L'avenir de l'Univers

Les incertitudes (II)

Cette divergence entre scientifiques n’est pas sans rappeler le conflit qui opposa Halton Arp aux astronomes du mont Palomar à propos des interactions entre galaxies. Pour départager les protagonistes il convient de mesurer la distance d’un plus grand nombre de galaxies - le télescope Hubble n’a mesuré la distance que d’une vingtaine de Céphéides dans une seule galaxie, M100 - et d’utiliser des méthodes indépendantes.

Nous savons que l'âge des galaxies est fonction de leur distance. Or les méthodes actuelles de calculs sont basées sur leur brillance apparente. Mais le spectre d'une étoile est très difficile à analyser et on peut quelquefois la prendre pour un objet très lointain qui rayonne une énergie intense. Hubble lui-même confondit à l’époque une Céphéide brillante avec une région HII.

L'influence des corps sombres

A gauche la lentille gravitationnelle Cl0024+1654. A droite un MACHO, un corps sombre passe devant une étoile brillante du Grand Nuage de Magellan. Document STSCI/HST et U.Princeton.

Plus récemment la distance du quasar considéré comme l'un des plus éloignés, 3C368 s'est considérablement réduite. Grâce au CFHT de l’île Hawaii, Olivier Le Fèvre et François Hammer ont découvert en 1991 que son noyau particulièrement lumineux se superposait en réalité sur l'image de deux étoiles appartenant à notre Voie Lactée. Du coup ce quasar perdu à 10 milliards d'années-lumière redevint une galaxie ordinaire distante de quelques millions d'années-lumière !  

L'effet gravitationnel optique

provoqué par un corps sombre

Animation présentant l'évolution d'un objet de la taille d'une planète devant les étoiles de M22 (MOV de 4.1 Mb)

Document G.Bacon, STSCI.

Des effets de lentilles gravitationnelles peuvent également  entraîner une surestimation de la luminosité des galaxies. A mesure que l'on se rapproche des limites de l'univers observable, il convient d'être très prudent. Etant donné que l'éclat des galaxies peut varier dans le temps, qu'il peut-être influencé par des effets relativistes ou de perspective, les galaxies n'ayant pas toujours eu la même vitesse et la constante variant jusqu'à 50%, de telles incertitudes donnent à l'Univers un âge (et un rayon) qui reste encore difficile à déterminer, mais il semble inférieur à 20 milliards d'années.

La théorie devant être en relation avec l'observation, il est impossible de donner à l'Univers un âge supérieur à environ 20 milliards d'années. Malgré tout l'Univers peut être dix, cent fois plus vieux et plus vaste encore. Si l'inflation de l'Univers a continué au rythme initial (en 10-32 sec il s'est multiplié d'un facteur 1050), avec ses 30 ou 40 milliards d'années-lumière de diamètre actuel, il peut atteindre un diamètre réel de 103000 années-lumière...et serait ouvert mais fini. Il se peut aussi qu'il soit ouvert et infini, composé lui aussi d'un nombre infini de galaxies.  

Portrait d'un Univers

moitié plus jeune, moitié plus petit

Sur cette image exposée plusieurs dizaines d'heures et qui couvre un champ de quelques dizaines de secondes d'arc, plus petit que celui couvert par le puissant oculaire d'un télescope d'amateur, le télescope Hubble nous fait découvrir plus de 1500 galaxies de 30eme magnitude. Cette plongée dans l'Univers nous fait également remonter le temps d'environ six milliards d'années. Mais jusqu'où peut-on ainsi reculer les limites de l'Univers ? Document STSCI/HST.

Lennox Cowie de l'Université d'Hawaii, déjà connu pour sa théorie des étoiles hypergéantes a découvert des champs de galaxies jusqu'à 5 milliards d'années-lumière. Kenneth Chambers de l'Observatoire Leiden a pu localiser des galaxies à 12 milliards d'années-lumière ! Le Télescope Spatial Hubble en a découvert tout autant. Ces galaxies semblent beaucoup plus nombreuses que dans notre voisinage. Seule une nouvelle théorie pourrait expliquer leur abondance dans le passé.

Facteur de décélération et constante de Hubble

avec        

Ho, la constante de Hubble  

qo, le facteur de décélération actuel 

Po, la pression actuelle

ro, la densité actuelle

R, le rayon de courbure

c, la vitesse de la lumière

L,  la constante cosmologique

G, la constante de la gravitation

Le facteur de décélération qo et la constante de Hubble Ho sont tous deux liés à la courbure de l'espace. Ils varient en fonction de la densité de la matière.

Andreï Sakharov et Cowie remplacent la constante cosmologique d'Einstein par l'énergie du vide, nous y reviendrons en détail à propos du Big Bang . Etant donné qu'énergie et masse sont en un sens équivalents, cette donnée réajusterait les dimensions de l'Univers. Mais nos moyens ne permettent de voir que dans une sphère finie de 8 à 15 milliards d'années de rayon, eu égard à la valeur que l'on donne à la constante de Hubble. A mesure que les galaxies s'éloigneront, l'horizon cosmologique reculera d'autant. Au-delà d'une certaine distance la lumière des objets qui éventuellement existeraient ne saurait nous parvenir : plus on recule dans le temps, plus les objets se déplacent rapidement et finissent par acquérir une vitesse voisine de celle de la lumière de façon asymptotique. Cette vitesse luminique limitée à 299792.458 km/s empêche le rayonnement de parvenir plus rapidement jusqu'à nous, rendant les objets qui s'y trouvent à jamais invisibles. Certains quasars, tels OQ172 ou PC 1247+3406 se déplacent à près de 85% de la vitesse de la lumière. Ne pouvant nous affranchir de la vitesse finie de la lumière, on ne pourra jamais franchir l'horizon cosmologique, qui contient certainement des objets très précieux pour notre connaissance de l'Univers. Pour les cosmologistes tout commença donc il y a quelque 15 milliards d'années.  

Age de l'Univers en fonction de Ho et Wo

En fonction de la valeur que l’on donne aux paramètres cosmologiques, l’estimation de l’âge de l’univers oscille d’un facteur 2 ou supérieur. Pour Ho=50 et Wo=1 par exemple, l’Univers peut avoir 19.6 milliards d’années. Si Ho=100 son âge tombe à 9.6 milliards d’années mais il n’est pas conforme aux observations stellaires extragalactiques.  

Si l'on veut être plus précis et dans la foulée départager de Vaucouleurs et Sandage, il existe deux autres méthodes pour déterminer la constante de Hubble :

- L'effet Sunyaev-Zel’dovitch sur le rayonnement fossile

- les ondes gravitationnelles émises par les systèmes binaires.

Au début des années 1980 l’astronome soviétique Rashid Sunyaev et le physicien Yakov Zel’dovitch[6] ont découvert que les amas de galaxies d’une masse totale de 1013 M¤ contenaient un plasma dont la température pouvait atteindre 100 millions de degrés, rayonnant intensément en "lumière X" et diffusant des photons de basse énergie par effet Thompson. Si une source est située derrière un tel amas, son rayonnement peut-être diffusé par les électrons et changer de fréquence. Les astrophysiciens peuvent alors calculer la "section efficace" du phénomène et déterminer l'ampleur du changement de température de brillance du radiosource.

Sachant que ce plasma représente localement 30% de la masse des galaxies, si l'on remplace la radiosource par le rayonnement fossile du corps noir à 2.7 K, il est tout à fait possible que les électrons chauds intra-amas perturbent notablement son niveau d'énergie, à condition que le rayonnement à 2.7 K se trouve dans la ligne de visée de l'amas X. 

La théorie stipule que les photons du rayonnement fossile seront décalés d'une fréquence proportionnelle à 4kT/E, les variables T et E se rapportant respectivement à la température et à l'énergie (mc2) des électrons chauds du plasma, c'est l'effet Sunyaev-Zel’dovitch. A très basse fréquence, en-dessous de 2mm de longueur d'onde, l'effet Sunyaev-Zel’dovitch provoque un refroidissement du rayonnement fossile qui chute à 2.67 K.

Si l'on connaît les paramètres de l'émission X (température, masse des électrons, section efficace, épaisseur optique, etc) et la variation de la température de brillance du rayonnement fossile, on peut connaître l'intensité lumineuse de l'amas et donc sa distance.

De la matière sombre découverte 

par ROSAT en rayons X dans l'amas de galaxies NGC2300. Doc NASA/GSFC.

 Par voie de conséquence les physiciens espèrent pouvoir déterminer la constante de Hubble avec une précision de 10% ! C’est la mission confiée au satellite américain de détection X, AXAF, lancé en 1996.

Face à ces incertitudes sur la constante de Hubble, l'Anglais Bernard Schutz de Cardiff a reprit une idée émise en 1977 par J.Clark et D.Eardley, deux ans après la découverte du premier pulsar binaire. Schutz suggéra de mesurer les ondes gravitationnelles émises par les étoiles neutrons binaires[7]. Grâce aux détecteurs gravitationnels LIGO et autre LISA, si on parvient à mesurer la différence de marche entre les signaux émis par les deux sources d'un système multiple, on pourra déterminer avec une très grande précision leur distance absolue et en corollaire calculer la valeur de la constante de Hubble. Selon Schutz pour un objet situé à 100 kpc la précision serait de 3% !

La deuxième méthode pour déterminer l'âge de l'Univers consiste à calculer le facteur de décélération, qo. Celui-ci est fonction de la densité de la matière. Il est également lié à l'évolution stellaire et dynamique des galaxies. Pour évaluer cette méthode nous devons examiner la troisième méthode.

Prochain chapitre

La densité de l'univers et la masse manquante

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[6] R.Sunyaev et Y.Zel’dovich, Annual Review of Astronomy and Astrophysics, 18, 1980, p544.

[7] J.Clark et D.Eardley, Astrophysical Journal, 215, 1977, p311 - B.Schutz, Nature, 323, 1986, p310 - Lire également  V.Rubin et al., Astrophysical Journal Letters, 183, 1973, p2111 - J.Cohen, Astrophysical Journal, 292, 1985, p90 - M.Davies, Astrophysical Journal, 292, 1985, p371 -.


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