lesquels des souverains ou des surhommes sont nés de parents humains avec l'intercession d'un dieu. On retrouve cette idée avec la naissance légendaire de Romulus et Remus, fondateurs de Rome en 771 avant notre ère, dont la mère Rhéa Silvia est tombée enceinte des oeuvres divines de Mars.

Comme le rappelle Guéshé Kelsang Gyatso dans son "Introduction au Bouddhisme" (2004) c'est également le cas de Bouddha né en 624 avant notre ère. Sa mère, la reine Mayadévi rêva qu'un éléphant blanc descendit du Paradis et entra dans son ventre. L'enfant ainsi conçu était un être pur et puissant. A sa naissance, certains signes indiquèrent qu'il pouvait "devenir soit un roi [...] régnant sur le monde entier soit un bouddha pleinement illuminé".

Vu sous cet angle, l'histoire de la conception miraculeuse de Jésus est suffisamment extraordinaire pour être considérée comme une légende inventée pour embellir l'arrivée du Messie qui, sans ce contexte, serait trop banale dans l'esprit des fidèles, non conforme à la venue du "Fils de l'homme" prédit par les prophètes (on y reviendra) et qu'on imagine facilement entouré de sa Gloire (que l'Église a représenté par les Anges) comme le décrit la Bible. Et à l'inverse, fidèle à l'humilité de Jésus, sa naissance dans une grotte-étable présente suffisamment de réalisme pour répondre à ses détracteurs.

Bref, cette conception divine de Jésus fait partie de ce style littéraire théologique antique visant à accréditer le caractère extraordinaire du personnage et de sa destinée, une explication aujourd'hui acceptée par la plupart des spécialistes. Bien entendu l'Église refuse cette explication rationnelle tout en reconnaissant la nature sacrée des textes bibliques, la conception de Jésus par l'entremise du Saint-Esprit étant au coeur du dogme au même titre que la résurrection.

Mais cette théologie eut des conséquences parfois dramatiques sur la vie des chrétiens. Il y eut d'abord le crédo décrit précédemment dont tout écart était synonyme de blasphème voire d'hérésie puis l'obligation de respecter tout au long de l'année et à la lettre le calendrier des fêtes lithurgiques et leurs contraintes. Mais pire encore pour un esprit libre de tout carcan doctrinaire, il y a la question de la sexualité de Jésus et de ses parents. Pour l'Église, étant donné que Jésus est le Fils de Dieu né de l'oeuvre du Saint-Esprit, toute une série de conséquences doivent (c'est toujours d'actualité) logiquement en découler. Depuis les premiers conciles, les papes ont essayé de convaincre les fidèles que les parents du Christ, Marie et Joseph devaient obligatoirement être aussi purs et dignes que leur fils et Seigneur, des saints personnifiés ignorant jusqu'au sens même du mot sexe, un sujet que l'Église classa rapidement parmi les tabous. Par conséquent, on ne sera pas étonné d'apprendre que la sexualité a toujours été considérée comme "l'oeuvre de Satan" par le clergé, un "mal" juste nécessaire pour assurer la descendance du nom du père (comme c'est d'usage dans de nombreuses traditions). Cela fut toujours le cas, au point qu'encore au milieu du XXe siècle les petites filles des écoles catholiques étaient réprimandées si elles jouaient avec des poupées n'ayant pas de culotte, dans certains milieux chrétiens très conservateurs le culte exige qu'hommes et femmes soient séparés, et il y a encore quelques années dans les écoles catholiques garçons et filles ne pouvaient pas étudier sur les mêmes bancs ! Si ce ne sont pas des idées sectaires réglementées par une doctrine et de l'obscurantisme avec une négation même de ce qu'est la vie, cela y ressemble.

L'ossuaire de Jacques (ossuaire de Silwan)

Le fait que Jésus aurait eut des frères et soeurs reste au conditionnel car le Nouveau Testament n'est pas explicite et donc les experts sont partagés sur la question. Des écrits apocryphes présentent Joseph comme étant veuf au moment où il épousa Marie. Selon certains auteurs, Joseph et sa famille étant nazôréens, ils respectaient les règles du naziréa, dont l'une est le vœu de chasteté. Dans ce cas, et n'eurent pas d'autres enfants. Mais sur base ne fut-ce que des Évangiles précités (Marc 6:3, Matthieu 13:55), d'autres experts ne partagent pas cette théorie.

Une découverte va dans le sens que Marie et Joseph auraient eu une grande famille, ce qui invalide aussi le troisième dogme de la virginité perpétuelle de Marie. Comme évoqué précédemment, en 1980 des archéologues découvrirent la tombe de Talpiot à Jérusalem sur laquelle nous reviendrons. La tombe contenait dix ossuaires dont un est aujourd'hui manquant dont six comportent les inscriptions correspondant à Joseph, Marie, Matthieu, Jésus fils de Joseph, Judas fils de Jésus et Marie-Madeleine/Marthe (corrigé aujourd'hui en Marie et Marthe). On fit immédiatement le rapprochement avec la famille de Jésus puis l'affaire en est restée là faute de disposer de tous les éléments historiques et génétiques pour confirmer l'authenticité des objets et tous les liens ou non liens de parenté entre les personnes.

Puis, en 2000 l'archéologue James D. Tabor de l'Université de Caroline du Nord à Charlotte et son équipe découvrirent dans la vallée d'Hinnom, près du village de Silwan (Siloé) situé à 1 km au nord de la vieille ville de Jérusalem connu pour abriter des tombes antiques, les fragments de vingt ossuaires dont certains contenaient encore des squelettes. Dans l'un des caveaux, dans une niche (loculus) se trouvait un squelette encore recouvert de son linceul (un fait rare) qui n'avait pas été déplacé dans son ossuaire comme le veut la coutume (après la décomposition du corps, environ un an après la mise au tombeau, les os du défaut étaient déposés dans un coffre taillé dans le calcaire d'environ 50x30x30 cm (de la longueur d'un tibia et aussi large qu'un crâne). Trois des ossuaires comportaient des inscriptions dont le prénom de Marie en araméen mais sous sa forme latinisée "Maria" et peut-être celui de "Salomé" (qui selon la Bible est la soeur de Marie). Ces objets furent datés du Ier siècle de notre ère. Ce type de sépulture fut en usage à Jérusalem entre l'an 10 et l'an 70 de notre ère.

A voir : Alphabets phénicien, grec, araméen et hébreu - Vieil alphabet araméen

L'"ossuaire de Jacques" ou "ossuaire de Silwan" découvert en 2002 et datant du Ier siècle. Il mesure 50.5 cm de longueur, 25 cm de large et 30.5 cm de haut. Il porte l'inscription en vieil araméen "Ya'akiv bar Yosef akhui di Yeshua", c'est-à-dire "Jacques, fils de Joseph frère de Jésus" dont voici l'agrandissement et la transcription à droite établie par Ada Yardeni de l'Université Hébraïque de Jérusalem. Après dix ans d'expertises, son authenticité ou la contrefaçon n'a pas pu être établie au grand désarroi des experts. Cet ossuaire contient des ossements ainsi que celui portant l'inscription "Marie". L'analyse ADN de ces ossements n'a jamais été autorisée sous prétexte que l'ossuaire était un faux. En revanche, les ossements trouvés dans les ossuaires attribués à Jésus fils de Joseph et à Marie-Madeleine/Marthe (ou plutôt Marie et Marthe) furent analysés. Les résultats montrent qu'ils n'ont pas de lien de parenté génétique. Mais cela ne prouve pas grand chose. Documents Biblical Archaeologic Society adaptés par l'auteur.

Les archéologues n'ayant pas eu le temps de fouiller toute la tombe et contraints de revenir lors d'une autre compagne de fouilles, dans les mois qui suivirent des fragments d'ossuaires sont apparus clandestinement (car punissable par la loi) sur le marché des antiquités de Jérusalem. Parmi ceux-ci, en 2002 la Biblical Archeological Review annonça la découverte d'un ossuaire en calcaire présenté ci-dessus datant du Ier siècle. L'épigraphiste André Lemaire de l'EHESS déjà cité y reconnut l'inscription en vieil araméen : "Ya'akiv bar Yosef akhui di Yeshua", c'est-à-dire "Jacques fils de Joseph frère de Jésus". Après enquête, on annonça que "l'ossuaire de Silwan" provenait de la même tombe que celle découverte par Tabor et son équipe.

En 2015, le géoarchéologue Aryeh Shimron confirma grâce à des tests géochimiques que l'ossuaire de Jacques provenait de la tombe de Talpiot. Toutefois, certains indices comme les dimensions et l'aspect de l'ossuaire sont en contradiction avec les données du catalogue de Levi Rahmani ou avec l'état des autres ossuaires de la tombe de Talpiot bien mieux conservés. On y reviendra.

Selon les analyses de l'épigraphiste Alain Lemaire, la graphie de l'inscription correspond à celle en usage durant les deux premiers tiers du Ier siècle, et plus précisément la forme cursive du aleph, dalet et yod constituent un indice en faveur d'une datation plus proche de l'an 70 que du début de notre ère.

En soi, ces noms pris individuellement ne veulent rien dire car à l'époque du Christ et dans cette région, "Marie" était le prénom féminin le plus commun et "Joseph" était le second prénom masculin le plus commun après "Siméon". Quant à "Jésus", c'était également un prénom commun. La coïncidence avec le Nouveau Testament et la famille de Jésus était toutefois troublante, d'autant que c'était la première fois qu'on découvrait une pièce d'archéologie mentionnant le prénom de Jésus.

Critique de l'interprétation

Cette découverte fit évidemment la manchette de tous les journaux mais son authentificité fut remise en question, notamment la seconde partie de l'inscription "frère de Jésus" qui pour certains experts paraissait plus brute et plus récente et donc considérée comme l'oeuvre d'un faussaire. Celui-ci fut rapidement identifié comme étant a priori le collectionneur et marchand d'art Oled Golan qui avait mis l'ossuaire de Silwan en vente. Après des années d'enquêtes et de contre-expertises, un procès en contrefaçon s'est ouvert en 2012. Malgré toute la science mise en oeuvre pour tenter de prouver que l'ossuaire était authentique ou l'oeuvre d'un faussaire, après 116 audiences, les témoignages de 113 témoins et la constitution d'un dossier de 12000 pages, le verdict du juge conclut que "rien ne prouve qu'il s'agit d'un faux et rien ne prouve qu'il soit forcément authentique" et Oled Golan fut acquitté.

L'ossuaire de Jacques présenté durant l'exposition organisée en 2002 par le Musée Royal d'Ontario. Document Brian Boyle/ROM.

Comme l'a résumé Tabor : "il ne fait guère de doute que l'urne avait jadis contenu les restes d'"un certain Jacques", fils d'"un certain Joseph" et frère d'"un certain Jésus", décédé et enterré au Ier siècle de notre ère". Même si statistiquement il y a peu de chance qu'on retrouve ensemble dans la même tombe datant du Ier siècle les ossements de Jacques auprès des prénoms de Jacques, Marie, Joseph et Jésus, on ne peut pas affirmer sans autre preuve qu'il s'agit des restes de Jacques, frère de Jésus de Nazareth et ceux de sa mère, Marie. Pour cela il faudrait analyser leurs ossements, s'assurer qu'ils n'appartiennent pas à plusieurs défunts et comparer leur ADN. A ce jour, nous possédons quelques fragments d'os trouvés dans les ossuaires attribués à Jacques, Marie, Marie-Madeleine (Marie et Marthe) et Jésus fils de Joseph.

En 2003, les archéologues James Tabor et Shimon Gibson avaient demandé l'autorisation d'effectuer une analyse génétique des fragments d'os attribué à Jacques et ceux attribués à Marie. A l'époque, le directeur des Antiquités israélienne avait interdit cette analyse sous prétexte que l'ossuaire était un faux. Toutefois, en 2006 une analyse de l'ADN mitochondrial  (celui uniquement hérité de la mère) fut autorisée sur les ossements attribués à Jésus fils de Joseph et à Marie-Madeleine/Marthe. Les analyses furent réalisées par l'anthropologue et expert en paléo-ADN Carney Matheson de l'Université de Lakehead au Canada. Selon les propres mots de Matheson, les résultats montrent que "ces deux personnes n’avaient pas de lien maternel". Un mauvais enquêteur qui bâclerait son analyse dirait que celle qu'on appelle la "deuxième Marie" n'est donc pas la mère ni la soeur de Jésus. En revanche, vu qu'il existe des textes évoquant la descendance de Jésus dont l'inscription "Judas fils de Jésus", on peut penser que la présence de Marie-Madeleine/Marthe dans la tombe familiale est le résultat d'une alliance matrimoniale. Mais nous verrons à propos de la tombe de Talpiot (voir la guerre des experts) que cette conclusion était hâtive et ne respectait pas la démarche scientifique bien plus prudente et sceptique.

Malgré les critiques, suite à ces découvertes, l'idée se renforça dans l'esprit de Tabor et les partisans de sa théorie que la tombe de Talpiot était probablement le caveau familial de Jésus de Nazareth et par la même occasion que Jésus et Jacques étaient probablement frères ou plus exactement demi-frères et que Judas était bien le fils de Jésus.

Mais même si l'hypothèse d'un lien de parenté entre Jacques et Jésus est vraisemblable, nous verrons à propos que l'existence des ossements de Jacques dans un ossuaire n'est pas possible car son corps fut inhumé en pleine terre à Jérusalem après sa lapidation en l'an 62 et aucun texte ne précise que ses ossements furent déterrés et placés dans un ossuaire. De plus, cela ne se pratiquait jamais à l'époque comme aujourd'hui on ne déterre jamais un défunt pour l'incinérer et le mettre dans une urne; ça ne sert à rien et cela occasionne des frais inutiles. C'était déjà le cas à l'époque de Jésus. L'existence des ossements de Jacques dans un ossuaire pose donc plus de questions qu'elle n'en résout quoiqu'en dise Tabor. On y reviendra.

Frère de sang et frère par alliance

Plus étonnant, comme nous l'avons vu, plusieurs textes suggèrent que Jésus et Marie-Madeleine avaient une relation intime et auraient eu un enfant appelé Judas (Yehudah bar Yeshua) dont on retrouve le nom sur l'un des ossuaires de la tombe de Talpiot. Aujourd'hui, ces théories restent controversées et le resteront tant que les archéologues et paléogénéticiens ne découvriront pas d'autres pièces historiques à verser au dossier et en particulier des preuves génétiques.

La question de la fraternité de Jésus fut bien entendu examinée par les différentes Églises. Ce n'est un secret pour personne que dans tout le Moyen-Orient et en Afrique, tout le monde est qualifié de "frère" sans qu'il y ait obligatoirement un lien de sang. En effet, dans le contexte de la doctrine cela ne change rien aux traductions de la Bible car dans la Bible hébraïque, le mot "frère" (hâ) désigne également les relations éloignées comme les cousins. De plus, dans certains passages, la Septante rédigée en grec utilise également le mot "frère" (adelphos), un terme d'autant plus accepté que les Évangiles furent directement rédigés en grec. On ne peut donc pas affirmer avec certitude que Jésus avait des frères ou des soeurs de sang, une idée qui de toute façon ternirait la doctrine de l'Église. C'est pour cette raison que l'Église catholique a estimé que les "frères" de Jésus étaient en fait des cousins tandis que l'Église protestante les considèrent comme des demi-frères de Jésus nés après sa naissance. Cette dernière théorie est supportée par les résultats de l'analyse détaillée des deux branches de la famille royale de David décrites par les évangélistes Matthieu et Luc, celle de la tribu d'Eléazar qui engendra Joseph à la quatrième génération et celle de la tribu de Lévi qui engendra Marie à la quatrième génération, sachant que les textes considèrent que Joseph n'était "que" le père adoptif de Jésus. Il n'est donc pas nécessaire que l'Église catholique lui invente des cousins.

Après la présentation de la famille de Jésus, nous allons décrire dans le prochain chapitre ce que l'on sait sur la jeunesse de Jésus. Nous allons voir que cela se résume à pas grand chose de concret et beaucoup de rumeurs.

A lire : La jeunesse de Jésus et les années perdues

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