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En hommage à Newton L'héritage de Newton (V) Nous savons depuis le développement de la physique quantique que les questions restées ouvertes que nous légua Newton ont suscité la curiosité de bien des physiciens, sans pour autant apporter de réponses complète et définitive à la dualité onde-particule de la lumière et à bien d'autres paradoxes qui demeurent en cette matière. Nos microscopes, nos accélérateurs de particules et nos modèles mathématiques y voient toujours un "parton", tantôt une particule quand on parvient à l'isoler, tantôt une onde quand elle crée des interférences et nous échappe. Il est en général plus simple de la décrire sous forme ondulatoire mais l'énigme de la nature réelle de la lumière demeure l'un des plus grands mystères de la création. Devant ce défi qui nous tient en haleine depuis plus de 2000 ans, celui qui le découvra (plutôt l'équipe) pourra bien afficher son nom en lettre de lumière au panthéon de la Science.
Conscient des limites de sa condition humaine, mais également narcissique et conscient de sa grandeur, Newton posera régulièrement pour la postérité chez les peintres et les sculpteurs les plus célèbres de la City. Nous leur devons quelques magnifiques portraits de sa personne toute auréolée de gloire et de prestige dont quelques toiles ont été présentées tout au long de cet article. Newton consacrera ses dernières années à entretenir sa réputation et à asseoir son mythe. En 1724, il devient actionnaire de l'East India Company, la Compagnie anglaise des Indes orientales. Elle deviendra la compagnie commerciale la plus puissante de l'époque. En effet, celle qu'on surnommait à l'époque la "John Company", assura tout d'abord le commerce des épices entre les Indes et l'Europe, jouant de la concurrence avec la France, les Pays-Bas et l'Espagne, puis établira la domination de l'Angleterre sur toutes les eaux du monde ou presque, du Canada à La Havane et de Singapour à l'Australie en passant par le Bengale. Ces colonies seront incorporées à l'Empire britannique à la fin du XIXeme siècle (la reine Victoria fut déclarée impératrice des Indes en 1876), remplacé vers 1920 par le Commonwealth. Newton sembla bénéficier d'une santé assez robuste et ne dut jamais combattre de maladies graves. Malgré ses nuits blanches à observer les étoiles et à réinventer le monde, oubliant souvent ses repas, après avoir respiré des effluves toxiques et réalisé des expériences d'optique mettant sa vue en danger, Newton vécut jusqu'à l'âge vénérable de 84 ans, une longévité très supérieure à la moyenne de cette époque. Newton mourut le 31 mars 1727 (du calendrier actuel) à Londres, en refusant de recevoir les derniers sacrements. Il ne laissa aucune descendance. Il recevra tous les honneurs de la Nation, comme si soudainement le pays qui dominait le Monde perdait sa tête pensante.
La collection de Newton En temps que directeur de la Monnaie Royale, Newton était tenu personnellement responsable de toutes les dettes de l'institution. N'ayant laissé aucun acte ni souhait à son décès, ses biens furent gelés jusqu'à que la Monnaie Royale ait été satisfaite et que la liquidation de sa succession ait payé ce qu'il "devait" à la Couronne britannique. La seule relation familiale ayant assez de liens pour accepter et payer la succession fut John Conduitt, qui avait épousé la nièce bien-aimée de Newton, Catherine Barton. Les ouvrages de la bibliothèque de Newton furent liquidés pour 300£ et vendus à John Huggins, directeur de la prison navale (Fleet Prison) et offert à son fils, Charles. A la mort de Charles Huggins, la maison Huggins ainsi que les ouvrages de Newton seront vendus au Révérend Dr. James Musgrave et à sa mort en 1778, ils resteront dans sa famille jusqu'en 1920, pratiquement en l'état. Ses descendants les vendront aux enchères et la majorité des ouvrages disparurent dans des collections privées. Sur le millier de volumes ayant appartenu à la famille Huggins, en 1927 on retrouva 858 livres dans la maison de Wyckeham Musgrave qui seront mis aux enchères à 30000£. Ils ne seront jamais achetés et en 1943 Pilgrim Trust paya 5500£ pour l'ensemble de la collection, comprenant en sus une édition de 1655 des "Eléments" d'Euclide (l'ouvrage offert à Newton par Isaac Barrow) ainsi qu'un Ancien Testament écrit en Grec annoté par Newton. Cette collection fut offerte au Trinity College de Cambridge.
La famille Portsmouth conserva les documents sur la chronologie, la théologie, l'histoire, l'alchimie et les matériaux biographiques compilés par Conduitt. Un catalogue en fut tiré en 1888 mais personne ne se rendit compte de la valeur de cette collection jusqu'à cette vente aux enchères chez Sotheby. En fait les documents vendus par la famille Portsmouth représentaient le coeur même de la bibliothèque de Newton, ses manuscrits les plus significatifs parmi tous les documents disponibles. C'est à cette occasion que le monde découvrit la fameuse "malle de Newton" qui contenait à côté de ses travaux scientifiques, des spéculations sur l'exégèse et l'alchimie, la face cachée du génie... L'économiste John Maynard Keynes acheta la plupart des manuscrits traitant d'alchimie ainsi que l'essentiel des notes de Conduitt et après les avoir étudiés durant 6 ans, il les offrit à la bibliothèque du King's College de Londres. En 1942, pour le 300eme anniversaire de la naissance de Newton, il publia un article intitulé "Newton, The Man", dans lequel pour la première fois, un écrivain mettait sur un même pied d'égalité les travaux scientifiques du savant et ses écrits sur l'alchimie et la religion. Il en fera un livre en 1946. Sa publication fit grand bruit tant on pensait jusqu'alors que l'homme de science était éloigné de ces considérations philosophiques et métaphysiques. Mais c'était mal connaître l'époque de Newton. Toutefois, avec le recul, il apparut que le portrait de Newton dressé par Keynes surestimait sa passion pour l'alchimie et la religion. Dans les années soixantes, une nouvelle biographie plus objective et réaliste fut tirée à partir des nouveaux écrits de Newton, remettant l'homme à la place réelle qu'il occupa. Parmi les nombreux ouvrages écrits à partir de cette monumentale collection de documents citons deux biographies, "La malle de Newton" de Loup Verlet et "Newton" de Richard Westfall. Lord Wakefield acheta les 329 lots de la Monnaie et les offrit à la Monnaie Royale de Londres. La majorité des manuscrits théologiques ont été achetés par Abraham Yahuda pour le compte de la Bibliothèque Universitaire Nationale Juive. Génie et prophète Devant les questions qu'il légua à la postérité, qui sont autant d'incursions dans le futur, je me plais à me demander si Newton eut jamais le sentiment d'avoir des visions prophétiques ? Il écrivit notamment, "Peut-être l'attraction électrique s'exerce-t-elle sur des distances si petites sans être excitée par la friction". Plus de cent ans après sa mort, on comprit seulement qu'il existait un lien entre le comportement des atomes et l'électricité. Cette découverte conduira également au concept d'affinité chimique, une idée qui aurait beaucoup plu à Newton.
Mais comme il en advient un jour ou l'autre de toute théorie, aussi merveilleuse que soit sa Loi de la gravitation, elle n'est pas infaillible dans des conditions de champs extrêmement forts ou très variables, et pour le dire simplement, lorsque les objets acquièrent des vitesses proches de celles de la lumière (> ~ 0.01c). En 1915, un jeune physicien allemand de 36 ans, Albert Einstein invente la théorie de la relativité générale pour étendre le cadre de la physique et en particulier de la gravitation. Mais devinez quoi ? Quelque 70 ans plus tard, des voix s'élèvent déjà parmi lesquelles celle de Stephen Hawking qui se demande s'il ne faudrait pas une nouvelle fois étendre son cadre, cette fois dans une version quantifiée, la gravitation quantique, faisant intervenir des supercordes et des dimensions excédentaires... Le pressentiment de Newton était exact; avec notre curiosité bien naturelle, on ne cessera jamais de chercher ce galet plus lisse ou ce coquillage plus beau que les autres... Notre collection doit être la plus complète, la plus belle, la plus élégante. Mais la plage est vaste, l'univers du Savoir tellement immense. Cette recherche se transforme en une quête du Saint Graal dont on dit le potentiel infini... Notre quête ne fait que commencer. Pour plus d'information Les oeuvres de Newton Principes mathématiques de la philosophie naturelle, Isaac Newton, réimpr. Jacques Gabay, 1990 Optique, Isaac Newton, réimpr. Christian Bourgeois, 1989 De la gravitation, du mouvement des corps, Isaac Newton, réimpr. Gallimard, 1995 De
la gravitation ou les fondements de la mécanique classique, Isaac
Newton, Les Belles Lettres, 1985 Abrégé de la chronologie des anciens royaumes, Isaac Newton La méthode des fluxions et des suites infinies, Isaac Newton Biographies de Newton et analyse de ses travaux Newton, Richard Westfall, Flammarion, 1994 La malle de Newton, Loup Verlet, Gallimard/NRF, 1993 300 Years of Gravitation, Stephen Hawking, Cambridge University Press, Cambridge University Press, 1989 J.M.Keynes, "Newton, The Man", Royal Society’s Tercentenary Celebrations (1946/7), également réimprimé in J. M. Keynes, "Essays in Biography", London, 1951, pp. 310-324 (cfr les bibliothèques) Institutions en relation avec Newton King's College de Londres Trinity College de Cambridge Bibliothèque Burndy (Collection Babson) Rare Book and Manuscript Library (Collection David Eugene Smith/U.Columbia) National Portrait Gallery, London The National Trust (patrimoine de Woolsthorpe) Monnaie Royale de Londres Cambridge et son histoire The Victorian Web (tout sur l'époque Victorienne, XIXe.s.) Club nautique OUBC de l'Université d'Oxford (aviron) Cambridge (par Akito Matsumoto) Retour à l'Histoire de l'astronomie
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