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La Bible face à la critique historique

Les trois formes bibliques du nom de Jésus en hébreu (Yehoshua). La troisième forme (Yeshoua, en bas) est tardive et n'existe pas en araméen. Les trois formes peuvent nommer la même personne. Document T.Lombry.

Jésus de Nazareth (I)

Comme nous l'avons évoqué, Jésus ("Yeshoua") tout comme José est un prénom commun en Palestine. Il n'est donc pas étonnant de retrouver ce prénom sur de nombreux ossuaires et sépultures antiques. Ce prénom est encore utilisé de nos jours dans les pays chrétiens. Comme on le voit à droite, dans la Bible, les Juifs utilisent le nom "Yehoshua" ou sa forme tardive "Yeshoua" (ou "Jeshua") tandis que le Talmud (version écrite de la tradition orale et des commentaires) utilise la forme "Yeshu". En revanche, dans la traduction araméenne de la Bible (la Peshitta syriaque du IIe.s.), Jésus et Josué ont la même forme écrite, "Yésu".

Si Jésus avait dû porter un nom de famille reconnaissable par tous, on l'aurait appelé "Jésus le Galiléen". Toutefois, Matthieu déclare que Joseph et sa famille s'installèrent "dans une ville appelée Nazareth afin que s'accomplît ce qui avait été annoncé par les prophètes: il sera appelé Nazaréen" (Matthieu 2:23). De même, à plusieurs reprises dans l'Évangile latin selon Luc, lorsque Jésus arrive dans les faubourgs de Jéricho, la foule le reconnut et s'exclama : "C'est Jésus de Nazareth qui passe" (Luc 18:37). Aussi, la majorité des historiens et biblistes considèrent qu'il s'agit bien du nom qu'on lui prêta.

Il ne s'agit pas de son nom de famille, une notion qui n'existait pas à cette époque, tous les enfants mâles s'appelant "fils de" suivi du prénom du père ou à défaut du nom de sa ville natale. Comme nous l'avons expliqué, lors de la circoncision Jésus a été nommé "Yeshouah ben Yosef" (Jésus fils de Joseph). Si Joseph était très pieux, il aurait pu appeler Jésus "Yeshouah ben Adonaï" (Jésus fils de Dieu). A l'occasion, on l'appelait "Yeshouah ben David" (Jésus fils de David) par référence à sa lignée comme ce fut le cas après la guérison de l'aveugle Bartimée (Marc 10:46-52).

Pour que s'accomplît la prophétie

Dans l'extrait cité ci-dessus, Matthieu fait référence à une prophétie. Tous les biblistes ont cherché dans l'Ancien Testament cette référence prophétique mais ne l'ont jamais trouvée. Même après la découverte des manuscrits de la mer Morte en 1947, aucun texte apocryphe n'évoque cette prophétie à laquelle se réfère Matthieu. Pourtant l'Évangéliste a l'habitude de citer la Bible hébraïque et on retrouve par moins de 12 citations dans son texte provenant soit des livres des Prophètes (dont 6 extraits d'Isaïe) soit des Psaumes.

Nous avons expliqué à propos de la conception de Jésus et des symboles, que Nazareth dériverait vraisemblablement du mot hébreu "netser" (ou netzer) signifiant "rameau" ou "germe". Sachant que les auteurs ont pu faire des jeux de mots, certains critiques ont donc imaginé que l'auteur faisait référence à la prophétie d'Isaïe annonçant la venue d'un netzer "un rejeton sur lequel reposera l'Esprit du Seigneur" (Isaïe 11:1). D'autres prophètes utilisent le même substantif (Daniel 11:7, Jérémie 23:5; 33:15, Zacharie 3:8; 6:12). 

Mais Isaïe n'utilise qu'une seule fois le mot "netser" car dans les autres versets il utilise le mot "tsemach" (qui signifie "accroissement" du développement et par extension le germe, le rejeton, la pousse ou la plante) qui n'a aucun rapport avec Nazareth. La référence à Isaïe n'est donc pas la bonne.

Certains ont donc conclu prématurément que ce verset de Matthieu était une invention ou tout au mieux une interprétation insérée tardivement par l'un des premiers auteurs chrétiens.

Puis des historiens et des biblistes ont retrouvé d'autres commentaires évoquant précisément ce passage de Matthieu. L'archévèque de Constantinople Jean Chrisostome (c.344-407) et Père de l'Église écrivit dans ses "Commentaires sur l'Évangile selon Saint Matthieu" à propos de la prophétie : "Quel est le prophète qui a dit cela? [...] il y a beaucoup de prophéties qui se sont perdues, comme on en peut juger par le livre des Paralipomènes. La négligence et la paresse des Juifs a laissé perdre beaucoup de livres saints, comme leur impiété en a brûlé et détruit un grand nombre [...] Si lorsque leur pays était en paix, ils ont laissé périr ces livres si saints: combien l'auront-ils fait davantage au milieu de tant d'irruptions des peuples étrangers? Rien n'est plus certain, les prophètes avaient prédit que Jésus-Christ serait "appelé Nazaréen", et c'est pourquoi les apôtres lui donnent souvent ce nom" (Homélie IX, 4, §5).

Mais saint Jérôme (347-420) toujours très proche des textes originaux, corrigea ce commentaire et confirma dans ses "Oeuvres" que cette prophétie se trouvait bien de son temps dans la Bible hébraïque : "l'évangéliste invoque, soit en son nom, soit au nom du Seigneur, le témoignage de l'Ancien-Testament, il recourt non point à la traduction des Septante, mais à l'original lui-même. Par exemple, ces deux prophéties : "J'ai appelé mon fils de l'Égypte; il sera appelé le Nazaréen," sont tirées du texte hébreu." (Saint Jérôme, "Oeuvres. Série I. Histoires. Tableau des écrivains ecclésiastiques ou Livre des hommes illustres", III, réédition 1812/1893. Voir aussi la version numérisée). N'ayant aucun doute sur la référence de saint Jérôme, la citation de Matthieu est donc authentique.

La généalogie de Jésus

A l'instar de l'Ancien Testament dont le livre des Chroniques établit la généalogie des rois d'Israël dont celle du roi David, certains Évangélistes ont repris cette tradition et décrivent la généalogie de Jésus, en particulier Matthieu (vv. 1:11-17) et Luc (vv. 3:23-38). Ces deux passages qui appartiennent au "Sondergut", c'est-à-dire des textes propres à chaque auteur, sont très étonnants sachant que les deux auteurs insistent sur le fait que Marie enfanta Jésus alors qu'elle était vierge. Toutefois les deux auteurs insistent qu'il s'agit de la lignée de Jésus par Joseph et non pas de celle de Marie (Matthieu 1:16; Luc 2:23).

La Bible Segond21 Archéo ouverte sur la généalogie de Jésus selon Matthieu (vv. 1:1-17). Document T.Lombry.

Matthieu prétend que Jésus descend de la lignée du roi David. Or sachant que Joseph n'est pas son père génétique et que sa seule filiation passe par Marie, comment peut-il retracer sa lignée jusqu'au roi David ? En fait, pour prouver la filiation de Jésus avec le peuple d'Israël, Matthieu remonte la lignée de Jésus jusqu'à Abraham.

Luc va encore plus loin, retraçant la lignée de Jésus jusqu'à Adam et Ève. Ce n'est pas étonnant dans la mesure où l'Évangéliste est le seul avec Jean prétendant que Jésus est de nature divine dès sa naissance (alors que les autres auteurs apostoliques ne considèrent Jésus d'ascendance divine qu'après sa résurrection) et est le sauveur de tous les hommes, et pas seulement des Juifs comme le sous-entend Matthieu.

Plus étonnant, Matthieu qui commence sa généalogie par Abraham et descend jusqu'à Joseph parvient à trouver 14 générations entre Abraham et le roi David, 14 générations entre le roi David et la destruction d'Israël par les Babyloniens et encore 14 générations entre ce désastre et la venue du Messie ! Pourquoi 14 ? Comme nous l'avons évoqué à propos de la Genèse, dans la tradition hébraïque il y a des chiffres sacrés et notamment le chiffre 7 qui multiplié par 2 est doublement sacré ou parfait. Mais si on refait le calcul de génération en génération en comparant ce qu'écrit Matthieu notamment à propos de "Joram engendra Ozias" (vv. 1:8), ce n'est pas ce qui est écrit dans les chronologies des deux livres des Chroniques (1 Chroniques 3:10-12; 2 Chroniques 26:1) et dans le deuxième livre des Rois (2 Roi 14:21) où on apprend que Joram (Yoram) est l'arrière-arrière grand-père d'Ozias (appelé Azarias). Autrement dit, Matthieu a sauté trois générations pour conserver son nombre sacré 14 ! Si au total Matthieu obtient 42 générations entre Abraham et Jésus, Luc en obtient 57 et une contradiction de plus entre les textes apostoliques.

Par ailleurs, au-delà de cette filiation symbolique, il y a probablement également chez Matthieu une référence à la numérologie, c'est-à-dire un sens caché derrière la filiation de Jésus avec le roi David. En effet, en tant que juif Matthieu sait qu'en hébreu (ancien) les voyelles ne sont pas transcrites (certaines le furent par la suite mais certaines consonnes sont représentées par des signes diacritiques, c'est-à-dire des points au-dessus du texte consonantique). De plus, dans la numération hébraïque appelée la "guématria" (dérivé du mot grec "geometria") chaque consonne de l'alphabet est associée à un chiffre ou un nombre sacré en fonction de l'ordre alphabétique. Le nom "David" par exemple s'écrit "דוד" c'est-à-dire l'équivalent de "D-v-d" qui représente 4+6+4 soit 14 ou 2x7, le nom est doublement parfait. Ceci est une autre raison pour laquelle Matthieu utilisa le nombre 14 pour retracer la généalogie de Jésus. Mais ainsi qu'on le constate, elle ne repose sur aucun registre officiel et est purement arbitraire.

Un juif pratiquant

Comme nous l'avons dit, on sait que Jésus est juif et que ses parents respectent le judaïsme car Luc décrit l'épisode de la circoncision de Jésus (Luc 2:21). Il respecte également la Loi juive car il observe à l'occasion les rituels alimentaires et de l'hospitalité comme le lavement des pieds (Luc 7:36-46) et célèbre la Pâque. Jésus est donc pieux, il croit aux prophéties et comme les Pharisiens il croit en la résurrection. De plus, sans être un aristocrate ni un ermite il agit à la fois à la manière des Pharisiens et des prédicateurs tout en s'écartant de leur style de vie : Jésus n'est pas une personne vénale, hypocrite, timide ni renfermée. Il est franc, parfois autoritaire, il aime la vie et va à la rencontre du public qui l'apprécie et s'entoure bientôt de disciples sans distinction de statut social, d'idéologie ou de genre.

Quant au style de vie et aux moeurs de Jésus, seul Matthieu y fait allusion indirectement quand Jésus est présenté par ses ennemis comme un ami des collecteurs d'impôt et un peu trop bon vivant : "Le Fils de l’homme est venu ; il mange et il boit, et l’on dit : 'Voilà un glouton et un ivrogne, un ami des publicains et des pécheurs'" (Matthieu 11:19). Mais comme chacun sait, les ennemis sont rarement flatteurs.

Jésus est-il un rabbin dissident ?

Comment la population se représentait-elle Jésus ? Qui était-il à ses yeux ? Quelle image Jésus leur donna-t-il et nous a-t-il transmise à travers les écrits apostoliques ? Beaucoup d'auteurs chrétiens et juifs ont tenté de répondre à ces questions et encore aujourd'hui le sujet fait couler beaucoup d'encre car Jésus ne s'est jamais clairement présenté. Toutefois, on peut en faire un portrait relativement précis et réaliste, bien qu'hypothétique, car son profil transpire à travers les Évangiles.

Bien que cela ne soit pas écrit noir sur blanc mais tout en nuances dans ses attitudes et ses réponses, Jésus est un érudit galiléen intégré dans la société de son époque, connaissant parfaitement la Loi juive et ses pratiques ainsi que les lois de l'occupant romain, peut être même un Nazôréen proche des Esséniens mais sans certitude (voir plus bas). Jésus a en tout cas plus le profil d'un chef religieux cultivé que d'un simple villageois sans éducation. S'il fallait lui donner une étiquette pour le classer dans une catégorie, Jésus répond à la définition d'un rabbin, c'est-à-dire un guide spirituel en charge de l'enseignement du culte d'une communauté juive, et même proche du mouvement pharisien, c'est-à-dire d'un défenseur de la Loi orale plutôt libéral et rationnel par opposition aux Sadducéens qui sont des membres du clergé issus de l'aristocratie juive et conservateurs contre lesquels d'ailleurs Jésus va rapidement s'opposer.

Mais en pratique Jésus était un "rabbin indépendant" sans réel pouvoir religieux et plutôt isolé de la sphère dirigeante. Visiblement, Jésus ne voulait pas assurer de fonctions officielles et envisageait un tout autre genre de sacerdoce, celui de Messie tel qu'annoncé par les prophètes.

Définitions des principaux officiants du judaïsme

Le judaïsme est réglementé par trois principales autorités :

Rabbin : C'est le chef de la communauté juive et est nommé à cette fonction par celle-ci. Le rabbin a pour mission de préserver et de faire respecter les devoirs religieux de sa communauté en vertu des préceptes enseignés par la Torah. Il célèbre les évènements du culte, il participe aux offices religieux et assure le rôle de Mohel (il pratique la circoncision). Il peut être consulté par les fidèles sur des questions ou des problèmes religieux, donner son avis et prendre des décisions en matière spirituelle. Le rabbin assure donc un rôle officiel. Mais ce n'est pas pour autant que ses décisions ont force de loi. Pour cela, le fidèle et le rabbin doivent en référer au tribunal rabbinique ou à la Cour suprême. Jésus avait des alliés parmi les rabbins, il lut et commenta également la Torah dans les synagogues et tenta même d'y enseigner sa doctrine mais fut parfois à deux doigts d'être lapidé pour ses blasphèmes.

Tribunal rabbinique : asssemblée législative de rabbins jugeant les affaires religieuses qui sortent du domaine de compétences des rabbins. Son rôle est similaire à celui d'un tribunal civil occidental combiné à celui d'un officier d'état civil (pour le prononcé des mariages et des divorces par exemple) à la différence qu'il ne fait justement pas de différence entre les questions civiles et religieuses. Leur jugement a force de loi (cf. cet article sur un divorce en Israël) mais le rabbinat ne peut pas s'opposer à une loi civile et notamment aux décisions de la Cour suprême au risque de sanctions pénales (cf. cet article sur la polygamie en Israël et celui sur la décision du ministère suivant cette affaire). Jésus a toujours veillé à ne pas s'opposer au tribunal rabbinique.

Sanhédrin : C'est l'équivalent du Sénat avec une fonction judiciaire similaire à celle d'une cour de justice civile. Divisé en Petit et Grand Sanhédin, le premier est un tribunal de 23 personnes chargé des affaires criminelles et des violations de la Loi juive. Il siège dans les principales villes de Palestine. Le Grand Sanhédrin (ou Sanhédrin tel celui évoqué dans la Bible) est le Conseil suprême composé de 71 sacerdotaux doté de pouvoirs politiques, religieux et judiciaires, placé sous l'autorité du grand prêtre ou sacrificateur.

A l'époque de Jésus, sous Hérode Antipas II, le Sanhédrin était essentiellement composé de Sadducéens et de quelques Pharisiens et fut présidé par le grand prêtre Caïphe de 18 à 37 de notre ère. Avant l'occupation romaine, la charge de grand prêtre était héritée de père en fils mais sous l'Empire elle fut attribuée par nomination. Le Sanhédrin servait d'intermédiaire entre les Juifs et les Romains mais n'avait pas de pouvoir légal en matière criminelle. Ses décisions devaient être jugées par l'autorité romaine (le procurateur Ponce Pilate). C'est donc devant le Sanhédrin puis devant Ponce Pilate que Jésus fut jugé pour avoir transgressé la Loi juive.

Définitions des principaux groupes du judaïsme

Le judaïsme est un mouvement religieux composé de plusieurs courants dogmatiques :

Pharisien : Secte juive dont l'existence est antérieure à l'ère chrétienne (IIe.s. avant notre ère). Ils sont représentés par les rabbins et respectent rigoureusement la Torah et la Loi de Moïse ou loi juive. Ils insistent sur le développement la tradition orale. Les Pharisiens croyaient en l'existence d'un Dieu créateur omnipotent, au Messie, en la résurrection (d'une la vie après la mort), au jugement des âmes, aux anges et aux démons. Très pieux et fidèles à la Torah, du fait qu'ils instruisent le peuple dans les synagogues, ils bénéficient de leur soutien mais en contrepartie ils ont une grande influence sur lui.

Certains pharisiens célèbres comme le messie Menahem s'est tourné vers la doctrine essénienne, d'autres comme Paul ont préféré suivre Jésus.

Jésus était l'un des principaux adversaires des pharisiens dont beaucoup, paradoxalement, sont devenus chrétiens après la mort du Christ.

Sadducéen : Secte juive opposée aux Pharisiens et totalement dévouée au culte. Ils ont un pouvoir religieux et donc politique. A l'inverse des Pharisiens (et des Chrétiens), ils ne croient pas à la résurrection des morts et à l'immortalité de l'âme mais croient banalement que les "morts sont vivants". Ils estiment que la vie sur terre est plus importante, que Dieu ne détient pas notre destin, les êtres humains ayant le libre choix entre le bien et le mal mais ils seront jugés en fonction de leurs actes. Contrairement aux Pharisiens, les Sadducéens respectent les textes sacrés à la lettre. Leurs membres sont principalement recrutés dans l'aristocratie et l'élite religieuse (sacerdotale) et leur siège s'hérite de père en fils.

Jésus s'opposa farouchement aux sacrificateurs Sadducéens qui avaient la réputation d'être privilégiés, corrompus et hypocrites. C'est la raison pour laquelle les Esséniens ont quitté le temple et Jérusalem vers 150 avant notre ère pour fonder leur propre secte.

Rappelons que c'est une coalition de Sadducéens avec quelques Pharisiens qui décidèrent de condamner Jésus. Dans ses Actes, Luc rapporte que quelques sacrificateurs avaient toutefois foi en Jésus.

Essénien : Membre de la secte d'ascète juive vivant en communauté très hiérarchisée dans la région de Qumrân dont l'existence (des hommes pas des bâtiments) est attestée dès le IIe siècle avant notre ère et jusqu'après la destruction du second Temple de Jérusalem. Ils sont inconnus de la Bible et du Talmud. La secte essénienne n'est connue que par les textes d'historiens juifs, romains ou de philosophes et les manuscrits de la mer Morte. Ses membres mettent leurs biens en commun, recherchent la pureté spirituelle et prêchent une vision messianique et apocalyptique du monde.

Les Esséniens, et dans une certaine mesure les Pharisiens, se différencient des Sadducéens par leur attachement au sens des paroles plutôt qu'au texte.

Nazôréens : Il s'agit d'un sous-groupe religieux des Esséniens (à ne pas confondre avec les Nazaréens). Des indices écrits suggèrent que Jésus s'en inspira pour fonder sa propre doctrine.

S'y ajoute des anciens groupes comme les Zélotes, les Baptistes, les Nazaréens, les Ebionistes, les Minim et quelques autres très peu documentés (Thérapeutes, Hassidim, Soferim, etc.).

Bien que les chefs de synagogues (qu'on peut assimiler aux curés ou aux pasteurs des paroisses chrétiennes) étaient généralement favorables à Jésus (à l'exception de Lévi, chef de la synagogue de Nazareth qui s'opposa longtemps à ses idées), connaissant le rôle des rabbins, Jésus préféra débuter son ministère par un apostolat pastoral, de prêcheur de campagne, à celui de chef de synagogue ou de rabbin en excercice; accompagné par 72 disciples et 12 apôtres, il prêcha sa doctrine mais ne prit pas officiellement de décision par rapport à la Torah. Cette absence de fonction légale rapproche Jésus de l'apostolat tel que l'assura son cousin prédicateur et prophète apocalyptique Jean le Baptiste avec lequel il a plus d'un point en commun. Jésus s'en différencie toutefois en adoptant un apostolat nomade à travers la Palestine et même au-delà, cherchant en même temps à s'intégrer et à vivre naturellement (il prit ses repas en famille et avec sa communauté par exemple), mais s'écartant du message purement messianique, de pénitence et éthique enseigné par Jean le Baptiste. On reviendra sur son cousin.

On peut également noter que bien que s'opposant à l'hypocrisie des Pharisiens et leur interprétation de la Torah (Luc 11:53 et 14:6), Jésus y trouva parfois des alliés dont certains l'inviteront à leur table (Luc 11:37 et 14:1) ou le préviendront quand Hérode Antipas chercha à le mettre à mort (Luc 13:31). En revanche, le courant ne passa jamais entre Jésus et les Sadducéens, fervents défenseurs d'une interprétation littérale de la Torah, et cela lui sera fatal suite à son scandale au Temple et ses quelques autres blasphèmes. On y reviendra.

Jésus n'avait pas non plus beaucoup d'alliés parmi les personnes influentes dont les membres de l'assemblée législative du Sanhédrin, à l'exception de Joseph d'Arimathie mais dont l'existence n'a jamais été confirmée (il pourrait être un personne légendaire inventé par la Grande Église, mais cela n'a jamais été démontré non plus). Toutefois, à la fin du son ministère, il semblerait que certains Sadducéens furent favorables à Jésus.

Jésus a également une manière de parler et d'enseigner suggérant qu'il a étudié et maîtrise la Torah et adhère globalement à ses croyances. Globalement, car en ce qui concerne la résurrection, si le concept est reconnu par les Pharisiens, il est étranger aux Juifs qui en revanche croient de manière tout à fait ordinaire que "tous les morts sont vivants", notamment Moïse, David, etc.

A lire : Jésus le nazaréen, Jésus le pharisien ?, blog de Caleb

Revue des groupes judaïques

Jésus cite souvent l'Ancien Testament et notamment les livres des Prophètes et les Psaumes pour renforcer son discours, il est pieux (cf. les Béatitudes) mais vit la plupart du temps sa religion solitairement tout en enseignant en public et en réalisant des performances (miracle, sermons, etc). Il a donc le profil d'un rabbin moderne (par exemple proche des hassidim qu'on retrouvera au XVIIIe siècle) mais en dissidence avec la mentalité juive de son époque. En effet, Jésus propose un programme politique centré autour d'une théologie messianique et apocalyptique avec la volonté de rassembler ses fidèles (et pas seulement les Juifs) dans un Royaume qui se situe autant en terre d'Israël que dans les cieux, rejoignant les paroles des prophètes. Toutefois, en instaurant la résurrection d'entre les morts et la rédemption au coeur de sa pratique religieuse d'obédiance juive, Jésus s'inscrit également dans le respect et la continuité de l'alliance juive avec Dieu. Même Paul que les chrétiens considèrent comme l'inventeur du christianisme, ne s'est pas écarté de l'idée et des convictions transmises par Jésus.

Enfin, nous le dirons encore à d'autres occasions, Jésus n'avait apparemment pas l'intention de fonder une nouvelle religion contrairement à ce que sous-entend l'Église et inscrivit sa doctrine dans une pratique spirituelle (et une sagesse grecque) dans la mouvance juive à tendance pharisienne que son frère Jacques le Juste et ses disciples ont perpétué après sa mort et sa résurrection dans la pratique juive. On y reviendra à propos de la querelle paulienne.

Jésus est-il Nazôréen ?

Selon certains auteurs, la référence à "Nazareth" serait une erreur, en fait la réminiscence de mauvaises traductions grecques. Bien qu'étant controversée, cette théorie mérite un instant d'attention car selon ces experts, cette hypothèse permet de mieux comprendre l'orientation spirituelle de Jésus. En effet, à l'époque de Jésus, le village de Nazareth s'étendait sur 2 à 4 hectares seulement et ce lieu-dit, tout au plus un petit hameau n'était connu de personne. Comme nous l'avons expliqué, Nazareth n'était même pas repris dans la liste des villes citées dans la Bible et même Paul ne l'évoque jamais, comme s'il ne connaissait pas ce village.

Les vestiges de la cité de Qumrân dont voici la carte où on imagine aisément la présence de Jean le Baptiste et épisodiquement celle de Jésus lors du bain rituel des convertis. Document du Royal Ontario Museum qui détient 17 rouleaux de la mer Morte.

Si pour beaucoup d'auteurs Jésus est né à Nazareth et développa sa doctrine dans le cadre strict de l'obédience juive traditionnelle, depuis quelques décennies, une autre théorie se fait jour. Le texte grec original ne laisserait aucun doute sur l'origine de Jésus : "Jésus le Nazôréen" (Nazöraîos en grec), autrement dit de la même obédience que les Nazôréens. Mais immédiatement un linguiste s'interposerait pour rappeler que dans tout le Moyen-Orient et le Maghreb le "o" est souvent remplacé par "a" (et le "e" par "i"), les substantifs "Nazôréen" et "Nazaréen" devenant synonymes, ajoutant à la confusion.

C'est ici que les interprétations divergent. Dès le IVe siècle de notre ère, dans son livre "Panarion: Pharmacie contre toutes les hérésies" (Livre I, Anacephalaeosis II, 29. Contre les Nazôréens, cf. la version anglaise), l'évêque et théologien Épiphane de Salamine et Père de l'Église distinguait les Nazôréens qualifiés d'hérétiques, du titre de "Nazôréen" donné par la communauté juive à Jésus et aux Chrétiens.

Des sources historiques révèlent que le mouvement nazôréen est attesté depuis la moitié du Ier siècle de notre ère. Mais selon les Pères de l'Église dont saint Jérome qui a beaucoup écrit sur les Nazôréens, il s'agirait d'un autre courant de pensée que celui qui donna naissance aux Chrétiens. En résumé, pour l'Église Jésus n'a jamais été un membre de la communauté des Nazôréens. La preuve est qu'aucun texte biblique ni même gnostique ne le mentionne.

Si nous voulons bien nous rallier à l'avis très avisé de saint Jérome, sachant qu'il défendit la doctrine chrétienne, comme le ferait un ethnologue ou un archéologue, soyons curieux et examinons tout de même qui étaient les Nazôréens. Le terme est cité dans le livre des Nombres (vv. 6:1-21) qui décrit notamment leur voeu d'ascétisme, une pratique héritée de la civilisation de l'Indus. Il s'agit d'un sous-groupe du mouvement judaïque des Esséniens qui vivait en communautés d'ascètes mystiques dans la région semi-désertique de Qumrân et réputés pour leurs interprétations radicales des textes hébraïques et leurs discours messianique et apocalyptique.

L'adepte de ce mouvement est appelé nazir, dont le terme apparaît à plusieurs reprises dans la Bible (Genèse 49:26; Juges 13:5; 6:23, 1 Samuel 1:11, Nombres 6:5, etc.). Parmi les nazirs connus citons Samson, Samuel, Jean le Baptiste, Jacques (frère de Jésus) et peut-être Paul et Bérénice. Rien n'atteste que Joseph et sa famille respectaient les règles des nazirs, même si Marie avait fait voeu de chasteté (cf. l'Évangile du Pseudo-Matthieu) avant même de connaître Joseph.

Selon Luc, Jean le Baptiste également appelé Jean fils de Zacharie, aurait vécu chez les Esséniens et Jésus a baptisé à quelques kilomètres de Qumrân. Etant jeune, on imagine très bien que Jésus a visité Qumrân et a pu assister au rite du bain pratiqué par son cousin. L'a-t-il converti au naziréat ?, nul ne le sait mais dans tous les cas il arriva un jour où Jésus s'affirma, dépassant son mentor qui se fit baptiser par celui qui devint son maître.

Certains experts ont prétendu que la région de Qumrân n'avait pas été habitée du fait de son climat désertique. Or les recherches archéologiques ont montré que la région de Qumrân fut occupée par les Esséniens pendant près de 4 siècles. On estime que les Esséniens ont rompu leur relation avec le Temple de Jérusalem vers 150 avant notre ère. On retrouve les traces concrètes d'occupation essénienne à Qumrân entre ~150 avant notre ère et 70 de notre ère bien qu'il existe encore des traces écrites vers l'an 200.

Deuxième partie

Jésus est-il Essénien ?

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